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LES PROFESSEURS CHAUFFARD ET CHARGOT

« Les ouvrages bien écrits, a dit Buffon, sont les seuls qui passeront à la postérité. ïls développent la pensée et apprennent en même temps à la sentir et à la traduire. »

Trousseau et Lasègue sont toujours restés fidèles à cet aphorisme formulé en plein dix-huitième siècle ; et, en le plaçant comme exergue autour de leurs œuvres, ils nous ont laissé entrevoir l'influence qu'on doit accorder au médecin qui a le don de bien observer et le talent de bien dire.

Ces deux célèbres professeurs ne sont pas les seuls qui méritent de figurer dans cette pléiade privilégiée. Je puis leur trouver une escorte digne d'eux et désigner d'autres médecins dont les œuvres glorifient en maints endroits l'heureuse association de la science, des lettres et des arts.

Je citerai avec un plaisir extrême le professeur Chauffard que la mort nous a trop promptement ravi. Doué d'une science incomparable, ami de la philosophie, des lettres et des arts, il donnait à son enseignement cette allure de distinction que possédait au plus haut degré sa sympathique personne. Nous admirions tous la sincérité de ses convictions, la pureté de ses croyances. Sa parole facile et correcte, ses écrits lumineux faisaient naître dans notre esprit des idées qui, malgré l'opposition de quelques-uns de ses collègues, nous invitaient à de sérieuses méditations. Ce vitaliste convaincu nous a heureusement laissé un fils qui, en s'inspirant des données de la science moderne dont il est déjà un remarquable représentant, complétera, j'en suis certain, cet héritage paternel.

Parmi les professeurs qui possèdent les qualités de description comme je les aime, je puis, sans hésitation, placer le professeur Charcot. Ce n'était pas un grand littérateur, malgré les tendresses qu'il manifestait souvent pour Homère et pour Shakespeare; il n'était pas non plus un orateur émérite, mais c'était un merveilleux dessinateur et un étonnant metteur en scène. Son iconographie de la Salpétrière faite en collaboration avec le docteur Paul Richer, ses cours de clinique, surtout ceux qui ont été rédigés par les docteurs Bourneville, Brissaud et P. Marie, et quelques-unes de ses leçons du mardi sont des modèles de description où l'on voit des types de malades représentés avec une réelle perfection. La solide peinture qu'il leur a consacrée révèle chez le célèbre médecin de la Salpétrière une grande puissance d'analyse et un sens clinique extraordinaire.

Le professeur Jaccoud, en publiant ses leçons faites à la Charité,

8 LES PROFESSEURS JACCOUD, PETER, DIEULAFOY, DEBOVE.

lorsqu'il fut appelé à remplacer Natalis Guillot à cet hôpital, nous a offert des portraits de malades brillamment faits et toujours très ressemblants. Leur parfaite exécution nous démontre que cet habile clinicien qui, lui aussi, fut un véritable artiste avant d'être un grand médecin, est un érudit de haute volée, un orateur doué d'une mémoire prodigieuse et un écrivain dont le style projette par moments une étourdissante magie.

Le professeur Peter nous a laissé un certain nombre de leçons cliniques qui ont été reproduites par la plupart des journaux de médecine et dans lesquelles il a esquissé des figures pathologiques fort bien venues. En les examinant avec attention, on peut aisément découvrir la vivacité de son esprit primesautier, l'éclat de ses saillies et l'originalité de ses conceptions scientifiques.

Le professeur Dieuïafoy est aussi un modèle à citer et peut figurer glorieusement à côté de ceux que je viens d'indiquer. C'est celui qui, dans la génération actuelle, se rapproche le plus de Trousseau, son maître préféré. Nous savons qu'il est merveilleusement doué. En l'écoutant ou en le lisant, on reconnaît bien vite la souplesse et l'habileté qu'il déploie pour édifier la charpente de ses œuvres. Dans l'exposition des questions médicales les plus difficiles, il a un talent d'ordonnancement et une richesse d'expression qui portent souvent l'empreinte de Tacite, avec lequel je le soupçonne d'avoir des fréquentes relations. Ses écrits, lumineux comme le pavs où il est né? ressemblent à sa parole, qui est toujours élégante et claire. Ses cours ont une grande renommée et, quand il monte en chaire, son amphithéâtre, qui porte précisément le nom de Trousseau, est aussitôt bruyamment envahi. J'ai rencontré, il y a peu de temps, mon ami le docteur Millard, ancien médecin des hôpitaux de Paris; ayant eu l'indiscrétion de lui demander où il allait, il s'empressa de me répondre : — Je vais assister au cours de Dieuïafoy; c'est pour moi une bonne et agréable représentation. — Ce jugement rendu par un confrère qui s'y connaît est vrai en tous points et parfaitement équitable.

Je dois aussi donner une place dans cette collection au professeur Debove, actuellement doyen de la Faculté de Médecine de Paris. Cet éminent médecin a pu, grâce à la pénétration de son esprit et à 1 étendue de son sens critique, anahser avec un grand succès les hommes et les choses de son temps. Il a complété ses. études de philologie en lisant les auteurs anciens qu'il consulte sans cesse. Son choix est assez éclectique; mais il ne cache pas sa prédilection pour les grands satiriques comme Plaute, qu'il préfère aux philosophes

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