‹ La neurasthénieChapitre 46 sur 163 · NEURASTHÉNIE CARDIAQUE ESSENTIELLE · texte numérisé non relu

NEURASTHÉNIE CARDIAQUE ESSENTIELLE

partiennent réellement à la neurasthénie et on ne parvient à les placer dans leur vraie lumière qu'à la faveur d'un observation très minutieuse et très soutenue.

Pour aplanir quelques-unes des difficultés de cette tâche je dois tout d'abord exposer les cas les plus simples concernant la neurasthénie ganglionnaire que nous voyons se localiser dans le cœur ou dans les vaisseaux, dans le tube digestif et dans les voies génitourinaires. Je m'occuperai ensuite de ceux dont les traits caractéristiques se présentent sous un aspect assez compliqué qui' parfois déconcerte les jeunes praticiens.

Neurasthénie cardiaque ou cardio-vasculaire essentielle. — Accidents neurasthéniques localisés dans le cœur, dans les vaisseaux sanguins et dans le système vaso-moteur. — Importance attribuée aux phénomènes de vaso-constriction et devaso-dilatation. — Les maladies dont je vais parler font naître dans le cœur et dans les diverses circonscriptions du réseau vasculaire des perturbations nerveuses qui se traduisent tantôt par des phénomènes d'excitation, tantôt par des phénomènes de faiblesse. Ces perturbations sont presque toujours associées à celles de la neurasthénie cérébro-spinale et ont parfois des points de contact avec les phénomènes morbides qui ressemblent à ceux que la maladie de Beard détermine dans les voies digestives et génito-urinaires. Mais assez souvent ces perturbations se manifestent isolément et se révèlent presque toujours par des symptômes d'hypotension ou d'hypertension cardio-vasculaire , troubles spéciaux qui dérèglent le fonctionnement du cœur et des vaisseaux et constituent un des caractères principaux de la neurasthénie cardiaque.

Quelques médecins leur reconnaissent une plus grande portée et les considèrent comme les agents générateurs de tous les accidents neurasthéniques. Cette conception théorique n'est pas toujours conforme à la réalité des faits. J'aurai l'occasion de l'examiner dans tous ses détails en étudiant la pathogénie de la maladie de Beard.

Pour le moment, je vais me contenter de citer quelques observations de neurasthénie cardiaque en les choisissant parmi les plus simples et les plus démonstratives.

Type XII. — Neurasthénie cardiaque développée soiA l'influence d'une vive émotion chez une jeune personne tn'-s impressionnable et sujette depuis longtemps à des palpitations de cœur, à des accès de toux spasmodique et à îles crises d'étoulTements. — Asthénie générale. — Sensibilité psychique irrégulière. — Phénomènes d'hypotension cardio-vasculaire. Heureux résultats thérapeu-

OO NEURASTHENIE AVEC BYPOTENSIÔN CARDIO-VASCULAIRE.

thiques obtenus par des applications quotidiennes d'une douche courte, légère et convenablement refroidie.

Ce cas de neurasthénie particulièrement localisée dans le système circulatoire est celui dune jeune personne assez débile et très impressionnable. Sous l'influence du moindre choc, son esprit s'agite ou se trouble, son cœur palpite, son teint prend subitement une couleur rouge très accentuée. Elle est souvent incommodée par des accès de toux spasmodique ou des crises d'étouffements qui font craindre l'explosion d'un accès d'angine de poitrine. Telles sont les prédispositions morbides de cet organisme fatalement exposé aux iniluences nocives de l'excitation et de la détresse.

Un jour, en apprenant subitement la rupture d'une combinaison matrimoniale conçue selon ses goûts, elle eut une syncope plus apparente que réelle qui fut, du reste, 1res promplement remplacée par des palpitations cardiaques fort pénibles! Son médecin parvint à la soulager sans difficulté; mais il fut frappé de son état d'asthénie physique et morale qui, sans lui inspirer d'inquiétude, réclamait un examen approfondi. A Faided'im excellent sphygmomanomètre, ilputconstater une tension sanguine très faible, coïncidant avec une propulsion du cœur presque languissante, et une absence absolue du pouls périphérique ou capillaire. Il put aussi apprécier matériellement, en ayant recours au microscope et à de sérieuses analyses, que la réduction de l'oxyhémoglobine, ainsi que la plupart des opérations d'oxydation ou d'échanges et de nutrition s'accomplissaient péniblement, que le sang, quoique préservé de tout alliage impur, était sensiblement appauvri dans le nombre et la richesse de ses éléments.

