NEURASTHÉNIE. — HÉMORRHOIDES. — PLÉTHORE ABDOMINALE
la neurasthénie. Pour favoriser son action curative, il est indispensable de soumettre le patient à un traitement hydrothérapique approprié à son état.
Type XXX. — La neurasthénie et le varicocèle.
Le traitement hydrothérapique a, dans certains cas, une influence très salutaire sur le varicocèle ; il atténue la gêne que cette infirmité occasionne et calme le plus souvent l'excitation nerveuse qu'elle provoque. Les aspersions froides localisées sur le siège du mal amènent presque toujours une heureuse modification de ces varices spéciales; elles sont en tout cas susceptibles d'améliorer quelques symptômes de la maladie de Beard si l'on joint à ces applications locales une douche généralisée.
Type XXXI. — Neurasthénie. — Hémorrhoïdes.
Les neurasthéniques qui sont indisposés par des poussées hémorrhoïdales sont presque toujours très soulagés par le traitement hydrothérapique. On associe alors la douche anti-neurasthénique au bain de siège et à la douche hémorrhoïdale en ayant soin d'adapter la température de l'eau à la nature de l'accident qu'iJ faut combattre. Si les hémorrhoïdes sont fluentes et produisent une véritable perte de sang, il faut que l'eau qui alimente ces deux applications locales soit très chaude ou très froide. Avec l'eau chaude, la durée de l'opération ne doit pas être longue ; avec l'eau froide, on peut sans inconvénient la prolonger davantage. Lorsque les hémorrhoïdes sont douloureuses et qu'elles provoquent autour de l'ouverture anale des spasmes ou des démangeaisons, il faut que l'eau soit tempérée et reste longtemps en contact avec la région intéressée. S'il existe une procidence des veines hémorrhoïdales et si le gonflement est assez prononcé, on peut avoir recours, par l'intermédiaire du bain de siège et de la douche hémorrhoïdale, à des irrigations alternativement chaudes et froides. Dans ce cas, cette manœuvre ne devra jamais être très longue ; il vaut mieux la renouveler plusieurs fois par jour que de lui consacrer une séance quotidienne démesurément prolongée. J'ai vu beaucoup de cas dans lesquels les troubles neurasthéniques ont disparu après l'intervention de ces applications locales exécutées d'après les indications que je viens de formuler.
Type XXXII. — La neurasthénie associée à la phlegmatia alba dolens ou simplement à la phlébite. — Modification que l'afieetion veineuse impose au traitement hydrothérapique dirigé contre la neurasthénie.
Les divers états morbides qui, sous le nom de pldegmatia alba
dolens, ou plus simplement de phlébite, se manifestent dans le système veineux, peuvent se trouver associés aux symptômes de la maladie de Beard. Doit-on considérer cette coïncidence comme une contre-indication qui empêche de soumettre les neurasthéniques au traitement hydrothérapique dont ils ont si grand besoin? Je puis, en toute franchise, répondre à cette question essentiellement pratique. Et d'abord je dois déclarer que l'abstention est nettement commandée quand la phlébite est de date récente. Pour motiver cette défense absolue, qu'il me soit permis de donner quelques explications.
Tous les médecins admettent que la phlébite peut être attribuée a une intoxication, à un état diathésique ou distrophique, à une altération du sang- et à un trouble plus ou moins marqué de la circulation, de l'innervation ou de la nutrition.
