‹ La neurasthénieChapitre 44 sur 163 · NEURASTHÉNIE TRAUMATIQUE. — ACCIDENTS HYSTÉRIQUES · texte numérisé non relu

NEURASTHÉNIE TRAUMATIQUE. — ACCIDENTS HYSTÉRIQUES

Ces douches chaudes étaient devenues pour lui une sorte de panacée qui lui servait à lutter efficacement contre les manifestations de son arthritisme et le dérèglement de ses nerfs.

Type IX. — Neurasthénie essentielle d'origine traumatique. (Terrible accident sur une ligne de chemin de fer). — Quelques manifestations hystériques peu importantes associées à des phénomènes de commotion cérébro médullaire sans gravité. — Amélioration assez rapide de la neurasthénie. — Prompte rechute. — Guérisoii presque instantanée le jour où le malade apprend qu'on lui accorde une indemnité destinée à réparer les dommages occasionnés par l'accident dont il a été victime. — La neurasthénie de procédure ou procédurière. — Elle est quelquefois simulée.

Le névropathe dont je vais, en quelques mots, esquisser l'histoire doit aussi sa neurasthénie à la catastrophe de Saint-Mandé. Toutefois, les hlessures qu'il reçut dans cet épouvantable accident furent moins terribles que celles, dont le malade du type précédent fut atteint. On s'empressa de le transporter à son domicile. Le médecin de sa famille arriva en toute hâte, l'examina avec beaucoup de soin, pansa très méthodiquement ses nombreuses plaies et s'efforça de dissiper lus conséquences de la commotion cérébro-spinale que le traumatisme avait provoquée. A peine eut-il repris l'usage de ses sens qu'une violente attaque d'hystérie se déclara provoquant des spasmes convulsifs dans tous les membres, des cris aigus et de pénibles étouffements ; elle se termina par une véritable pluie de larmes qui persista pendant plusieurs heures. Une détente se produisit et le malade présenta les signes d'un calme factice qui n'était, en définitive, qu'une réelle manifestation de son épuisement nerveux. Il ne tarda pas à se plaindre d'une céphalée constrictive fort gênante, de rachialgie particulièrement fixée dans les régions cervicale et sacrée, d'une amyosthénie incontestable et d'un affaissement intellectuel et moral qui le rendait indifférent aux paroles qu'on lui adressait. Dans ses nuits assez agitées il avait des cauchemars pénibles et quelquefois des pertes séminales involontaires. Il se réveillait dans un état de torpeur promptenient remplacé par une excitation durant laquelle il révélait une irascibilité agressive qu'on ne lui connaissait pas. Il mangeait peu; ses fonctions digestives étaient languissantes et l'appareil gastro-intestinal offrait tous les signes d'une atonie très caractérisée.

Ce malade, après avoir eu des symptômes de commotion cérébro-spinale et d'hystérie, fut atteint d'une neurasthénie essentielle qui évolua sans traîner avec elle aucune autre infortune névropathique.

UNE NEURASTHÉNIE PROCÉDURIÈRE. 83

On lui conseilla de suivre un traitement hydrothérapique qui améliora sa situation. 11 suspendit sa cure ; mais les accidents neurasthéniques reparurent assez vite et l'obligèrent à renoncer à son travail professionnel qui lui fournissait les ressources .nécessaires à son existence.

Quelque temps après il vint me faire une visite et m'apprit qu'il avait eu l'idée d'intenter un procès à la Compagnie du chemin de fer pour lui demander de compenser les embarras pécuniaires provoqués par son incapacité de travail. Il m'annonça aussitôt qu'il avail gagné son procès et que le tribunal lui avait accordé une indemnité largement réparatrice. Ce jugement, me dit-il assez malicieusement, a été plus puissant que la douche; il m'a complètement débarrassé de mon mal.

Je ne tiens pas à analyser les particularités un peu énigmatiques de cette neurasthénie ; je me contente de signaler qu'elle a été provoquée par un choc physique et guérie par un choc moral.

Il existe un assez grand nombre de faits analogues ; et l'on trouve notamment dans les travaux consacrés à l'étude de l'hystérie traumatique par Charcot et par ses disciples, ainsi que dans le mémoire d'Errichsen sur la commotion accidentelle du cordon spinal, des enseignements utiles permettant d'apprécier cette forme de neurasthénie que j'appellerai volontiers une neurasthénie de procédure. Elle est quelquefois difficile à bien analyser parce que certains malades, la considérant comme une source de bénéfices, parviennent à la simuler avec une habileté extraordinaire. Pour ne pas être surpris par ce subterfuge parfois difficile à reconnaître, j'engage les confrères chargés d'élucider cette question délicate à lire avec la plus grande attention les intéressantes publications du Dr Babinski sur les névropathes simulateurs. Ecrites avec une réelle compétence et une irréprochable bonne foi, elles contiennent des renseignements pratiques d'une utilité incontestable.

