NÉVROPATHE ATTEINT DE NEURASTHÉNIE ET D'ATONIE STOMACALE
opinion peut être discutée, mais elle est très défendable et semble reposer sur un sérieux point d'appui.
Le second cas que j'ai introduit dans ce type est celui d'un malade, cloué d'une nature irritable et languissante, qui a eu la mauvaise fortune d'avoir souvent un affaiblissement des fibres musculaires de l'estomac, concordant presque toujours avec un abaissement de cet organe et avec une diminution de la sécrétion de ses glandes. Il avait en même temps une distension gastro-intestinale très marquée après chaque repas, des éructations et des borborvgmes incommodes, une constipation opiniâtre et un épuisement manifeste du système nerveux. On lui ordonna des purgatifs, des lavements huileux et des toxiques. On lui conseilla en même temps de porter des ceintures humides et de prendre tous les jours une douche générale froide, très courte et complétée par une douche doucement éparpillée sur l'abdomen. Ce traitement produisit une sensible amélioration et le malade put reprendre sa vie ordinaire sans ressentir aucun malaise. Malheureusement, dans cette période d'accalmie il éprouva une vive contrariété qui favorisa l'explosion d'un accès de neurasthénie. Cet accès serait peut-être resté à l'état latent si le malade n'avait pas été importuné par des impressions morales qui font souvent éclater la maladie de Beard.
Quelques médecins l'attribuèrent sans hésiter à l'atonie gastrointestinale et à ses légitimes conséquences. D'autres plus réservés lui donnèrent pour cause le nervosisme préexistant, la contrariété qui vint un jour troubler l'esprit du malade et les préoccupations attristées que lui donnait son infirmité. Ces derniers ajoutaient que la grande atonie du tube digestif étaient peut-être due à un épuisement de la force motrice qui préside aux mouvements et aux sécrétions glandulaires de l'appareil gastro-intestinal.
Ces deux thèses sont acceptables; mais il me semble que la dernière est plus conforme aux données de la clinique et de la physiologie. Je laisse au lecteur le soin de juger cette question de pathogénie.
Relations de la neurasthénie avec l'âépatisme, avec les ptôses viscérales (sténose et déplacement des organes de V abdomen) avec certaines maladies organiques du tube digestif, avec l'entérite mucomembraneuse, la dysenterie chronique, l'appendicite, etc.
Type XLVF. — Il s'agit d'une jeune femme très nerveuse atteinte d'une neurasthénie dont la généalogie est difficile à bien établir. Cette malade a eu, à deux reprises différentes, une chute du rectum et un prolapsus utérin. — Elle a mis au monde deux enfants dont l'éducation lui a causé beaucoup de fatigues. —
NEURASTHÉNIE. — PTOSES ET STÉNOSES VISCÉRALES. 155
Les couches ont été 1res laborieuses et les relevailles très lentes. — A la suite d'une de ses premières sorties, qui fut évidemment trop prolongée, elle ressentit des douleurs abdominales attribuées en même temps à une gastro-entéralgie accidentelle et au prolapsus utérin. — Malgré les précautions les plus sévères, l'état de la malade empira et le médecin dut l'aire des investigations plus complètes. — Ce nouvel examen lui permit de constater dans les cellules du foie, dans ses vaisseaux et dans ses nerfs les troubles variés que F. Glénard groupe autour de Phépatisme ; il remarqua aussi la mobilité du rein droit et les principaux symptômes de l'entéroplose. y compris la dyspepsie avec ses troubles nerveux et la constipation. — Très améliorée par le traitement de Glénard, elle eut, à la fin de sa convalescence, une très vive émotion à la suite de laquelle survint un accès de neurasthénie qui l'ut du reste très avantageusement modifié par l'hydrothérapie. — Quelques réflexions sur l'évolution de cette neurasthénie.