Quand cette inflammation des veines ne se termine pas par une franche résolution, elle produit un thrombus qui adhère plus ou moins aux parois de ces vaisseaux et qui plus tard se transforme en un tissu fibreux susceptible de diminuer ou d'obturer la lumière de cetube sanguin. On voit alors les veines voisines se dilater pour suppléer la veine oblitérée. En même temps, les parties environnantes deviennent le siège d'un gonflement œdémateux, de douleurs assez vives accompagnées d'une augmentation de chaleur très appréciable au toucher. Quelquefois, de ce thrombus s'échappe un caillot mou qui, sous le nom d'embolie, vient se précipiter dans le poumon, dans le cœur ou dans le cerveau. Ce parcours de l'embolie est toujours redoutable et peut occasionner les plus grands désastres. S'il est encore menaçant le médecin hydropathe doit impitoyablement s'abstenir s'il ne veut s'exposer à commettre une action coupable et funeste. Il ne doit intervenir que lorsque le départ du caillot n'est plus à craindre. Alors seulement il pourra soumettre le neurasthénique au traitement hydrothérapique. Après l'avoir guéri de sa névrose, il pourra même compléter son œuvre réparatrice, modifier les désordres de toute espèce qui entravent encore le fonctionnement de la région intéressée. Il trouvera dans l'outillage de cette méthode curative des procédés capables de faciliter le cours du sang^ de tonifier le tissu veineux, de calmer les douleurs, de dégorger les parties infiltrées. Il pourra aussi aider l'organisme à sortir de ce milieu morbide en modifiant son état diathésique et ses tendances toxi-infectieuses, en régularisant les actes de nutrition et finalement en restituant au sang et aux nerfs les qualités qu'ils ont perdues. Cette intervention mérite d'être tentée. Pour qu'elle réussisse, il faut employer la douche mobile, ter-
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minée par une grosse pomme d'arrosoir, mise en jeu par l'appareil hydro-mélangeur qui, seul, permet de varier la température de l'eau en lui donnant instantanément le degré qui convient le mieux à la sensibilité ou à la tolérance de chaque individualité morbide. La douche doit être à percussion légère, toujours courte, doucement localisée sur la région où siégeait la phlébite et terminée invariablement par une aspersion généralisée qui facilitera la réparation des éléments histologiques et permettra au neurasthénique de retrouver l'équilibre de son système nerveux.
Rapports de la neurasthénie avec les maladies des artères.
Type XXX III. — Influence de la neurasthénie sur le fonctionnement des artères. — Influence que les processus morbides localisés dans les vaisseaux artériels exercent sur certaines manifestations de la neurasthénie et sur les actes de la nutrition. — Rapports de ces processus avec les maladies toxi-infectieuses.
Les relations de la neurasthénie avec les maladies des artères sont plus nombreuses que celles qui la rapprochent des maladies du système veineux. Elles ont une apparence plus sombre et affectent généralement une autre forme.
La maladie de Beard exerce sur les artères une influence incontestable; elle peut développer dans leur tissu musculaire des spasmes qui, en rétrécissant le calibre de ces vaisseaux, sont capables de diminuer et même d'entraver la circulation du sang dans les régions du corps que ces artères sont chargées d'irriguer et de nourrir. Ces parties, privées de leur liquide nourricier, blanchissent, s'étiolent ou s'atrophient; et les perturbations que cet incident provoque contribuent à augmenter l'escorte symptomatique de cette névrose.
En revanche, quand les artères sont le siège d'un processus inflammatoire et que ce processus, surtout quand il passe à l'état chronique, atteint les petits vaisseaux des centres nerveux, il prive ces centres nerveux de leurs éléments réparateurs et leur inflige un trouble de nutrition où la neurasthénie peut trouver son origine. Si, par une malheureuse coïncidence, le sang est altéré par une intoxication ou par une infection, il perd ses qualités régénératrices et rend les troubles de nutrition plus sérieux et plus graves. La neurasthénie peut, à la rigueur, être engendrée par ces fâcheuses altérations; mais alors elle n'est plus que l'ombre d'elle-même et ses traits fondamentaux sont défigurés par des manifestations morbides qui ne lui appartiennent pas. Elle perd son caractère essentiel, se trouve reléguée à un rang secondaire et devient un simple symptôme d'une altération des artères et du sang.
Lorsque l'irritation du tissu artériel reste longtemps stationnaire, elle excite les nerfs sensitifs placés dans son entourage. Cette excitation peut être transportée, par la voie des nerfs, jusque dans les centres nerveux où elle provoque de nombreuses actions réflexes au milieu desquelles on découvre les symptômes de la neurasthénie. Dans ce cas spécial, comme dans le précédent, la maladie de Beard ne conserve pas son essentialité ; elle doit être logiquement placée dans le cadre de ces neurasthénies que j'ai décrites sous le nom de neurasthénies d'origine périphérique ou réflexe. Pour lutter contre ces manifestations morbides, on peut avoir recours à l'hydrothérapie.
