‹ La neurasthénieChapitre 68 sur 163 · NEURASTHÉNIE ET TROUBLES GASTRIQUES. — ARTHRIT1SME · texte numérisé non relu

NEURASTHÉNIE ET TROUBLES GASTRIQUES. — ARTHRIT1SME

des arthritiques et des névropathes déséquilibrés. Dans le cours de sa croissance, souvent irrégiilière, il a eu de fréquents accès de migraine compliqués de vomissements liquides et deux atteintes de névralgies du nerf sciatique toujours améliorées ou guéries par l'intervention de douches écossaises.

Après ces diverses manifestations de l'arthritisme, il eut une série d'indigestions et présenta tous les signes d'une dyspepsie permanente. Son médecin constata que les aliments séjournaient assez longtemps dans l'estomac provoquant une distension des parois de ce viscère et des fermentations acides suivies de régurgitations fort désagréables. Un examen attentif des viscères abdominaux ne révéla aucune lésion histologique capable d'expliquer les désordres dont se plaignait le malade. Le cœur était bon ; la marche du sang- régulière n'offrait aucun signe d'hypertension ou d'hypotension vasculaire. Le foie et les reins fonctionnaient convenablement, bien que de temps en temps la peau prît une légère teinte jaune paille et que l'urine contînt un dépôt plus ou moins abondant d'urates et de phosphates.

Après avoir fait un long- séjour à la campagne où il put suivre correctement un régime approprié à son état il sentit ses forces renaître et ses digestions devenir plus régulières. Il voulut retourner à Paris, qu'il avait quitté avec regret, et reprendre son poste de magistrat, que sa maladie l'avait forcé d'abandonner. Son médecin, désireux de le placer à l'abri de toute rechute, lui conseilla de soumettre son existence aux légitimes prescriptions d'une sage hygiène. Ces avis salutaires furent très scrupuleusement suivis et permirent au malade de vivre pendant plusieurs années sans éprouver ces grands malaises qui avaient tant de fois compromis l'équilibre de sa santé.

Ce bien-être fut interrompu par une imprudence. Après avoir assisté à un repas de corps aussi copieux qu'indigeste, notre malade éprouva quelques troubles gastriques bientôt suivis d'une dyspepsie nerveuse compliquée de crises gastralgiques avec spasmes du pylore, de douleurs dorsales s'irradiant dans les nerfs intercostaux et dans les membres supérieurs, de fermentations stomacales, de borborygmes incommodes, de toux laryngée, de légères palpitations de cœur, de vertiges et de rougeurs subites très apparentes sur le visage et sur les oreilles. Ces accidents s'apaisèrent ; mais le patient en sortant de cette épreuve, sentit que ses forces physiques et morales l'abandonnaient. Son corps maigrit assez rapidement et devint le siège de troubles de nutrition qui malheureusement atteignirent les centres nerveux. Il se plaignit d'une céphalée constrictive qui l'empè-

PERTURBATIONS NUTRITIVES CAUSÉES PAU LA DYSPEPSIE t ."> 1

cha de travailler et d'une lassitude musculaire qui le condamna à un repos presque absolu. Sou caractère parut irascible aux personnes qui vivaient autour de lui ; ses nuits sans sommeil étaient souvent bouleversées par des cauchemars très pénibles. Son esprit autrefois plein d'entrain paraissait littéralement absorbé par des idées hvpocondriaques et mélancoliques. Il présenta, en un mot, les principaux caractères de la maladie de Beard. On lui conseilla de suivre un traitement hydrothérapique.