La malade qui figure dans ce type est une jeune femme de race arthritique, très impressionnable et mariée, à son gré, avec un charmant homme qui a toute son affection. Elle a payé son tribut à la maternité en mettant au monde deux enfants qu'elle a voulu nourrir et dont l'éducation a surmené ses forces en compromettant sa santé. Ses deux couches ont été très laborieuses; les relevailles lentes et pénibles. Pour activer la convalescence on l'engagea à faire des promenades en plein air. A la suite d'une de ces sorties hygiéniques elle ressentit une grande lassitude et des souffrances abdominales qui l'obligèrent à rentrer chez elle et à se coucher. Bon médecin attribua ces douleurs à l'abaissement utérin dont la malade était atteinte depuis longtemps et que la marche avait probablement exagéré... Il lui conseilla, avant toute chose, de rester au lit et de s'allonger pendant quelques heures de la journée sur une chaise longue en évitant de donner à la partie inférieure du corps la moindre déclivité. L'observance de ces précautions calma la malade, mais n'améliora pas son état. Il fallut faire de nouvelles explorations pour se rendre compte de cette situation pathologique assez compliquée. Le médecin constata tout d'abord une grande flaccidité du ventre, restée jusqu'alors inaperçue et masquée de temps en temps par une tension des muscles abdominaux qui empêchait parfois de percuter et de palper convenablement la région malade. Il put, malgré ces obstacles, reconnaître que le foie était le siège d'une sensibilité et d'une légère congestion plus appréciables vers Tépigastre que dans la courbure costale. Ses doigts appuyés fortement et progressivement sur la paroi épigastrique lui firent distinguer les battements de l'aorte, ainsi que l'aplatissement de la section du colon transverse qui passe devant cette grosse artère ; il put découvrir cette fameuse corde colit décrite par Glénard et après lui par plusieurs ailleurs et qu'on trouve de préférence chez les
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personnes affaiblies et chez les névropathes. En 'poursuivant ses investigations notre confrère reconnut que le cœcum, le colon ascendant et le colon descendant étaient très aplatis. En exerçant une pression digitale sur leurs parois il percevait des bruits de fermentations dont l'étendue semblait indiquer que la glande hépatique avait perdu le pouvoir de détruire la propagation de ces intoxications intestinales. La persistance de ses recherches lui apprit que le rein droit était mobile et que le lobe externe du foie avait subi un certain déplacement sans révéler la configuiation de la crête du bord inférieur que le procédé du pouce met en relief lorsqu'elle est accessible aux doigts. En plaçant la malade debout il vit aisément que le ventre formait des replis superposés qui augmentaient d'étendue et de saillie à mesure qu'ils se rapprochaient du bassin. Ayant eu l'idée de soutenir le ventre à l'aide d'un bandage de corps convenablement placé, c'est à dire, de faire l'épreuve delà sangle, il fut étonné du soulagement instantané qu'il produisit. Il crut naturellement que sa cliente avait une ptôse viscérale et plus particulièrement une entéroptose. Il reconnut aussi que cet état morbide était dominé par des troubles gastriques très variés appartenant à la dyspepsie flatulente et toxique, par une constipation presque invincible et par une série de désordres nerveux n'offrant aucun aspect systématique et appartenant tous au groupe du nervosisme. Quelques analyses sérieuses et souvent renouvelées des liquides organiques, lui démontrèrent qu'il fallait ajouter l'uricémie, la cholémie et le diabète à cet ensemble pathologique qu'il désigna sous le nom d'hépatisme en donnant à ce mot la grande signification que Glénard lui accorde..
Il lui conseilla de porter une ceinture capable de soutenir tous les viscères abdominaux, de faire usage d'un pessaire pour contrebalancer les effets du prolapsus utérin qui parfois causait une véritable gène, d'éviter la fatigue que provoquait la marche et la station debout très prolongée. Le régime alimentaire fut bien surveillé et dirigé dans le sens du relèvement des forces. A chaque repas du soir la malade prenait une pilule de Boissy à la rhubarbe anglaise, et, tous les matins on pratiquait sur tout le corps des frictions mouillées après lesquelles elle se remettait dans son lit.
Ce traitement produisit de très heureux effets. Pour les compléter on engagea la malade à se rendre à Vichy où elle suivit, en même temps, une cure alcaline et une cure hydrothérapique appropriée à son état.
En rentrant à Paris, au moment même où sa convalescence tou-
ENTEROPTOSE. — NEURASTHÉNIE CONSÉCUTIVE. 157
chait à sa fin, elle eut une assez vive émotion à laquelle succéda un accès de neurasthénie très caractérisé. Dès le début de cet accès, la mentalité de la malade parut sérieusement compromise; son activité intellectuelle, physique et morale donna presque subitement les signes d'une grande détresse. Son esprit soucieux était absorbé par une profonde tristesse et ne sortait de son état de torpeur que pour manifester la crainte d'être atteinte d'une maladie mortelle. Elle ne pouvait prononcer aucune parole et rien ne parvenait à captiver son attention ; elle se sentait devenir irascible, incapable de faire le moindre effort et ne trouvait de tranquillité qu'en vivant dans une solitude absolue.