La neurasthénie et V artériosclérose . — Aperçu sommaire sur r artériosclérose. — Pour compléter, l'examen des relations que la neurasthénie peut avoir avec les maladies cardio-vasculaires, il faut que j'étudie celles qu'elle a avec l'artério-sclérose.
Cette redoutable affection a pour point de départ une irritation presque toujours spécifique de la tunique interne des artères ayant pour effet de diminuer le calibre de ces vaisseaux, et de développer en eux des productions fibro-calcaires presque indissolubles.
Le Dr Huchard est celui qui a le mieux étudié ce processus morbide; après nous avoir appris à connaître les signes qui permettent de prévoir son apparition, il a démontré que dans beaucoup de cas le développement de l'artério-sclérose est précédé par des phénomènes douloureux très tenaces et par une série de troubles dont les principaux se traduisent par une vaso-constnction avec hypertension vasculaire très accentuée. Ces troubles vaso-constrictifs entravent le cours de la circulation, rétrécissent la lumière des vaisseaux sanguins et menacent la fonction et la texture des organes qu'ils envahissent. C'est souvent sur le rein et sur le foie, c'est à dire sur, les appareils chargés d'éliminer toutes les impuretés qui encombrent la plupart de nos tissus, que cette affection redoutable exécute ses agressions les plus malfaisantes. Mais elle n'épargne pas non plus le cœur et le cerveau qui sont les victimes habituelles de ses dégâts. Les centres nerveux eux-mêmes ne sont pas à 1 abri, et c'est probablement quand elle dirige sur eux ses premières attaques que les symptômes de la neurasthénie font leur apparition.
Sans chercher à surprendre le mystère qui entoure l'évolution de cette dégénérescence spéciale, je crois pouvoir dire que l'on trouve presque toujours dans l'étiologie de cette maladie une infection ou une intoxication chronique. Il semble donc que c'est par le sang que
120 HYDROTHÉRAPIE AD DÉBUT DE l'aRTÉRIO SCLÉROSE.
le germe morbide est apporté dans les artères et par voie de suite dans la plupart des organes. On pourrait donc presque admettre que cette altération cardio-vasculaire est une affection secondaire provoquée par la viciation du liquide sanguin.
Dans cet ordre d'idées, on peut signaler l'influence causale de presque toutes les maladies toxi-infectieuses, du rhumatisme, de la goutte, de l'arthritisme ou de l'herpétisme, du diabète, de la syphilis, de l'alcool, du plomb, du tabac et enfin de l'usure histologique qui est l'apanage de la vieillesse réelle ou anticipée.
Parmi les causes de l'artério -sclérose, on peut faire figurer l'autointoxication qui résulte d'un régime défectueux ou de troubles digestifs invétérés, le surmenage, la fatigue, les chagrins, les perturbations du système nerveux et les irrégularités qui compromettent l'accomplissement des mutations nutritives.
S) l'on examine avec soin la marche de l'artério-sclérose, il est aisé de constater qu'avant d'atteindre la période des lésions irrémédiables cette maladie alarmante se révèle par des troubles fonctionnels et des processus irritatifs dont on peut amortir ou annihiler l'expression. C'est à ce moment que le Dr Huchard conseille d'intervenir énergiquement. Il recommande d'imposer au malade une vie hygiénique irréprochable, une alimentation bien choisie dans laquelle le régime lacto- végétarien doit avoir la prééminence et enfin une médication qui permette d'aider les fonctions élirriinatrices du foie et des reins. Mais avant tout il conseille de lutter contre l'hypertension vaseulaire qui, dans cette maladie, est toujours menaçante et dangereuse.
Je puis affirmer à mon tour que lorsque l'artério-sclérose n'a pas dépassé la période des troubles fonctionnels et des processus irritatifs localisés dans la tunique interne des artères, l'hydrothérapie peut offrir aux médecins de précieuses ressources. Elle exerce une aclion très bienfaisante sur les manifestations qui révèlent un trouble de nutrition, une infection ou une intoxication. Elle est surtout utile pour combattre les phénomènes d'hypertension et d'hypotension vasculaires qui apparaissent à toutes les phases de la maladie. Je n'ai pas besoin d'ajouter que pour produire ces heureux effets il faut que son intervention soit méthodiquement réglée.
