TREIZIEME SOMMAIRE
308 Relations de la neurasthénie avec quelques maladies organiques du système cérébro spinal et avec certaines formes de psychoses
Nécessité de rappeler les relations de la neurasthénie avec quelques affections matérielles ou fonctionnelles du système cérébro-spinal et avec certaines psychoses bien connues. — Ces relations ont été longuement décrites dans les chapitres consacrés à l'étude des diverses formes que prend la neurasthénie quand elle est associée à la syphilis, au neuro-arthritisme, à la plupart des intoxications, à l'artério-sclérose cérébrale, à quelques manifestations névro-myopathiqo.es, à certaines perturbations localisées dans les principaux appareils de l'organisme et surtout dans celui où s'accomplissent les fonctions génilourinaires. — Il suffit d'accorder ici un simple rappel à ces relations déjà décrites. — Ce chapitre est particulièrement consacré à l'étude des alliances que la neurasthénie peut avoir avec le tabès, la paralysie générale progressive etquelques psychoses bien définies.
La neurasthénie et le tabès. — Dans la période prémonitoire du tabès les phénomènes qui constituent la neurasthénie essentielle sont l'unique expression de la maladie cérébro-médullaire. Mais bientôt on voil apparaître à côté d'eux des manifestations spéciales qui permettent de prévoir l'évolution
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plus ou moins prochaine de la maladie de Duchenne. — Tantôt ce sont des accidents qui viennent révéler sa nature syphilitique. — Tantôt ce sont des perturbations qui siègent dans le nerf pneumo-gastrique et qui se traduisent par des vertiges, de la dypsnée, du laryngisme, des palpitations cardiaques, ou par des douleurs stomacales compliquées de troubles fonctionnels localisés dans toute l'étendue du tube digestif.
Dans certaines circonstances on constate des défaillances motrices auxquelles vient se joindre une perversion anesthésique provoquant une grande irrégularité dans le fonctionnement de notre sensibilité générale et de nos sens spéciaux. — Quelquefois on voit apparaître des troubles génito-urinaires, qui, bien que ressemblant à ceux de la neurasthénie sexuelle, ont souvent un aspect assez inquiétant. — Ces précieuses constatations donnent des indications thérapeutiques importantes qui se traduisent par la prescription d'une médication spécifique à laquelle on adjoint presque toujours l'intervention de certains agents physiques, l'éducation des muscles et l'hydrothérapie dont les applications doivent être adoptées aux exigences de chaque malade.
Type CXXI. — Neurasthénie et Tabès. — Ce malade a eu dans le cours de son existence plusieurs accès de neurasthénie dont les premiers ont été guéris par l'hydrothérapie. — Le dernier s'est montré plus tenace et a suivi une évolution spéciale. — Il a*été remplacé par des troubles génitaux au milieu desquels on a pu constater une aneslhésie cutanée localisée dans le périnée et autour du siège, de la spermathorrhée. des érections nocturnes douloureuses n'éveillant aucun désir vénérien et suivies le lendemain durant toute la journée d'une flaccidité pènienne invincible provoquant naturellement une impuissance absolue. — Ce malade délivré de ces accidents a été subitement pris de vertiges, de spasmes laryngés, de quintes de toux. d*étouffements. de douleurs stomacales compliquées de nombreux troubles localisés dans le tube digestif. — Après la dispari tion de ces perturbations, évidemment développées dans le domaine du nerfpneumo-gastrique, le patient a vu se manifester successivement tous les symptômes caractéristiques du tabès. — Soumis pendant plus de deux années consécutives à l'usage d'une médication dans laquelle le mercure n'a jamais figuré, la situation du malade s'améliora sensiblement. — Cette affection dont il a été difticile d'apprécier la nature et d'expliquer la pathogénie, car le sujet a déclaré n'avoir jamais eu la syphilis, cette affection, dis-je, offre dans son évolution des particularités assez curieuses. — La neurasthénie peut incontestablement jouer le rôle de prodrome annonçant par son allure spéciale l'explosion prochaine du tabès. — Elle laisse se développer à côté d'elle des symptômes qui ne sont pas les siens et qui sont caractérisés par des désordres génitaux assez sérieux ou par de vives perturbations dans le fonctionnement du nerf pneumogastrique.— Ces nouveaux troubles peuvent comme la neurasthénie être de nature prémonitoire. — Ce n'est qu'après leur disparition que se montrent successivement les symptômes caractéristiques du tabès qui ne sont réellement amendés qu'à la suite d'un traitement dans lequel on a mis à contribution pendant deux années consécutives le nitrate d'argent, l'iodure de potassium à hautes doses et l'hydrothérapie.
