‹ La neurasthénieChapitre 138 sur 163 · CAUSES PROBABLES DE CETTE ASSOCIATION DE NÉVROSÉS · texte numérisé non relu

CAUSES PROBABLES DE CETTE ASSOCIATION DE NÉVROSÉS

caractéristique ; elle était même aggravée à certains moments par des troubles psychiques à forme intermittente révélant des idées hypocondriaques très variées et de véritables phobies. J'eus l'occasion de diriger le traitement hydrothérapique qui lui fut conseillé et je lui administrai d'abord des douches sédatives promptement remplacées par des douches froides et légères dont l'intervention me parut motivée par la grande faiblesse de la malade. Cette cure dura pendant près d'une année et produisit un résultat satisfaisant.

La malade reprit heureusement sa vie de famille et elle ne tarda pas à devenir enceinte. Sa grossesse fut bonne, son accouchement normal; mais ses relevailles furent assez pénibles et concordèrent avec une série de contrariétés qui produisirent une grande excitation de son système nerveux.

Elle éprouva une céphalée constrictive à la région occipitale, de la rachialgie et de l'amyosthénie surtout au moment du réveil. Tourmentée par cet état de prostation elle devint soucieuse et irascible et se vit condamnée à une impuissance intellectuelle qui empêchait son esprit d'accomplir le moindre effort. Elle présenta les symptômes caractéristiques de la neurasthénie et tomba dans un état d'épuisement qui la désespéra.

La malade fut de nouveau soumise au traitement hydrothérapique qui lui fit beaucoup de bien. Elle a conservé depuis cette époque un véritable culte pour cetle méthode thérapeutique et lui est restée longtemps fidèle.

Cette silhouette névropatique qui a pris tour à tour la forme de l'hystérie, de la chorée^ de Fépilepsie? de la maladie de Basedow et de la neurasthénie est extrêmement intéressante. On ne peut pas supposer que ces diverses névroses aient eu sur leur développement respectif une influence réciproque. En essayant de découvrir cette influence on court le risque de louvoyer au milieu d'hypothèses trop énigmatiques et de formuler des conclusions bien incertaines. Il me semble préférable d'attribuer ces manifestations nerveuses si complexes et si disparates à l'héritage neuro-arthritique que la malade a reçu de ses ascendants directs, à la prédisposition innée et acquise de son organisme, au milieu dans lequel elle a vécu, à ses fatigues, à son surmenage, aux auto-intoxications ou peut-être aux infections dont elle a été la victime involontaire, enfin aux nombreuses et pénibles péripéties de son existence. Toutes ces conditions ont constitué un patrimoine pathologique très avarié qui, livré à la merci des causes accidentelles les plus banales, a, selon les circonstances, favorisé

382 RELATIONS DE Là ISBOBASTHéNIS AVEC CERTAINES PERTURBATIONS NEURO-MOTRICES.

l'apparition d'une simple névrose ou d'une véritable psychose.

Je pourrais citer un grand nombre de faits venant attester les nombreuses affinités qui existent entre la neurasthénie et la maladie de Basedow. Ceux que je viens d'exposer et les commentaires qui les accompagnent me paraissent démontrer suffisamment les relations de la maladie de Beard et du goitre exophtalmique. —

Relations de la neurasthénie avec les ?iévi*oses ou les pseudonévroses dont les symptômes essentiels sont principalement caractérisés par des perturbations du système neuro-moteur . — Les états nerveux dans lesquels les troubles moteurs dominent les perturbations mentales et sensitives sont considérés comme des névroses spéciales ou comme des pseudo-névroses qui portent quelquefois le nom du médecin qui les a le premier décrites et que le plus souvent on recouvre d'une étiquette destinée à rappeler la nature du désordre moteur prédominant.

Parmi ces états nerveux la chorée occupe le premier rang. Viennent ensuite les tics, les spasmes ou les contractures, les crampes professionnelles, le paramyoclonus, la tétanie, certaines formes de la maladie de Thomsen ou de Li.ttle, la maladie de Parkinson, la plupart des tremblements, certaines paralysies périphériques ou réflexes et quelques désordres particuliers qui trahissent un défaut de coordination ou d'équilibre des mouvements volontaires, etc., etc.

