NEURASTHÉNIE ET DYSPEPSIE ÉVOLUANT SIMULTANÉMENT
dont il est atteint. C'est contre elle que le médecin devra spécialement diriger le traitement.
Si. au contraire, on rencontre avant l'explosion du mal présent, des manifestations neurasthéniques; et si, scrutant l'état moral du sujet on parvient à découvrir qu'il a dévoilé par intervalles une volonté faible, une mémoire infidèle, une attention difficile ou une activité intellectuelle et affective dépourvue d'énergie, on peut attribuer toutes ces défaillances à une neurasthénie en voie de formation, ïl est alors logique d'admettre que cette névrose a été le premier chaînon de la maladie actuelle. On doit donc la soumettre à un traitement anti-neurasthénique.
Je ne dois pas oublier de dire que dans certaines circonstances la dyspepsie et la neurasthénie apparaissent simultanément et forment alors un ensemble si compact qu'il est très difficile de savoir auquel de ces états morbides il faut accorder la priorité et la suprématie ; dans ce cas on court le risque de ne pas se tromper en donnant une origine nerveuse à ces deux maladies juxtaposées. Le traitement qui leur convient est celui qui s'adapte le mieux à toutes les perturbations névropathiques. Il faut recourir aux procédés sédatifs quand l'excitation est prédominante et aux procédés reconstituants quand la détresse occupe le premier rang. Toutefois il existe des cas où l'on doit combiner l'action curative de ces procédés différents si l'on veut être en mesure de combattre cet état particulier dans lequel les phénomènes de l'agitation sont intimement associés à ceux de la faiblesse.
J'avais besoin d'entrer dans les considérations qui précèdent pour permettre au lecteur de juger et d'interpréter facilement les faits que je vais publier. Leur ordre de présentation ne paraîtra peut-être pas très logique aux esprits méthodiques. En l'adoptant je me suis surtout préoccupé de placer côte à côte des types offrant par leur voisinage des rapprochements ou des contrastes susceptibles de provoquer des réflexions utiles et pratiques. Dans tous les cas en faisant abstraction de mes interprétations personnelles, je puis affirmer, en toute conscience, que je vais raconter des choses vues.
Neurasthénie associée à certaines affections de l'appareil digestif ou développée sous leur influence
Type XLII. — Accès de neurasthénie survenant à la suite (Tun catarrhe <le l'estomac et d'une gastrorrhée chez un malade portant les stigmates héréditaires du neuro-arthritisme el ayant eu dans sa jeunesse des péri -arthrites rhumatismales presque toujours accompagnées de troubles gastriques très variés. — Neurasthénie secondaire ou symptomatique d'une diathèse arthritique et d'une
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afleclion stomacale. — Auto-intoxications. — Troubles de nutrition. — Affaissement nerveux épisodique. — Traitement hydrothérapique approprié.
Dans ce type je place l'observation d'un malade dont le père est foncièrement arthritique et la mère très névropathe. Dès les premières années de sa vie il a eu, à plusieurs reprises, des fluxions rhumatismales localisées dans les articulations des membres supérieurs provoquant souvent des troubles gastriques très accentués. Le patient se plaignait tantôt de crampes douloureuses de l'estomac, souvent accompagnées de régurgitations acides et de vomissements glaireux; tantôt il ressentait dans la partie supérieure du tube digestif des sensations d'une chaleur presque brûlante qui s'étendait jusqu'à la voûte du pharynx.
Les médecins chargés de veiller sur sa santé constatèrent les signes d'une irritation gastrique avec catarrhe amenant des sécrétions de mucosités et de glaires extrêmement abondantes. Ils modifièrent heureusement cet état morbide et parvinrent à régulariser le fonctionnement des glandes, des muscles et des nerfs de l'estomac.
