NEURASTHÉNIE CARDIAQUE. GRAND ÉPUISEMENT NERVEUX
tibles <jui permettaient de soupçonner quelques défaillances du myocarde.
Les urines analysées plusieurs fois n'indiquaient rien d'anormal dans la qualité et dans la quantité du liquide rénal.
Ce malade présentait évidemment tous les signes d'une neurasthénie cardiaque essentielle ayant dans sa manifestation sémeiologique de l'excitation et de la faiblesse nerveuse, des douleurs disséminées dans les nerfs et dans les muscles, des phénomènes d'hypotension cardiovasculaire, des irrégularités fonctionnelles de l'appareil digestif et du système vaso-moteur.
Il commença, sans retard, un traitement hydrothérapique. Je lui administrai d'abord une série de douches agréablement chaudes et courtes qui firent disparaître ses douleurs et ranimèrent ses forces; il prit ensuite des douches tempérées et même attiédies qui calmèrent son excitabilité et finalement des douches froides qui complétèrent la reconstitution de son org-anisme. Après cette cure dont la durée fut assez longue, il put reprendre sa vie d'autrefois et faire une juste part à ses travaux et à ses plaisirs.
Type XV. — Jeune malade né de parents nerveux et élevé dans un milieu trop excitant pour lui. — A eu plusieurs accès de neurasthénie cérébro-spinale à durée limitée. — Nouvel accès de neurasthénie survenant à la suite d'une discussion violente et passionnée. — Phénomènes d'excitation et de détresse. — Troubles vaso-moteurs. — Atonie gastro-intestinale. — Localisation de la neurasthénie dans le système circulatoire. — Neurasthénie cardiaque essentielle. — Manifestation alternants de phénomènes d'hypotension et de phénomènes d'hypertension. — Faiblesse du cœur. — Arythmie. — Tachycardie. — Palpitations. — Angoisses. — Quelques phobies. — Epuisement et agitation du système nerveux. — Exaltation psychique. — Heureuse intervention des douches sédatives et des douches reconstituantes.
Le malade dont je vais parler a eu dans sa vie plusieurs accès de neurasthénie encéphalique qui parfois ont troublé le fonctionnement du cordon spinal. Le dernier accès a été plus compliqué dans ses manifestations. Après avoir intéressé le cerveau et la moelle épinière, il a provoqué une certaine perturbation du nerf grand sympathique et s'est particulièrement localisé dans le système circulatoire, en infligeant au cœur et aux vaisseaux des phénomènes d'hypertension et d'hypotension très caractéristiques.
Ce jeune homme est un névropathe de race dont le grand-père a succombé à une affection organique du cerveau provoquée par l'alcoolisme et dont la g;rand-mère s'est volontairement cloîtrée pour
ALTERNANCE D HYPERTENSION ET D HYPOTENSION VASCULA1RES. 93
demander à la religion et à la prière la force de lutter contre les angoisses d'un pénible remords dont elle n'a jamais voulu dévoiler la nature.
Le père et la mère du malade n'étaientpas de véritables névrosés ; mais ils avaient l'un et l'autre une excitabilité intellectuelle et morale qu'ils déployaient avec grâce et dont leurs amis se plaisaient à apprécier le charme et la distinction.
Elevé dans un milieu où toutes les questions politiques, littéraires et artistiques étaient l'objet de discussions aussi intéressantes que passionnées, notre jeune névropathe aurait pu donner à son esprit une culture agréable et sérieuse; mais entraîné par ses tendances presque subversives il eut la mauvaise fortune de ne récolter dans cet entourage que l'amour des contradictions et des propos arrogants. Son impressionnabilité native prit des proportions démesurées, se traduisant à chaque instant par des vibrations retentissantes et par des mouvements impulsifs difficiles à maîtriser.
