EFFETS PRODUITS SUR CETTE NEVROSEE PAR LA VOIX DE SON MARI
feu souvent et sans crainte, c'est à dire Je rechercher des relations nouvelles, de parader dans le monde où il trouverait grâce à ses dons naturels, les succès dont il avait besoin pour raffermir sa volonté.
Un jour, guidé par ces couseils maternels, il accepta de diner et de passer la soirée chez notre industriel. On lui lit un gracieux accueil et pour témoigner toute sa reconnaissance et sa satisfaction il déploya un talent de chanteur merveilleux. Tout le monde fut subjugué et la jeune tille de la maison, absolument charmée par les sons de cette voix mélodieuse, ressentit une impression suave d'où naquit un amour profond. Cet amour que la musique fit éclore fut partagé par le jeune homme : et les pourparlers nécessaires ayant abouti, le mariage de nos deux amoureux fut décidé et accompli.
Après le voyage de noce obligatoire, le jeune couple revint au château où il fut reçu avec un plaisir extrême. Je passerai rapidement sur les douze premières années de cette période de joie et de bonheur qui ne furent troublées que par quelques réflexions malicieuses faites par la maîtresse de céans sur l'excessive impressionnabilité de sa bru.
A celte période de félicité, durant laquelle la jeune épouse mit au monde trois magnifiques enfants, succédèrent des moments de tristesse que cette famille si heureusement privilégiée n'avait presque jamais connus. Voici Ja cause de ce changement.
Le mari, au retour d'une chasse aux canards très pénible, fut atteint d'une laryngite grave qui détermina une altération sérieuse des cordes vocales. Lorsque l'acuité de cette irritation fut apaisée, il essaya de chanter,, mais il constata, à son grand désespoir, que sa voix était devenue chevrotante, rude et éraillée. Sa femme plus affectée que lui de ce changement, provoqua de nombreuses consultations et lui prodigua les soins les plus tenaces et les plus affectueux. Tous ces efforts furent inutiles, le chant dût être proscrit. Hélas! notre jeune femme, si heureuse jusqu'alors, se sentit cruellement atteinte et découragée. Elle découvrit aussi que la parole de son mari qu'elle avait toujours entendue et écoutée avec plaisir produisait sur elle une sensation désagréable dont elle parvint tout d'abord à maîtriser l'intensité, mais qui, à la longue, provoqua des accidents spasmodiques se traduisant par des contractions involontaires, des alternatives de pâleur et de rougeur principalement appréciables dans la région faciale. Ces accidents de la première heure devinrent plus complexes et plus accentués ; la malade se mit à pleurer souvent en regret-
tant le bonheur passé; elle eut des moments de tristesse qu'aucune distraction ne pouvait calmer et, finalement, tout en conservant pour les siens une affection sans limite, elle sentit naître dans son esprit le désir ardent de la solitude.
Son mari essaya en lui parlant de donner à sa voix des accents moins rudes ; sa belle-mère entreprit de la guérir en faisant des lectures et surtout des conversations destinées à raffermir sa volonté contre les écarts d'une sensibilité physique et morale trop démesurée ; sa sœur proposa, sans succès, la fameuse cure de mai sous le patronage du rossignol, et sa belle-sœur, tout en prêchant la résignation, l'engageait à se consacrer à la musique religieuse. Cette consultation médico-familiale dans laquelle on accumulait des moyens aussi étranges qu'affectueux, ne produisit pas naturellement les effets salutaires qu'on attendait.
La persévérance de tous ces accidents nerveux obligea la famille à provoquer une véritable consultation. J'ai déjà dit que les médecins appelés à donner leurs avis proposèrent l'intervention des médications les plus variées et les plus rationnelles et finalement conseillèrent à la malade de venir s'installer à Auteuil pour y suivre une cure d'hydrothérapie.
Je n'ai pas à revenir sur cette première entrevue dans laquelle j'appris tous les détails de l'histoire pathologique que je viens de raconter. Il ne me reste plus qu'à présenter mes conclusions.
