‹ La neurasthénieChapitre 102 sur 163 · NEURASTHÉNIE LIÉE AUX. EMPOISONNEMENTS TAU LA MORPHINE · texte numérisé non relu

NEURASTHÉNIE LIÉE AUX. EMPOISONNEMENTS TAU LA MORPHINE

Type Cl. — La neurasthénie et le morphinisme.

Dans ce type il va être question de ces malades qui abusent de la morphine pour calmer des douleurs et des spttsmes pénibles ou pour se soustraire à des perturbations morales parfois inavouables qui troublent leur esprit. L'empoisonnement causé par cet agent pharmaceutique a une évolution que l'on peut diviser en trois périodes. La première concorde toujours avec une sensation de bien être éprouvée par le malade et que l'on désigne sous le joli nom d'euphorie. La seconde est la période d'intoxication proprement dite. La troisième est représentée par un état cachectique légitimement attribué à l'abus immodéré et persistant de la morphine.

En général la neurasthénie ne fait son apparition qu'au début de la seconde période, à ce moment précis où le malade a encore conscience de son état et peut, si on vient à son aide, éviter l'intoxication qui le «mette. Les symptômes qui la caractérisent ne sont pas toujours très accentués et se trouvent parfois associés aux troubles d'excitation ou d'épuisement que l'usage immodéré de la morphine détermine dans les fonctions du système nerveux. Elle est surtout étroitement unie aux perversions que l'emploi intempestif de cet agent pharmaceutique provoque dans la nutrition de l'organisme. Ces neurasthéniques appartiennent presque tous à la catégorie des indécis, des timides ou des névropathes ; ils ont besoin de recourir à l'hydroihérapie pour atténuer leurs défaillances physiques et à une psychothérapie vigilante pour gouverner leurs facultés morales ou diriger leur volonté.

Lorsque, cédant à de bons conseils ou aux sollicitations d'une inspiration heureuse, ces malades consentent à soigner sérieusement lenr névrose qui n'est, en définitive, qu'une neurasthénie d'avantgarde gonllée de menaces, ils peuvent éviter les grands dégâts du morphinisme. Les morphinomanes exigent un traitement spécial qui n'a rien de commun avec celui de la neurasthénie.

Type CIL — La neurasthénie et l'abus des stupéfiants du système nerveux.

Je puis placer pêle-mêle dans ce type les malades qui font un usage excessif de la cocaïne, du cliloral, de l'éther, du chloroforme, du haschich, des opiacés et d'autres stupéfiants du système nerveux. Ils ont recours à ces produits pharmaceutiques dont ils abusent avec une facilité extrême pour calmer des névralgies, apaiser leur agitation et engourdir leur sensibilité. Ils s'en servent aussi pour se procurer un sommeil factice que visitent parfois des rêves agréables.

EFFETS DE L'ABSORrTION DE CÉRÉALES ALTÉRÉES SUR LA NEURASTHÉNIE. 2"1

Quelques-uns de ces dépravés forment un clan spécial et s'appellent volontiers des fumeurs d'opium. Ces malades éprouvent de nombreux troubles nerveux dont quelques-uns ont avec ceux du syndrome de Beard une certaine ressemblance. Mais en examinant avec attention la nature des perturbations que chacun de ces agents toxiques introduit dans les fonctions cérébrales on est bien vite édifié sur la fragilité de cette analogie. On ne tarde pas à s'apercevoir que ces névrosés sont de faux neurasthéniques ; ils ne doivent pas figurer dans ce fascicule.

Typk CIII. — ■ La neurasthénie et l'absorption de céréales altérées.

L'absorption de certaines céréales altérées provoque, suivant la nature spéciale du végétal ingéré, les symptômes de l'ergotisme, de l'acrodynie ou de la pellagre. Elle produit en même temps des troubles nerveux qui rappellent parfois ceux de la maladie de Beard. Mais ces désordres ne semblent pas appartenir à cette entité morbide et sont sous la dépendance de causes qui ne sont pas les siennes. Ils constituent plutôt une sorte d'épisode pathologique nettement déterminé que favorise le plus souvent l'hérédité nerveuse et disparaissent presque toujours quand les intoxications sur lesquelles ils se trouvent greffés sont en voie d'amélioration ou de guérison. Ces malades sont encore de faux neurasthéniques.

