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TRAITEMENT DES NEURASTHÉNIES GREFFÉES SUR LES ALCOOLIQUES

dépression de ses facultés intellectuelles ; il ne s'aperçut des brèches que ses habitudes déréglées faisaient à sa santé que le jour où il constata, à son grand désespoir, les défaillances de sa virilité.

On lui conseilla de suivre une cure hydrothérapique, de renoncer à ses libations quotidiennes et de se soumettre à un régime diététique bien réglementé. Il n'écouta pas ces sages conseils et crût pouvoir relever ses forces amoindries en buvant tous les jours du vin généreux accompagné de quelques petits verres de fine Champagne. Cette satisfaction donnée à ses instincts rendit son intoxication alcoolique plus agressive, diminua son énergie physique et finit par troubler la sérénité de son esprit. Ses muscles devinrent le siège de tremblements qui imprimaient à sa démarche une allure titubante très caractérisée. Ses nuits étaient toujours très agitées ; et lorsque l'apaisement accidentel de son excitation nerveuse lui permettait de s'endormir, d'affreux cauchemars venaient troubler son sommeil et lui procuraient "souvent la vision d'animaux toujours prêts à l'attaquer. Quelquefois il sortait brusquement de son lit, et par une influence onirique incontestable, il lui semblait voir encore devant ses yeux ouverts la figuration des song-es qui l'avaient épouvanté.

De temps en temps il était le jouet de scènes d'impressionnabilité assez étranges au milieu desquelles il prononçait des paroles incohérentes révélant des hallucinations de l'ouïe et exécutait parfois des mouvements bizarres obéissant à des impulsions mal définies.

Ses parents légitimement préoccupés de voir l'intoxication alcoolique prendre une si dangereuse extension placèrent leur malade dans une maison de santé. Cet isolement provisoire dirig-é avec autant d'intelligence que de dévouement produisit un effet salutaire qui le débarrassa de tous les désordres provoqués par son éthylisme familial et lui permit de rentrer au milieu des siens.

Sa santé était devenue satisfaisante; mais il ép'rouvait encore de temps en temps une légère fatigue cérébrale qui aurait très certainement disparu s'il n'avait pas eu la mauvaise fortune d'être un jour fortement ébranlé par une vive émotion qui, ,en exag-érant son irritabilité nerveuse, provoqua le développement des symptômes primordiaux de la neurasthénie. Cette neurasthénie est bien venue à la suite de la violente secousse morale subie par le malade; mais il n'est pas illogique d'admettre que l'alcoolisme n'a pas été étranger à son éclosion.

Cette névrose, du reste, n'a pas résisté longtemps aux applications sédatives et reconstituantes de l'hydrothérapie.

Type LUC. — La neurasthénie et l'hérédité alcoolique.

Je présente ici le cas d'un jeune neurasthénique dont le père a succombé à une cirrhose du foie de nature alcoolique. Cet intéressant garçon paraissait avoir une constitution délicate, une intelligence peu développée et une impressionnahilité nerveuse assez vive. Dès l'âge de 10 ans il fut sujet à des incontinences d'urine et plus tard à des terreurs nocturnes que sa mère était arrivée à dissiper en exécutant -sur une guitare des morceaux de musique dont le doux rythme parvenait à l'endormir.

Ses études furent dirigées avec une extrême prévoyance; l'on se préoccupa surtout d'éviter à ce garçon un peu débile des efforts intellectuels trop soutenus. Il n'avait aucun goût pour les exercices physiques et la plus courte promenade était presque toujours suivie d'une lassitude générale assez prononcée. Il mangeait peu, dormait difficilement et recherchait volontiers la solitude où sa nature misanthropique pouvait s'épanouir en toute liberté. Malgré son goût pour la retraite il avait des relations assez suivies avec quelques camarades et ne refusait pas de participer à leurs plaisirs. Un jour, il eut avec l'un d'eux une assez vive discussion qui se termina par un pugilat dont il ne fut pas le héros. En rentrant chez lui il se garda bien de raconter son aventure, se retira dans sa chambre et se coucha sans prendre aucune nourriture. Le lendemain il se plaignit de douleurs particulièrement fixées derrière la tète et dans le dos. Il ressentit en même temps sur la région épigastrique des palpitations artérielles qu'il attribua sans hésiter à un grave déraillement de son cœur.

On manda son médecin qui, après un examen très sérieux, reconnut que le malade était atteint d'une neurasthénie dont il paraissait menacé depuis longtemps et qui, après être restée à l'état latent, parut devoir son explosion à la secousse produite par l'émotion assez violente qu'il venait d'éprouver. Ce trauma physique et moral serait peut-être resté sans effet si le jeune malade n'avait pas eu dans son organisme le germe morbide que l'intoxication alcoolique paternelle lui avait léguée. C'est avec raison, qu'en présence de ce cas, quelques médecins ont pu dire que la névrose du fils était une création de l'alcoolisme du père.

Cette sorte de neurasthénie ancestrale est assez rare; elle évolue toujours avec une grande simplicité et provoque, en général, un véritable épuisement des forces vitales qui est rarement entouré des manifestations dégradantes de l'alcoolisme. L'hydrothérapie est pour elle un traitement de choix.

