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NEURASTHÉNIE. — ASTHME ANNUEL OU FIÈVRE DES FOINS

bientôt des douches écossaises et des douches reconstituantes courtes et appliquées avec douceur.

La jeune malade fut complètement débarrassée de toutes ses souffrances. Depuis cette époque déjà assez lointaine elle a pu, malgré les modifications introduites dans son existence, conserver une santé parfaite qui est restée à l'abri de toute atteinte.

Type CXIV. — Neurasthénie. — Asthme annuel ou fièvre des foins.

Dans ce type je puis grouper des observations dans lesquelles la neurasthénie a succédé à un accès de cet asthme spécial bien décrit par Herbert sous le nom de fièvre des foins ou Hay Fever, que Gueneau de Mussy considère comme une rhinite spasmodique et que le professeur Dieulafoy appelle un asthme annuel.

On sait que cette singulière affection débute le plus souvent par des éternuements éclatants, détermine des accès de suffocation plus ou moins accentués et se traduit organiquement par une irritation congestive des muqueuses nasales, oculaires, pharyngiennes et bronchiques. Elle survient à peu près tous les ans au commencement ou à la fin de Tété et semble se développer sous l'influence d'un rayonnement solaire trop persistant ou d'une évaporation engendrée par des substances végétales ou animales ; elle choisit de préférence ses victimes parmi les névropathes et parmi les arthritiques.

Cet asthme spécial qui a certainement une grande parenté avec l'asthme nerveux disparaît assez facilement après un changement d*air, des lotions nasales quotidiennes et un traitement hydrothérapique dans lequel la douche tempérée et la douche écossaise particulièrement localisée sur les membres inférieurs jouent un rôle prépondérant. Parfois, son évolution est entravée par l'apparition imprévue des principaux symptômes de la neurasthénie. Cette complication, assez rare du reste, retarde sa guérison mais ne la compromet jamais. Dans ces conditions particulières l'hydrothérapie rationnellement appliquée à une action également favorable sur les désordres localisés dans les voies aériennes et sur les troubles neurasthéniques. Je ne suis pas embarrassé de citer des faits capables de prouver l'exactitude de cette affirmation. Je veux me contenter d'en indiquer un qui offre le double avantage d'être à la fois curieux et consolant.

Il s'agit d'un malade qui pendant trois années consécutives a eu, au mois de juin, un accès de fièvre des foins compliquée d'une véritable neurasthénie. On a accusé son tempérament arthritique d'être le générateur principal de ces diverses manifestations morbides; on l'a

288 DE L'HYDROTHÉRAPIE CHEZ LES NEURASTHÉNIQUES ATTEINTS D ASTHME ANNUEL.

même soupçonné de leur servir de trait d'union pour rendre leur rapprochement et leur .association plus faciles..

Ce malade est un fanatique de l'hydrothérapie ; c'est à elle qu'il a recours pour se débarrasser de Yous ces accidents. C'est aussi par son intervention qu'il a pu se mettre à l'abri de toute rechute. Il a eu en effet l'heureuse idée, inspirée d'ailleurs par son médecin, de commencer tous les ans dès les premiers jours du printemps une cure hydrothérapique régulièrement suivie jusqu'à la fin de juillet. Grâce à ce traitement qui a exercé une action préventive manifeste, ce malade n'a plus eu depuis cette époque aucune crise asthmatique, aucun accès de neurasthénie. Il est même parvenu à modifier favorablement sa constitution arthritique en atténuant très sensiblement l'acuité de ses tendances morbides. Ce fait auquel j'en pourrais adjoindre bien d'autres démontre l'action préservatrice et curative que l'hydrothérapie peut exercer sur la neurasthénie qui semble être foncièrement et parfois énigmatiquement liée à l'asthme annuel.

Type ÇXV. — Neurasthénie. — Névro-myopathie péri-articulaire. — Rhumatisme.

Ce type m'est fourni par le. fils d'un homme qu'un rhumatisme noueux fixé dans presque toutes ses articulations condamnait à passer ses journées entières sur un fauteuil roulant. C'était un véritable culde-jatte qui se comparait volontiers à Scarron dont il lisait scrupuleusement le roman comique avec l'espoir de trouver dans quelques-unes de ses pages le moyen de remédier à ses maux. Le fils de cet infortuné rhumatisant avait l'apparence d'une bonne santé ; mais il éprouvait sans cesse dans les muscles et dans les nerfs des douleurs superficielles que, sur l'avis de son médecin, il parvenait à faire disparaître en les promenant. Il faisait tous les jours des exercices réguliers, espérant ainsi se soustraire aux accidents paternels dont il se croyait menacé.