Si l'hypertension est nettement accentuée, on ne doit jamais débuter par l'eau froide. Il vaut mieux recourir à l'eau tempérée et surtout faire usage de la douche hypotensive que j'ai plusieurs fois décrite "dans le cours de ce fascicule.
MANOEUVRES HYDROTHÈRAPIQUES DANS l'àRTÉRIO-SCLÉROSE 121
Si, au contraire, on constate un affaiblissement de la tension artérielle, des stases sanguines, une circulation capillaire trop languissante, un myocarde affaibli et des troubles nerveux d'une allure dépressive, on peut faire usage de l'eau froide. Mais il me paraît sage de commencer par des applications tièdes qu'on pourra progressivement rafraîchir et même refroidir s'il devient nécessaire de provoquer des effets toniques. En agissant ainsi, on évitera à l'organisme une perturbation inutile et l'on n'exposera pas les viscères à subir un refoulement de sang qui, s'il était trop prononcé, pourrait occasionner de sérieux accidents.
Chez les malades de cette catégorie, il faut donc éviter d'employer l'eau à une basse température et se garder de recourir aux applications excitantes, même atténuées, avant d'être très exactement renseigné sur l'impressionnabilité du patient et sur sa tolérance pour les impressions froides. C'est dans ce but que je conseille de commencer l'opération balnéaire avec une douche à température agréable, jamais très chaude, insensiblement rafraîchie à la fin,. toujours courte et à percussion légère. On peut, sans inconvénient, la localiser sur le foie pour décongestionner cette glande qui est souvent engorgée, la diriger sur les lombes et sur la partie inférieure du sternum pour stimuler les reins dont le fonctionnement a toujours besoin d'être surveillé, et enfin la répandre sur toute l'étendue de la peau pour déterminer dans le réseau capillaire du tégument une dérivation salutaire à l'harmonie de la circulation centrale.
Je donne une grande importance à la description de ces manœuvres hydrothérapiques, parce qu'elles peuvent rendre de très grands services aux malades qui présentent dans leur séméiologie les traits de l'artério-sclérose mêlés à ceux de la neurasthénie. Cette association est assez fréquente; elle a été, si je ne me trompe, signalée pour la première fois par le Dr Régis au congrès de neurologie réuni à Bordeaux il y a une douzaine d'années. Plus tard le Dr Darroux a complété, l'opinion de l'éminent aliéniste en publiant dans sa thèse inaugurale une série de faits qui lui ont permis de croire que la maladie de Beard peut se développer sous l'influence de l'artériosclérose.
Entre ces deux états morbides en apparence si différents, il existe des relations incontestables qui méritent d'être attentivement examinées. Elles offrent dans leur aspect de nombreuses nuances qu'on peut grouper en trois variétés fort distinctes.
Dans la première variété la neurasthénie figure dans le prélude de
122 PÉRIODES DE l'ARTÉRIO SCLÉROSE. — LEUR TRAITEMENT.
l'artériosclérose comme dans celui de la paralysie générale. C'est une neurasthénie prodromique.
Dans la seconde variété se trouve la neurasthénie d'origine périphérique ou réflexe. Elle est due à l'excitation développée dans les artères par le processus irritatif qui apparaît au début de l'artériosclérose. Cette excitation est transportée par les nerfs sensitifs dans les centres nerveux où elle détermine des actions réflexes au milieu desquelle se dessinent les traits de la neurasthénie.
Dans la troisième variété la neurasthénie fait son apparition quand l'artério-sclérose a commencé son œuvre de dégénérescence. Elle n'occupe alors qu'un rang secondaire et n'est plus qu'une expression symptomatique. Ses manifestations ressemblent à celles qu'elle présente quand elle est associée à d'autres affections organiques, aux maladies infectieuses, à la syphilis, aux intoxications, aux diathèses ou aux dystrophies, en un mot à tous les états morbides qui ont pour point de départ l'altération du sang ou une usure précoce des éléments histologiques de l'organisme.