Type CIV. — La neurasthénie et l'absorption de fluides méphitiques.

Les personnes qui séjournent plus ou moins longtemps dans un milieu impur et mal ventilé où s'accumulent l'acide carbonique, les gaz sulfo-carbonés et certains miasmes méphitiques sont toujours victimes d'un véritable empoisonnement, Les désastres que produit cet empoisonnement sont quelquefois foudroyants ; dans d'autres circonstances ils se manifestent avec une certaine lenteur et disparaissent même avec facilité si les intoxiqués peuvent promptement respirer un air frais ou de l'oxygène.

En accomplissant leur œuvre de pénétration les vapeurs délétères dont je viens de parler semblent agir sur le liquide sanguin dont elles détériorent les éléments, sur le système nerveuxîqu' elles entravent dans son fonctionnement et sur ces régions, pourtant bien protégées, où s'accomplissent les oxydations chimiques et les mutations nutritives qui préparent la rénovation de nos tissus. Les phénomènes produits par ces intoxications ont une expression symptoinatique assez obscure dont l'origine est toujours difficile à bien établir.

272 INFLUENCE DE l'aBUS DU TABAC SUR LA NEURASTHENIE.

J'ai été souvent fort embarrassé pour découvrir la cause et le point de départ de certaines neurasthénies soumises à mon observation. Ce n'est qu'après avoir fait de persévérantes investigations que j'ai pu attribuer quelques unes d'entr'elles à une intoxication produite par des vapeurs malfaisantes. Ces recherches m'ont appris notamment que plusieurs de mes clients couchaient dans une chambre où l'oxyde de carbone engendré par un poêle du voisinage pénétrait, sans manifestation appréciable, à travers une fissure dont on ignorait l'existence.

Il me semble possible d'admettre que cette intoxication peut figurer dans le rang des générateurs de la neurasthénie.

Type CV. — La neurasthénie et l'abus du tabac.

Il existe des relations assez importantes entre la neurasthénie et les intoxications produites par la nicotine ; mais ces relations ne sont réellement appréciables que chez les grands fumeurs.

Les personnes qui n'abusent pas du tabac n'éprouvent en général que de légères perturbations. Certains écrivains — et non des moins réputés — prétendent qu'il stimule leur cerveau et rend leur esprit plus alerte. Je veux bien croire à cette vertu extraordinaire ; mais il me semble que, dans ces cas spéciaux, le tabac fait songer à ces dispensateurs avisés qui ne prêtent qu'aux riches.

Les personnes qui en font un grand abus éprouvent de nombreuses perturbations nerveuses absolument semblables à celles dont la maladie de Beard est habituellement escortée. Elles ressentent un grand épuisement cérébral toujours assombri par des tristesses inexplicables et des craintes mal fondées. Leur mémoire est obstinément infidèle, leur attention irrégulière et leur travail intellectuel difficile. Elles se plaignent de douleurs céphaliques et lombaires, de lassitude musculaire désespérante, de vertiges, de palpitations de cœur exagérées par de l'arythmie de cet organe, des intermittences et des angoisses précordiales qui frisent l'angine de poitrine. Elles ont souvent de l'insomnie, une grande inappétence qui concorde le plus souvent avec une distension de l'estomac ou des fermentations gastro-intestinales et des troubles qui jettent souvent un grand désarroi dans les fonctions de l'ouïe et de la vue.

Tous ces phénomènes constituent le tableau classique des symptômes de la maladie de Beard ; et puisque le grand abus du tabac est capable de les produire, on peut réellement considérer l'intoxication

LA NEURASTHÉNIE ET LES [NTOXICATIOtfS PAR LES METAUX OU LES MÉTALLOÏDES. 273

par la nicotine comme une des causes de la neurasthénie; cette supposition devient une certitude lorsqu'on voit ces neurasthéniques débarrassés de leur névrose le jour où ils prennent la ferme résolution de ne plus fumer.

Toutefois cette héroïque abstinence ne les délivre pas complètement de tous les malaises occasionnés par le tabagisme, surtout quand ces malades ont dans leur organisme des prédispositions innées ou acquises aux manifestations névropathiques. Il est nécessaire, pour rétablir leur esprit très troublé, de les soumettre à un sérieux traitement hydrothérapique.

Type CYI. — La neurasthénie et l'intoxication par les métaux.

