PERSONNALITÉ INTÉRESSANTE DR CETTE NEURASTHÉNIQUE
une réceptivité irrégulière.< Ainsi, la malade éprouvait, en sentant l'odeur du musc, un malaise inexprimable qui disparaissait, du reste, après quelques aspirations de l'air extérieur ; elle ne pouvait pas toucher le velours sans avoir un sentiment de répugnance, et, à certains moments, il lui était impossible, quand on mettait du sel ou du sucre sur la base de sa langue, de distinguer la substance mise en contact avec les nerfs du goût; elle prenait volontiers du sel pour du sucre ou du sucre pour du sel. Ces anomalies qui sont plus fréquentes qu'on ne le croit et qui d'ailleurs n'ont qu'une importance relative, révèlent presque toujours une certaine irrégularité dans les sphères de la sensibilité et des actions émotives.
Après avoir constaté que cet organisme examiné avec attention ne présentait ni troubles fonctionnels sérieux ni lésions appréciables il me restait, pour compléter mes renseignements sur l'apparition et l'évolution de cet état névropathique, à rechercher la part qu'on pouvait légitimement attribuer à l'hérédité et à l'influence du milieu. Les investigations que je fis me parurent intéressantes. Qu'il me soit permis de ne mentionner ici que celles qui concernent exclusivement mon sujet.
La jeune femme était de race bourgeoise et appartenait à une très honorable famille installée dans une petite ville du centre de la France. Son père était un industriel intelligent, riche et généralement estimé. Sa mère d'un caractère doux et sérieux à la fois avait la réputation, bien motivée du reste, d'une digne et excellente maîtresse de maison. Elle donna à ses enfants une éducation parfaite dans laquelle elle avait pu mélanger avec un tact inouï les agréments d'une vie mondaine convenable, les principes d'une religion bien comprise et les devoirs d'une charité soigneusement conçue.
La jeune malade soumise à mon observation était spirituelle et d'une impressionnabilité très vive que dominaient son éducation et sa volonté. Elle aimait beaucoup la lecture, jouait du piano avec un certain charme et avait pour la musique un véritable culte. Le choix des morceaux harmoniques qu'elle exécutait ne laissait aucun doute sur la nature de ses sentiments et la sûreté de son goût. Elle éprouvait un plaisir extrême à jouer la musique de Haydn, de Bach, de Haendel, de Rameau et de Palestrina; elle aimait à la fois Gluck et Piccini, adorait Mozart surtout dans ses sonates, était profondément et sainement émue par les symphonies de Beethoven. Elle appréciait nos auteurs modernes avec un grand discernement qui permettait d'entrevoir ses préférences; mais elle ne pouvait entendre jouer du