CHAPITRE VI
DES RELATIONS DE LA NEURASTHÉNIE AVEC LES MALADIES ORGANIQUES OU FONCTIONNELLES DU COEUR ET AVEC CELLES DU SYSTÈME VASO- MOTEUR, DU SYSTÈME VEINEUX ET DU SYSTÈME ARTÉRIEL. — SES RAPPORTS AVEC L'AKTÉRIO-SCLÉROSE.
Les malades atteints d'une affection du cœur ou des vaisseaux ont souvent, surtout quand leur constitution contient un germe névrosique, des accidents nerveux qui rappellent ceux de la neurasthénie. Ces troubles jouent quelquefois le rôle de simples satellites qui semblent être placés à côté de ces maladies sans paraître intimement liés avec elles. Dans certaines circonstances, ces troubles constituent une véritable neurasthénie essentielle dont le développement résulte le plus souvent de l'épuisement organique que les maladies du cœur déterminent ou des terribles craintes qu'elles inspirent.
Quelquefois la maladie de Beard trouve son point de départ dans une simple irritation des organes malades. Cette irritation est transportée par voie directe ou réflexe dans les centres nerveux qui, sous l'influence de cette iriitation, engendrent cette forme de neurasthénie à laquelle j'attribue une origine périphérique ou réflexe.
Cette névrose peut aussi figurer dans le prélude morbide qui précède l'explosion de certaines affections du cœur ou des vaisseaux. Elle n'est plus alors qu'un simple prodrome qui, après avoir servi d'introducteur à ces maladies, disparaît ou se voile au moment où celles-ci commencent leur œuvre dégénératrice. Elle se manifeste quelquefois au milieu des phénomènes caractéristiques qui escortent ces divers états morbides. Son rôle alors est absolument secondaire. Elle a perdu son caractère essentiel et n'est plus qu'une fausse neurasthénie purement symptomatique. Je vais résumer ces manifes-
tations variées en transcrivant quelques observations fournies par des malades chez lesquels se révèlent avec clarté une grande excitabilité nerveuse, une dé-pression vitale indéniable et une mentalité très désordonnée.
Tvpe XVI. — Endocardite rhumatismale — Rétrécissement de la valvule mitrale; insuffisance de ses parois. Cet état morbide s'améliore sous l'influence d'une médication bien appropriée. — Accalmie très apparente. — Après cette trêve de troubles cardiaques, apparition d'accidents neurastbéniques provoqués par une vive émotion. — Un traitement hydfothérapique fut conseillé. — Le malade le supporta sans éprouver aucune secousse importune et s'en trouva bien.
11 s'agit ici d'un homme de cinquante ans, appartenant à la race des neuro-arthritiques et ayant eu dans sa jeunesse plusieurs attaques de rhumatisme articulaire aigu. Les deux premières crises ne laissèrent aucune trace ; mais la dernière occasionna une endocardite, probablement d'origine infectieuse qui, sans donner naissance à des symptômes d'une grande acuité, inspirèrent une certaine crainte au médecin. Ce praticien, après avoir apprécié l'importance de l'essoufflement, de l'oppression et de la dyspnée dont se plaignait le malade, examina avec soin l'état des organes contenus dans la cage thoracique. La percussion et l'auscultation lui firent découvrir dans les poumons des signes de poussées congestives et dans le cœur des souffles et des dédoublements de bruits qui. par leur siège et leur résonnance, lui permirent de conclure à l'existence d'une lésion valvulaire déterminant à la fois un rétrécissement de l'ouverture mitraie et une insuflisance de ses parois. En même temps, il constata que le myocarde donnait des signes de détresse se traduisant par de l'arythmie et des intermittences heureusement assez espacées.
Ce malade fut très rationnellement traité et eût la satisfaction de voir disparaître, les uns après les autres, tousles accidents qui avaient mis un instant son existence en péril. Ses fonctions digestives étaient normales et l'œuvre rénale s'accomplissait très régulièrement. 11 paraissait être à l'abri de tout danger, quand, sous l'influence d'une très vive émotion, il ressentit dans tout son être un violent ébranlement nerveux qui provoqua des phénomènes vertigineux et des palpitations de cœur très pénibles. Cette agitation inattendue et démesurée ne dura pas longtemps, mais en disparaissant elle fut presque aussitôt remplacée par un épuisement général qui eut pour triste conséquence d'anéantir l'énergie el les forces du malade, de paralyser ses facultés intellectuelles et de faire pénétrer dans son esprit des phobies énervantes accompagnées d'une tristesse insurmontable.