Un jour il voulut faire une promenade équestre. On lui prêta un cheval assez fringant dont il ne parvint pas à régler l'allure. Subitement désarçonné il fit une chute sur la hanche ; on le transporta immédiatement à son domicile. Son médecin appelé en toute hâte constata que la région meurtrie était le siège d'un gonflement manifeste accompagné de douleurs assez vives qui s'étendaient dans le nerf sciatique et dans quelques filets du plexus iléo-lombaire. Quand l'acuité des souffrances fut amoindrie et que les signes de la contusion eurent disparu, le médecin découvrit que les muscles offensés étaient le siège d'une myosite et que quelques nerfs du voisinage

NEURASTHENIE. — NEVRO-MYOPATHIE PÉRI-ARTICULÀJRE. — RHUMATISME. 289

offraient des signes de névrite. En examinant la niasse musculaire atteinte par la chute, il constata que quelques-unes de ses fibres étaient atrophiées, tandis que d'autres paraissaient hypertrophiées. Les mouvements spontanés ou volontairement provoqués, tout en déterminant des douleurs assez vives, permirent de supposer que l'articulation coxo-fémorale se trouvait indemne de toute lésion. On ne découvrit également aucun signe autorisant à soupçonner l'existence d'une altération quelconque de l'axe cérébro-spinal.

Toutes ces perturbations fonctionnelles et structurales restèrent obstinément groupées autour de l'articulation coxo-fémorale et constituèrent ce syndrome particulier que j'ai décrit autrefois, sous le nom de névro-myopathie péri-articulaire, dans un mémoire dont j'ai communiqué le résumé en 1873 à la Société de Médecine de Paris.

En rappelant ici cette œuvre personnelle, j'ai voulu surtout dire au lecteur que la névro-myopathie péri-articulaire peut être parfois suivie d'un accès de neurasthénie. Cette succession se comprend aisément; car l'affection péri-articulaire dont je viens d'indiquer les principaux traits se développe presque toujours sous la double influence de la diathèse rhumatismale et d'un état nerveux bien caractérisé.

Quelquefois, il est vrai, elle est engendrée par le froid ou par une action traumatique. Elle cède alors assez rapidement à l'intervention des douches chaudes, des douches écossaises, des douchés alternatives et même des douches froides. Mais lorsque le terrain constitutionnel où le hasard l'a fait naître est favorable à son développement, elle prend alors de grandes proportions, devient pour le patient une cause d'épuisement et d'irritabilité et peut favoriser l'explosion de la neurasthénie. C'est ce que j'ai observé chez le malade dont je viens d'esquisser la silhouette.

Ce malade a eu une névro-myopathie péri-articulaire occasionnée par une chute de cheval et bien évidemment entretenue par la nature arthritique et nerveuse du blessé. A peine remis des suites de son accident, le malade ressentit une lassitude générale qui l'obligea à immobiliser ses facultés morales et physiques. Plus de travail intellectuel possible, plus de repos. Une céphalée constrictive compliquée de vertiges et de troubles sensitifs variés le rendit irritable, très attristé et démesurément inquiet.

11 fut atteint d'un véritable accès de neurasthénie que l'on attribua au traumatisme dont il avait élé victime, tout en reconnaissant avec raison qu'on devait aussi rendre responsables de son explosion l'arthritisme du patient, son état nerveux et l'épuisement

290 NEURASTHENIE. — LOCALISATION DE LA GOUTTE ET DU RHUMATISME DANS LES VISCÈRES.

causé par la persistance de sa névro-myopathie péri-articulaire. Il fallut, pour le guérir, adjoindre aux douches dont j'ai précédemment indiqué la forme, des douches sédatives qui, en apaisant l'irritabilité dépressive de son système nerveux, lui permirent de retrouver ses forces et son énergie.

Type CXVI. — Neurasthénie. — Localisation de la goutte ou du rhumatisme dans les viscères.

J ai vu quelques malades chez lesquels la neurasthénie a précédé l'invasion du rhumatisme et de la goutte dans le cerveau et dans l'estomac. Les faits de ce genre soumis à mon observation sont très incomplets et ne me permettent pas de préciser les relations qui peuvent exister entre la maladie de Beard et les manifestations viscérales de ces maladies diathésiques. Je dois me borner à dire que certains malades débarrassés de leur neurasthénie ont eu plus tard, après un intervalle d'accalmie plus ou moins long, de sérieux troubles cérébraux et gastriques attribués à la goutte ou au rhumathisme. Je n'ai appris l'explosion de ces accidents que par un simple reportage dont la caution m'a paru trop insuffisante pour me croire autorisé à entreprendre une interprétation scientifique de ces faits. Tout au plus puis-je supposer, — et cela avec une grande réserve — que si les malades avaient continué de prendre longtemps les douches sédatives employées favorablement contre leur neurasthénie, ils auraient retardé et peut être évité l'apparition de leur affection cérébrale ou gastrique. Je n'ai pas besoin de développer cette conception purement hypothétique.