Beaucoup de médecins, après avoir constaté la présence des phénomènes neurasthéniques chez certains malades atteints des divers états nerveux dont je viens de faire l'énumération, n'hésitent pas à croire que la neurasthénie a d'intimes relations avec eux et peut en être quelquefois la cause ou la conséquence. En principe comme en fait, cette croyance ne me paraît pas* absolument fondée. Sans doute à la base de ces entités morbides on trouve parfois un fond d'épuisement qui peut donner naissance à une infinité de désordres nerveux ayant entre eux des rapports incontestables. Mais je puis dire qu'à travers ces nombreuses manifestations névropathiques, il m'a été trèsdifficile de distinguer les véritables traits de la maladie de Beard.

Type GVL. — La Neurasthénie et la Chorée.

J'ai pu constater des accidents neurasthéniques chez quelques choréiques surtout chez ceux qui, dans le cours de leur maladie, présentaient des symptômes de l'hystérie.

La chorée de Svdenham, la plus vulgaire de toutes les chorées, est, comme on le sait, essentiellement caractérisée par une irrégula-

LA NEURASTHENIE ET LA CHOREE. 383

rite très appréciable des mouvements volontaires. Cette affection est particulièrement fréquente dans le jeune âge. Les enfants qui en sont atteints ne parviennent pas à la dissimuler. Ils s'animent en parlant, marchent d'une façon bizarre et désordonnée, ne peuvent pas assujétir convenablement leurs mains et sont souvent très maladroits. Les sourcils, les paupières, les lèvres sont fréquemment le siège de mouvements soudains qui donnent à leur physionomie une expression extrêmement bizarre. Dominés par des impulsions irrésistibles, ils font des enjambées étonnantes et impriment à leur corps des projections qui les exposent à des chocs assez violents et parfois à des cbutes dangereuses. Ils ont aussi des troubles psychiques très caractérisés.

Il faut convenir que cette sarabande insensée, qui rappelle naturellement la fameuse danse de Saint-Guy, si répandue dans les derniers siècles,, ne peut pas avoir de nombreux points de contact avec la neurasthénie dont la note dominante est fournie par un grand effondrement du système nerveux. Sans doute, les symptômes de la maladie de Beard peuvent se développer ; c'est ce qui arrive quelquefois quand la névrose saltatoire a fini son orgie musculaire. A ce moment, l'épuisement des nerfs est si considérable qu'il n'est pas extraordinaire de voir apparaître le syndrome de Beard. On le voit assez souvent se révéler avant que lachorée ait manifesté sa prise de possession ; mais il se montre tout h fait exceptionnellement quand la névrose approche de son apogée.

Il y a donc quelques relations entre la neurastbénie et la eborée. Toutefois les liens qui semblent associer ces deux névroses sont si légers et si subtils qu'il est impossible au regard le mieux exercé de les découvrir et de les expliquer.

Je ne puis abandonner cette question sans dire que, par une heureuse coïncidence, les applications bydrothérapiques mises à contribution dans la neurasthénie sont celles qui sont les plus efficaces contre la chorée.

Type CIVL. — La Neurasthénie et les Tics.

Je pourrais signaler quelques faits dans lesquels les phénomènes neurasthéniques paraissent être plus ou moins associés à cette anomalie motrice caractérisée par des tics. Si l'on veut être édifié sur la nature des tics, il faut lire avec attention les travaux remarquables que le professeur Brissaud a consacrés à ce déclancbeinent musculaire. Ecrits, dans un langage clair, précis et souvent imagé, ils nous

384 NEURASTHÉNIE. — TfCS. — PARAMYOCLONUS. — CRAMPES. — CONTRACTURES, ETC.

apprennent à distinguer les tics d'origine mentale et ceux d'origine purement névropathique. Les premiers n'ont aucun rapport avec la neurasthénie tandis que les seconds ont quelques corrélations avec elle.

J'ai vu des neurasthéniques avoir de temps en temps de légers tics accompagnés quelquefois de douleurs assez vives, des spasmes localisés dans certains muscles de la face ou du cou, des clignotements palpébraux et des mouvements convulsifs de la tête toute entière. J'en ai même connu qui ne pouvaient pas s'empêcher de pousser des cris presque toujours inconvenants ou orduriers. Chez la plupart de ces malades les symptômes de la neurasthénie se mélangeaient souvent avec ceux de l'hystérie, du nervosisme proprement dit et de la psychasthénie. En observant l'évolution ou le mode de succession de ces phénomènes et en étudiant leur généalogie, il était permis de constater qu'il avaient les uns sur les autres une influence réciproque. Mais un examen plus approfondi laissait entrevoir l'existence de causes génératrices plus importantes. Presque tous ces névropathes portaient les stigmates d'une hérédité déplorable et offraient les signes caractéristiques dune altération du liquide sanguin, d'un épuisement des forces vitales, d'un ébranlement profond du système nerveux. Et même quelques-uns d'entre eux avaient des perturbations qui pouvaient faire craindre le développement, dans un appareil organique, d'une altération histologique ou fonctionnelle depuis longtemps en voie de formation.