Un jour, après un somptueux dîner offert par ses parents à de nombreux convives au nombre desquels figuraient des littérateurs, des peintres et des musiciens renommés, les invités se rendiivnt dans le salon de réception où la conversation, après avoir roulé sur les faits divers de la semaine, s'engagea sur l'exposition de peinture et de sculpture ouverte au public depuis quelques jours. Quelques assistants faisaient volontiers l'éloge des artistes qui sont préoccupés de rendre avec exactitude quelquefois même avec une certaine rudesse tout ce que la nature offre de réel et de saisissant. D'autres ne cachaient pas leur préférence pour les impressionnistes dont l'éblouissant coloris a des heurts imprévus et une tonalité lumineuse qui attirent tous les regards. Quelques-uns. et parmi eux des membres de l'Institut, émettaient des opinions moins extravagantes. Ils étaient tous d'accord pour direque l'œuvre d'un vrai statuaire se distingue par la sûreté de son point d appui, la précision de ses contours etla netteté de sa configuration. D'après eux le peintre manifesta son talent d'une autre façon; il doit toujours se préoccuper de dessiner avec soin les principales lignes du modèle qu'il veut reproduire, et pour donner à ces lignes un relief convenable, savoir faire autour d'elles une habile distribution des clartés et des ombres. Il faut ensuite qu'il devienne un coloriste et parvienne, en combinant harmonieusement ses teintes, à produire ce fameux relie; qu'on admire dans les tableaux des grands peintres.
A cette conversation qui, malgré la diversité et le décousu des
opinions émises n'éveilla aucune protestation bruyante succéda une discussion sur les œuvres littéraires de notre époque. Les premiers qui prirent la parole jugèrent nos écrivains français avec une grande équité et accordèrent à leur mérite personnel un juste tribut d'éloges. Quelques assistants protestèrent et parmi eux le fils de l'amphitryon fut un des plus violents. Après avoir malmené les écrivains dont on venait de faire la louange, il n'hésita pas à déclarer qu'ils étaient absolument éclipsés par les littérateurs étrangers à la tète desquels il fallait placer Ibsen, son auteur de prédilection. Il affirma, avec une suffisance presque grotesque, qu'Ibsen, parmi les écrivains modernes, avait seul le don d'observer exactement les faits et le talent de les bien exprimer. C'était pour lui un homme de génie. Cette boutade que les assistants attribuèrent discrètement à* une instruction incorrecte, à un snobisme regrettable et avec plus de raison peut-être à une impulsion maladive, fut heureusement apaisée parla maîtresse de maison qui, dans cette circonstance, révéla la sûreté de son tact et la délicatesse de son esprit. Malheureusement, un des invités, voulant changer la conversation et provoquer ainsi une diversion utile, eut l'idée de parler des œuvres de Wagner. En entendant prononcer le nom de ce grand musicien, mon névropathe prend aussitôt une attitude exaltée. Les critiques adressées à l'homme qu'il considérait comme une idole intangible l'exaspérèrent; et l'œil en feu, le visage agité, le verbe haut, il s'efforça de les détruire, en faisant du maître allemand une apologie presque extravagante. Le père du malade, craignant de voir la discussion dégénérer en un véritable pugilat, s empressa de prendre la parole. Il examina la plupart des conceptions seéniques de Wagner, en blâma les tendances trop matérialistes, et finit par dire,, en donnant à l'expression de sa pensée une forme très courtoise, que son œuvre littéraire était plutôt celle d'un imagier ou d'un peintre décorateur que celle d'un véritable écrivain dramatique. Il se hâta de reconnaître la puissance et l'originalité de son talent harmonique, vanta les pages admirables que renferment presque toutes ses partilions. Tout en admirant la prodigieuse allure de sa magistrale orches tration. il déplorait de constater dans cette œuvre puissante l'absence de mélodies bien conçues et surtout bien finies. Il regrettait que celte forme poétique de la musique fût aujourd'hui un peu délaissée et parfois éclipsée par une mélopée lyrique habilement appropriée ou par l'explosion plus ou moins heureuse d'une série de leit-motifS. En se basant sur ses impressions personnelles il ne craignit pas de dire qu'un spectacle Wagnérien occasionne presque toujours desper-
NEURASTHÉNIE COMPLIQUÉE DE pÉPItESSiON MENT AXE. (J.J
turbations troublantes sans donner souvent l'agréable impression du charme et de la douceur.
Ces critiques soutenues par une compétence musicale incontestable et formulées avec une urbanité parfaite déplurent à notre névropathe. 11 protesta énergiquement, et dans sa réplique extravagante il osa dire à son père qu'il n'était qu'un Nietsche incomplet. Pour donner à sa comparaison une portée plus désobligeante il ajouta que le philosophe teuton, après avoir été dans ses jeunes années un admi rateur de Wagner, devint plus tard son plus terrible détracteur. — Il ne tarda pas, ajouta-t-il, à être puni de son apostasie ; car il put voir sa raison s'assombrir et disparaître le jour où il voulut porter une main sacrilège sur l'incomparable colosse de Bayreuth.