En traversantes diverses phases de l'artério-sclérose, la neurasthénie prend des allures dont la forme correspond avec l'étendue, la
gravité et surtout la localisation des lésions vasculaires. Les Observais
tions suivantes vont me permettre d'en signaler les principaux traits.
Type XXXIV. — Le malade dont il est ici question est un grand névropathe amateur de bonne chère. A la suite d'une série d'abus de toute espèce il est devenu neurasthénique. Sa névrose fut considérée comme un prélude de l'artério-sclérose. Elle a promptement disparu, laissant après elle quelques troubles circulatoires. Plus tard, sous l'influence d'une grande frayeur, il a eu un nouvel accès de neurasthénie accompagné, comme le précédent, de perturbations cardio- vasculaires. Les applications sédatives de l'hydrothérapie ont guéri ses nerfs et sensiblement modifié ses troubles circulatoires.
Il sagit ici d'un homme vigoureux habitué depuis plusieurs années à déjeuner toutes les semaines dans un grand restaurant parisien avec plusieurs amis doués, comme lui, d'un appétit légendaire. Ces agapes hebdomadaires dont les menus peuvent être considérés comme une protestation éclatante contre le régime végétarien, étaient arrosés avec des vins fameux, des liqueurs exquises et duraient presque toujours fort longtemps. Le malade dont je fais l'histoire, en sortant de de ce festin pantagruélique regagnait promptement son domicile, se mettait dans son lit et restait couché pendant près de vingt heures. Le lendemain il éprouvait une grande lassitude physique, avait de la céphalée, ne pouvait se livrer à aucun travail intellectuel et se plai-
gnait de ressentir du côté du cœur des douleurs parfois assez pénibles et des palpitations toujours désagréables. Ces malaises disparaissaient assez vite et se montraient de nouveau après chaque réunion gastronomique.
Le renouvellement de ces accidents qu'on pouvait légitimement attribuer à un grand abus de viandes rouges et de boissons alcooliques inspira quelques inquiétudes à la femme de ce mangeur infatigable et la détermina à soumettre son mari à un examen médical. Les praticiens appelés en consultation découvrirent chez ce malade quelques accidents neurasthéniques et des troubles de circulation dominés par des phénomènes d'hypertension cardio-vasculaire; ils constatèrent en même temps une distension stomacale appréciable et des douleurs lombaires parfois assez vives. Ils trouvèrent aussi dans les dépôts de son urine une grande quantité d'acide urique, de l'indican, des phosphates et des parcelles d'albumine.
Pour calmer l'excitation nerveuse qui avait servi de prélude à cet état pathologique et pour apaiser les manifestations spasmodiques répandues dans tout le système circulatoire, ils conseillèrent l'usage de médicaments nervins, de diurétiques et de légers purgatifs. Ils prescrivirent le repos, une vie sage et une alimentation lacto-végétarienne. Cette cure produisit de très heureux résultats et la santé du malade fut très sensiblement améliorée. Les accidents neurasthéniques que les médecins avaient considérés comme un prodrome de l'artériosclérose disparurent, et les troubles circulatoires furent très amendés.
