NEURASTHÉNIE DE LA CROISSANCE
ses exercices favoris l'attristèrent et provoqua une grande dépression physique et morale. Il se plaignit d'une céphalée constrictive particulièrement fixée dans la région occipitale, de rachialgie, de spasmes et de tremblements musculaires, de légers vertiges, d'une grande inappétence, d'une agitation nocturne qui l'empêchait de dormir, d'une immense lassitude qui paralysait tous ses elforts intellectuels et physiques et qui faisait naître dans son esprit des pensées sombres ou des phobies non motivées.
Ce jeune homme était en définitive atteint d'une hypertrophie du cœur compliquée d'un véritable accès de neurasthénie. Ces deux manifestations morbides paraissaient avoir entr'elles un lien de causalité bien établi. Aussi les médecins qui eurent l'occasion d'examiner ce malade n'hésitèrent pas adonner à ces divers accidents, à la neurasthénie comme à l'hypertrophie du cœur, une pathogénie commune. Il les attribuèrent au double surmenage physique et moral, à l'irrégularité des actes de la nutrition, aux altérations innées et acquises du liquide sanguin, en un mot, à la déperdition de l'énergie de croissance.
Toutes ces influences nocives peuvent limiter leur action sur le cœur et ne provoquer qu'une hypertrophie du cœur; mais le plus souvent elles se répandent dans tout l'organisme, bouleversent d'une façon particulière le système nerveux et créent cet état morbide qu'on peut appeler la neurasthénie de la croissance. Cette névrose est parfaitement justiciable de l'hydrothérapie qui, par ses applications sédatives et reconstituantes convenablement associées, peut agir très efficacement sur les perturbations qui siègent à la fois dans le système nerveux et dans le système sanguin. Le malade que je viens de désigner bénéficia de ce traitement. Il retrouva ses forces et finit par obtenir l'énergie de croissance qu'une mauvaise direction avait sensiblement amoindrie.
Association de la neurasthénie avec les névroses cardio-vasculaires. — Après avoir essayé de préciser les relations de la neurasthénie avec les maladies organiques de cœur je vais exposer en quelques lignes celles qu'elle a avec les troubles fonctionnels de ce viscère ou plutôt avec les névroses cardiaques.
Type XXI. — De la tachycardie dans ses rapports avec la neurasthénie.
La tachycardie est caractérisée par une accélération anormale et souvent exagérée des battements du cœur et des artères. Ce phénomène est-il dû à une excitation du grand sympathique, à une parésie
NEURASTHÉNIE. — TACHYCARDIE. — BRADYCARDIE. 109
ou à une influence inhibitoire du nerf pneumogastrique, ou bien à l'action combinée de ces diverses causes? Peut-on l'attribuer à une toxi-infection? Cette complexe généalogie est possible.
Quelquefois la tachycardie paraît être essentielle. Mais elle accompagne de temps en temps les maladies des centres nerveux et notamment celles qui sont localisées dans la région du bulbe ou du pont de Yarole. Elle constitue aussi un des symptômes caractéristiques de la maladie de Basedow. Elle est assez fréquemment liée aux troubles dyspeptiques, bépatiques et utéro-ovariens. On constate également sa présence chez beaucoup de névropathes. Mais je ne crains pas de dire qu'elle est souvent associée avec la neurasthénie; pour être juste je dois ajouter que dans cette union elle joue plutôt le rôle d'un symptôme que celui d'une cause. Son apparition concorde avec une hypotension cardio-vasculaire qui peut être amendée par l'hydrothérapie à la condition de ne recourir aux applications reconstituantes de cette méthode de traitement, qu'après avoir délivré les neurasthéniques chez lesquels elle se manifeste dé l'excitabilité nerveuse qui les agite. — J'ai déjà dit comment il faut procéder pour obtenir ce résultat.
Type XXII. — Le pouls lent et la neurasthénie.
Le pouls lent permanent est très rarement associé à la neurasthénie. Le ralentissement des pulsations artérielles que le docteur Huchard appelle la maladie de Stokes-Adams, du nom des deux auteurs qui ont les premiers étudié ses caractères, diffère de cette bradycardie intermittente que l'on constate chez des malades atteints de certaines lésions du cccur, du bulbe et des centres nerveux voisins du mcesocépale. Quelques auteurs le font dépendre d'un trouble de nutrition déterminé dans cette région du cerveau par des maladies toxi-infectieuses et portant son influence sur le cœur par l'intermédiaire du nerf pneumo-gastrique. Il n'a aucune action sur l'évolution de la neurasthénie et ne constitue pas une contre-indication au traitement hydrothérapique qui convient à cette névrose.
Typs XXIII. — La parésie cardiaque et la neurasthénie.
La parésie cardiaque, quand elle n'est pas, bien entendu, la conséquence d'une lésion ou d'une dégénérescence du cœur et des vaisseaux, entre quelquefois dans le cortège symptomatique de la maladie de Beard. Sous cette forme idiopathique, elle est toujours heureusement modifiée par le traitement hydrothérapique qu'on emploie ordinairement contre cette affection nerveuse, surtout au moment où l'on