Et d'abord, je puis dire que mon intéressante malade était absolument affranchie de tout vice héréditaire, ne présentait aucun signe pouvant faire supposer l'existence d'une lésion organique, d'un trouble fonctionnel quelconque et même d'une névrose systématisée, comme l'hystérie par exemple. Son éducation avait été parfaite, son genre de vie très sagement choisi et ses facultés intellectuelles fort judicieusement développées. De ce côté aussi je ne pus découvrir aucune cause capable de favoriser le développement de ce mal.
En revanche, je pus compléter mes recherches et m'éclairer sur les diverses causes qu'on pouvait rendre responsables de cet état nerveux spécial, en étudiant l'entourage dans lequel ma névrosée a presque toujours vécu.
Dans sa jeunesse elle subit l'influence de sa sœur, une mystique étrange, qui dut à un mariage heureux la délivrance de ses incorrections nerveuses.
Plus tard, elle ne trouva en son mari qu'un homme hésitant et
tRODBLES ÉMOTIFS DUS A LA PERTURBATION DU NERF AUDITIF. 335
presque toujours timide, incapable de soutenir sa volonté vacillante. Elle eut aussi à supporter les railleries de sa belle-mère qui étouffaient les élans de son cœur et les acrimonies de sa belle-sœur qui paralysaient son initiative.
Voilà le milieu dans lequel a vécu ma malade. Il était défectueux et lui a été funeste. Néanmoins je crois qu'il n'eût produit aucun effet désastreux si elle n'avait porté en elle le germe d'un mal trop disposé à éclore à la moindre occasion.
Comme médecin, je fus amené à constater chez l'héroïne de mon observation une impressionnabilité physique et morale qui la rendait aisément victime des émotions qu'elle éprouvait. Son esprit, ordinairement alerte, devenait parfois nuageux et indécis dans ses manifestations ; son caractère, souvent hésitant et sombre, révélait par moment une tristesse effleurant la mélancolie. Son appareil auditif, matériellement intact était depuis les épanouissements du nerf acoustique dans le labyrinthe de l'oreille interne jusqu'à sa distribution cérébrale vers les centres nerveux correspondants, dans un état de sensibilité déplorable. Il ne faut pas oublier que c'est lui qui a ouvert la porte à deux battants à l'amour et à la douleur et qui a occasionné par son incorrection sensitive l'affection dont ma malade était atteinte.
Je me trouvais donc en présence d'une névro-psychose, d'origine sensorielle, ayant tait explosion dans un milieu favorable à son développement, et caractérisée par ces alternances de dépression et d'irritabilité que présentent les neurasthéniques cérébraux.
Je demandai aussitôt la séparation du mari et de la femme. Je prescrivis un isolement sévère et un traitement hydrothérapique rigoureusement suivi. Je réservai pour une époque ultérieure mes tentatives thérapeutiques sur l'appareil auditif.
Je commençai d'abord la cure en administrant des douches légères et tempérées que je remplaçai bientôt par des douches froides assez énergiques auxquelles je substituais de temps en temps des piscines froides plus ou moins prolongées.
La malade un peu désorientée par ce changement de vie eut des moments'd'abattement et de faiblesse; puis elle noua quelques relations avec les personnes qui vivaient autour d'elle dans l'établissement et parvint à se distraire, soit en exécutant des travaux manuels, soit en faisant des lectures intéressantes.
Après trois mois de ce traitement qui fut suivi avec une grande ponctualité et, je dois le dire, avec une réelle confiance, la malade
336 TRAITEMENT DE CETTE NEURASTHÉNIE. — PREMIERS ESSAIS. — RESULTATS INCERTAINS
sentit renaître ses forces nerveuses et son énergie. Elle me demanda naturellement de revoir son mari, désireuse de savoir si elle pouvait entendre sa voix sans éprouver 1 es secousses qui lui avaient causé tant de chagrin.
Je consentis à cette entrevue. Le mari vint et pendant trois jours elle put entendre sa voix sans ressentir aucune impression pénible; elle affirma toutefois quelle se sentait agacée par certaines dissonnances désagréables qui me semblèrent de mauvais augure. J'interrompis le séjour du mari ; j'engageai la malade à rentrer dans son isolement et à recommencer sa cure, en lui laissant entrevoir la possibilité d'une confrontation prochaine.