Un jour, son médecin ordinaire qui depuis quelque temps ne lui faisait que des visites très espacées, vint le voir. Il crut reconnaître, chez son malade, des tendances qui semblaient l'inciter à reprendre sa vie passée. Il lui adressa quelques remontrances, et pour les rendre plus efficaces, il lui fît comprendre que la maladie qui avait failli compromettre son existence était encore menaçante et pourrait, en se manifestant de nouveau, amener un véritable désastre. Terrifié par ce grave avertissement, il promit de se soumettre aveuglément aux conseils qu'on venait de lui donner. Mais ces révélations troublèrent son esprit et le remplirent d'inquiétudes. Découragé dans ses goûts et dans ses actions, il sentit ses forces disparaître et son intelligence s'amoindrir de jour en jour. Un véritable accès de neurasthénie ne tarda pas à se manifester, apportant, avec ses traits distinctifs, la sombre prévision d'une mort prochaine. C'est dans cette triste circonstance que je vis pour la première fois ce malade à qui l'on venait de conseiller l'hydrothérapie. La neurasthénie dont il était atteint, et
qui se révélait avec ses caractères essentiels, me parut être plutôt provoquée par la violente émotion qu'il venait d'éprouver que par l'artério-sclérose dont les symptômes n'étaient pas très apparents. Renseigné sur les antécédents du patient, je commençai la cure par un usage méthodique et régulier de la douche hypotensive qui produisit des effets très satisfaisants. Plus tard il put supporter des douches légèrement toniques et s'astreignit à suivre avec une constance admirable, pendant près d'une année entière, cette application hydrothérapique à peine modifiée. La neurasthénie disparut sans laisser aucune trace et les symptômes de l'artério-sclérose, recherchés avec une grande insistance, étaient devenus introuvables. La guérison de cet état pathologique n'a pas été, jusqu'à présent, compromise; mais sa pathogénie reste toujours difficile à analyser. On peut, à la rigueur, croire que le premier accès de neurasthénie a été le prélude de l'artério-sclérose ; mais le second, tout en paraissant lié avec la terrible affection cardio-vasculaire, m'a semblé, en se présentant avec les caractères essentiels de cette névrose, être particulièrement tributaire de la frayeur ressentie par le malade le jour où on lui déclara qu'il était menacé d'une affection mortelle.
Type XXXV. — Homme très nerveux. — Abus de travaux intellectuels et de plaisirs mondains. — Passionné pour le jeu qui absorbe ses soirées et une partie de ses nuits. — Fatigue et énervement consécutifs. — Neurasthénie promptement compliquée des symptômes d'une artério-sclérose à son début. — Amélioration momentanée. — Rechute. — Nouvel accès de neurasthénie prémonitoire. — Quelques traits de neurasthénie d'origine périphérique. — Traitement interrompu. — Marche rapide de l'artério-sclérose. — Terminaison fatale.
Ce type m'est offert par un magistrat d'un grand renom, doué d'une belle intelligence et d'un esprit admirablement cultivé. Plein d'ardeur pour le travail et pour les plaisirs de la table, il avait une passion forcenée pour le jeu qui absorbait toutes ses soirées et une partie de ses nuits. Cette vie agitée produisit dans son système nerveux une perversion assez prononcée qui se traduisit à bref délai par une crise de neurasthénie. Sous son influence, il ressentit un épuisement psychique qui l'obligea à suspendre ses travaux intellectuels, à se priver de ses lectures favorites et à délaisser même les causeries mondaines, toujours attrayantes pour lui. En même temps, il fut surpris par une irritabilité dont il ne parvint pas à expliquer l'origine et qui amena de fâcheuses modifications dans son caractère et dans les facultés de son entendement.
Les médecins qu'il consulta voulant tout d'abord apaiser l'excita-
NEURASTHÉNIE PRÉMONITOIRE DE l'aRTÉRIO-SCLÉROSE 125
tion nerveuse dont il donnait des preuves manifestes, l'engagèrent à suivre un traitement hvdrothérapique. 11 prit pendant quelque temps des douches franchement sédatives qui calmèrent son agitation et atténuèrent ses troubles névropathiques. Cédant à des inspirations insolites, il abandonna brusquement sa cure et alla passer quelques semaines à la campagne. Ce séjour lui fut très favorable. Mais en rentrant à Paris, il eut quelques malaises et les médecins appelés auprès de lui constatèrent, en dehors des troubles nerveux indistinctement accentués, des palpitations tumultueuses, de la dyspnée, de l'angoisse cardiaque, des éblouissements vertigineux, des bourdonnements d'oreilles avec pulsations artérielles, des souffles intermittents à la pointe du cœur, de l'arythmie et tous les signes d'une forte hypertension cardio-vasculaire. Ils conclurent sans hésitation à l'existence d'une artério-sclérose. Ils lui conseillèrent de suivre le traitement classique de cette maladie, et pour le mettre à l'abri des importunités mondaines dont il n'avait pas le courage de s'affranchir, ils l'engagèrent à faire un séjour très prolongé sur les bords du lac de Genève.