Type CXXH. — Neurasthénie et Tabès. — Il s'agit ici d'un névropathe affligé d'une mentalité très défectueuse et sujet dès la première jeunesse à des troubles génito-urinaires évidemment dus à la débilité de sa constitution et aux
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irrégularités de sa vie. Dans un jour do malheur il contracta la syphilis contre laquelle on dirigea aussitôt un traitement spécifique qui fut scrupuleusement suivi pendant six mois, à peine interrompu par quelques jours de repos. — La santé du malade, un instant compromise par cette pénible épreuve, s'améliora et resta même pendant un temps assez long à l'abri de tout accident. — Malheureusement il fut inopinément secoué par une émotion très violente qui détermina l'explosion d'une neurasthénie. — Cette névrose conserva pendant un certain temps la forme de la neurasthénie essentielle; mais elle se localisa bientôt dans les voies génito-urinaires produisant de la spermatorrhée, de l'impuissance ainsi que des perturbations sensitives assez étranges et certains troubles moteurs qui n'accompagnent pas habituellement la neurasthénie sexuelle. Le professeur A. Fournier appelé pour donner son avis sur cet intéressant malade déclara que les troubles nerveux dont il était atteint devaient être considérés comme les précurseurs d'une ataxie locomotrice en voie d'évolution. — Il affirma, en outre, que la syphilis était la cause de cet état pathologique. — La prévision du célèbre praticien se réalisa; le tabès se manifesta, au bout d'une semaine, escorté de tous ses symptômes caractéristiques. — Le malade continua la cure hydrothérapique. mais il fut en même temps soumis à un traitement mercuriel qui dura sans suspension pendant une année entière.
Type CXXIII. — Neurasthénie et Tabès. — Observation d'un malade soigné, en 1864, à l'établissement hydrothérapique de Bellevue que je dirigeais à cette époque. — A la suite d'un grand abus des plaisirs sexuels il éprouva des tioubles nerveux semblables à ceux qu'on attribue aujourd'hui à la neurasthénie. — A ces désordres fonctionnels particulièrement localisés dans- les voies génitourinaires succédèrent les symptômes du tabès. Ils furent traités et très sensiblement améliorés par l'usage exclusif de douches froides très courtes prises régulièrement deux fois par jour pendant près de deux années entières. — Après cette longue cure, le malade rentra chez lui, reprit ses occupations personnelles et put même s'accorder des distractions mondaines qui n'eurent sur lui aucune influence fâcheuse. — J'eus le plaisir de le rencontrer en 1900, c'est à-dire trente-six ans après son exode de Bellevue et, dans une longue conversation que nous eûmes ensemble, il m'apprit que sa santé était restée satisfaisante et n'avait jamais eu'hesoin d'aucun secours médical.
Simple signalement de quelques manifestations éphémères de la neurasthénie dans certaines maladies organiques du cerveau, de la .moelle épinière et des nerfs .