On lui conseilla de suivre de nouveau un traitement hydrothérapique. Des douches très légères, très courtes, administrées avec de l'eau attiédie et suivies de frictions énergiques, furent les applications adoptées dans les premières séances. Plus tard, on tut recours à des douches plus froides, répandues sur tout le corps, aussi courtes et lég-ères que les précédentes, afin d'éviter un refoulement trop précipité du sang vers les org-anes profonds et pour éviter les accès d une réaction trop violente. A cette douche reconstituante, on adjoignit la douche hypogastrique, qui eut pour elfet der combattre l'atonie des viscères abdominaux et de réveiller leur énerg-ie. Il fallut plusieurs mois pour réparer tous les désastres éprouvés par la malade et lui permettre de reprendre sans faiblesse sa vie familiale.
Cette observation est intéressante, malgré les quelques lacunes qu'elle présente. Je ne veux lui dérober que les éléments qui me paraissent capables d'éclairer l'évolution de la neurasthénie finale et de préciser les relations de cette névrose avec les ptôses viscérales.
Si, en étudiant tous les phénomènes qui ont fig'uré dans cet état morbide si complexe, on prend pour point d'appui leur mode de succession ou leur chronologie, il faut admettre que les perturbations g'astriques, les ptôses et les sténoses viscérales ont été les premières à faire leur apparition. La neurasthénie n'est survenue que longtemps après elles et mérite, à ce point de vue, de ne figurer qu'au second rang et de n'être, par conséquent, qu'un symptôme.
Je sais bien que certains neurologistes attribuent à l'épuisement de la force nervo-musculaire et à la perversion de la sensibilité la maladie de Bear<J et les ptôses viscérales et qu'ils placent ainsi fatalement ces deux maladies sous l'influence de la môme cause. Mais je ne puis ignorer que Glénard a souvent protesté contre .celte appréciation et qu'il n'hésite pas à déclarer que les ptôses et particulièrement l'entéroptose produisent des troubles nerveux très variés auxquels, je dois
158 NEUUASTHÉNIE CAUSE DE TROUBLES GASTBO-INTESTIHÀOX.
le dire, il ne permet pas de dépasser les confins de la neurasthénie. Je l'ai entendu bien souvent, dans un grand nombre de Sociétés savantes, défendre les conceptions qui lui sont cbères avec autant d'ardeur que d'éloquence et donner à ses auditeurs l'impression d'une loyauté scientifique inattaquable.
Je puis aller plus loin que lui et, enm'appuyant sur l'observation dont je viens d'exposer les principaux traits, je crois que dans certains cas la maladie de Beard peut être symptomatique de l'entéroptose et de cet ensemble pathologique que le mot hépatisme résume assez judicieusement et dans lequel viennent s'accumuler les ptôses, les sténoses et les dilatations viscérales toujours aggravées par des perturbations gastro-intestinales, des désordres nerveux incessants et des troubles de nutrition qui sont le plus souvent sous la dépendance d'une infection ou d'une intoxication. En résumé, il s'agit, dans ce cas, d'une entéroptose primitive d'origine puerpuérale et d'une forme de l'hépatisme compliquée d'une neurasthénie survenue à la suite d'une commotion. Cette déclaration ne peut déplaire à mon distingué confrère de Vichy; mais je suis obligé de placer à côté d'elle le signalement d'une contre-partie importante où ligurent des faits dans lesquels la neurasthénie tient sous sa dépendance certaines dilatations de l'estomac, ainsi que les principaux symptômes de l'insuffisance hépatique et de l'entéroptose.
Type XLVII. — Neurasthénie essentielle déterminant une dilatation de l'estomac, des troubles hépatiques caractérisés par une insuffisance du foie et des irrégularités dans ses fonctions de sécrétion et d'excrétion, un déplacement du rein droit et une entéroptose.
Je vais, en quelques lignes, tracer la silhouette d'un homme qui a eu plusieurs accès de neurasthénie accompagnée parfois d'une dilatation de l'estomac, d'un abaissement du foie et du rein droit et d'une entéroptose.
Il allait souvent en Amérique pour amorcer de nombreuses affaires industrielles et aussi pour se distraire. Dans un de ses derniers voyages, il eut la bonne fortune d'avoir de très utiles relations avec les principaux personnages de la République des Etats-Unis. Il s'initia aisément à leur genre de vie et, pour participer utilement à leurs travaux et à leurs plaisirs, il prit pour guide l'excellent et charmant livre que mon ami Lazare Weiller a écrit sur Les grandes idées d'un grand peuple'.
Placé dans ce milieu inconnu, il fut d'abord étonné de voir avec quelle vigueur les hommes de ce nouveau monde conduisent leurs