‹ La neurasthénieChapitre 118 sur 163 · NEURASTHÉNIE ET TABÈS. — GUÉRISON CONFIRMÉE DE CES DEUX MALADIES · texte numérisé non relu

NEURASTHÉNIE ET TABÈS. — GUÉRISON CONFIRMÉE DE CES DEUX MALADIES

Le professeur A. Fournier appelé en consultation déclara, après avoir examiné le malade et écouté le récit de son histoire pathologique, qu'on se trouvait en présence d'une ataxie locomotrice au début de son évolution engendrée par la syphilis. L'exactitude de ce diagnostic fut nettement confirmée ; on put voir, en effet, en quelques semaines, se développer successivement tous les symptômes du tabès.

Le malade continua sa cure hvdrothérapique avec une grande constance et fut soumis, bien entendu, à un traitement mercuriel sévère et de longue durée. Il fallut plus d'une année pour améliorer son état pathologique et lui permettre de reprendre sans inconvénient ses occupations professionnelles.

Je n'ai pas besoin d'avoir recours à de longs commentaires pour dégager les enseignements que renferme cette observation. Elle nous montre dans toute sa simplicité l'histoire d'un névropathe très déséquilibré chez lequel la neurasthénie a servi de prologue à un tabès incontestablement engendré par la syphilis.

En parcourant les travaux publiés par les professeurs Vulpian, Charcot, Fournier, Grasset, Raymond, Brissaud, Déjerine, G. Ballet, etc., on trouve des faits démontrant que la neurasthénie peut souvent précéder l'explosion de l'ataxie locomotrice et même figurer dans la séméiologie de cette maladie que l'on attribue aujourd'hui à une toxi-infection.

Type CXXIII. — Neurasthénie et Tabès.

Je veux consacrer quelques lignes à l'exposition d'un fait que j'ai observé en 1864 à l'établissement hvdrothérapique de Bellevue où je venais de remplacer Fleury. C'est celui d'un homme qui, à cette époque déjà lointaine, était dans la force de l'âge ; il possédait la réputation d'un coureur d'aventures et se vantait volontiers d'avoir pour le coït debout une passion irrésistible. 11 fut arrêté dans ce qu'il appelait ses exploits par l'apparition de troubles nerveux qu'on aurait aujourd'hui considérés comme des accidents neurasthéniques. Quelque temps après il fut atteint d'ataxie locomotrice. 11 constata avec tristesse l'incoordination de ses mouvements musculaires qui donnait à sa démarche une allure chancelante dont il était presque honteux et ressentit en même temps des douleurs fulgurantes qui parfois lui arrachaient des cris déchirants. Mais, — et ce fut une grande humiliation pour lui — il s'aperçut que ses désirs vénériens n'existaient plus et que sa virilité génitale était presque ('teinte. Il prit la détermination de s'installer dans l'établissement de Bellevue afin de rompre

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subitement avec les exigences de ses relations mondaines et pour y • suivre la cure hydrothérapique qu'on venait de lui conseiller. Il subit pendant environ deux ans cet internement volontaire qui fut très salutaire à sa santé et après lequel il eut la joie de constater que ses facultés vitales avaient à peu près retrouvé l'intégrité de leur fonctionnement.

Je restai fort longtemps sans avoir des nouvelles de ce malade et j'ignorais ce qu'il était devenu lorsqu'un un jour je le rencontrai sur le boulevard. C'était en 1900, c'est à dire, trente-six ans après sa sortie de l'établissement de Bellevue. Je m'approcbai de lui, et il m'apprit que depuis l'époque où je lui administrais deux fois par jour les douches dont il avait besoin, il était à peu près complètement débarrassé de tous ses désordres nerveux. Il marchait bien, allait assez souvent à la chasse sans éprouver la moindre fatigue et m'avoua très sincèrement que son existence, quoique plus assagie qu'autrefois, lui paraissait fort agréable.

Je n'ai pas besoin de commenter cette observation qui, malgré les lacunes qu'elle présente, offre des traits capables d'intéresser la curiosité du lecteur.

— Je ne crois pas nécessaire de mentionner ici les quelques troubles neurasthéniques que l'on voit apparaître chez les malades atteints de certaines affections organiques du cerveau, de la moelle épinière et des nerfs et notamment de celles qui provoquent une altération des éléments histologiques ou qui projettent des produits hétéromorphes à travers la trame de nos tissus. Dans tous ces cas les manifestations de la neurasthénie ont une durée éphémère, apparaissent presque furtivement dans la période prémonitoire de ces états morbides et n'offrent à l'examen de l'observateur qu'une vision fugitive sans valeur clinique et sans portée. Je ne fais d'exception que pour les névrites et les polynévrites qui sont quelquefois précédées et même accompagnées d'accès de neurasthénie. —