Relations de la neurasthénie avec certaines psychoses
Les aliénistes reconnaissent que les psychoses ont des relations incontestables avec la neurasthénie. — En ce qui concerne cette dernière, ils affirment qu'elle figure dans le prélude de la pseudo-paralysie générale, de la paralysie générale progressive et que ses symptômes primordiaux se trouvent assez souvent associés à ceux de la psychasthénie, île la mélancolie et de l'hypocondrie et à ceux qui appartiennent à une certaine forme de dégénérescence. —Celte observation me semble très judicieuse. — Allant plus avanl dans cette question d'alliances pathologiques, beaucoupde neurologistes n'hésitent pas à dire que les symptômes de la neurasthénie ont des traits d'union avec ceux qui accompagnent la confusion mentale, la démence précoce, la paranoïa, la mythomanie et même les nombreuses vésanies qui se développent sous l'influence de diverses intoxications eudogènes
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ou exogènes.— Je n'adopte pas cette manière de voir. — Les faits observés par moi sont trop peu nombreux pour me permettre de formuler un avis sur cette question difficile.- - Je puis justifier ma réserve en disant que cbez les malades atteints des psychoses dont je viens de citer le nom les troubles nerveux fortuitement associés à ces psychoses n'ont présenté qu'une ressemblance insignifiante avec ceux qui accompagnent habituellement la neurasthénie. — Dans ce cas mon abstention est légitime. — Mais en revanche je puis parler avec plus de sûreté des relations de la maladie de Beard avec la paralysie générale dés aliénés, avec la psychasthénie et avec certaines formes de la mélancolie et de l'hypocondrie ou de la dégénérescence.
La neurasthénie et la paralysie générale progressive.
Considérations générales sur la pseudo paralysie générale et sur la paralysie générale. — Un mot sur les principaux aliénistes qui ont contribué à répandre les premières notions relatives à la paralysie générale.
Type CXXIV. — Le malade qui figure dans ce type appartient à une famille où l'on a. maintes fois, constaté des perturbations cérébrales. — Il a eu dans le cours de sa jeunesse des périodes d'excitation et d'épuisement qui ont compromis les fonctions de son système nerveux. — Actif et amb tieux il s'est livré à un travail démesuré qui a provoqué chez lui un très grand surmenage. — Eprouvé par de fortes déceptions, il fut obligé de renoncer aux rêves de fortune et de gloire qu'il avait imprudemment conçus. — 11 tomba dans une sombre hypocondrie et ressentit des troubles nerveux attribués à une simple néviopathie qu'on aurait certainement appelé neurasthénie si le nom de la névrose de Beard avait été connu à cette époque. ■ — On lui conseilla de suivre un traitement h vdrothérapique qui, en fortifiant ses nerfs et en relevant son énergie, lui permit de reprendre les travaux qu'il avait été obligé d'abandonner. — Les efforts intellectuels auxquels il se condamna ramenèrent ses accidents nerveux qui cette fois furent associés à des troubles psychiques que Lasègue, appelé en consultation, considéra comme les prodromes d'une paralysie générale. — La prévision de l'éminent professeur fe réalisa. — La terrible psychose se manifesta par des phénomènes matériels et psychiques dont on ne pouvait pas nier la nature. — L'évolution de cette maladie fut très lente et l'infortuné patient put encore jouir de quelques années d'accalmie. — Mais ces heureuses intermittences devinrent de plus en plus rares; les symptômes de déchéance s'aggravèrent de jour en jour, et ce pauvre paralytique, transformé en un véritable automate, mourut dans une violente convulsion.
Quelques considérations destinées à expliquer les liens qui semblent exister entre certaines névroses et certaines psychoses, et notamment entre la neurasthénie et la paralysie générale. — Elles ont pour point d'appui l'analogie qu'on constate dans les principales causes qui engendrent ces diverses entités morbides.
Type GXXV — Neurasthénie et parai vsie générale. — C'est le type d'un malade foncièrement névropathe, usé par un travail trop absorbant et peut-être aussi par une syphilis contractée dans sa première jeunesse. — Eprouvé par un terrible chagrin contre lequel il n'eut pas la force de réagir, il devint neurasthénique. — Sensiblement amélioré par le traitement hydrolhérapique qu'on lui conseilla de suivre il put reprendre sa vie habituelle. — Après avoir joui d'une accalmie relative, il fut plus tard victime d'une émotion qui ramena !As accidents de la neurasthénie et auxquels vinrent s'ajouter cette fois des symp-
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tomes faisant craindre aux ncurologistes consultés l'explosion prochaine d'une paralysie générale. — Ce pronostic fut confirmé par les événements ultérieurs.
— Le malade présenta peu à peu hs symptômes qu'engendre cette terrible affection et mourut après avoir traversé toutes les phases de l'affreuse déchéance qu'elle provoque.