Mais, avant de provoquer cette seconde entrevue, je désirai avoir l'avis du professeur Brown-Sequard qui me conseilla d'ajouter au traitement prescrit l'éducation de l'oreille par une audition bien calculée de sons agréables aux nerfs de la malade. On pouvait, dans cet ordre d'idées, supposer que les impressions auditives nouvelles étoufferaient les anciennes, ou qu'elles donneraient aux cellules chargées de les recueillir une résistance plus grande.
J'essayai les lectures à haute voix, le chant, la musique symphonique, les représentations lyriques, les discours politiques prononcés par nos plus grands orateurs et les mélodies religieuses. La malade m'apprit qu'elle n'avait eu de sensations vraiment agréables qu'en entendant les chants pieux et les orateurs qui défendaient à la tribune des idées conformes à ses croyances et à ses opinions.
Tenant compte de cette appréciation personnelle, je lui conseillai de suivre une mission qui, à ce moment, était prèchée dans une église de Paris par un orateur très éloquent doué d'un talent de parole remarquable et d'une voix très harmonieuse. Je connaissais depuis longtemps ce prédicateur justement renommé par le choix de ses conférences, la lucidité de son esprit et la générosité de ses sentiments. Il avait, en outre, un certain dédain pour le genre déclamatoire auquel il préférait l'art descriptif dont il possédait tous les secrets, aimant mieux convaincre ses auditeurs en leur présentant d'agréables images et des tableaux saisissants que de troubler leur sentiment par de violentes objurgations ou des discours enflammés.
Cet orateur chrétien eut sur mon intéressante malade une influence très heureuse ; l'équilibre nerveux devint de plus en plus stable, et son appareil auditif put entendre des bruits discordants sans ressentir la moindre olfense.
Quand la mission fut terminée, je priai le mari de se rendre à
BIENFAITS DE [^HYDROTHÉRAPIE ET n'iXE ÉDUCATION SPÉCIALE DU SENS AUDITIF. '.ÏA~
Auteuil ; cette nouvelle entrevue qui eut lieu environ trois mois après la première nous donna une entière satisfaction. T,a malade me parut guérie ; je l'engageai à rentrer chez elle, ce quelle fit avec une grande joie ; j'appris bientôt qu'elle avait pu reprendre, sans éprouver le moindre trouble, la vie familiale et mondaine des premières années de son mariage.
Depuis cette époque j'ai eu l'occasion de la voir plusieurs fois et j'ai pu acquérir ainsi la certitude que la guérison était parfaitement consolidée.
Cette guérison qui, à l'heure où j'écris ces lignes, a vingt cinq ans de durée, peut être attribuée à l'influence combinée d'un changement de milieu, d'un isolement dirigé avec attention,, d'un traitement hydrothérapique suivi très régulièrement pendant six mois et enfin d'une éducation spéciale du sens auditif.
Il me serait difficile de dire, même aujourd'hui, quel a été le principal facteur de cette guérison. Je crois que chacun d'eux mérite d'avoir une juste part dans ce succès, et je me fais un plaisir de la leur accorder; mais je dois reconnaître que la combinaison de leurs actions thérapeutiques a été le principal "artisan de cette œuvre réparatrice.
Quelque temps après le départ de ma névropathe, je reçus la visite d'Alexandre Dumas fils qui, à cette époque, venait souvent à Auteuil prendre des douches et disserter sur le nervosisme*
Dans une de ces conversations étincelantes et toujours instructives il cherchait à démontrer que, pour pénétrer dans le cœur d'une femme, l'amour fait une brèche plus grande et plus complète que la maladie. Je n'étais pas de son avis et je cherchais h établir mes préférences en lui citant plusieurs cas parmi lesquels je pus placer celui qui a fait le sujet de cette causerie. Dumas écouta mon récit avec attention et me dit en lançant sur moi son regard limpide et pénétrant : « Je suis le premier qui ai décrit l'influence qu'exerce la voix humaine sur les nerfs de la femme. Lisez, pour vous en convaincre, une nouvelle publiée il y a dix ans environ et intitulée : La Maison du Vent ». En parcourant le livre qu'il m'avait adressé et dans lequel se trouvait cette nouvelle, je m'aperçus immédiatement que l'héroïne de son petit roman n'était pas une malade, mais une amoureuse d'une nature spéciale à la recherche de toutes les voluptés. Elle épousa son mari après avoir été subjuguée par les charmes de sa douce parole ; elle le quitta bientôt pour se jeter dans les bras d'un ténor cosmopolite dont la voix avait I rouble son cœur. Après d'autres
