NEURASTHÉNIE. — PALPITATIONS DE COEUR. H
l'esprit ou par une secousse morale inopinément provoquée. Ces mêmes perturbations peuvent aussi être produites par une altération du sang susceptible d'amener dans les centres nerveux un trouble de nutrition et une perversion des oxydations chimiques qui entravent le fonctionnement de ces centres.
Dans ce dernier groupe on peut faire figurer les maladies toxiinfectieuses, les excès de toul genre, l'abus des boisssons excitantes, du tabac, la ebloro-anémie, les névroses et surtout la neurasthénie. Personne n'ignore que la maladie de Beard, surtout quand elle se localise dans le cœur, compte parmi ses symptômes les plus constants les palpitations de cet organe.
La neurasthénie et les palpitations de cœur ont donc entr elles des liens qui révèlent une parenté incontestable. Le traitement hydrothérapique convient parfaitement à ces deux manifestations névropathiques. Mais pour obtenir de lui des effets réellement bienfaisants, il faut toujours recourir à ses applications sédatives telle que je les ai déjà formulées et prendre la précaution, alors que la cure touche à sa fin, de ne pas administrer des douches très froides ou trèschaudes, trop longues ou trop énergiques.
Type XXVI. — L'angine de poitrine essentielle et la neurasthénie. ,
L'angine de poitrine essentielle que certains auteurs appellent à tort la "fausse angine de poitrine apparaùt quelquefois chez les neurastbéniques surtout chez ceux qui appartiennent à la grande famille des arthritiques. Il arrive parfois que ces névropathes ont, sans raison connue, une névralgie cardiaque qui, en s'irradiant dans les côtés du thorax, dans le cou, les épaules, les bras, provoquent une violente constriction tlioracique presque toujours suivie d'une sensation d'angoisse fort pénible et d'une dyspnée qui se transforme quelquefois en une véritable suffocation Cet accès n'a pas une longue durée; mais il se renouvelle assez souvent et fait naître dans l'esprit du malade une impression de terreur qui le trouble profondément.
Cette angoisse nerveuse qu'il ne faut pas confondre avec celle autrement grave que détermine notamment la prolifération oblitérante de l'aorte et des artères coronnaires est en somme un spasme plus ou moins violentqui a son origine dans le plexus cardiaque et qui gagne progressivement tous les tissus placés dans son voisinage.
Lorsque cette angine se trouve greffée sur la neurasthénie, il faut que le traitement bydrofhérapique dirigé contre cette névrose soit conduit très méthodiquement. II est toujours prudent de commencer
412 NEURASTHÉNIE. — ANGINE DE l'OlTHINE. MALADIE DE BASEDOW.
cette cure par des douches tempérées et très légères; on ne doit pas, du moins en débutant, diriger le jet dans les régions du corps où les crises douloureuses et suffocantes semblent trouver leur origine. Il sera même très utile de chercher à accentuer le mouvement de réaction dans les parties inférieures qu'on pourra du reste favoriser en administrant des bains de pieds chauds immédiatement avant la séance hydrothérapique proprement dite. Il ne faudra généraliser l'application de la douche que lorsque le malade sera bien acclimaté à recevoir son aspersion. Plus tard on pourra modifier la cure en introduisant dans son application les procédés capables d'amoindrir l'influence des causes qui ont joué un rôle dans l'explosion des désordres nerveux dont je viens de parler.
Type XXVII. — Le goitre exophthalmique et la neurasthénie.
Le goitre exophthalmique dénommé, alternativement, maladie de Graves ou de Basedow, est assez souvent associé à la neurasthénie. Ces deux affections peuvent exister simultanément; mais le plus souvent elles viennent l'une après l'autre ; toutefois c'est presque toujours la neurasthénie qui apparaît la première ; mais elle semble se hâter de céder la suprématie à la maladie de Basedow qui ne tarde pas à occuper sans partage la scène pathologique. Autrefois, la maladie de Basedow était considérée comme une névrose cardiaque et la description avait sa place dans la section des maladies fonctionnelles du cœur. Aujourd'hui, elle occupe un rang plus élevé et se trouve introduite dans le cadre nosologique des grandes névroses non loin des plus intéressantes psychoses. Je parlerai donc de ses relations avec la neurasthénie quand j'examinerai les rapports qui existent entre la maladie de Beard et les principales psycho-névroses. Je n'ai pas besoin de publier de nouveaux types démontrant l'alliance de la neurasthénie avec les névroses cardiaques. Le lecteur en trouvera des spécimens dans l'exposé de la neurasthénie cérébrale et de la neurasthénie cardiaque.