100 INTERVENTION DE LA DOUCHE TEMPÉRÉE ADAPTÉE A LA SUSCEPTIBILITÉ DU MALADE.
Le patient présentait bien, à ce moment, les symptômes caractérisques de la maladie de lieard. Pouvait-on logiquement attribuer leur apparition à l'affection cardiaque qui semblait presque éteinte "? Etait-il possible de les considérer comme le résultat de ces actions réflexes irrégulières que le cœur offensé ou lésé envoie d'une façon incessante dans les centres nerveux ? Ou bien fallait-il croire qu'ils dépendaient simplement de la vive émotion éprouvée inopinément par ce malade désorienté qui était à la fois un artbritique et un névropathe"? J'avoue que ces questions de pathogénie différentielle traversèrent mon esprit lorsque le malade vint me demander de diriger le traitement hydrotbérapique qu'on lui avait conseillé. Mais je déclare ingénuement que je ne poursuivis pas avec acharnement la solution de ce difficile problème et je me contentai de reconnaître que je. me trouvais en présence d'une neurasthénie développée chez un malade atteint d'une affection du cœur convenablement compensée. Le patient, assez inquiet de son état, m'apprit qu'il avait des phénomènes d'excitation ■ nerveuse remplacés le plus souvent par un anéantissement profond durant lequel il croyait perdre tout à la fois ses forces et sa raison. Il se plaignait de ressentir des douleurs rachidiennes disséminées dans toute l'étendue du thorax, des spasmes laryngés, accompagnés de légères palpitations. Sa parole était vibrante et assez agitée ; son pouls était vif, dur et révélait une hypertension artérielle.
Je commençai par lui donner une douche tempérée, assez courte, très légèrement percutante; elle fut administrée, §ans changement de manœuvre, pendant plus d'un mois. Cette discrète application hydrotbérapique apaisa l'excitabilité du malade et dissipa les phénomènes qu'hypertension . Ce premier résultat obtenu, je dus songer à réveiller la tonalité de son organisme manifestement amoindrie. Pour atteindre ce but, sans provoquer d'excitation intempestive, je continuai d'avoir ncours à la douche tempérée en donnant à son jeu une modification importante. Dès le début de la séance l'eau de la douche avait à peu près 34° et je la répandais très doucement sur le patient pendant environ une minute; au bout de ce temps je me rapprochais du trenteseptième degré centigrade et même du trente-huitième sans jamais le dépasser. Quand le patient avait la sensation d'une douce chaleur j'abaissais, en observant une transition progressive, la température de l'eau; et, après avoir provoqué une imperceptible impression de froid je terminais l'opération par une très courte douche agréableblement chaude.
Vers la fin du traitement je pus sans inconvénient, accentuer les
RELATIONS DE LA NEURASTHÉNIE AVEC l' INSUFFISANCE AORTIQUE. 101
modifications que je viens d'indiquer et prolonger notamment la durée de la douche froide à laquelle le malade attribua le relèvement de ses forces et la disparition de ses troubles nerveux.
Par une heureuse coïncidence, au moment où s'opérait celte restauration générale, le fonctionnement du cœur devint plus régulier qu'avant l'apparition de la neurasthénie et la circulation capillaire parut à peu près débarrassée de ses perturbations antérieures. Le myocarde lui-même participa à cet acte de réparation et put, sans faire de faux pas, distribuer facilement les ondées sanguines aux districts périphériques les plus éloignés. L'auscultation, pratiquée avec soin, permit de constater que les souffles et les dédoublements de bruits provoqués par les lésions des valvules et de l'anneau de l'orifice mitral étaient devenus moins retentissants et plus silencieux. On put môme constater que la compensation avait acquis plus de sûreté.