Après cette irrévérencieuse apostrophe mon jeune malade quitta brusquement le salon et se rendit dans sa chambre où il resta pendant environ 24 heures. L'agitation qui avait presque déséquilibré son esprit finit par se calmer; mais elle fut bientôt remplacée par une grande dépression mentale et par un abattement physique très accentué. Il ne put prendre aucun repos; et, lorsqu'à la fin de cette triste nuit, le sommeil parvint à appesantir ses paupières, il fut aussitôt réveillé en sursaut par des vertiges qui le condamnèrent à une immobilité absolue. Il éprouva en même temps des dypsnées suffocantes comme celles de l'angine de poitrine, et des palpitations accompagnées de frisson et de fièvre qui lui semblèrent être le malheureux présage d'une grave maladie. Il eut peur et appela à son secours. Aussitôt son père et sa mère se rendirent auprès de lui ; oubliant naturellement la scène tumultueuse de la veille, ils s'empressèrent de lui donner les soins les plus assidus et lui prodiguèrent toutes leurs tendresses. Repentant et soumis il essaya de se lever pour les embrasser; mais il fut instantanément repris d'accidents vertigineux qui l'obligèrent à rester dans son lit.
Un médecin fut très promptement mandé. Mis au courant (h- la situation, il examina très attentivement le malade et reconnut très vite l'étendue de son affaissement psychique et de sa faiblesse musculaire que réveillait de temps en temps (1rs spasmes localisés dans les membres inférieurs. Il constata l'existence de phénomènes vertigineux auxquels il n'accorda pas une grande importance; il appril en même temps que son client avait de la céphalée constrirlive, de la rachialgie et de violentes palpitations accompagnées d'une grande accélération du pouls, de frissons très désagréables el de rougeurs disséminées sans symétrie sur quelques sections de la surface cutanée.
96 NEURASTHÉNIE AVEC HYPERTENSION ET HYPOTENSION. — ARYTHMIE.
Le cœur exploré avec soin parut indemne de toute lésion; il présentait des phénomènes d'hypotension alternant avec des phénomènes d'hypertension dont on ne pouvait pas aisément découvrir l'origine : la régularité de sa marche était troublée par quelques faux pas: mais les troubles arythmiques pouvaient être attribués à une influence névrosiqùe incontestable qui occasionnait en même temps de pénibles angoisses donnant un accès facile à des appréhensions peu rassurantes pour le malade.
L'appareil gastro-intestinal était le siège de borborygmes extrêmement bruyants. L'abdomen avait une sensibilité excessive et paraissait très développé à la partie inférieure. La palpation fit reconnaître un gonflement de la vessie qui n'avait pas été vidée depuis la veille. Un sondage immédiatement pratiqué fit évacuer une grande quantité d'urine qui, analysée avec soin, ne révéla rien d'anormal dans sa composition.
Le médecin, après un examen très complet, déclara que le malade était atteint d'une neurasthénie dont on pouvait attribuer la cause à une série d'émotions très violentes et aussi à des prédispositions innées et acquises accumulées dans l'organisme du malade. D'ahord localisée dans le cerveau et dans la moelle épinière, celte neurasthénie avait troublé le fonctionnement du nerf grand-sympathique, éprouvé l'appareil digestif et s'était finalement concentrée sur le cœur et sur ses vaisseaux. Il ajouta malicieusement, après avoir fini cette énumération d'influences causales, que cette forme de neurasthénie se manifestait de préférence chez les personnes dont la culture artistique est trop pervertie.
Après avoir formulé ce diagnostic précis, le médecin conseilla le repos, des frictions, une alimentation légère, des calmants, des toniques et l'usage régulier du bromhydrate de quinine associé au valérianate de zinc.
Cette médication, absolument bien conçue, ne produisit qu'une amélioration restreinte. On conseilla au malade de suivre un traitement hydrothérapique que je fus chargé de diriger. Quand je le vis pour la première fois, il ressentait les mêmes troubles cardiaques qu'au début de sa névrose ; la tachycardie était très prononcée, 1 hypotension cardio-vasculaire cédait souvent le pas à l'hypertension presque toujours provoquée par l'excitation nerveuse dont il avait donné tant de preuves. Les traits de son visage exprimaient clai] Smeut l'agitation de ses nerfs et trahissaient foutes les inquiétudes de son esprit désemparé.