Dans ce type je veux faire figurer les malades chez lesquels on voit se développer des accidents neurasthéniques qui paraissent dépendre d'une intoxication produite par le plomb, le mercure, l'arsenic, le phosphore, l'iode, etc.

Ces intoxications ont des manifestations caractéristiques qui permettent de découvrir la nature de chacune d'elles. Le saturnisme produit notamment la Ifameuse colique de plomb, des paralysies souvent suivies d'atrophie qui, localisées d'abord dans certains muscles extenseurs, finissent par atteindre le système moteur tout entier. Il agit parfois sur le cerveau, sur la moelle épinière et sur les centres nerveux et donne naissance à de graves perturbations qui sont parfois compliquées de crises d'hystérie ou d'accès d'éclampsie concordant avec des symptômes d'albuminurie.

Ces malades ont très rarement des accidents neurasthéniques. On ne les constate que lorsque l'intoxication, avant de disparaître, a laissé une empreinte de faiblesse capable d'entraver la nutrition de l'organisme et la régularité fonctionnelle de son système nerveux. J'ai eu l'occasion d'utiliser l'hydrothérapie dans ces cas difficiles où la neurasthénie n'a qu'un rôle très effacé ; elle a toujours rendu, par son action dépurative, révulsive et reconstituante, de très grands services aux victimes de cette intoxication.

Le mercure, l'arsenic, le phosphore, l'iode et d'autres agents pharmaceutiques utilisés dans le traitement de certaines maladies produisent quelquefois des altérations qui varient suivant leur mode de. pénétration dans l'organisme et suivant l'intensité de leur action délétère. Ils troublent le fonctionnement de la plupart de nos viscères ou modifient leur structure, vicient les éléments constitutifs du liquide sanguin, impriment au système nerveux des désordres difli-

ciles à réparer, pervertissent les oxydations chimiques et jettent une grande perturbation dans les actes de la nutrition.

Ces malades ont très souvent des accidents névropathiques qui sont généralement apaisés par l'hydrothérapie. J'en ai soigné un très grand nombre, et je dois avouer que parmi eux je n'ai presque jamais rencontré de vrais neurasthéniques.

Relations de la neurasthénie avec les auto-intoxications . — Je viens de faire une juste part au rôle des infections et des intoxications exogènes dans le déveveloppement de la neurasthénie. Il me reste à compléter cette étude difficile en indiquant les liens qui semblent unir cette névrose aux auto-intoxications, à certains diathèses ou à quelques dystrophies que les médecins de la génération nouvelle englobent sous le nom très expressif de maladies toxi-infectieuses.

Dans les prolégomènes de ce chapitre j'ai nettement déclaré que c'est le professeur Bouchard qui nous a appris à bien connaître et à traiter rationnellement les auto-intoxications. J'engage le lecteur à parcourir de nouveau les pages consacrées à cette exposition ; néanmoins je vais en extraire quelques lignes dont la reproduction ne me paraît pas inutile.

C'est, du reste, en nr inspirant des idées développées dans le grand œuvre de cet éminent maître que j'ai pu concevoir les relations qui existent entre les auto-intoxications et la neurasthénie. Pour rendre ma tâche plus facile j'ai pris pour guide les phénomènes qui se produisent dans l'appareil gastro-intestinal et dans ses annexes.

Lorsque le tube digestif est le siège de sérieuses perturbations, les nerfs qui s'épanouissent dans sa membrane muqueuse ne tardent pas à être ébranlés par une excitation dont l'étendue et l'intensité sont proportionnées au degré de résistance du système nerveux. Ces nerfs sensitifs subissent une vive impression qu'ils se hâtent de transporter dans leurs centres nerveux correspondants. Ils provoquent à travers leurs parcours anatomiques une série d'actions réflexes plus ou moins retentissantes et préparent les régions rolandiques de l'encéphale à favoriser l'explosion de cette forme de neurasthénie déjà décrite sous le nom de neurasthénie d'origine périphérique ou réflexe.

Lorsque les troubles du tube digestif sont peu accentués et que l'auto-intoxication qui les a produits est relativement restreinte, les centres nerveux ne sont pas toujours vivement impressionnés et les accidents neurasthéniques auxquels ils donnent naissance se dévtloppeut avec une extrême lenteur. On croit généralement que dans ces cas spéciaux la maladie de Beard est la conséquence d'une légère

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