La neurasthénie et le diabète. — Les types que je vais faire connaître sont destinés à mettre en relief les relations qui existent entre la neurasthénie et le diabète.

Il n'est pas besoin de s'occuper ici du diabète qui figure dans la symptomatologie d'une de ces lésions organiques qu'on rencontre parfois dans le cerveau, le pancréas, le foie et dans d'autres viscères. Son évolution ne peut guère servir à éclairer la question que je veux étudier. Il joue fatalement un rôle secondaire, puisqu'il est toujours subordonné à un état morbide grave qui absorbe exclusivement l'attention du médecin et les efforts de sa thérapeuthique. Je ne puis trouver les renseignements dont j'ai besoin que dans l'examen des diverses phases du diabète classique.

Mon observation personnelle m'a appris que les diabétiques sont presque tous des névropathes chez lesquels on découvre une altération plus ou moins accentuée du liquide sanguin et une perversion de

leurs fonctions nutritives. Ils appartiennent à l'importante légion des neuro-arthritiques dont les principaux affiliés peuvent être considérés comme des victimes inconscientes d'une hérédité spéciale, d'un genre de vie incorrect et anti-hygiénique, d'un surmenage excessif ou d'une perturbation sensitive déprimante. Je tiens à ajouter qu'on trouve toujours ces influences causales dans le prélude de la neurasthénie.

Il n'est donc pas extraordinaire que la glycosurie et la maladie de Beard, subissant les effets d'une généalogie homologue, aient entre elles une grande affinité. On la constate très aisément; mais, en revanche, il est assez difficile de bien saisir l'exacte filiation des phénomènes qui en dépendent.

Ces deux états morbides peuvent se manifester chez la même personne simultanément ou bien paraître, au contraire, l'une après l'autre. Dans ce dernier cas, il me semble que leur mode de succession n'est pas introuvable.

La neurasthénie, comme la plupart des maladies du système nerveux, peut avoir au milieu de ses symptômes le diabète qui parfois débute presqu'en môme temps qu'elle.

On sait d'autre part que le diabète, agissant comme principale maladie de la nutrition, est, de son côté, capable de préparer et même de faire éclore la neurasthénie. Dans ces circonstances le syndrome de Beard évolue avec une assez grande lenteur et bien que ses traits, à peine ébauchés, se trouvent fortuitement associés à des troubles nerveux qui ne sont pas les siens, on est en droit de se demander si la neurasthénie n'est pas due à la glycosurie.

Ces deux états morbides ont certainement entre eux des relations incontestables; malheureusement, il n'est pas toujours facile d'en préciser la nature.

Sans doute quand les débuts de la neurasthénie sont contemporains de ceux de la glycosurie, il paraît logique d'admettre que ces deux états morbides obéissent à des influences univoques qui expliquent leurs connexités. On sait, en effet qu'une émotion vive, qu'un surmenage immodéré, qu'une flagrante violation des lois de l'hygiène peuvent produire en même temps la neurasthénie et le diabète. Mais quand ces deux manifestations pathologiques se montrent séparément on est bien contraint de se demander qu'elle est celle des deux qui a commencé la scène morbide et de rechercher 1rs influences qui président à leur apparition respective. Ou ditbien que. lorsque la neurasthénie arrive la première, elle provoque dans les fonctions organiques un grand épuisement et une notoire perversion sensitive qui amènent

une modification dans toutes nos sécrétions. C'est, croît-on, par ce procédé qu'elle favorise un épandage anormal du sucre dans le sang, dans nos humeurs, dans nos tissus, et qu'elle engendre par conséquent le diabète. Cette généalogie satisfait quelques médecins.

D'autre part, quand le diabète est le premier en date, il peut, à son tour, créer la neurasthénie. On croit qu'il agit alors comme un agent toxi-infectieux qui, en pénétrant dans les centres nerveux encéphaliques, impressionne en même temps leur irritabilité fonctionnelle et leur irritabilité nutritive et les dispose à faire éclore les symptômes fondamentaux de la neurasthénie. Cette explication a ses partisans.

