‹ La neurasthénieChapitre 31 sur 163 · PAS DE TARES HÉRÉDITAIRES. — BONS ANTECEDENTS PERSONNELS · texte numérisé non relu

PAS DE TARES HÉRÉDITAIRES. — BONS ANTECEDENTS PERSONNELS

provoquant par leur affolement un désordre épouvantable. Dans cette bousculade la jeune personne avait pu rester accrochée au bras de' sa mère: mais on l'en sépara vivement, et privée de cet appui elle fut violemment projetée sur la place Boïéldièu, appelant à grands cris sa mère qui était restée dans la foule. Elle finit par l'apercevoir à une porte de sortie, courut à sa rencontre et arriva assez promplement pour la recevoir presque évanouie dans ses bras. On la transporta dans une pharmacie voisine où elle fut promptement secourue. La jeune fille se hâta de faire prévenir son père qui ne tarda pas à arriver. 11 lit transporter sa malheureuse femme à son domicile. Malgré les soins intelligents et affectueux qui lui furent prodigués, la malade resta dans un coma invincible et mourut sans avoir pu reconnaître les siens.

Après ce lugubre événement la jeune fille fut anéantie et donna des signes de désespoir dont la persistance inspira de vives inquiétudes à ceux qui l'entouraient. Elle ne prononçait que de brèves paroles, le plus souvent entrecoupées par des plaintes ou par des soupirs; elle restait dans une immobilité presque léthargique et ne pouvait exécuter que d'imperceptibles mouvements volontaires. Un examen médical lies attentif, en permettant de constater l'immense effondrement de ses forces physiques et morales, ne révéla aucun indice de lésion organique. Les médecins appelés à son chevet n'hésitèrent pas à reconnaître que l'infortunée malade était atteinte d'une neurasthénie manifestement provoquée par un choc dramatique épouvantable.

Elle éprouvait une hypéresthésie crânienne très pénible et îles douleurs, rachidiennes qui provoquaient autour de son corps la sensation constrictive d'une ceinture trop serrée. Sa force musculaire paraissait abolie ; le moindre mouvement produisait de la fatigue et déterminait parfois des contractions spasmodiques qui se manifestaient de préférence dans les membres inférieurs. Lorsqu'on la sortait de son lit pour la placer dans un fauteuil elle éprouvait une grande lassitude qui rendait la marche presque impossible.

Sa physionomie avait un aspect lamentable, son regard paraissait •'teint ; sa voix très affaiblie ne prononçait que des mots mal articulés qui semblaient exprimer un profond découragement. Quelquefois elle sortait de son état de torpeur pour demander à la mort de venir à son secours, croyant dans sa foi religieuse, que Dieu, en la délivrant de la vie, lui permettrait de rejoindre sa mère si regrettée. Mais ses souhaits n'avaient qu'une durée fugitive et disparaissaient quand elle vovait son père pour lequel elle avait une affection sans

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