338 LA NEURASTHÉNIE CÉRÉBRALE ET LA PSYCHASTHENIE. PSYCHO-NÉVROSES JLMELLES.
aventures du même genre elle rentra au domicile conjugal pour obtenir de son mari le pardon de ses fautes ; elle mourut accablée par ses remords.
Ce récit dramatique, tout en donnant à A. Dumas le certificat de priorité qu'il ambitionnait en faveur de sa découverte, me démontra que la passion de cette femme irrégulière avait mis en pleine lumière les faiblesses de son àme. Mais je ne pus lui cacher que son histoire, où l'amour assassin est substitué à l'amour médecin ne méritait pas de servir d'exemple et ne m'empêchait pas de- croire que, pour pénétrer au fond de la conscience humaine, la maladie est un flambeau plus lumineux et un guide plus sûr que l'amour.
« Je vous apporterai, dit-il en me quittant, des observations plus probantes. » Il n'a pas eu le temps de me les donner. Il est mort sans avoir pu tenir sa promesse.
En écrivant ces dernières lignes je ne puis m'empêcher d'évoquer les incomparables séductions de ce grand esprit et de lui envoyer à travers l'espace l'écho de mes souvenirs.
La malade dont je viens de décrire l'histoire pathologique était atteinte dune neurasthénie compliquée de troubles psychiques attestant une réelle perturbation des fonctions du cerveau. En dehors des symptômes de la maladie de Beard, cette névropathe avait des obsessions assez pénibles, des particularités émotives fréquentes, des impulsions et. des mouvements musculaires difficiles à maîtriser, des pensées incorrectes, des phobies non mottvées, de l'angoisse, de la tristesse, de la dépression intellectuelle, de l'aboulie, des manies extraordinaires. En un mot, elle présentait la plupart des phénomènes qu'on rencontre dans la cérébrastbénie de Beard, dans les formes adoucies de la dégénérescence, dans l'hypocondrie, dans la mélancolie et surtout dans la psychasthénie telle que le professeur Raymond vient de la décrire. Si mon éminent confrère avait connu cette malade, il aurait bien sûrement affirmé qu'elle était atteinte de psychasthénie. Il aurait peut-être eu raison. Cet acquiescement de ma part m'autorise à dire qu'il existe entre la psychasthénie et la neurasthénie cérébrale des liens indissolubles. Ces deux psychoses appartiennent à la même famille et obéissent à des influences causales identiques. Elles ne diffèrent que par leur représentation symptomatique qui, dans la psychasthénie, est toujours sévère et sou\ent alarmante, tandis que, dans la neurasthénie, elle prend une aî'ure plus mondaine et moins inquiétante. J'aurai l'occasion de m'occuper de ces deux psychoses lorsque j'étudierai les relations de la neu-
RELATIONS DE La neurasthénie avec la mélancolie. 339
rasthénie avec les troubles psychiques que certains auteurs attribuent à la dégénérescence de bon aloi. Je vais tout d'abord examiner les alliances de la neurasthénie avec la mélancolie consciente et l'hypocondrie névropathique.
Type CXXVI. — La neurasthénie associée à la mélancolie.
Le cas signalé dans ce type est celui d'un homme jeune encore dont le père a succombé à une paralysie générale et dont la mère a eu dans le cours de son existence une série d'accidents névropathiques compliqués d'une légère glycosurie. A ces influences héréditaires il faut joindre celles qu'ont eu sur la personnalité du malade un milieu mal choisi, une éducation incorrecte et une conduite aussi irrégulière que désordonnée. On n'a jamais pu savoir si le patient avait contracté la syphilis.