268 INFLUENCE DES BOISSONS ALCOOLIQUES ET DES REPAS COPIEUX SUR LA NEURASTHÉNIE.

Type LIC. — Neurasthénie. — Abus de boissons alcooliques. — Abus de repas copieux.

Le malade que je fais figurer dans ce type adore passionnément les boissons alcooliques. Il a le privilège de pouvoir en abuser sans éprouver d'autres troubles que des accidents neurasthéniques qui ont presque toujours une durée éphémère et qui n'apparaissent qu'après de fortes libations. Il est le principal organisateur d'un déjeuner hebdomadaire où tous les samedis dix convives triés sur le volet viennent participer à une sorte de festin pantagruélique durant lequel chaque assistant doit sabler cinq bouteilles de Champagne sans compter les nombreuses liqueurs généreuses qu'on distribue généreusement àla fin du repas. Celui qui ne parvient pas à remplir scrupuleusement les conditions exigées est condamné à payer pour les autres.

Je soigne depuis quatre ans le bout-en-train de cette réunion gastronomique qui rappelle, par certains points, celles de cette fameuse abbaye de Thélème que Rabelais a si bien décrites. Cette homme est le plus résistant et le plus joyeux de tous ses Compagnons. Quand la fête est finie, il rentre chez lui et se met dans son lit où il reste jusqu'au lendemain. En se levant, il éprouve une grande courbature et se sent très importuné par des douleurs encéphaliques qui l'empêchent de faire le moindre effort intellectuel et par une rachialgie assez vive qui le condamne au plus grand repos. Pour modifier le surmenage qu'il a imposé à ses fonctions digestives, il a l'habitude de manger le soir une soupe à l'ivrogne, se couche de bonne heure et se lève presqu'à l'aurore pour aller humer l'air du matin ; après cette promenade, il vient prendre une douche écossaise qui lui procure un grand soulagement. Il conserve pendant deux ou trois jours sa céphalée constrictive et sa gène lombaire ; il lit et travaille péniblement ; son esprit s'irrite et s'attriste; mais l'appétit finit par revenir et son estomac, tout en conservant une distension appréciable se trouve disposé à fonctionner de nouveau.

Le samedi suivant la fête recommence et se termine par les mêmes accidents nerveux qui, au moment où je puis constater leur présence, me semblent toujours confinés dans le cadre de la neurasthénie. Quelquefois ce joyeux compère a des pertes séminales involontaires et devient de temps en temps victime d'une frigidité accidentelle qui le trouble profondément.

Ce malade que je soigne depuis longtemps offre évidemment les phénomènes d'une neurasthénie intermittente provoquée par les plantureux repas et les copieuses libations qu'il fait toutes les

semaines. Restera-t-il neurasthénique ou deviendra-t-il un véritable alcoolique? Je n'ose répondre à cette question. Cet étrange débauché est doué d'une telle résistance qu'il me semble difficile de prédire son avenir pathologique. Nous verrons.

Type C. — Neurasthénie et dipsomanie.

La neurasthénie a-t-elle des relations avec la dipsomanie? Je crois qu'elles ne sont pas bien établies. Cependant j'ai vu trois malades qui, avant de devenir dipsomanes. ont présenté les principaux symptômes de la maladie de Beard. L'un d'eux notamment est venu plusieurs fois me demander de calmer ses accidents neurasthéniques qu'il considère comme les symptômes avant-coureurs de sa terrible vésanie. Je dois avouer que mes tentatives ont quelquefois retardé l'explosion de son déraillement mental sans pouvoir cependant supprimer son échéance. Quelques médecins américains considèrent ces malades comme de véritables chenapans. En France, nous sommes plus cléments pour eux et nous essayons de les guérir en les confiant avec empressement à l'humanité et aux lumières de nos meilleurs' aliénistes.

Des rapports de la neurasthénie avec les intoxications produites par la morphine, la cocaïne, le chloral, Véther. le chloroforme, le haschich. V opium et ses dérivés, le laudanum et d'autres substances exerçant une action stupéfiante sur le système nerveux. Phénomènes neurasthéniques que présentent quelquefois les malades intoxiqués par les céréales altérées, les ga-z délétères sulfo-carboneux ou autres, le tabac, l'absorption du plomb, du mercure, de V arsenic, du phosphore, de l'iode, etc. — Les intoxications dont je viens de faire l'énumération ont beaucoup de rapports avec la neurasthénie ; mais il me semble difficile de démontrer qu'elles peuvent la créer de toutes pièces. Il faut pourtant en excepter la nicotine et peut-être la morphine quand elle est absorbée dans certaines conditions. Je pourrais appuyer mon affirmation en invoquant le témoignage de nombreux faits très significatifs. Mais il me serait difficile de leur accorder une place suffisante d;ins le cadre trop étroit de ce fascicule exclusivement consacré à la neurasthénie. Je dois me contenter de les résumer dans un aperçu sommaire me permettant de mettre en relief quelques-uns des liens qui semblent exister entre les symptômes de chacune des intoxications précédentes et ceux de la maladie de Beard.

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