‹ La neurasthénieChapitre 162 sur 163 · QUINZIEME SOMMAIRE · texte numérisé non relu

QUINZIEME SOMMAIRE

391 Des neurasthénies professionnelles ou sociales.

De la neurasthénie chez les personnages politiques, chez les orateurs, chez les écrivains, chez les hommes de lettres, les savants, les artistes, etc.

La neurasthénie frappe a-ssez souvent les personnes politiques qui jouent un r'ôle important dans le gouvernement des états, dans le parlement, dans les réunions publiques ou privées que l'on considère comme l'anti-chambre de toutes les assemblées délibérantes, dans la plupart des conseils administratifs, etc.. etc. — La maladie de Beard. choisit de préférence pour victimes des individus dont l'organisme pst très disposé à son explosion ; mais elle peut se développer sous la seule influence de l'agitation qui règne dans le milieu que fréquentent les diverses personnalités dont je viens de parler. — Le médecin doit connaître cette double nocivité s'il veut étouffer dans son germe la névrose naissante ou l'empêcher d'avoir des retours offensifs.

Typk CLIII. — Pour être à l'abri de tout déraillement nerveux, il faut que ceux qui ont la mission de présider au gouvernement d'une nation aient une constitution saine, des nerfs bien équilibrés et de sérieuses qualités personnelles. Quand la neurasthénie s'installe chez eux. elle n'a jamais une grande intensité et disparaît assez promptement.

Type CLIV. — Les hommes qu'on voit au second plan de la scène politique sont assez souvent attaqués par la neurasthénie. — Leur névrose est très tenace et sujette à de nombreuses rechutes. — Le traitement le plus rationnel est celui qui demande à ces demi-malades des capitulations analogues à celles qr.» la politique impose souvent à leur conscience.

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Type CLV. — On constate souvent la neurasthénie chez les personnages que le public — on ne sait pas pourquoi — place au troisième rang dans la scène politique. — Leur activité intellectuelle est assez développée; mais chez quelques-uns d'entre eux, elle s'épuise vite et a des moments de détresse qui laissent le champ libre à des idées parfois assez extravagantes. — Leur susceptibilité nerveuse, difficilement maîtrisée, exerce sur eux une influence fAcheuse qui les rend inquiets, suggestionnâmes et hésitants. — Ces neurasthéniques sont toujours disposés à s'abstenir et n'ont pas la force de prendre un parti. — Chez eux. la maladie de Beard est fortement ombrée par des perturbations psychiques qui trahissent presque toujours une mentalité vacillante. — Leur esprit est accessible à des impulsions déraisonnables et à de pénibles obsessions; ils se croient volontiers environnés d'ennemis ou de traîtres et se plaignent de passer pour des personnages incompris. — Ce sont des malades atteints de cette neurasthénie psychasthénique que provoquent souvent les agitations de la vie parlementaire. — Ils guérissent très facilement s'ils veulent bien se reposer, vivre dans un milieu tranquille et se soumettre à un traitement hydrothérapique approprié à leur individualité morbide.

A' côté de ces neurasthéniques politiques, il y en a beaucoup d'autres qui représentent des types de neurasthénie professionnelle. — Dans cette catégorie on rencontre surtout des orateurs et des écrivains, des hommes de lettres et des hommes de science, des journalistes de grand renom, des poètes, des peintres, des sculpteurs, des musiciens et des artistes. — On y trouve aussi les hommes éminents placés à la tète des administrations les plus importantes ou ceux qui sont chargés de conduire les grandes entreprises industrielles et commerciales. — Tous ces personnages sont des ilotes du travail ; ils se surmènent, se surexcitent et contractent une neurasthénie portant l'estampille de leurs professions. — Parmi ces neurasthéniques de distinction, les orateurs sont les plus intéressants ; ils ont le privilège assurément précieux pour un médecin, d'être les réflecteurs les plus resplendissants des traits fondamentaux de la maladie de beard. — Cette névrose est assez fréquemment observée chez les grands orateurs parlementaires, chez les avocats renommés, chez les prédicateurs les plus admirés, chez les professeurs les plus écoutés et chez les conférenciers les plus éminents. — Tous ces grands prêtres de la parole, quand ils veulent convaincre, séduire et entraîner leurs auditeurs, doivent imposer à leur système nerveux une violente exaltation qui ne s'évanouit qu'après la dernière phrase de leurs péroraisons et que l'on peut considérer comme le premier stade de la neurasthénie. — En rentrant chez eux ils tombent épuisés de fatigue et ne tardent pas à ressentir tous les phénomènes de dépression qui constituent le deuxième stade de la neurasthénie. — C'est dans les réunions publiques, au prétoire des avocats, dans les églises très fréquentées que j'ai vu souvent les orateurs devenir subitement neurasthéniques.

