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CHAPITRE XIII

RELATIONS DE LA NEURASTHÉNIE AVEC QUELQUES MALADIES ORGANI- QUES OU FONCTIONNELLES DU SYSTÈME CÉRÉBRO-SPINAL ET AVEC CERTAINES PSYCHOSES.

Je vais maintenant essayer de mettre en relief les traits d'union qui existent entre la neurasthénie et les principales maladies organiques ou fonctionnelles du grand système cérébro-spinal. Les affections du cerveau, celles de la moelle épinière et la plupart des psychoses dont je veux m'occuper se développent souvent sous l'influence d'une infection ou d'une intoxication. Elles débutent presque toujours par une altération du liquide sanguin, un trouble de nutrition ou un ébranlement plus ou moins accentué du système nerveux. Elles exercent une répercussion incontestable sur les centres nerveux et sur les nerfs qui en dépendent. On peut donc logiquement les croire capables de préparer l'éclosion de la maladie de Beard et même de procurer un accès facile aux trois principales formes par lesquelles cette névrose se révèle à notre observation. Quand, en effet,' l'intervention de ces divers désordres morbides est limitée dans sa nocivité, la neurasthénie conserve quelquefois son allure essentielle; dans les cas plus graves, elle ne joue plus qu'un rôle de symptôme ou de prodrome. Lorsque les congestions irritatives viscérales figurent dans" la symptomatologie de ces affections, il n'est pas rare de voir apparaître la neurasthénie d'origine périphérique ou réflexe.

J'ai longuement étudié l'évolution de la neurasthénie chez les syphilitiques, chez les neuro-arthritiques et chez les malades influencés par la plupart des toxi-infections. J'ai dit aussi que la neurasthénie faisait quelquefois son apparition dans la période prodomique de cet

RAPPORTS DE LA NEURASTHÉNIE AVEC CERTAINES AFFECTIONS CÉIïÉBEîO-SPINALES. 309

état morbide qu'on attribue à l'invasion de la goutte et du rhumatisme à travers les tissus de l'encéphale.

J'ai également indiqué les relations de la neurasthénie avec un grand nombre de perturbations mentales qui escortent certaines affections génitales.

J'ai même particulièrement insisté sur les rapports de la maladie de Beard avec l'artério-sclérose, depuis le moment où la maladie vasculaire pénètre dans le cerveau jusqu'au jour où, brisant les digues qu'on oppose à sa marche envahissante, elle parvient à provoquer cette désorganisation cérébrale à laquelle on a laissé longtemps le nom d'encéphalite ou de ramolissement du cerveau.

Il me semble inutile de soulever de nouveau toutes ces questions intéressantes qui ont été déjà longuement traitées. Je ne leur dois qu'un simple rappel, voulant consacrer ce chapitre à l'étude des liens qui rapprochent la neurasthénie de certaines formes du tabès, de la paralysie générale progressive et de quelques psychoses. J'ai eu plusieurs fois l'occasion de signaler ces alliances, mais je tiens à leur accorder ici une mention toute spéciale en leur donnant pour point d'appui une série de faits attentivement observés.

La neurasthénie et le tabès. — Avant de se manifester par 1 apparition des signes de Romberg ou d'Argyll, par l'abolition des réflexes, par les douleurs fulgurantes et par l'incoordination motrice qui lui est propre, la maladie de Duchenne peut commencer son évolution par des troubles sensitifs et moteurs, au milieu desquels on rencontre quelquefois les phénomènes caractéristiques de la neurasthénie. Ces phénomènes occupent pendant un certain temps une place prépondérante qui permet à la rigueur de supposer qu'on se trouve en présence d'un malade atteint d'une simple névrose. Mais cette manifestation, purement névropathique en apparence et rebelle à toute médication nervine, se désagrège peu à peu et cède la place à des accidents que le médecin est autorisé à attribuer à une maladie toxi-infectieuse qui presque toujours est de nature syphilitique. L'intervention immédiate d'un traitement spécifique améliore parfois la situation du malade ; mais elle n'a pas souvent le privilège d'arrêter l'apparition de certains symptômes qui sortent du cadre neurasthénique et dont l'apparition donne au médecin le droit de craindre l'évolution plus ou moins prochaine delà maladie de Duchenne. Chez certains individus le syndrome de Beard apparaît sans présenter aucune complication ; mais il s'efface peu à peu et se trouve progressivement remplacé par une manifestation symptomatique dont l'allure spéciale est assez alar-

mante. Quelques-uns de ces malades éprouvent des perturbations qui semblent siéger dans le domaine du nerf pneumo-gastrique et qui se traduisent par des vertiges, des étouffements, des spasmes laryngés, des suffocations, des quintes de toux, des douleurs stomacales intolérables compliquées de nombreux troubles fonctionnels obstinément fixés dans le tube digestif.

