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CHAPITRE VIII

DES RELATIONS DE LA NEURASTHÉNIE AVEC LES MALADIES DE L'APPAREIL DIGESTIF

Ces maladies peuvent engendrer une neurasthénie symptomatique ou prodromique, une neurasthénie d'origine périphérique ou réflexe, une neurasthénie dont les symptômes sont juxtaposés avec ceux de certaines maladies digestives. Cette juxtaposition est très appréciable chez les malades qui offrent en même temps les traits de la neurasthénie et ceux de la dyspepsie nerveuse. Ces deux états morbides exercent l'un sur l'autre des influences réciproques qu'il importe de bien connaître et d'analyser avec attention.

Je désire consacrer ce chapitre à l'étude des relations de la neurasthénie avec les principales maladies de l'appareil digestif et de ses annexes. J'ai déjà établi par des faits significatifs, que la neurasthénie essentielle, en se localisant dans certaines circonscriptions du nerf grand-sympathique, a la faculté de provoquer dans les fonctions de la digestion des troubles caractéristiques qui portent toujours sa griffe spéciale. Il me reste maintenant pour réaliser complètement mon programme, à examiner les cas dans lesquels la maladie de Beard paraît être subordonnée ou tout au moins alliée à la plupart des maladies gastro-intestinales.

Les troubles fonctionnels qui résident longtemps dans les viscères abdominaux, aussi bien que les lésions histologiques qui détruisent les tissus de ces mêmes viscères ont une répercussion indéniable sur le système nerveux. Tous ces désordres favorisent dans les organes où ils ont fait leur première apparition le développement de dangereuses toxines, altèrent les éléments du sang et les parois de ses vaisseaux conducteurs. Ces mêmes désordres peuvent se propager vers

les centres encéphalique et médullaire, jeter un grand désarroi dans leurs mutations nutritives et compromettre leur fonctionnement. Cette profonde perversion donne naissance à des représentations psychiques et matérielles au milieu desquelles se révèlent les symptômes qui forment le cortège habituel de la maladie de Beard. Lorsque ces symptômes apparaissent en suivant la filière que je viens d'indiquer et surtout s'ils affectent une allure proéminente, on peut sans hésitation affirmer que, dans ces cas spéciaux, la neurasthénie se trouve reléguée au second plan et n'est plus qu'une neurasthénie symptomatique. Cet événement pathologique est très apparent quand les affections du tube digestif qui ont déterminé les désordres dont je viens de parler subissent l'influence nocive d'une toxi-infection ou d'une diathèse nettement accentuée, comme celle, par exemple, dont le neuro-arthritique est le plus imposant spécimen. Je reprendrai, du reste, cette question d'étiologie dans le chapitre où j'examinerai les accidents neurasthéniques que peuvent produire le^ maladies microbiennes, infectieuses ou toxiques.

Les considérations qui précèdent m'invitent d'ores et déjà à reconnaître que la neurasthénie peut être, dans certains cas, symptomatique d'un certain nombre d'affections gastro-intestinales. Pour légitimer cette croyance je vais publier une série de faits qui, je l'espère, porteront dans l'esprit de mes lecteurs la conviction qu'ils ont gravée dans le mien. Parmi ces faits il en est qui exigent une description détaillée sans laquelle il serait difficile de comprendre la transformation que subit la neurasthénie quand elle abandonne son rôle d'entité morbide pour ne devenir qu'un simple symptôme. Je tâcherai de donner les vraies raisons de cette spéciale évolution.

Dans certaines circonstances cette neurasthénie symptomatique apparaît sous la forme d'un prodrome. Elle se trouve le plus souvent associée à des troubles nerveux que le nerf pneumo-gastrique provoque dans ses diverses circonscriptions et figure avec eux dans un ensemble pathologique qui est souvent le prélude d'une maladie grave en voie de préparation et notamment d'une ataxie locomotrice.

A côté de la neurasthénie gastro-intestinale essentielle et de la neurasthénie symptomatique ou prodromique causée par certaines affections des voies digestives, je dois en placer une autre qui diffère, par certains points, des précédentes et qui offre dans son évolution des particularités dignes d'être signalées. C'est la neurasthénie d'origine périphérique ou réflexe J'en parle très volontiers dans ce chapitre, parce que c'est dans les voies digestives qu'elle trouve le plus

souvent son point de départ. Je l'ai observée chez des malades dont l 'état constitutionnel n'accuse d'autres prédispositions innées ou acquises que celles qui semblent favoriser l'explosion d'accidents purement névropathiques. Elle a pour origine une congestion irritative qui est presque toujours localisée dans les viscères où se trouvent de véritables foyers d'actions réflexes. Parmi ces viscères dont on déplore parfois la trop grande susceptibilité nerveuse, se trouvent l'estomac, l'intestin, le foie, et, d'autres encore dont j'indiquerai les méfaits dans quelques chapitres de ce fascicule.

■ Lorsque la congestion irritative siège dans l'estomac, dans l'intestin, dans le foie, elle engendre des symptômes qui sont toujours assez significatifs pour permettre au médecin de découvrir facilement le point précis où elle a fixé sa résidence. Quelquefois elle reste latente et ne trahit sa présence par aucune manifestation. Mais, dans certains cas, elle peut prendre une forme plus agressive et causer un ébranlement du système nerveux tout entier. On remarque alors que les nerfs sensitifs situés dans son voisinage éprouvent des impressions morbides qu'ils se hâtent de transporter vers les centres nerveux du cordon spinal et de l'encéphale. En arrivant à leur étape médullaire, ces impressions provoquent une série d'actions réflexes, de nature dynamogène ou inhibitoire, que les nerfs moteurs correspondants distribuent dans toutes les régions qui ont avec ces centres des relations nerveuses régulièrement établies. Après avoir franchi la moelle épinière, ces mêmes impressions atteignent les centres supérieurs du cerveau, dont elles troublent l'irritabilité fonctionnelle, qu'on sait être inhérente à leurs tissus, et l'irritabilité nutritive, qui est l'exclusif apanage de leurs cellules formatrices. Cette double attaque pervertit la sensibilité morale et physique, épuise la force neuro-motrice qui préside aux mouvements des nerfs et des muscles et compromet la régularité des échanges qui préparent la régénération des éléments histologiques.

Quand ces centres corticaux ont subi les modifications que je viens d'indiquer, la neurasthénie ne tarde pas à paraître. Les traitsf qui révèlent sa présence ressemblent plus à ceux de la neurasthénie essentielle qu'à ceux de la neurasthénie franchement symptomatique. Mais elle garde toujours une expression caractéristique qui rappelle son origine périphérique et son accommodation avec les nombreuses actions réflexes au milieu desquelles elle fait son apparition. Je me propose de placer dans le cours de ce chapitre quelques types destinés à mettre dans son vrai relief la silhouette d<> cette sorte de neurasthénie.

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