Encore un exemple qui souligne les relations de la neuraslhénie avec la paralysie générale. — Je pourrais citer un grand nombre de faits analogues servant à confirmer la réalité de ces relations. J'aime mieux éviter à mes lecteurs cette énumération aussi inutile que lugubre.
Relations de la neurasthénie avec certaines formes de la mélancolie, de l'hypocondrie et avec d'autres états psychiques caractérisés par de multiples perturbations intellectuelles et morales pouvant se manifester isolément ou se grouper autour des symptômes de la maladie de Beard. — Ces états psychiques constituent la phychasthénie dont le professeur Raymond a cherché à établir l'autonomie. — Parmi les perturbations qui caractérisent ces états psychiques ou peut faire figurer le doute, les scrupules, les soupçons illégitimes associés souvent à des idées de conjuration ou de persécution, les appréhensions, les phobies causées par la crainte d'être atteint d'une maladie mcurable ou difficile à découvrir. — Il faut citer encore les impressions de tristesse parfois accompagnées d'une grande anxiété, les déraillements intellectuels el affectifs qui dénaturent le sens moral, font naître des obsessions ou des impulsions insolites, faussent le jugement, rendent la raison chancelante et engendrent des pensées bizarres qui effleurent les conceptions délirantes. — Ces diverses perturbations s'unissent assez souvent aux symptômes de la plupart des névroses et principalement à ceux de la neurasthénie. — Lorsqu'elles contractent alliance avec la maladie de Beard elles modifient l'allure de cette névrose et parviennent à la transformer en une véritable psychose à laquelle on donne le nom de psychasthénie.
— Liens de la psychasthénie et de la neurasthénie. - Ces deux psychoses ont une grande analogie, mais elles offrent des nuances dans leur évolution. — Observations qui viennent à l'appui de cette affirmation.
Type XXVI. — Neurasthénie et Mélancolie. — C'est le cas d'un malade dont le père a succombé à une paralvsie générale et dont la mère a eu dans le cours de son existence de nombreux désordres du système nerveux. — Les antécédents de ce malade ne sont pas satisfaisants. — Sa première jeunesse a été troublée par des perturbations nerveuses mal définies, mais très fréquentes. — Au collège et au régiment il a eu des accès de nostalgie dominés par une grande tristesse. — Sous l'influence d'une violente émotion, ses prédispositions morbides se manifestèrent avec plus d'intensité et ce malade ne tarda pas à présenter tous les symptômes de la neurasthénie essentielle. — On lui conseilla de suivre un traitement hydrothérapique qui ne produisit qu'une amélioration relative. — Les accidents neurasthéniques disparurent : mais ils lurent aussitôt remplacés par des phénomènes mélancoliques très accentués qui inquiétèrent ses parents et si's médecins. — Grâce à l'intervention d'un traitement hydrothérapique très prolongé et d'une psychothérapie attentive, le malade retrouva toutes ses facultés et put entreprendre des travaux très absorbants sans éprouver une grande fatigue. — Dans ce cas spécial, c'est la neurasthénie qui a paru la première. — A-t-elle causé la mélancolie qui lui a succédé où n'a -t -elle été qu'un de ses prodomes ? — Question difficile qu'il faul étudier avec soin.
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quand on veut rechercher si la maladie de Beard esl, une simple psychosenévrose, qui. sous l'influence de causes trop déprimantes, est susceptible de se transformer en une psychose inquiétante.
Type XXVII. — Neurasthénie et mélancolie. — Il s'agit d'une jeune homme de 26 ans. appartenant à la race neuro-arthritique et petit fils d'un aliéné. — Il était attaché, comme secrétaire, à un grand personnage chargé d'une mission en Orient et devait incessamment aller occuper son poste. — Il a la malchance de contracter une blennorrhagie qui provoqua 1 i développement d'une arthrite localisée dans les genoux et qui le condamna à observer un repos absolu. — Il fut, à son très grand regre1, obligé de retarder son départ: ce contre-temps l'impressionna vivement et fit naître dans son esprit les idées les plus sombres. — 11 eut un véritable accès de mélancolie qui troubla la sénérité de sa raison et qui fit naître- dans son esprit l'idée de se donner la mort. — Cet état psychique s'améliora peu à peu et le malade voulut rejoindre son poste. — La famille n'y consentit pas. — Le jeune homme exaspéré par cette opposition eut un accès de colère qui provoqua l'explosion des symptômes caractéristiques de la neurasthénie. — On lui conseilla de nouveau de suivre un traitement hydrothérapique qui eut pour résultat immédiat d'apaiser ses nerfs et de fortifier sa constitution. — Trouvant sa santé suffisamment restaurée, il partit pour l'Orient où l'attendait son protecteur et il put, sans être importuné par la maladie et sans éprouver la moindre faiigue, exercer ses nouvelles fonctions avec une grande activité.