Quelque temps après, le malade eut une nouvelle poussée rhumatismale qui se localisa d'abord dans les membres inférieurs et qui atteignit plus tard l'estomac où elle détermina des troubles fonctionnels de nature hypersthénique, de la dyspepsie nerveuse, de l'hyperchlorydie, etc. On le soumit à un traitement qui atténua les manifestations de l'arthritisme et fit disparaître les troubles de la digestion. Pour consolider sa santé on l'engagea à faire un voyage en Suisse, à s'installer dans une contrée très salubre et à imposer à son alimentation une grande frugalité. Cette pérégrination thérapeutique ne produisit pas un heureux résultat ; les douleurs rhumatismales firent une nouvelle apparition et avec elle une dyspepsie nerveuse accompagnée de vertiges et de spasmes de l'estomac. Le malade, profondément découragé, se hâta de rentrer à Paris et se rendit aussitôt chez son médecin qui constata l'apparition des symptômes caractérisques de la neurasthénie. Le malade avait tous les signes Je l'épuisement nerveux aggravé par une lassitude physique qui l'empêchait de marcher et par une dépression intellectuelle et morale qui faisait de lui un automate vivant incapable de lire et de penser. Son esprit inquiet avait des visions attristées qui lui faisaient craindre l'incurabilité de son mal. On lui conseilla de suivre un traitement hydrothérapique.
Chez ce malade la neurasthénie avait évidemment succédé aux manifestations de l'arthritisme et aux désordres fonctionnels de l'estomac. Sa chronologie ne semblait pas difficile à établir. On pouvait
l'hydrothérapie daxs cet ÉTAT morbide. 149
donc légitimement supposer que, dans cette évolution pathologique, la neurasthénie n'avait joué qu'un rôle secondaire et devait être considérée comme un épisode symptomatique rattaché au rhumatisme et à l'affection digestive dont j'ai signalé les principaux traits. A la rigueur on pouvait accuser l'affaissement nerveux dû àl'influence des stigmates héréditaires du patient d'avoir facilité l'apparition de la maladie de Beard. Mais cette part contributive me paraît inférieure à celle qu'on est en droit d'attribuer aux intoxications permanentes et aux troubles de nutrition occasionnés par Farthritisme et par la maladie de l'appareil digestif. Cette appréciation est certainement discutable ; mais elle me semble conforme aux données de la clinique et mérite, par conséquent, un bienveillant accueil.
J'administrai à ce malade une série de douches tempérées qui apaisèrent l'acuité de sa sensibilité nerveuse exagérée par les accidents neurasthéniques. J'eus recours ensuite aux douches écossaises prudemment refroidies pour contrebalancer l'influence du neuro-arthritisme, aux douches épigastriques à percussion légère et à douce température pour régulariser les fonctions digestives, ainsi qu'aux ceintures humides dont l'application était renouvelée deux ou trois fois par jour.
J'essayai plusieurs fois de relever les forces du malade en faisant intervenir les applications froides. Cette tentative, quoique très méthodiquement exécutée, ne produisit aucun résultat favorable. J'employai aussi les demi-maillots, l'étuve sèche à la lampe, croyant que ces procédés auraient une influence salutaire sur les manifestations rhumatismales de l'appareil digestif. Je n'obtins aucun succès et je dus redonner au traitement sa direction primitive. Cette cure eut, il est vrai, une très longue durée ; mais elle fut très bienfaisante pour le malade qui sentit peu à peu ses forces renaître, ses fonctions digestives se régulariser, et sa constitution rhumatismale s'amender très sensiblement.
Type XLIII. — Neuro-arthritisme héréditaire. — Grande impressionnabilité. — Migraine. — Croissance difficile. — Deux atteintes de névralgie sciatique. — Dyspepsie nerveuse. — Accidents névropathiques. — Fermentations. — Stase des aliments dans l'estomac sans distension apparente de cet organe. — Faiblesse générale. — Amaigrissement. — Troubles de nutrition. — Azoturie. — Phosphaturie — Accès de neurasthénie symptomatique. — Traitement hydrothérapique adapté aux symptômes prédominants. — Réflexions.
Le malade de ce type appartient, comme le précédent, à la race