TROUBLES NERVEUX ET PSYCHIQUES LIÉS AU GOITRE EXOPHTALMIQUE
pagnent la maladie de Graves et auxquelles le professeur Dieulafoy a voulu faire allusion, une des plus fréquentes est la neurasthénie. Elle trouve son origine dans les prédispositions innées ou acquises de l'organisme qui lui sert de support, dans l'ébranlement nerveux provoqué par l'intervention brusque d'un traumatisme physique ou moral, dans les troubles île nutrition, dans certaines intoxications et dans les effets nocifs des substances toxiques que des sécrétions incorrectes ou des microbes introduisent dans le liquide sanguin.
Quand les phénomènes dont je viens de parler sont en train de se réunir pour former un groupe pathologique, on voit souvent la neurasthénie précéder la maladie de Basedow ; quelquefois, au contraire, elle survient à sa période terminale ; mais je dois dire qu'on l'observe très exceptionnellement au moment où les symptômes basedowiens sont nettement accentués et où, par conséquent, le paroxysme morbide est à son comble. Les faits seuls vont nous éclairer sur les relations et les affinités de ces deux névroses.
Type GVIIIL. — Neurasthénie. — Goitre exophtalmique.
Dans ce type, je puis transcrire un cas dont l'évolution mérite une mention spéciale.
Il s'agit d'une jeune femme issue d'une race névropathique, élevée dans un milieu agité, atteinte à l'âge de vingt ans, d'une fièvre typhoïde assez bénigne, mariée très convenablement selon son cœur. A la suite d'une scène de ménage provoquée par la jalousie, elle eut un accès de neurasthénie caractérisée par un affaissement considérable du système nerveux, de la céphalée constriclive, de la rachialgie, de l'atonie gastro-intestinale, et des palpitations de cœur accompagnées de sanglots et d'étouffements. Elle perdit le sommeil et l'appétit ; ses forces physiques diminuèrent sensiblement et son intelligence, ordinairement vive et alerte, manifesta des signes d'engourdissement pendant que son caractère devenait intolérant et irascible.
Elle se condamna à un isolement relatif qui apaisa son impressionnabilité sans parvenir pourtant à dissiper les soupçons dont son cœur de femme était envahi.
Après avoir bénéficié du calme que le repos lui avait procuré, elle eut de nouvelles contrariétés qui excitèrent son système nerveux. Les symptômes neurasthéniques de la première heure reparurent, les digestions devinrent très pénibles et la malade ne tarda pas à éprouver des palpitations cardiaques accompagnées d'une tachycardie très accentuée dont les oreilles semblaient ressentir le contre-coup et
d'une sensation de chaleur intolérable qui se manifestait de préfé" rence sur la peau des mains et des pieds. Son système musculaire devint le siège d'un tremblement particulièrement appréciable dans les globes occulaires qui, à certaines heures de la journée, semblaient sortir de leur orbite. En même temps survinrent des étouffements à la suite desquels le cou se tuméfia et devint le siège d'un empâtement manifeste.
Cette jeune malade présenta les signes de la maladie de Basedow. Les médecins consultés l'attribuèrent à de nombreuses causes, notamment aux prédispositions héréditaires et acquises de son organisme, mais ils jugèrent que la neurasthénie n'avait pas été étrangère à son explosion.
Le traitement hydrothérapique qui lui fut conseillé et qui se composa tout d'abord de douches tempérées, puis de douches attiédies progressivement refroidies, produisit un très heureux résultai.
Après plusieurs mois la jeune malade retrouva une santé parfaite Elle devint enceinte, accoucha d'un enfant bien portant qu'elle nourrit pendant dix-huit mois environ sans éprouver la moindre fatigue. Depuis cette époque son existence est restée à l'abri des secousses nerveuses qui avaient troublé sa première jeunesse.
Type CVIIL. — Neurasthénie. — Goitre exophtalmique suivi d'une hémorragie cérébrale.
La malade dont je désire ici tracer les traits pathologiques a été plus sérieusement atteinte que la précédente. Son père avait tous les vices et les défauts que donne une vie joyeuse et désordonnée. Il était atteint de la goutte qui faisait dans son estomac et dans son cerveau des visites dont il eut le tort de ne pas apprécier l'importance et la gravité. Sa mère était une hystérique dont les crises convulsives avaient une violence incalculable. La mauvaise éducation qu'elle reçut dans le cours de ses premières années, le milieu néfaste dans lequel elle fut condamnée à vivre, firent naître des accidents nerveux qui conservèrent pendant assez longtemps la forme neurasthénique. Elle avait pris l'habitude de s'enfermer dans sa chambre pous se soustraire au pénible spectacle familial dont ses parents étaient les tristes personnages. La malheureuse jeune Pille n'osait manifester aucun blâme et enfermait dans son cœur de déchirantes impressions presque quotidiennes qui lui arrachaient bien des larmes et la plongeaient dans une profonde tristesse.
Un jour à la suite d'une scène violente que sa tendresse filiale
NEURASTHÉNIE. GOITRE EXOPHTALMIQUE SUIVI D'UNE HÉMORRAGIE CÉRÉBRALE. 379
essaya d'apaiser, elle éprouva tous les symptômes caractéristiques de la neurasthénie qui ne tardèrent pas à être remplacés par ceux de la maladie de Basedow.
Le médecin chargé de veiller sur sa santé constata bientôt des palpitations cardiaques suivies d'une tachycardie qui accusait plus de cent cinquante pulsations artérielles par minute. L'apparition du goitre ne se fit pas attendre, bientôt après ses yeux devinrent saillants, donnant à la jeune malade ce regard étrange que Marchai de Calvi appelait dans son langage tribunitïen un regard tragique.
La maladie de Basedow dont cette infortunée avait re£u le germe dans son berceau, provoqua tous les symptômes somatiques qui forment son escorte physique habituelle et se traduisit ensuite par des troubles psychiques de toute espèce qui faillirent égarer sa raison.
J'ai eu l'occasion de la soigner pendant deux années entières en lui administrant les douches les plus variées parmi lesquelles les douches tempérées progressivement refroidies jouèrent le principal rôle. Après ce traitement qui fut très prolongé, la malade retrouva la sérénité de son esprit et une partie des forces physiques qu'elle avait perdues. Lorsque sa santé fut améliorée, elle put reprendre ses relations mondaines un instant interrompues et sa vie aurait probablement suivi un cours régulier et tranquille si elle n'avait pas eu la mauvaise fortune d'éprouver une douleur extrême qui terrassa sa résistance.
Elle eut une hémorragie cérébrale suivie d'une hémiplégie et de quelques troubles aphasiques. Elle resta pendant un an sous le coup de cette terrible attaque et succomba à la suite d'une nouvelle congestion de l'encéphale.
Les considérations cliniques que j'ai empruntées au professeur Dieulafoy et que j'ai exposées tout à l'heure permettent de jeter une certaine lumière sur l'évolution de cette forme de la maladie de Basedow et sur l'enchaînement des phénomènes morbides qui font leur apparition dans cette intéressante observation. Elles donnent raison à ceux qui croient que le goitre exophtalmique est une affection cérébrale.
Type CVIL. — Psycho-névroses liées à un goitre exophtalmique se terminant par une neurasthénie.
Le fait que je vais indiquer présente un ensemble pathologique dans lequel figurent simultanément ou séparément les symptômes de la plupart des névroses les plus connues.
Le sujet qui nous offre ce curieux spécimen est une femme du monde dont le père a succombé à une paralysie générale et la mère à