Type XVII. — Neurasthénie développée chez des malades atteints d'insuffisance aortique, de myocardite avant la période de dégénérescence, de péneardite rhumatismale et d'autres affections cardiaques. — Dans ces cas toujours graves la neurasthénie cesse d'être essentielle et devient secondaire. Elle a quelquefois pour origine une irritation fixée dans le cœur ou dans son voisinage. — Dans d'autres circonstances elle est symptomatique de l'affection cardiaque, que celle-ci soit primitive ou placée sous la dépendance d'une toxi-infection. La neurasthénie peut aussi se développer sous l'influence de la peur qu'a le patient d'être atteint d'une affection cardiaque mortelle. — Rôle de l'hydrothérapie dans ces diverses manifestations de la neurasthénie.
Ce type contient plusieurs faits pathologiques spéciaux qui permettent de reconnaître les principaux points de contact de la neurasthénie avec certaines affections organiques du cœur. En les résumant par une mention courte et précise, j'espère les rendre plus saisissants. Je pourrai ainsi éviter de donner à l'exposition de ces faits un développement qui, par son importance, aurait l'inconvénient de rompre le cadre de cette monographie, spécialement consacrée à l'étude des diverses formes de la neurasthénie et de leur traitement par l'hydrothérapie.
Je citerai tout d'abord le cas d'un malade atteint d'une insuffisance aortique améliorée grâce à l'intervention d'une médication propice et d'une vie hygiénique bien conçue. Sous l'influence d'une très vive émotion, il devint neurasthénique et ne put retrouver l'intégrité de ses forces et l'équilibre de ses facultés psychiques qu'en ayant recours à un traitement hydrothérapique qui, je n'ai pas besoin de le dire, fut très prudemment appliqué. La maladie de Beard conserva
102 NEURASTHÉNIE ET 31YOCARDITE.
sa forme essentielle pendant toute la durée de son évolution. Elle ne fut pas exagérée par l'état morbide du cœur; elle n'eut sur cet organe aucun fâcheux retentissement.
Le fait mérite d'être signalé. J'en puis présenter un autre qui, bien qu'il soit communément répandu dans la pratique, n'en est pas moins intéressant'. Il s'agit d'un malade atteint, comme le précédent, d'une insuffisance aortique heureusement immobilisée dans un état stationnaire assez satisfaisant. Ce malade est un névropathe de. naissance et a eu plusieurs fois dans sa vie des accès de neurasthénie. Il apprit par surprise qu'il était atteint d'une maladie de cœur. Cette révélation subite et inattendue lui causa un chagrin profond, déprima ses forces morales et physiques et fit naître dans son esprit les sombres craintes d'une mort prochaine. Chez ce malade, les phobies prirent de grandes proportions et déterminèrent cette crise neurasthénique (jué l'on peut considérer comme tributaire de la peur et qui fut très heureusement amendée par des douches sédatives de courte durée.
Le fait suivant concerne une malade atteinte d'une myocardite entravée dans sa marche et ne présentant aucun des signes de dégénérescence que l'on voit coïncider presque toujours avec l'apparition de la sclérose du tissu conjonctif dont les muscles du cœur sont parfois enveloppés.
Elle ressentait dans toute la région cardiaque des douleurs fort pénibles qui provoquaient dans les organes et dans tous les tissus limitrophes une série d'actions réflexes insupportables. Ces souffrances finirent par avoir un grand retentissement dans les centres nerveux et provoquèrent cette forme de neurasthénie que j'ai désignée sous le nom de neurasthénie d'origine périphérique ou réflexe. Les douches courtes, légères, agréablement chaudes au début, rafraîchies à la fin, furent très favorables à cette malade. Elle eut recours à ce procédé hydrothérapique pendant plusieurs mois consécutifs.
Les deux malades que je veux signaler ici ont, l'un et l'autre, une péricardite chronique. Le plus âgé est un neuro-arthritique invétéré, victime depuis longtemps d'une dyspepsie nerveuse" et de troubles de nutrition probablement produits par cette perturbation fonctionnelle de l'estomac.
A la suite d'un refroidissement, il eut une attaque de rhumatisme qui envoya ses poussées inflammatoires dans les principales articulations, dans le péricarde et même, m'assura-t-on,' dans quelques vaisseaux sanguins. Tous ces accidents qui avaient exigé le séjour au lit