Tvpe X. — Neurasthénie de procédure survenue à la suile d'un traumatisme. — Le malade inlente un procès pour obtenir des dommages-intérêts. Il perd le procès. — lui apprenanl le jugement qui le déboutai! de sa plainte, il se sent subitement débarrassé de sa neurasthénie. Il attribue sa guérison à la joie qu'il a éprouvée en se voyant délivré des pénibles préoccupations causées par les poursuites judiciaires qui exerçaient sur son esprit une dépression 1res énervante.— Cette observation appartient à la collection du professeur Berger.

Dans ce type je fais figurer une observation de neurasthénie trau-

matique que je dois à l'extrême obligeance du professeur Berger. On sait que cet éminent et consciencieux confrère est souvent appelé en justice pour éclairer les magistrats sur l'importance des blessures provoquées par des accidents traumatiques et pour les aider à régler équitablement l'indemnité réparatrice que réclament ceux qui ont été victimes de ces accidents. Il a vu, comme moi, certains neurasthéniques guéris en apprenant qu'on leur allouait une rémunération qui compensait généreusement les sommes perdues par leur temporaire incapacité de travail. Mais il m'a appris que quelques neurastbéniques, soumis à son expertise,, furent débarrassés de leur névrose lorsqu'on vint leur apprendre qu'ils avaient perdu leur procès. Résultat étrange assurément que le professeur Berger explique en supposant que ce jugement défavorable à ces malades demandeurs, avait eu pour conséquence de les soustraire immédiatement aux préoccupations pénibles qu'engendrent toujours les soucis d'une procédure incertaine et souvent coûteuse. Cette interprétation est aussi juste qu'ingénieuse. Je l'adopte sans réserve; et je m'en sers pour accroître le nombre de ces malades qui deviennent neurastbéniques sous l'influence d'un choc physique et qui cessent de l'être sous l'influence d'un choc moral.

Type XI. — Neurasthénie essentielle subitement développée chez un malade le jour où il apprend qu'il a contracté la syphilis. — Influence du trauma moral sur son système nerveux. — Association du traitement hydrothérapique et du traitement anti-vénérien. — Disparition de la neurasthénie bien avant la guérison de la syphylis.

Ce type, facile à dessiner, est celui d'un jeune névropathe qui, dans un jour de malheur, a eu la mauvaise cbance de contracter la syphilis. Quelques jours après cette aventure il fut atteint d'un écoulement blennorrhagique et constata la présence d'un chancre dans le replis de son prépuce. Il se rend prestement chez son médecin qui lui apprend sans aucun ménagement qu'il a contracté une maladie vénérienne. Cette déclaration faite à brûle-pourpoint produisit chez lui un trauma moral qui faillit provoquer un évanouissement. Il regagna péniblement son domicile emportant l'ordonnance dans laquelle on lui prescrivait un traitement spécilique approprié. L'absorption des drogues recommandées n'apaisa pas ses troubles nerveux, et, il ne tarda pas à être envahi par les véritables accidents de la neurastbénie. Son médecin l'engagea, bien entendu, à continuer la médication mercurielle et lui conseilla de suivre en même temps un traitement hydrothérapique

NEURASTHENIE DUE AU TBAUMA MORAL SYPHILITIQUE. 8b

qui. en quelques semaines, améliora sensiblement son état nerveux. La neurasthénie ne tarda pas à disparaître; mais la maladie vénérienne continua son œuvre et ne fut définitivement guérie qu'après avoir été énergiquement combattue pendant plus dune année entière. Depuis cette époque, le malade que j'ai eu l'occasion de revoir plusieurs fois jouit d'une santé parfaite.

Je pourrais certainement essayer d'analyser l'évolution de cette neurasthénie et signaler les particularités de son allure. Mais, en cédant à ce désir je courrais le risque de soulever, à cette place, une discussion déjà entamée et qui sera complétée quand j'examinerai le rôle de la syphilis dans le développement de la neurasthénie.

Si je ne craignais pas de lasser l'attention du lecteur je pourrais lui exposer de nouveaux types de neurasthénie essentielle, et lui montrer comme dans un kaléidoscope à mille facettes toutes les particularités de cette névrose. Il m'a semblé inutile de le convier à un spectacle qui n'augmenterait pas la valeur des preuves destinées à démontrer l'essentialité de la neurasthénie encéphalique et médullaire.

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