Dès les premières années de sa vie il fut atteint, à plusieurs reprises, de troubles nerveux mal définis se traduisant tantôt par des accès d'agitation, tantôt par les manifestations d'un grand' épuisement. On le plaça pensionnaire dans un lycée. Il travailla peu, vécut dans un certain isolement et n'eut jamais l'idée de nouer avec des camarades les relations amicales que les jeunes gens recherchent toujours avec un grand empressement.
A la fin de ses études, on le fit entrer dans un régiment dont le colonel était affectueusement lié avec ses parents. Bien qu'ayant reçu un agréable accueil des officiers de sa compagnie, il eut un accès de nostalgie qui engagea le médecin major à le renvoyer dans sa famille.
Après être rentré chez lui, il yécut pendant un certain temps dans une oisiveté qui fut désastreuse pour sa sensibilité morale. Sur ces entrefaites, il devint subitement amoureux d'une charmante jeune fille. Malgré sa timidité native il se décida à dévoiler à sa mère les sentiments dont son cœur était épris et la pria de supplier son père de demander en mariage la personne qu'il aimait. Cette démarche fut solennellement faite, mais elle eut un résultat déplorable qui se traduisit par un refus non motivé. Cet insuccès attrista la famille du prétendant; le père, profondément impressionné eut une commotion cérébrale assez forte après laquelle survinrent les signes prémonitoires de la terrible maladie qui devait l'emporter; la mère éprouva, de son côté une secousse morale qui engendra un véritable accès d'hystérie. Le fils fut à son tour atteint de neurasthénie. Après avoir ressenti une excitation dont il pouvait à peine amortir la violence, il
tomba dans une épouvantable prostration. Céphalée constriclive, douleurs raciiidiennes, troubles sensitifs et sensoriels de toute espèce, amyosthénie très développée surtout au réveil, sommeil agile, engourdissement intellectuel, irascibilité, misanthropie, tels furent les troubles morbides que le malade éprouva dans la première semaine qui suivit son échec matrimonial. A ces symptômes vinrent s'ajouter une grande inappétence, de l'atonie gastro-intestinale, des palpitations cardiaques, de la tachycardie intermittente, et une perturbation dans les fonctions urinaires caractérisée par de la spermatorrhée et par une diminution du coefficient des phosphates et de l'urée.
Ce jeune homme présentait donc tous les symptômes de la neurasthénie essentielle qu'on attribua légitimement à ses prédispositions constitutionnelles et aux violentes secousses qu'il venait d'éprouver. On lui conseilla un traitement I13 drothérapique qu'il suivit très régulièrement pendant fort longtemps. L'amélioration produite par cette cure fut incomplète; quelques symptômes de la neurasthénie disparurent, mais la mentalité du malade resta toujours précaire et l'on vit, au bout d'nn certain temps, surgir des idées mélancoliques qui tourmentèrent son entourage. En examinant attentivement ce patient, son médecin constata que sa physionomie portait toutes les empreintes d'un immense chagrin. Les traits de son visage étaient, pour ainsi dire, immobilisés dans l'expression de la tristesse; son regard obscur fuyait obstinément les personnes placées à sa portée ; ses lèvres crispées ne laissaient échapper que des paroles incohérentes ou désespérées. Accablé de remords à peu près tous enfantés par son imagination maladive, il s'accusait d'avoir profondément troublé son existence et compromis la sécurité de ses pare/its. On l'entendait souvent maudire ses défaillances passées et même appeler la mort à son secours pour l'aider à mettre un ternie à ses souffrances.
L'apparition de tous les désordres psychiques que je viens de décrire donna aux médecins consultés une vive inquiétude et inspira à l'un d'eux un pronostic lugubre qui heureusement ne se réalisa pas. Sous l'influence d'une cure physique bien appropriée et d'une psychothérapie attentive, le malade obtint une réelle amélioration qui se transforma peu à peu en une guérison définitive.
Cette observation nous permet de constater les liens qui enchaînent la neurasthénie avec cette forme de mélancolie que certains auteurs désignent sous le nom de mélancolie consciente pour la distinguer de celle où l'on constate des hallucinations, des obsessions, de terribles anxiétés et des conceptions délirantes toujours prèles à ouvrir