Type CLVI. — On peut considérer les réunions publiques comme un terrain de culture favorable au développement de la maladie de Beard — On la voit se manifester chez de simples ouvriers qui revendiquent une augmentation de salaires qui semble très équitable et qu'ils ne peuvent pas obtenir. Elle est plus accentuée chez ceux qui, après avoir essayé d'unir dans un accord parfait les représentants du patronage et les corporations ouvrières, finissent par protester avec une violence non légitimée contre les institutions les plus respectables et

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les mieux établies — Dans les réunions ouvertes à tous ceux qui briguent llionneur d'un mandat électif, les discours ont presque toujours des accents d'une extrême violence. — Les candidats sont des adversaires irréconciliables qui luttent avec une énergie farouche jusqu'au jour où triomphe le postulant préféré. — Cette joute oratoire est un véritable pugilat qui excite les nerfs des combattants et anéantit leurs forces vitales.' — Presque tous deviennent des neurasthéniques et sont les clients les plus assidus des établissements d'hydrothérapie.

Type GLVII. — Dans ce type je puis faire figurer des cas de neurasthénie survenus chez des magistrats, des procureurs, des avocats et chez la plupart des discoureurs qu'on entend dans les palais de justice. — J'en citerai un où la même névrose s'est manifestée en même temps chez deux avocats célèbres chargés de plaider l'un contre l'autre dans un procès très retentissant. — La harangue de chacun d'eux dura plus de trois heures et produisit sur l'auditoire un effet merveilleux. — Les deux lutteurs rentrèrent chez eux et présentèrent l'un et l'autre des accidents nerveux rappelant ceux qu'on attribue aujourd'hui à la neurasthénie qui, à cette époque, n'était pas encore une névrose bien classée. — L'un d'eux le plus ancien et le plus robuste, habitué depuis longtemps à ces grands tournois de la parole et doué d'ailleurs d'une constitution vigoureuse, n'eut qu'un simple épuisement nerveux qui ne dura que quelques jours. — L'autre, plus impressionnable et moins résistant, éprouva de grandes perturbations nerveuses et des troubles psychiques qui exigèrent un assez long séjour à la campagne et l'application régulière de douches sédatives et reconstituantes.

Type CLVIII. — Les prêtres catholiques, les pasteurs prolestants, les rabbins qui sont chargés de prononcer des sermons et des prônes devant une assemblée de fidèles sont souvent frappés par la neurasthénie. — J'ai bien observé cette forme particulière chez un grand prédicateur dont la silhouette pathologique mérite d'être esquissée. — Les péripéties de cette névrose sont trop nombreuses pour figurer dans un court sommaire. — Le lecteur pourra en connaître les diverses phases en parcourant le récit contenu dans le type CLVIII de ce chapitre. — Je pourrais citer un grand nombre de cas de neurasthénie développés chez des prédicateurs de diverse envergure . — Mais cette énumération ne servirait qu'à multiplier les exemples de neurasthénies professionnelles sans donner plus d'importance à ma thèse. — J'y renonce. —

A côté des orateurs que menace la maladie de Beard je puis placer d'autres personnages qui occupent dans le monde une situation prépondérante et que cette névrose choisit souvent pour victimes. — • Les écrivains qui consacrent toute leur existence à l'édification d'une grande œuvre scientifique ou littéraire, les journalistes renommés qui sont quotidiennement chargés d'accomplir, la plume à la main, des missions arides, délicates et difficiles, les hautes personnalités administratives, financières ou industrielles, les peintres et les sculpteurs de qui l'on exige tous les ans des créations presque géniales, en un mot toutes les individualités que la renommée aiguillonne sont très souvent atteints de neurasthénie. — Chez eux la manifestation de cette névrose a moins d'éclat et de retentissement que chez les orateurs. - Cela tient à ce qu'elle est moins la conséquence d'une perturbation de la sensibilité générale que du surmenage illimité auquel se condamnent les pro fessionnels supérieurs dont il vient d'être question. — Je dois

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l'aire une exception en faveur des musiciens à qui l'on demande sans ménagement d'improviser ou d'exécuter devant un public de choix des compositions musicales originales ou des transcriptions hérissées de difficultés. — Ces virtuoses de l'art peuvent être comparés à de grands orateurs. — Leur éloquence, au lieu des'expripar de belles paroles, se traduit par des gestes dont les vibrations harmonieuses produisent chez presque tous les assistants les sensations les plus charmantes et les émotions les plus vives. — L'artiste qui accomplit cet étonnant tour de for* c est violenté par ses admirateurs. — Pour justifier sa renommée et franchir les obstacles placée sur son chemin, il imprime à son système nerveux une agitation extraordinaire qui ne se termine qu'avec les notes finales de son interprétation. — Malheureusement cette surexcitation factice est aussitôt remplacée par un effondrement physique et moral qui prépare l'explosion de la neurasthénie.

J'ai vu et soigné un grand nombre de ces neurasthénies professionnelles. — ■Mais comme les types les plus intéressants figurent dans la galerie des célébrités contemporaines, je ne puis essayer d'en esquisser le profil. — Je dois, par devoir, m'interdire de divulguer des secrets qui ne m'appartiennent pas et qui exigent un scrupuleux respect 401

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