Il conseilla cà la malade de suivre le traitement hydrothcrapique et me pria de faire intervenir à bref délai les applications reconstituantes de celle méthode curative. Elle prit d'abord une douche attiédie très courte suivie d'une friction alcoolique. Quelques jours après, la douche fut progressivement rafraîchie et la malade ne tarda pas à recevoir une douche froide de quelques secondes qu'elle supporta fort bien et qui lui procura un grand soulagement. Ce traitement fut régulièrement administré pendant six semaines et, au bout de ce temps. détermina dans le système circulatoire une très heureuse modification. Sous l'influence de celte même thérapeutique, la malade sentit ses forces se ranimer; son système nerveux retrouva son équilibre et sa mentalité une pondération qu'elle n'avait presque jamais connue. Satisfaite de ce résultat qui lui inspirait une grande sécurité physique et morale, elle put reprendre sa vie régulière et participer sans

b.EDRASTHENIE AVEC HYPERTENSION CARDIO-VASCULAIRE. 89

crainte aux nombreuses distractions que ses parents et ses amis s'empressaient de lui offrir pour compléter sa guérison.

Type XIII. — Neurasthénie cardiaque survenue après un accès de colère. — Manifestations intermittentes de détresse et d'excitation du système nerveux. — Phénomènes d'hypertension cardio-vasculàire. — Hérédité névropathique . — Pas d'antécédents morbides. — Constitution bonne. — Fonctions organiques normales. — Mentalité irrégulière. — Heureux ell'ets des douches sédatives sur cette forme de neurasthénie.

Le récit de cette observation concerne une jeune femme, névropathe par hérédité, d'un esprit vif, d'un caractère enjoué, souvent exubérant et parfois irascible. Elle est mariée depuis quelque temps avec un charmant homme qu'elle aime beaucoup et qu'elle encourage gracieusement dans tous ses travaux. Sa vie est régulière, agréable et joyeuse. Sa santé est. bonne et sa constitution n'offre aucun indice de prédisposition morbide, si ce n'est une certaine tendance à devenir promptement excitable.

Un jour elle apprit que son mari, à la suite d'un coup de bourse malheureux, venait de perdre une grande partie de sa fortune. Elle eut aussitôt un violent accès de colère qui dura assez longtemps et après lequel elle tomba dans un profond anéantissement. Le lendemain de cette journée néfaste, fatiguée par une nuit sans sommeil, elle se plaignit d'une céphalée fort gênante, éprouva quelques vertiges en essayant de sortir de son lit et se sentit bientôt envahie par des frissons assez violents qui l'obligèrent à se recourber. Elle finit par se réchauffer; ce retour de la chaleur provoqua une grande agitation nerveuse bientôt compliquée de palpitations de cœur dont la violence lui lit craindre un instant t'approche d'un grand danger.

En médecin fut aussitôt appelé et, après un examen rigoureux, il n'hésita pas à affirmer que la malade était atteinte d'une neurasthénie localisée dans le cœur et dans les vaisseaux, ce Autrefois, ajouta-t-il. nous appelions cet état nerveux une crise de névropalbie cérébro-cardiaque La malade guérira. » Il lit pendant plusieurs jours des visites très rapprochées, entreprit toutes les investigations nécessaires et parvint à se rendre compte de la situation dans laquelle se trouvait sa cliente. Ces recherches souvent renouvelées lui apprirent que le cœur avait une activité propulsive très accentuée, que la tension artérielle était assez élevée el se traduisait par îles battements

durs et serrés qui semblaient retentir dans l'intérieur de son cerveau.

Il put, à plusieurs reprises, constater la présence du pouls périphérique qui disparaissait quelquefois quand le myocarde avait assez de

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