L'observation actuelle nous apprend que la mélancolie a visiblement précédé la neurasthénie dont l'explosion n'est survenue qu'après le violent accès de colère qu'eut le malade quand ses parents l'empêchèrent de rejoindre son poste officiel si ardemment convoité. — Peut-on admettre que dans ce cas la maladie de Beard ait été la conséquence de l'épuisement nerveux dû à la mélancolie ou, est il possible de croire que l'ébranlement produit par un simple accès de colère ait seul été capable de déterminer son apparition ? — Ces deux hypothèses sont assurément a ceptables, mais il faut reconnaître que les perturbations mélancoliques et neu'rasl biques manifestement associés chez ce malade ont subi l'influence d'autres causes particulièrement nocives. - On doit, je crois accorder une large pari aux prédispositions morbides, héréditaires ou acquises, accumulées dans l'organisme de ce malade et tenir compte en même temps des fâcheux effets que produisit la blennorrhagie sur les fonctions de son cerveau. — C'est certainement à ces effets que l'illustre Ricordquiles avait souvent constatés chez beaucoup de malades voulait faire allusion quand il disait à ses élèves, toujours charmés par ses paroles humouristiques. que la chaude pisse était une maladie mentale. — Neurasthénie, et hypocondrie.
Les hypocondriaques peuvent être classés en plusieurs groupes distincts. — Principaux traits qui caractérisent les malades de chacun de ces groupes. — Il faut tout d'abord signaler les hypocondriaques dont l'état psychique se manifeste par des conceptions délirantes, des hallucinations persistantes et par de graves perturbations mentales. — Ce sont des vésaniques qui doivent être confiés aux aliénistes. — Je ne leur dois ici qu'une simple mention. — A côté d'eux figurent ces malades que l'on voit sans cesse tourmentés par des doutes qui les empêchent d'analyser sainement les troubles morbides dont leur organisme est le siège. — Il faut placer dans leur voisinage ces infortunés qui se
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figurent être atteints d'une maladie mortelle ou d'une infirmité irréparable. Les uns et les autres restent presque toujours confinés sur les frontières de la folie et ne sont pas de notre ressort. — .le ne dois m'ooeuper ici que des hypocondriaques dont la maladie évolue dans un cycle exclusivement névrotique qu'elle n'abandonne jamais. — Ils ont un aspect moins alarmant que les précédents. — Leur jugement est certainement faussé : mais leur esprit conserve le plus souvent une convenable lucidité. — Toujours préoccupés de leur santé matérielle, surpris par les sensations anormales dont leur organisme est le siège, ils sont envahis par touU s sortes de craintes, d'appréhensions ou de phobies et se croient perpétuellement menacés d'une affection grave que les médecins, selon eux, ne peuvent ni comprendre ni expliquer. — Celte forme de l'hypocondrie a été sérieuement étudiée par tous les neurologistes. — Pour les uns, cette entité morbide est toujours d'origine cérébrale et réside dans les zones corlicalcs de l'encéphale. — Pour quelques autres elle a une origine viscérale dont la camesthésie nous révèle le point de départ. — Ou la localise le plus souvent dans les plexus du nerf grand sympathique qui président aux fonctions de l'estomac, du foie, de l'intestin et de la plupart des organes splanchniques. — Cette sélection est admissible! — Elle satisfait les théoriciens et permet aux thérapeutistes de découvrir les indications qui doivent diriger le traitement de celte maladie — Grâce à elle nous avons pu constater les heureux effets produits par l'hydrothérapie et la psychothérapie sur les phénomènes essentiels de l'hypocondrie cérébrale et trouver des moyens curatifs capables de lutter honorablement contre l'hypocondrie viscérale ou cœnesthésique Pour rester fidèle au programme que je me suis tracé dans ce livre, je dois compléter ces considérations en ajoutant que la neurasthénie est souvent associée à l'hypocondrie. — Les faits suivants vont permettre de constater cette alliance.
