CONCEPTIONS DE LASÈGUE SUR LA PARALYSIE GENERALE
quence pénétrante : « Quand on met d'un côté l'esprit qui cherche les molécules pathologiques et, de l'autre, l'esprit qui croit avoir le droit de commander à la force première, on sait ce que valent de pareils enseignements... Ce n'est pas à dire qu'il faille se cloîtrer dans ces vastes conceptions et délaisser les moyens d'investigations qui sont entre nos mains. L'observation siège aujourd'hui à l'entrée de toute science ; mais elle peut devenir inutile si elle n'est pas couronnée par des réflexions perspicaces et profondes. » Ce qui veut dire, en employant des termes plus vulgaires, que la biologie est une science indivisible et que le médecin ne peut étudier l'ébranlement des fonctions humaines sans tenir compte du terrain où il a puisé son origine.
Combien il est regrettable que la mort nous ait si promptement enlevé ce grand neurologiste. Nous aurions eu peut-être le vif plaisir de l'entendre dans cette mémorable discussion provoquée par le professeur Fournier à l'Académie de Médecine sur le rôle de la syphilis dans la paralysie générale. S'il avait pris la parole il aurait certainement essayé de démontrer, en tenant compte bien entendu des faits nouvellement affirmés, que la paralysie générale, tout en représentant un type parfaitement défini, était entourée d'affections cérébrales qui, en conservant avec elle des points de contact ou de ressemblance assez nombreux, avaient parfois une évolution différente.
C'est en m'inspirant de ces idées qu'il m'a été possible d'entrevoir les relations de la neurasthénie avec la paralysie générale. J'espère que les faits suivants pourront contribuer à expliquer la nature de ces relations.
Type CXXIV. — Neurasthénie et Paralysie générale.
Le malade dont je veux dans ce type esquisser la silhouette est né dans le midi de la France. Il appartient à une famille mal famée au point de vue des facultés cérébrales. Exubérant comme beaucoup de ses compatriotes, il aimait donner à l'expression de ses pensées, même les plus vulgaires, une allure presque toujours fort exagérée. Tous ses actes portaient une empreinte de bizarrerie qui révélait un inexplicable accouplement d'excitation et de faiblesse. Violemment préoccupé de conquérir une position sociale enviable, il fit de grands efforts pour l'obtenir. Malheureusement il ne put réaliser son rêve; et l'insuccès de ses louables tentatives lui causa un grand chagrin. Fortement éprouvé par des déceptions inattendues, il eut quelques accès d'agitation auxquelles succédèrent les manifestations d'une