Relations de la neurasthénie avec certaines psychoses. Paralysie générale. Mélancolie. Hypocondrie. Troubles psychiques qui peuvent être attribués à la dégénérescence ou à la psychasthénie autonome. — Tous les aliénistes reconnaissent que les psychoses ont des relations incontestables avec quelques névroses et notamment avec la neurasthénie. On trouve dans les travaux récents des Drs Fournier, Raymond, Joffroy, Brissaud. G. Ballet, Babinski. etc., des considérations importantes qui précisent avec une grande clarté les attri-

butions qu'il faut accorder à ces alliances pathologiques. Elles nous apprennent notamment que la maladie de Beard figure assez souvent dans le prologue de la paralysie générale progressive. Elles nous indiquent aussi que les symptômes de cette névrose se confondent souvent avec ceux de la psychasthénie et sont quelquefois associés à certaines formes de la mélancolie, de l'hyponcondrie. Elles nous montrent même qu'ils peuvent se dissimuler, quoique très rarement, au milieu des perturbations vésaniques qui ont une grande analogie avec la confusion mentale ou la démence précoce, la mythomanie et les troubles psychiques qui se manifestent chez certains dégénérés.

Je vais commencer tout d'abord par étudier les relations que la neurasthénie semble avoir avec la paralysie générale ou la pseudoparalysie générale. Pour étayer convenablement cet examen je m'empresse de lui donner pour point d'appui le récit de quelques faits empruntés à mon recueil d'observation.

La neurasthénie et la paralysie générale progressive. — Les accidents nerveux qui surviennent avant l'apparition de cette grave affection et même au moment où elle commence à signaler sa présence doivent être analysés avec soin. Quelquefois ils constituent un ensemble confus dans lequel on distingue des manifestations qui paraissent appartenir à la mélancolie, à l'hypocondrie ou à un état mental le plus souvent mal déterminé. Mais dans d'autres circonstances ils semblent n'être que l'expression pure et simple de la maladie de Beard. Cette névrose peut, il est vrai, conserver pendant un certain temps ses caractères essentiels, mais le plus souvent elle disparaît chassée en quelque sorte par l'entrée en scène des perturbations spéciales que l'on considère avec raison comme les signes précurseurs de la paralysie générale ou de la pseudo-paralysie générale.

La pseudo-paralysie générale est un nom nouveau servant aujourd'hui d'étiquette à cette forme de la paralysie générale qui reste longtemps stationnaire et qui peut même être, provisoirement du moins, améliorée d'une façon très saisissante. Il est très difficile d'en tracer les véritables limites. Considérée par quelques médecins comme le résultat d'une artério-sclérose cérébrale, elle est pour un très grand nombre de confrères à la tète desquels il convient de placer le professeur Fournier, une manifestation non équivoque delà syphilis. S'il en est ainsi, il n'est pas illogique de croire que la neurasthénie sur le développement de laquelle les maladies toxi-infectieuses ont une

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influence dont j'ai indiqué précédemment les diverses modalités, puisse se manifester au moment même où le virus vénérien commence son invasion dans les tissus encéphaliques.

La pseudo-paralysie générale, quelle que soit l'origine qu'on lui attribue, se traduit par des signes spéciaux qui révèlent un grand épuisement des forces de l'organisme et une détresse très accentuée des facultés intellectuelles et morales. Elle ressemble tellement à la vraie paralysie générale qu'il est parfois impossible de distinguer les différences qui existent entre ces deux états morbides. Dans tous les cas on est disposé à admettre qu'ils ont l'un et l'autre des alliances avec la neurasthénie qui, selon les dates de son apparition, figurent dans les prodromes de ces maladies ou se montrent sous une forme épisodique momentanément associée aux symptômes initiaux qui annoncent l'invasion delà psychose.

J'ai eu l'heureuse fortune d'être l'interne du professeur Délaye à l'époque où il dirigeait, en collaboration avec le Dr Mareband, le père de notre regretté confrère Gérard Marchand, le service des aliénés à l'hospice de la Grave à Toulouse. C'est à ce remarquable professeur que l'on doit la découverte des symptômes caractéristiques de cette psvcbose. C'est lui qui m'a appris à les connaître.

Il était en 1822 l'interne du grand Pinel et se trouvait, à ce titre, chargé de surveiller un grand nombre de malades internés dans son hôpital.

Vivant pour ainsi dire au milieu d'eux, il étudia avec soin les manifestations extérieures de leur déchéance et finit par découvrir que certains aliénés avaient un embarras de parole coïncidant avec un tremblement de la langue et des lèvres qui rendait l'articulation des mots difficile et parfois même impossible. 11 remarqua en même temps que ces infortunés avaient une démarche incertaine, s'affaiblissaient de jour en jour et aboutissaient, après avoir eu quelquefois des accès convulsifs. à une paralysie qui finissait par anéantir progressivement la force motrice de leur organisme. Il constata que cette paralvsie atteignait également leurs facultés intellectuelles et morales, en laissant deviner que leur esprit manifestement égaré était sous l'influence de conceptions délirantes au milieu desquelles'on pouvait dépister des pensées hypocondriaques traversées par les idées d'une folle grandeur ou d'une trop généreuse toute puissance. Il avait observé que cette maladie qu'il désigna sous le nom de paralysie générale progrt>>i\i' dégradait impitoyablement foutes ses victimes et finissait toujours par la mort.

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