Type CXXVIII. — Neurasthénie et hypocondrie. — Ce type contient un court aperçu consacré à l'histoire pathologique d'une jeune femme qui a eu dans les premières années de sa vie des troubles nerveux très variés dus à son hérédité névropathique et à son irrégulière éducation. — A la suite d'une émotion très pénible causée par la blessure morale que reçut dans une grande soirée musicale son amour propre d'artiste, elle l'ut atteinte d'un accès de neurasthénie qui se manifesta dans tous les appareils de son organisme. — Le cœur, le tube digestif, l'utérus devinrent tour à tour le siège de sensations pénibles qui lui firent craindre le développement d'une grave lésion dans la structure de ces viscères. - — Elle ne put se soustraire aux innombrables phobies qui envahissaient son esprit; ses forces s'épuisèrent de jour en jour; plus d'appétit, plus de sommeil. — Dans ses nuits d'insomnie son impressionnabilité avait des sursauts durant lesquels son esprit évoquait son insuccès de chanteuse qu'elle attribua à une cabale organisée par des envieux inconnus. — Elle se lamenta sans cesse et resta longtemps plongée dans une désespérante hypocondrie. — On lui conseilla de suivre un traitement hydrothérapique qui, au moyen de douches alternativement sédatives et reconstituantes, parvint à améliorer sp santé. — La maladie de cette jeune femme a commencé par une neurasthénie complexe qui s'est propagée dans la plupart des organes et après laquelle on a vu surgir les symptômes caractéristiques de l'hypocondrie. — On a supposé un instant que les troubles viscéraux avaient pu engendrer celte dernière névrose Mais cette opinion a été abandonnée: èl l'on a trouvé plus rationnel d'admettre que ces
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troubles étaient la conséquence de la maladie de Beard localisée dans les viscères intéressés. — Chez cette malade la neurasthénie et l'hypocondrie ont conservé leur caractère essentiel. Provoquées l'une et l'autre par des causes à peu près univoques, elles ont associé leurs symptômes et prouvé de cette façon les relations qui existent entre ces deux affections.
TypeCXXIX — Neurasthénie et hypocondrie. — C'est le cas d'un jeune névropathe très timoré que des amis compatissants voulurent acclimater aux aventures galantes. — Ils l'invitèrent un jour à un festin interlope qui devait se terminer par une grande sauterie. — Il fit un tour de valse avec une célébrité chorégraphique qui pour témoigner sa joie eut la singulière idée de déposer brusquement sur les lèvres de son cavalier un baiser très démonstratif. — Surpris par cette embrassade inattendue, le jeune homme quitta la salle de bal et rentra chez lui. — Le lendemain il inspecta son visage et vit près de sa bouche une légère érosion qui lui causa de vives inquiétudes. — Croyant déjà être contaminé par la syphilis ou par le virus cancéreux il se hâta d'aller chez son médecin qui parvint à dissiper toutes ses craintes. — Les phobies, un instant évanouies, reparurent assez promptement et provoquèrent un grand épuisement nerveux. — Cet état hypocondriaque resta longtemps stationnaire. et. fut plus tard remplacé par les symptômes fondamentaux de la neurasthénie — Cet infortuné suivit une cure hydrothérapique dont les effets furent assez favorables. — ■ On lui conseilla ensuite de faire un voyage d'agrément qui eut sur sa santé une influence très salutaire.
Type CXXX. — Neurasthénie et hypocondrie. — C'est encore un cas dans lequel les relations de la neurasthénie et de l'hypocondrie sont très apparentes. — Il concerne un malade qui, sous J'influence d'une violente secousse morale, est subitement devenu neurasthénique. — Chez lui, la névrose de Beard a conservé pendant longtemps sa forme encéphalique : elle s'est plus tard transformée en une neurasthénie génitale qui semble avoir favorisé l'explosion d'un état hypocondriaque très caractérisé.