Il n'est pas besoin, je crois, d'être un grand clerc en pathogénie pour oser dire que les symptômes de neurasthénie développés au début de la maladie de ce magistrat ont été les prodromes de l'artério-sclérose. Leurs caractères se sont rapprochés de ceux de la neurasthénie d'origine périphérique. Ils ont été assez promptement défigurés et même voilés par ceux qui désignent une altération spéciale du cœur et des vaisseaux. Cette transformation était menaçante. Mais il estpermis.de supposer que le malade aurait pu l'éviter ou du moins la retarder s'il avait continué la cure de sédation bypotensive qui avait tout d'abord amendé son état. Victime de son infidélité et de son imprévoyance, il n'a pas eu le courage de lutter contre ces accidents implacables qui ont engendré une maladie de cœur à laquelle il a succombé.
Type XXXVI. — Histoire pathologique d'un médecin appartenant à la race neuroarthritique. — Syphilis d'ancienne date négligemment soignée. — Pratique professionnelle. — Neurasthénie consécutive. — Artério-sclérose particulièrement localisée dans les reins. — Amélioration obtenue par le traitement hvdrothérapique, le régime lacto-végétarien, le repos et l'usage des eaux de la Preste. — Cette amélioration persista jusqu'au jour où le malade eut la mauvaise chance de contracter un grand refroidissement qui provoqua une néphrite mortelle.
Dans ce type se trouve décrit l'état pathologique développé chez un médecin qui, absorbé par ses nombreuses occupations, n'a jamais
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songé à surveiller sa santé. Né de parents arthritiques, il a eu dans sa jeunesse de nombreux accès de migraines, une fièvre typhoïde assez grave et une maladie vénérienne négligemment traitée. Ver? l'âge de quarante ans il a subi les tristes effets d'un surmenage professionnel qui s'est traduit par une irritabilité générale compliquée d'une grande faiblesse.
Un soir, après avoir assisté une de ses clientes dans un accouchement difficile et prolongé, il rentra chez lui, exténué de fatigue, fortement incommodé par les transes d'un violent frisson. Il se coucha et s'endormit. Le lendemain, en se levant, il éprouva une lassitude extrême qui l'obligea à garder le repos. Son esprit devint inquiet et se laissa absorber par des idées qui lui firent entrevoir un malheureux avenir. Il prit momentanément le parti de vivre dans un complet isolément, se contentant, pour tout remède, d'une alimentation reconstituante. Cette retraite forcée ne lui fut pas très favorable. Il se plaignait souvent d'une céphalée constrictive qui empêchait tout effort intellectuel et de douleurs rachidiennes parfois intolérables. Il était importuné pendant la nuit par ces envies fréquentes d'uriner que le professeur Dieujafov englobe sous le nom de pollakiurie. Pendant le jour il avait des palpitations de cœur incessantes, des élancements douloureux dans la région thoracique et des spasmes répandus dans les extrémités supérieures, spécialement localisés dans les mains et dans les doigts qui, par moment, devenaient insensibles et exsangues. Il éprouvait aussi dans l'oreille gauche des bourdonnements insupportables qu'un auriste de ses amis attribua à une sclérose du tympan.
Quelques-uns de ses confrères constatèrent d'abord une hypertension cardio-vasculaire très accusée, coïncidant avec un pouls dur et serré, une légère hypertrophie du cœur, de l'œdème sur les paupières et autour des malléoles et un blanchiment appréciable des deux papilles. Le malade avait aussi de la dyspepsie, des gonflements articulaires comme en offrent souvent les arthritiques et des troubles nerveux au milieu desquels on pouvait distinguer les symptômes de la neurasthénie. Les urines, presque toujours peu abondantes, furent examinées avec soin et à plusieurs reprises. Les analyses étaient souvent contradictoires ; mais les dernières permirent de constater de l'albumine, des débris d'épithélium et de cylindres, des mucosités, des phosphates et quelques globules sanguins.
Les médecins, appelés pour examiner la situation de notre confrère furent embarrassés pour préciser et motiver leur diagnostic. Les