Si je voulais étudier toutes les interprétations que soulève cette question de patbogénie, je serais obligé de me livrer à des considérations qui deviendraient trop encombrantes à cette place. J'aime mieux les présenter au lecteur dans le dernier chapitre de ce livre où je tâcherai de résumer les opinions des principaux auteurs qui ont écrit sur l'évolution de la neurasthénie.

Je dois ici me contenter d'exposer des faits et m'appliquer à en extraire des enseignements capables d'éclairer la genèse des deux maladies dont je moccupe en ce moment.

Type CXVII. — Neurasthénie. — Diabète.

Le malade classé dans ce type est atteint de cette neurasthénie d'avant-garde que l'on considère, suivant les circonstances, ou comme le prélude du diabète, ou comme son véritable générateur. Tl appartient naturellement à cette race des neuro-arthritiques si accessibles aux maladies de la nutrition et aux névropathies.

C'est un grand industriel, fort intelligent, aussi ardent dans l'exécution de ses travaux professionnels que dans la recherche des plaisirs mondains. Son histoire pathologique présente des particularités qui méritent d'être signalées.

Chargé de diriger des entreprises financières considérables il se livra à des spéculations hasardeuses dont l'échec compromit sa réputation et sa fortune. Pour réparer ce désastre il fit des efforts surhumains qui développèrent chez lui un véritable accès de neurasthénie. Son médecin avant constaté que les symptômes d'affaiblissement prenaient des proportions considérables, eut l'idée d'examiner ses urines. Cette analyse ne révéla aucune trace de sucre et montra seulement (lue le coefficient de l'urée était très amoindri. Il conseilla un traitement tonique et calmantqui ne produisit qu'une très faible amélioration.

La neurasthénie entourée de tous ses symptômes prit une marche

ascendante qui nécessita une consultation. On fit une nouvelle analyse, et cette fois on put constater la présence d'une assez forte dose de sucre.

Les médecins imposèrent un régime sévère. Les médicaments appropriés comme l'arsenic, le carbonate de lithine, l'antipyrine, etc., furent prescrits et on conseilla une cure hydrothérapique.

Le malade prit d'abord des doucbes sédatives qui apaisèrent sa sensibilité nerveuse; on eut recours ensuite aux douches écossaises progressivement refroidies qui produisirent des effets reconstituants très appréciables.

Sous l'influence des médicaments ordonnés, du régime prescrit et de l'hydrothérapie, la neurasthénie et le diabète disparurent. Le malade retrouvant son ancienne vigueur se hâta de reprendre ses anciennes occupations.

Dans ce cas particulier, je crois que le diabète a trouvé son origine dans la neurasthénie. Mais je suis forcé de reconnaître que son explosion a aussi été très favorisée par le tempérament arthritique du malade et par les irrégularités de sa vie.

Type CXVIÏI. — Neurasthénie. — Diabète conjugal.

Dans ce type je vais citer des cas qui attestent l'influence que le diabète peut avoir sur le développement de la neurasthénie. Je les trouve réunis dans une même famille dont l'histoire pathologique précédemment esquissée mérite à cette place une mention complémentaire.

J'ai soigné autrefois une homme et une femme, mariés depuis longtemps et atteints Fun et l'autre de ce qu'on appelle aujourd'hui le diabète conjugal. Leur fils alors âgé de 12 ans, présentait aussi les signes caractéristiques de la glycosurie. Ce fait pathologique ressemble à ceux qui ont été très bien décrits par les Drs Debove, P. Marie, Rendu, Legendre, Teissier (de Lyon), Charrin, etc.

Ces auteurs, en signalant cette singulière coïncidence, ont cherché à expliquer sa mystérieuse origine. Quelques-uns d'entr'eux ne sont pas éloignés d'admettre que le diabète conjugal peut être attribué à la grande uniformité qui existe dans le régime alimentaire, le genre de vie, les habitudes et même les goûts des conjoints. D'autres — et ils sont assez nombreux — croient que la contagion n'est pas étrangère au développement de cette glycosurie qui se manifeste presque en même temps chez l'homme et la femme rivés à une existence semblable. Les bactériologistes recherchent et espèrent

29i NEURASTHÉNIE ENGENDRÉE PAR LE DIABÈTE GONJUGAL.

trouver l'agent infectieux capable de produire une pareille perturbation. Il ftiut attendre que leurs découvertes soient suffisamment démonstratives pour avoir le droit de prendre parti.

Pour l'instant je reste exclusivement dans le domaine des faits et je continue le récit de celui qui a motivé ma courte digression.