Les exemples que je viens de citer montrent les liens qui enchainent la neurasthénie, la mélancolie et l'hypocondrie et' nous permettent de comprendre pourquoi les neurasthéniques peuvent suivant les influences qu'ils subissent, devenir des mélancoliques ou des hypocondriaques.
— Apparition de la neurasthénie chez des malades atteints de troubles psychiques incomplètement systématisés qui semblent plutôt appartenir à la psychasthénie qu'à la dégénérescence — De la neurasthénie chez les dégénérés supérieurs. — Un mot sur la nature et sur les diverses formes de la dégénérescence humaine. — Encore quelques considérations sur les neurasthéniques, les dégénérés et les psychasthéniques.
Quelques médecins déclarent que la neurasthénie peut se développer chez des malades atteints de confusion mentale ou de démence précoce, chez les mythomanes chez les dégénérés et chez ceux dont la vésanie est engendrée par une toxi-infeHion. — Je n'ai réellement observé de faits de ce genre que chez les dégénérés supérieurs, mais je m'empresse d'ajouter que leur neurasthénie a toujours eu une forme abâtardie qui n'a pas l'allure habituelle de la maladie de Beard — J'ai vu un assez grand nombre de malades chez lesquels les symptômes de la neurasthénie se trouvaient accolés à des troubles psychiques pouvant être considérés comme une manifestation de dégénérescence. — Cet
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assemblage qui m*a presque toujours paru résulter plutôt d'une simple juxtaposition que d'une véritable alliance doit figurer à cette place. — Le lecteur pourra, en parcourant les faits que je vais citer, apprécier la déformation qu'impose à la neurasthénie l'apparition des troubles psychiques dont je viens de parler.
Type CXXXI. — Neurasthénie compliquée d'illusions, d'hallucinations très probablement liées à certaines formes de la dégénérescence ou à la véritable psychasthénie. — Il s'agit ici d'un névropathe exalté, sujet à la fois à des emportements d'une extrême violence et à des rêveries prolongées dont on ne pouvait pas expliquer la nature, — À la suite d'une scène très vive qu'il eut avec ses parents il fut pris d'un véritable accès de neurasthénie. — Les phénomènes de cette névrose disparurent sous l'influence d'un traitement hydrolhérapique qu'on lui conseilla. — Mais sa mentalité resta déséquilibrée. — II eut des illusions et même quelques hallucinations légères de l'ouïe et de la vue qu'on attribua à sa dégénérescence native. — Les soins aussi persévérants qu'affectueux dont il fut entouré lui rendirent la santé qui. je le crois, n'a pas été troublée depuis cette époque.
Type CXXX1I. — Neurasthénie plus rapprochée de la psychasthénie autonome de Raymond et Janet que de la dégénérescence. — Nombreux troubles de l'esprit. — Je désire placer dans ce type les neurasthéniques qui, sous l'influence d'une hérédité nerveuse trop accentuée ou par l'intervention d'une dégénérescence ancestrale, se transforment en véritables psychopathes. — On constate chez eux un assez grand affaiblissement de la conscience, une perte partielle de la mémoire, une véritable desorientalion qui amoindrit sensiblement les notions que l'individu sain a sur sa personnalité et sur le milieu dans lequel le hasard l'a placé. — Certains de ces neurasthéniques dont les fonctions cérébrales paraissent toujours languissantes associent mal leurs idées et n'ont jamais la force de prendre une détermination. — Chez eux. le jugement semble faussé. — Indifférents à toute chose, ils laissent accumuler dans leur esprit une foule d'idées erronées difficiles à déraciner. — D'autres neurasthéniques sont troublés daus leurs sentiments affectifs et dans leur sens moral. — Ce sont des émotifs pervertis qui cessent d'aimer leurs parents les plus chers et chez lesquels éclatent souvent de violents accès de colère ou de jalousie. —