Après avoir étudié attentivement la succession et la chronologie des phénomènes dont le malade me fît une nomenclature très détaillée, je fus tout naturellement disposé à croire que la névrose dont il était atteint pouvait être considérée comme une neurasthénie secondaire ou symptomatique et j'en rendis responsables les intoxications du neuroarthritisme, les alternatives d'excitabilité et de détresse provoquées par son état nerveux héréditaire, les troubles de nutrition et les perturbations variées de la dyspepsie nerveuses qui, dans ce cas pathologique, a joué un rôle très important. Je ne crois pas utile de développer cette opinion qui me semble parfaitement acceptable pour tous ceux qui savent se soustraire aux exigences d'une idée fixe ou à l'incorrection d'un parti piis. Je désire seulement dire en quelques mots que l'hydrothérapie lui fut très secourable. Comme chez le malade représenté dans le type précédent, j'eus recours aux douches à tempérât Lire variable selon les exigences de l'heure présente, aux douches agréablement chaudes et presque toujours assez courtes, aux douches épigastriques à percussion très légère et aux ceintures humides plusieurs fois renouvelées dans les vingt-quatre heures.

Type XLIV. — Neurasthénie survenue à la suite de troubles gastro-intestinaux invétérés et produits par une blâmable intempérance. — Diverses manifestations de gastro-entérite. — Douleurs et actions réflexes ayant leur point île départ dans l'estomac et dans l'intestin. — Leur retentissement sur les centres nerveux. — Neurasthénie consécutive ayant la forme de la neurasthénie secondaire d'origine périphérique ou réflexe. — Neurasthénie symptomatique. — — Traitement hydrothérapique approprié.

Le malade dont je veux ici esquisser l'histoire en quelques lignes appartient à une famille où l'intempérance est presque considérée comme une qualité distinctive exigeant un culte privilégié. Les personnes qui en font partie ont presque toutes un appétit splendide ; mais elles sont, en revanche, affligées de troubles gastro-intestinaux dont la distension stomacale est le plus éclatant témoignage. Dans ce milieu joyeusement consacré à la glorification de Tari culinaire ou

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plutôt de la gloutonnerie, mon malade était le convive le moins résistant et par conséquent le plus vulnérable. Il devint bientôt dyspepsique et eut le regret de constater que son estomac se transformait en un véritable ballon captif où venaient très probablement à certaines heures s'accumuler les résidus solides, liquides et gazeux de ses étourdissants repas.

Un régime sévère le débarrassa de toutes ses perturbations. Malheureusement, il voulut se réhabiliter aux yeux de ses partenaires qu'il appelait plaisamment les chevaliers de la table ronde et prit de nouveau sa place dans ces festins pantagruéliques qui étaient toujours arrosés largement avec le Champagne le plus sec. Il ne tarda pas à être atteint d'une gastro-entérite assez inlense qui fut escortée de vives douleurs très probablement engendrées par les reliquats de l'irritation congestive de la muqueuse gastro-intestinale. Ces douleurs eurent une répercussion sur les centres nerveux cérébro-médullaires et provoquèrent une série d'actions réflexes qui se répandirent dans presque toutes les sections de l'organisme. L'encéphale fut atteint à son tour parelles et répondit aux sollicitations dont il était l'objet en donnant naissance aux symptômes somatiques et psychiques de la maladie de Beard.

Cette neurasthénie pouvait, à la rigueur, être due à cette sorte d'altération histologique ou fonctionnelle produite par une alimentation excitante, toujours fertile en élaborations toxiques; elle pouvait aussi provenir de la dilatation de l'estomac et des troubles de la nutrition qu'elle détermine. Il me parut moins compliqué de la considérer comme une neurasthénie d'origine périphérique ou réflexe ayant eu son point de départ dans l'irritation du tube digestif et trouvé un terrain propice à son évolution dans les prédispositions innées et acquises du malade. Ses parents, contrairement à l'avis des médecins, n'hésitèrent pas à croire que cet état nerveux compliqué de manifestations assez complexes étaitla conséquence du chagrin que lui causait la fragilité de sa résistance organique.

Pour compléter cette observation il me reste à mentionner les heureux effets que le traitement hydrothérapique produisit sur la santé de ce malade.

Il prit tous les jours une douche tempérée générale, à percussion très légère, promenée avec autant de persistance que de douceur sur les côtés de la colonne vertébrale. Cette manœuvre apaisa ses nerfs et calma très visiblement la surexcitabilité réflexe de sa moelle épinière. îl reçut ensuite des douches écossaises spécialement dirigées sur

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