Rapports qui existent entre la neurasthénie et certaines maladies organiques ou fonctionnelles des vaisseaux sanguins. — Les relations de la neurasthénie avec quelques maladies vasculaires ont une forme et une importance très variables qui méritent d'être signalées, Elles sont très fréquentes avec les affections qui intéressent le réseau capillaire, assez rares avec celles des veines, plus communes et surtout plus inquiétantes avec celles qui se manifestent dans le systerne artériel.
Je vais m'occuper en premier lieu des relations qui semblent enchaîner la neurasthénie avec les perturbations du système vasomoteur.
Influences réciproques de la neurasthénie sur le système vasomoteur et du système raso-moteur sur la neurasthénie.
Type XXVIII.
Pour bien saisir l'ensemble des troubles que la neurasthénie est capable d'engendrer dans le système circulatoire tout entier, il est nécessaire de bien connaître les perturbations qu'elle introduit dans le réseau capillaire par l'intermédiaire des nerfs vaso-moteurs. Ces perturbations figurent toutes dans les types que je viens de consacrer à la neurasthénie cérébrale, médullaire et cardiaque ; malheureusement elles sont très souvent le jouet de circonstances fortuites qui défigurent leurs traits et obscurcissent leur généalogie.
La neurasthénie essentielle exerce une influence incontestable sur toutes les sections de l'appareil circulatoire ; elle fait palpiter le cœur irrégulièrement, expose le myocarde à de regrettables défaillances et accélère ou ralentit le cours du sang qui perd ainsi son rythme normal et la régularité de sa marche. En pénétrant à travers le réseau vasculaire, elle trouble toujours le fonctionnement des nerfs vasomoteurs. Dans certains cas son intervention prend une allure franchement excitante qui a pour effet de déterminer le resserrement ou une contracture des petits tubes sanguins. Cet état spasmodique provoque des phénomènes d'hypertension, engourdit les extrémités, donne naissance à des frissons assez accentués et produit même cette sensation de doigt mort qu'on observe dans le petit brightisme du professeur Dieulafoy. Les mains et les pieds ont quelquefois un aspect violacé qui fait craindre l'explosion plus ou moins prochaine de la maladie de Raynaud. On voit aussi apparaître de petits œdèmes donnant à la peau une teinte d'albâtre légèrement bleutée, œdèmes dont l'étendue est assez restreinte et qui ne provoquent presque jamais d'accidents redoutables.
A côté de ces diverses manifestations morbides qui coïncident presque toujours avec une construction vasculaire engendrée très probablement par les phénomènes d'irritabilité répandus dans tout le système nerveux se trouvent îles troubles circulatoires qui semblenl être sous la dépendance de l'épuisement des nerfs chargés de gouverner le fonctionnement du réseau capillaire. Ils se traduisent par une dilatation vasculaire qui amène souvent une grande précipitation
414 NEURASTHÉNIE. — HYPERTENSION ET HYPOTENSION VASCULÀ1RES,
dans le cours du sang, des éruptions cutanées parfois accompagnées d'altérations morphologiques, une élévation de la chaleur animale dans certaines régions du corps qui deviennent, sans motif plausihle, le siège d'une sécrétion abondante.
En analysant avec soin toutes ces perturbations que Ton observe dans la circonscription périphérique de l'appareil circulatoire, on est forcé de reconnaître qu'elles sont la conséquence «l'une vasoconstriction ou d'une vaso-dilatation. Nous devons cette interprétation physiologique aux mémorables expériences de Claude Bernard et de Brown-Séquard sur les fonctions des nerfs vaso-moteurs.