D'autres sont sujets à des perversions de la sensibilité générale ou de nos sens spéciaux dont la cœnesthésie nous révèle l'existence: Ils ont presque toujours des défaillances motrices qui ne ressemblent pas à cette lassitude matutinale dont la maladie de Beard est ordinairement escortée.

On constate aussi cbez certains malades des troubles localisés dans l'appareil génito-urinaire et notamment delà spermatorrhée, une miction difficile, des symptômes d'anesthésie accusant parfois l'abolition des désirs vénériens et des signes manifestes de frigidité ou d'impuissance. Ces phénomènes appartiennent à la neurasthénie sexuelle mais je dois ajouter que dans quelques circonstances ils peuvent constituer le prélude de l'ataxie locomotrice.

Pour élucider ces questions embarrassantes et donner au diagnostic une base sérieuse, le médecin doit sans relâche se livrer à des investigations très étendues. Elles lui seront particulièrement utiles pour instituer un traitement rationnel qui le plus souvent se compose d'une médication anti-syphilitique et d'une intervention raisonnée des agents physiques au milieu desquels figurent avec honneur les applications méthodiques de l'hydrothérapie.

Type CXXI. — Neurasthénie et Tabès .

Voici un fait qui va me permettre de justifier les considérations dans lesquelles je viens d'entrer.

Le malade sur lequel j'appelle l'attention du lecteur est d'un certain âge ; il a eu dans le cours de son existence plusieurs accès de neurasthénie qu'il attribuait volontiers à de violentes émotions et à un surmenage exagéré. Dans tous ces accès le patient, — qui était un médecin — avait remarqué que sa neurasthénie présentait tous les signes attribués à la neurasthénie essentielle cérébro-médullaire. Le traitement hydrothérapique dont il était un zélé partisan le débarrassait assez rapidement de tous ses malaises nerveux. Toutefois sa dernière crise fut plus longue que les autres et localisa ses effets dans les voies génito-urinaires. 11 éprouva autour du bassin des spasmes musculaires insupportables et constata dans la région périnéale et

NEURASTHENIE PRÛLUDE DU TABÈS. — PAS D ANTÉCÉDENTS SYPHILITIQUES. 311

sous les fesses une insensibilité manifeste qui se montrait aussi de temps en temps à la plante des pieds. Pendant la nuit il avait des érections interminables parfois assez douloureuses n'éveillant en lui aucun désir vénérien. Elles étaient remplacées durant toute la journée par des flaccidités péniennes qui le désolaient profondément. Un examen microscopique de ses urines lui apprit qu'elles contenaient un grand nombre de spermatozoaires complètement déformés. Il alla consulter le Dr Brown-Séquard avec lequel il avait des relations assez suivies. Après avoir étudié longuement ce cas qui lui parut d'abord compliqué, le célèbre professeur n'hésita pas à déclarer que notre confrère était atteint d'une ataxie locomotrice au début de son évolution. Il conseilla de continuer l'hydrothérapie, de prendre tous les jours des pilules de nitrate d'argent et une forte dose d'iodure de potassium. Il proposa même un traitement mercuriel que le malade repoussa énergiquement en affirmant qu'il n'avait à signaler dans ses antécédents qu'une simple blennorrhagie éphémère qui fut guérie en quelques jours. Quelques semaines après, la neurasthénie disparut et les troubles de la région génitale furent très sensiblement améliorés. Mais, ils ne tardèrent pas à être remplacés par des vertiges, de la dyspnée, des quintes de toux et des douleurs stomacales qui rendaient l'alimentation impossible. Ces accidents n'eurent heureusementqu'une courte durée ; mais hélas ! on vit bientôt apparaître les signes non équivoques de l'ataxie locomotrice. Les membres inférieurs devinrent le siège d'une incoordination motrice caractéristique ; on constata successivement l'incertitude de la marche dans l'obscurité ou sur un parquet sans tapis, le signe de Romberg, celui d'Argyll-Robertson, l'absence des réflexes tendineux, des mouvements incohérents répandus dans les paupières et dans les globes oculaires, l'apparition de douleurs fulgurantes localisées dans la partie antérieure des cuisses, et d'autres troubles nerveux à peu près insignifiants. Toutes ces manifestations constituent, comme on le sait, le véritable faisceau symptomatique du tabès.

Notre malheureux confrère assista à l'évolution de son mal avec une impassibité et un courage dignes des plus grands éloges. Il suivit la cure prescrite très régulièrement sans montrer aucune défaillance. Il fut récompensé de sa ténacité. Deux ans après ce traitement persévérant il eut la satisfaction de voir s'atténuer les uns après les autres tous les accidents qui avaient infligé à son organisme une dure et cruelle épreuve.

Je n'ai pas besoin d'expliquer la généalogie de ce fait assurément

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