Rapports de la neurasthénie avec certaines perturbations mentales qui semblent avoir leur point de départ dans la circonscription du nerf grand sympathique. Les troubles sensitifsou vaso-moteurs qui siègent dans le grand-sympathique et dans les viscères peuvent, comme je l'ai déjà dit, engendrer certaines formes de la vraie neurasthénie. — Mais ils peuvent aussi, en agissant sur quelques centres nerveux, donner naissance à des troubles psychiques qui. tout en offrant une grande analogie avec ceux qu'on rencontre parfois chez les neurasthéniques, ont un aspect plus alarmant et s'allient à des défaillances mentales plus graves que celles qui escortent ordinairement la maladie de Beard. — Les perturbations sensitives de la périphérie sont assez exagérées et l'activité des nerfs du mouvement parait presque suspendue. — La lassitude qui est la conséquence de ces troubles ne ressemble pas à celle que produit la neurasthénie, elle se rapproche de celle qui accompagne la parésîe et même la paralysie. — Les facultés psychiques sont dans un véritable engourdissement. — La dépression de la volonté s'accentue visiblement et provoque à la longue une véritable aboulie. — Le malade, privé de toute résistance, n'est plus qu'un auto-
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mate sans boussole qui obéit fatalement à toutes les influences et qui finit par devenir un suggestif extravagant ou un impulsif redoutable — Ces dégénérés ou plutôt ces psychasténiquesnesont vraiment dangereux que lorsque leur conscience est complètement obscurcie. — A côté d'eux on trouve quelquefois des névrosés qui se- laissent facilement hynoptiser parle récit ou la vue de certaines anomalies sexuelles: ils prononcent des paroles obscrnes, deviennent aisément des exhibitionnistes, et commettent des attentats à la pudeur. — Il arrive parfois que ces malades, lorsque les obsessions se transforment en idées fixes, manifestent des tendances à la klephtomanie ou se laissent entraîner à proférer des menaces extraordinaires qu'heureusement ils n'pxécutent presque jamais. — Quelquesuns de ces obsédés se condamnent à un mutisme intéressé pour ne pasdévoiler les incorrections de leur per onnalité morale. — Ils tremblent de comparaître devant les médecins, redoutent leurs investigations, craignent la perspicacité qu'ils déploient pour faire un vrai diagnostic et ne répondent que vaguement aux questions qu'ils leur adressent — Toutefois quand leur état morbide semble s'aggraver, ils s'empressent de les consulter et implorent leur assistance — Ils se montrent alors très préoccupés de la perversion qu'ils croient éprouver dans tous les organes des .sens. — On les voit constamment examiner leur peau pour savoir si elle n'offre pas une teinte .fâcheuse ou si elle n'est pas un réceptacle de dangereux microbes. — ■ Ils n'osent pas toucher certaines étoffes et ont peur de se mettre en contact avec des objets contaminés. — Pour se débarrasser de ces infiniments petits dont ils craignent la nocivité, on les voit tous les jours taire des injections nasales ou pharyngiennes et pratiquer des ablutions générales fréquemment renouvelées. — Ils s'enferment dans leur cabinet de toilette comme dans un sanctuaire où ils espèrent se débarrasser de leurs souillures. — Malheureusement leur mentalité reste toujours impure et développe en eux des craintes chimériques,, des idées hypocondriaques auxquelles il est difficile de les soustraire. — Ils n'osent pas marcher ni se tenir debout et présentent tous les signes de l'astaso-abasie qui est. comme l'agoraphobie, la claustrophobie, la galophobie. etc.. une manifestation spéciale de l'hypocondrie — Les troubles psychiques que je viens d'indiquer ont une allure vésanique incontestable. — Mais les malades chez lesquels on les découvre ne sont pas tous de véritables aliénés. — Ce sont des psycbasthéniques que certains classent parmi cesdégénérés dontonpeut améliorer l'existence par l'intervention d'un traitement physique judicieusement combiné avec une psychothérapie rationnelle.— J'ai vu un certain nombre de neurasthéniques figurer dans ce cadre nosologique, et bien que leur symptomatologie ait été tranformée par l'apparition d'aberrations mentales dont ils ne sont pas coutumiers, j'ai cru devoir leur donner asile dans cet opuscule en les considérant comme des neurasthéniques mâtinés de psychasthénie 357