Ces diverses causes, en unissant leur nocivité, sont assurément capables de provoquer tous les accidents névropathiques dont je viens de parler et même d'allier, jusqu'à un certain point, leurs manifestations respectives. C'est ce qui explique pourquoi j'ai vu chez le même malade les symptômes de la neurasthénie associés à des tics de nature névropathique. Mais, tout en constatant ce fait, je n'ose pas affirmer que la neurasthénie puisse engendrer les tics ni même supposer que les tics soient capables de donner naissance à la neurasthénie.

Type CUIL. — Rapports de la neurasthénie avec la tétanie, les contractures chroniques, le paramyoclonus, les maladies de Parkinson, de Little et de Thomsen.

La neurasthénie se manifeste très rarement dans sa forme essentielle, chez des malades atteints de tétanie, de contractures rebelles ou de paramyoclonus. Son apparition est encore plus exceptionnelle dans la maladie de Parkinson, de Little ou de Thomsen. A peine l'aperçoit-on, comme dans une vision fugitive, traversera sympto-

NEURASTHÉNIE. INCOORDINATION, PSEUDO-PA.RALYSIE DES MOUVEMENTS VOLONTAIRES. 383

matologie de ces entités morbides. Elle reste toujours au second plan, et le médecin qui assiste à son passage doit la considérer comme un simple épisode et ne lui accorder aucune importance.

Type CI1L. — Rapports de la neurasthénie avec les tremblements idiopathiques, les crampes professionnelles ef l'incoordination ou le défaut d'équilibre de certains mouvements volontaires.

Il existe un certain nombre de troubles neuro-moteurs qui ont une affinité prononcée pour la neurasthénie et qui, parfois, s'associent avec elle. Parmi eux je puis signaler les tremblements de nature essentielle qui semblent dépendre d'une diatbèse nerveuse curable, héréditaire ou acquise, les spasmes fonctionnels parmi lesquels il faut placer les crampes professionnelles observées chez les écrivains, les pianistes, les violonistes et chez toutes les personnes qui sont obligées d'exécuter avec leur» mains des manœuvres difficiles, délicates et de longue durée. On voit assez souvent des neurasthéniques atteints de désordres moteurs qui, sans dépendre d'une lésion du cerveau, du cervelet ou de la moelle épinière, rappellent les incoordinations des ataxiques, la démarche hésitante de certains vertigineux et même ce défaut d'équilibre qui empêche les astaso-abasiques de se tenir debout ou de marcher.

Type CIL. — La neurasthénie et la pseudo paralysie.

L'amyosthénie est un des symptômes primordiaux de la neurasthénie; elle se traduit ordinairement par une grande faiblesse musculaire qui parfois peut se transformer en une véritable impuissance motrice. Cette paralysie du mouvement n'est jamais due à une altération organique des centres nerveux; elle subit presque toujours l'influence d'une série d'impressions physiques ou morales qui, directement ou par action réflexe, viennent se localiser sur les muscles»et les nerfs situés à la périphérie du corps. Elle est le plus souvent sous la dépendance d'une diathèse dyscrasique ou nerveuse.

J'ai soigné un assez grand nombre de neurasthéniques présentant quelques-uns des troubles que je viens d'éuuinérer et dont le développement avait très certainement pris racine dans bes prédispositions héréditaires ou acquises d'un organisme mal équilibré. Mais je ne suis pas éloigné de croire que la neurasthénie qui leur a servi de porte-greffe n'a pas été étrangère à leur apparition. Il y a donc entre eux et cette névrose des relations importantes attestées par des faits que tous les médecins ont pu fréquemment observer et que, par conquent, je n'ai pas besoin d'énumérer à cette place.

386 RELATIONS DE LA NEURASTHÉNIE AVEC NOTRE SENSIBILITÉ PHYSIQUE ET MORALE.

Par une coïncidence très intéressante, le traitement hydrothérapique recommandé dans la neurasthénie peut être employé avec succès dans la plupart des perturbations neuro -motrices dont je viens de parler. On doit, selon les circonstances, recourir à ses effets sédatifs, toniques et reconstituants. Les états paralytoïdes bénéficient assez promptement de son intervention. Les spasmes professionnels, les tremblements, résistent plus long-temps à cette cure. Pour rendre les résultats thérapeutiques plus complets, il faut condamner les malades au repos et soumettre leurs systèmes nerveux et musculaire à une éducation scientifique capable de rendre à leur fonctionnement l'harmonie executive dont ils ont besoin. —

Relations de la neurasthénie avec les troubles de notre sensibilité physique et morale. — Je ne puis terminer cette longue énumération des relations qui existent entre la neurasthénie et la plupart des perturbations du système nerveux sans mentionner celles qu'elle paraît avoir avec l'irritabilité fonctionnelle de tous nos tissus et avec certaines perversions de notre sensibilité générale.