Les époux diabétiques dont il est ici question comptent dans leur lignée ancestrale un certain nombre de névropathes, de goutteux, de rhumatisants et d'eczémateux. Ils adorent les plaisirs de la table et consacrent leur soirée à des distractions paisibles qu'ils demandent aux jeux ou à la lecture. Ils ont une assez grande répugnance pour les exercices du corps, et, les promenades en plein air ne les tentent pas. Cette constante échappée aux préceptes élémentaires de l'hygiène finit par provoquer chez eux une série de malaises qui, sans être inquiétants, les engagèrent à consulter leur médecin.

Le mari se plaignit d'avoir très souvent des sueurs abondantes très désagréables, une grande sécheresse de la langue et des défaillances génitales inexplicables à son âge. La femme, de son côté, lui demanda de la débarrasser aussi promptement que possible d'une éruption cutanée qui, née dans la partie postérieure du tronc semblait vouloir se propager sur sa figure. Elle déclara en même temps qu'elle avait des crampes insupportables dans les mollets et révéla timidement l'existence d'un prurit vulvaire qui provoquait d'incessantes démangeaisons. Quant au fils, il accusa des douleurs lombaires qui s'irradiaient à travers le trajet des deux nerfs sciatiques et affirma très nettement que la plus petite promenade était presque toujours suivie d'une grande lassitude.

Le médecin ne voulut pas formuler son triple diagnostic avant d'avoir analysé les urines de chacun de ses clients. Cet examen lui permit de constater que tous les trois étaient diabétiques et il crût être fort habile en leur annonçant brusquement qu'ils avaient une grande quantité de sucre dans les urines. Cette révélation inattendue faite sans le moindre ménagement ne troubla pas, bien entendu, le jeune garçon, mais elle produisit une pénible impression sur l'esprit des deux époux. Ils furent tous soumis à un régime sévère et à un traitement approprié à leur état.

L'analyse du liquide urinaire, souvent renouvelée, permit de constater1 des fluctuations, peu importantes du reste, ressemblant à celles que l'on rencontre assez souvent chez les malades atteints du diabète à répétition.

La cure prescrite produisit de très heureux résultats et chez les

LES RELATIONS DE LA NEURASTHÉNIE ET DU DIABETE NE SONT PAS TOUJOURS APPARENTES. 295

trois malades le dosage du sacre devint, grâce à elle, à peu près insignifiant. Le petit adolescent guérit le premier; mais les parents, bien que leur santé fut devenue meilleure, restèrent sous l'influence de désordres nerveux qui se traduisirent à la longue par les véritables symptômes de la neurasthénie. La névrose du mari portait les stigmates d'une grande excitabilité nerveuse, celle de la femme était dominée par des idées mélancoliques qui frisaient l'anxiété.

On leur conseilla de suivre un traitement hydrothérapique. Ils prirent l'un et l'autre des douches sédatives attentivement réglées sur leur susceptibilité nerveuse respective ; elles furent remplacées plus tard par des douches progressivement reconstituantes ' dont on adapta l'application au degré de résistance de leur organisme.

Cette cure eut une durée très longue et produisit des effets thérapeutiques très salutaires. Elle développa chez ces malades une vigueur fonctionnelle qui leur permit de suivre les prescriptions hygiéniques qu'ils avaient toujours méconnues. La glycosurie disparut et avec elle toutes les manifestations de la maladie de Beard.

On peut, dans ce cas, attribuer la neurasthénie au diabète; toutefois, il me semble équitable d'accorder une part, si minime soit-elle, au trauma moral qui bouleversa ces malades le jour où on leur apprit brusquement qu'ils étaient atteints de glycosurie. La neurasthénie a, en effet, besoin pour se manifester avec éclat de subir l'influence d'un choc matériel ou psychique.

Les relations de la neurasthénie et du diabète ne sont pas toujours très apparentes; elles sont souvent obscurcies par des désordres mal définis dont il est difficile de préciser l'origine et qui se dérobent même au regard des investigateurs les mieux dressés. Je voulais incorporer dans ce type des faits capables de rendre cette vision plus facile et plus claire; mais, déconcerté par leur nombre, j'ai renoncé à les cataloguer dans une énumération dont l'étendue aurait été trop fastidieuse pour le lecteur. J'ai mieux aimé en extraire les notions favorables à ma thèse et les présenter dans un court aperçu presque synthétique facile à apprécier.

La réalisation de ce petit plan exige que je fasse une digression sur quelques particularités qu'offrent les deux états morbides dont je veux essayer de faire connaître les rapports de voisinage et les affinités. Le diabète sucré est une maladie constitutionnelle caractérisée par une glycosurie plus ou moins persistante, par une augmentation exagérée de la sécrétion urinaire, de la soif et de l'appétit concordant avec un amaigrissement plus ou moins rapide de l'organisme.

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