LES DIVERSES FORMES DE LA XEIRASTHÉXIE DUE A L'ARTHRITISME
Ces divers états morbides se succèdent parfois avec une ponctualité étonnante ; mais dans certaines circonstances ils apparaissent simultanément et offrent dans leur évolution respective les liens d'une parenté indéniable aménagée par une prédisposition organique ou par une diatbèse innée ou acquise qui renferme le germe des accidents patbologiques dont je viens de parler.
La légion des neuro-artbritiques compte de nombreux œgrotants plus ou moins éprouvés. Elle est presque toujours encombrée de personnalités nerveuses qui deviennent tôt ou tard des névropathes arthritiques proprement dits ou quelquefois de simples neurasthéniques.
Le neuro-arthritisme, sous l'influence des auto-intoxications ou des toxi-infeetions qui constituent son essence et des perturbations nerveuses qu'il provoque, est certainement capable de préparer l'avènement de la maladie de Beard.
Quand les centres nerveux reçoivent directement ou par une voie réflexe les impressions excitantes que leur envoient les nerfs sensitifs répandus dans la trame de nos tissus, ils sont manifestement disposés à faire éclore la neurasthénie d'origine périphérique ou réflexe.
Si les centres n'éprouvent, sous l'influence de l'arthritisme, qu'un simple trouble dans leurs mutations nutritives, ils peuvent favoriser l'explosion d'une neurasthénie relativement bénigne dont l'allure rappelle celle de la neurasthénie essentielle.
Si, au contraire, les altérations apportées dans leur structure ont une certaine gravité, les accidents neurasthéniques que l'on voit apparaître sont le plus souvent voilés par des manifestations morbides plus menaçantes et ne jouent plus qu'un rôle très secondaire.
En résumé, et pour rester dans le domaine de la neurologie, on est autorisé à dire que la neurasthénie peut être greffée sur l'arthritisme. Toutefois, il convient d'ajouter qu'elle diffère, par certains points, de la véritable névrose arthritique qui est l'expression féminine de cette diathèse, comme la goutte en est l'expression masculine.
J'abandonne cette digression scientifique dans laquelle j'ai été heureux de rendre hommage aux vastes et admirables conceptions du professeur Bouchard sur les maladies de la nutrition. Il me reste à énumérer quelques faits qui, tout en justifiant les éloges que je viens d'adresser à cet ingénieux novateur, pourront servir à éclairer certains points obscurs de cette importante section des maladies chroniques.
278 NEURASTHÉNIE DANS LES AUTO-INTOXICATIONS PRODUITES PAR DES ALIMENTS AVARIÉS
Mais avant de commencer cette exposition, je dois rappeler que dans le chapitre consacré à Fétude de la neurasthénie gastro-intestinale j'ai cité de nombreuses observations prouvant les relations qui enchaînent la maladie de Beard avec la dilatation de l'estomac, la plupart des dyspepsies, le catarrhe gastrique, les gastro-entérites et aussi avec la plupart des affections du tube digestif qu'on sait être sous la dépendance d'une infection, d'une intoxication ou d'un simple trouble des actes de la nutrition. J'ai naturellement profité de cette circonstance pour mettre en relief les nombreuses connexités qui rapprochent la névrose de Beard du neuro-arthritisme. Je ne crois pas avoir besoin de reproduire ici ces observations déjà décrites; je veux seulement compléter mon inventaire, en mentionnant à cette place quelques faits nouveaux qui m'ont paru assez intéressants. '
Type CYII. — Neurasthénie et auto-intoxication produite par des aliments avariés.
Il s'agit ici d'un malade qui fut un jour littéralement empoisonné par l'ingestion d'aliments très avariés. Il ne tarda pas avoir des vomissements, de la diarrhée compliquée de douleurs abdominales intolérables qui provoquèrentune prostration presque voisine de la syncope. Les médecins chargés de l'examiner constatèrent l'existence d'un catarrhe gastro-intestinal associé à des fermentations très appréciables au toucher présentant tous les signes d'une véritable intoxication.
Les soins qui lui furent donnés et le régime diététique qu'on lui imposa améliorèrent sa situation. Il resta pendant quelques mois à l'abri de tout accident. Désolé de se voir condamné indéfiniment à suivre des prescriptions hygiéniques qui le privaient de ses plaisirs préférés, il essaya de se soustraire aux exigences de ses médecins et se livra à des excès de table très compromettants pour sa santé.
Il eut d'abord, après chaque repas, des distensions de l'estomac qui provoquèrent dans tout son être un alourdissement très désagréable. Il ressentit presqu'aussitôt des douleurs gastro-intestinales s'irradiant dans le dos et dans le bas-ventre presque toujours exagérées par des spasmes localisés dans les muscles du tronc et des membres. Il éprouvait de temps en temps des frissons, des envies fréquentes d'uriner et des palpitations violentes qui lui causaient un grand émoi. Il eut plus tard des troubles de la vue, des bourdonnements d'oreille et des vertiges après lesquels survint une dépression psychique assez promptement suivie de céphalée constric-