OBSERVATION D'UNE MALADE ATTEINTE D'UNE NEURASTHÉNIE AUDITIVE
Quelquefois l'impression redoutée se traduisait tantôt par des mouvements involontaires dont la malade triomphait facilement, tantôt par des douleurs aiguës n'ayant pas de siège fixe et d'une durée éphémère, ou encore par des palpitations de cœur déterminant dans la région faciale des alternatives de pâleur et de rougeur très caractérisée.
Dans d'autres circonstances, rares il est vrai, la malade ne trahissait d'autres trouhles apparents qu'une concentration mentale qui semhlait suspendre momentanément toutes ses sensations et la soustraire à tous les sons de voix importuns.
Dans les premières semaines de cette épreuve énervante et cruelle, les tentatives faites pour lutter contre le mal furent couronnées de succès; mais bientôt ces tentatives souvent renouvelées amenèrent un épuisement nerveux considérable et une grande dépression des facultés psychiques ; notre intéressante malade absolument désespérée se déclara vaincue et appela à son secours (1).
Les médecins convoqués conseillèrent au mari un voyage prolongé et à la femme une vie tranquille et retirée. Cette séparation thérapeutique qui dura deux mois n'eut qu'un résultat peu satisfaisant. C'est alors que les deux époux, troublés par les ennuis d'une situation si extraordinaire et si incertaine, vinrent à Auteuil pour soumettre la malade à un traitement hydrothérapique indiqué par son médecin.
Elle me fit le récit que je viens d'esquisser avec une animation si touchante, une sensibilité si vive et une précision si remarquable que je pus, sans aucune hésitation, attribuer les troubles nerveux et le chagrin de cette honnête femme à une perturbation morbide de son système émotif.
Les allusions voilées et discrètes relatives à l'exercice des fonctions génitales ne m'autorisaient pas à admettre l'influence de la véritable hystérie dont les signes révélateurs et les stigmates caractéristiques faisaient complètement défaut.
Les appareils de la vision et de l'audition examinés avec grand soin et à plusieurs reprises par les Drs de Wecker, Bonnafont et Duplay furent trouvés dans une intégrité parfaite.
Les sens de l'olfaction, du toucher et du goût fonctionnaient en général d'une façon normale, quoique ayant, dans une sphère limitée,
(1) Il est aisé de constater ici l'angoisse, les obsessions et les troubles de la volonté qui se manifestent dans la psychastbénie.