Je ne parlerai pas bien entendu de la cœnesthésie,. fonction spéciale bien délimitée à laquelle nous attribuons le rôle de phare avertisseur chargé de révéler la résidence des malaises et des sentiments de bien être qui sont dispersés dans notre organisme. Je tiens à mentionner seulement les rapports de la maladie de Beard avec certaines perturbations de notre sensibilité.

Les troubles sensitifs se trouvent toujours à l'orée de la neurasthénie ; ils sont ses constants satellites et semblent être les véritables générateurs de l'épuisement nerveux caractéristique qui constitue l'élément foncier de cette névrose. Ils ont une grande répercussion sur la mentalité des malades, sur leurs facultés morales et sur leurs fonctions organiques. A côté d'eux on voit se manifester des douleurs physiques et des douleurs morales qui ont une grande influence sur révolution de la maladie de Beard II n'est pas inutile d'indiquer comment les neurasthéniques expriment et supportent ces diverses souffrances.

Type CL.— Céphalée des neurasthéniques. Ses rapports avec les phénomènes douloureux qui siègent dans la tête et les diverses régions de notre corps.

Au premier rang des douleurs physiques dont les névrosés sont victimes il faut mettre au premier rang la céphalée qui est une des manifestations fondamentales de la maladie de Beard. Elle détermine des effets constrictifs que Charcot comparait à ceux que produit

CÉPHALÉE DES NEURASTHÉNIQUES COMPARÉS A CERTAINES DUULEURS DU CORPS HUMAIN. 387

l'application sur la tète d'un casque métallique trop étroit. Elle ressemble, par certains points, à cette gène plus ou moins dolente que ressentent les adolescents éprouvés par un fâcheux surmenage ou par une croissance organique ir-régulière. On Ta comparée à tort à la céphalée des syphilitiques et des rhumatisants; celles-ci ont une acuité plus accentuée et se manifestent de préférence pendant la nuit.

La céphalée neurasthénique est quelquefois associée à la migraine ordinaire et même avec la migraine ophtalmique. Cette alliance est très compréhensible chez les personnes qui appartiennent en même temps aux groupes des névropathes et des arthritiques. Toutefois lorsque ces manifestations douloureuses apparaissent simultanément, il est important de savoir les isoler si l'on veut être en mesure d'organiser le traitement qui convient à chacune de ses manifestations douloureuses.

La migraine ordinaire ou hémicranie est généralement uni-latérale et se révèle par des douleurs plus ou moins vives qui siègent le plus souvent sur l'orbite, les tempes, le front ou l'occiput et qui ont parfois des corrélations assez marquées avec certaines perturbations de l'appareil digestif et des voies génito-urinaires.

La migraine ophtalmique peut être monoculaire ou intéresser les deux yeux. Dans les deux cas elle est caractérisée par de l'hémiopie et par l'apparition d'un scotome central, sorte d'éblouissement lumineux accompagné de douleurs orbitaires et de mouvements convulsifs qui ressemblent à ceux qu'on rencontre dans certains états épileptoïdes.

L'apparition de ces deux états nerveux oblige le praticien à modifier la cure hydrothérapique qui est ordinairement mise en œuvre chez beaucoup de neurasthéniques; elle enseigne notamment l'intervention d'autres procédés parmi lesquels il faudra choisir ceux qui ont le privilège d'apaiser les douleurs et de déterminer une action révulsive dans les régions inférieures du corps.

La céphalée a des liens plus étroits avec la rachialgie. Ces deux expressions douloureuses appartiennent à la symptomatologie de la neurasthénie cérébro-médullaire ; il n'est donc pas extraordinaire qu'elles aient entr'elles des traits d'union fort nettement accusés.

Les troubles sensitifs qu'éprouvent certains neurasthéniques ne restent pas exclusivement cantonnés dans les zones crânienne et vertébrale; ils peuvent atteindre toutes les régions du corps et se traduire par des névralgies, des arthralgies ou des névro-myalgies auxquelles s'ajoutent des plaques d'anesthésie irrégulièrement réparties

Page 1