Grâce à elles, on est presque autorisé à croire que ces divers phénomènes d'hypertension et d'hypotension vasculaires résultent, dans un grand nombre de cas, des spasmes ou des relâchements que la neurasthénie cérébro-spinale, et surtout la neurasthénie cardiaque, provoquent dans les tubes sanguins de la périphérie du corps. Je n'ignore pas que quelques médecins attribuent à ces actes de vasoconstriction et de vaso-dilatation le pouvoir de créer de toutes pièces la neurasthénie. C'est en les prenant pour point d'appui que les Drs Lange, Angel, Weber, G. Dumas et d'autres encore ont essayé d'édifier leur théorie vaso-motrice de la neurasthénie. Je parlerai de cette théorie en étudiant la pathogénie de cette névrose. Abandonnant ces questions doctrinales pour rester sur un terrain essentiellement pratique, je me plais à affirmer que l'hydrothérapie possède le don d'agir efficacement contre ces manifestations à double face dont l'aspect offre des contrastes irrécusables.
Lorsque les symptômes de constriction vasculaire, conséquences inéluctables d'une excitation du système nerveux semblent dominer la scène morbide, il faut recourir aux douches sédatives. Lorsque ces applications hydrothérapiques auront produit l'action bienfaisante qu'on attend d'elles, on pourra leur substituer de légères douches écossaises, en ayant soin de ne pas brusquer les changements de température de l'eau, et recourir finalement aux douches modérément froides et de courte durée. Ces dernières ont le privilège d'aguerrir les nerfs vaso-moteurs contre les impressions sensitives qui sont capables de pervertir leur fonctionnement.
Lorsque les symptômes d'hypotension sont très caractérisés, on est presque tenté de recourir aux douches froides pour relever la tonalité des tissus affaiblis. Cette conception est logique et la pratique qu'elle autorise peut quelquefois produire des résultats très satisfaisants. Mais avant de prendre cette détermination, il ne faut pas ou-
NEURASTHÉNIE. — MALADIE» DU SVSTÈME VEINEUX. 1lo
blier que chez beaucoup de neurasthéniques, les phénomènes d'hypotension sont souvent et subitement remplacés par ceux de l'hypertension qu'il est toujours préférable de ne pas éveiller. J'engage donc à commencer la cure hydrothérapique par des douches peu agressives et de ne recourir aux douches toniques qu'après avoir jaugé exactement la résistance et l'impressionnabilité du malade. Cette intervention réservée est surtout utile quand il faut combattre la surélévation de la chaleur animale, la tachycardie et certaines transpirations dont l'origine nerveuse est incontestable. Sans doute les douches à basse température amènent un rafraîchissement qui procure au patient une sensation agréable. Mais ce bien-être passager est souvent remplacé par une réaction assez vive dont les conséquences peuvent compromettre la valeur curative du traitement. Il faut donc commencer par la douche tempérée qu'on refroidit progressivement quand on a acquis la conviction que le malade est réellement à l'abri de toute excitation névrosique.
Des relations de la neurasthénie avec les maladies du système veineux. — La neurasthénie n'a avec les maladies du système veineux que des points de contact très restreints. Mais il importe de les bien connaître surtout quand il faut appliquer l'hydrothérapie aux neurasthéniques qui sont atteints de ces maladies.
Typs XXIX. — La neurasthénie développée chez les malades atteints de varices. — Comment convient-il d'appliquer l'hydrothérapie dans ce cas particulier?
Lorsque la maladie de Beard se développe chez des personnes dont les veines sont visiblement variqueuses, elle peut être sans inconvénient traitée par l'hydrothérapie ; mais à la condition que l'eau employée n'ait pas une température trop élevée. La douche doit être agréablement froide, peu pénétrante et modérément prolongée. Elle agit sur les fibres lisses des vaisseaux trop dilatés dont elle réveille la tonalité, donne au courant sanguin qui se dirige vers le cœur une marche plus soutenue, apporte aux tissus limitrophes une surexcitation qui a pour résultat de favoriser la circulation dans les veinules rapprochées des tubes variqueux. L'existence des varices n'est donc pas une contre-indication à l'emploi méthodique de l'hydrothérapie chez les neurasthéniques qui sont sujets à cette infirmité.
Le varicocèle peut, d'après certains nié lecins, engendrer la neurasthénie. Cette dilatation variqueuse de la région scrotale exaspère tellement les malades qu'ils sont les premiers à demander au chirurgien de les débarrasser de leur mal. Cette opération guérit rarement