NEURASTHÉNIE PRÉCÉDANT LA DILATATION DE L'ESTOMAC
atiaires quotidiennes. Mais il eut une admiration plus grande pour les femmes dont quelques-unes lui semblaient être de véritables modèles de distinction et de beauté. Dans ses tournées mondaines, il en rencontra une qui l'impressionna très vivement et avec laquelle il eut un entretien qui dépassa les limites d'un respectueux flirtage. Il fut tout aussitôt très violemment réprimandé par les frères de la jeune femme; ils lui administrèrent une sévère correction qui l'obligea à disparaître.
Rentré en France, il se g-arda bien de raconter son aventure et, pour laisser naturellement s'éteindre le désagréable souvenir qu'elle lui avait laissé, il prit le parti de ne voir personne. Dans cette solitude volontaire, privé de toutes les distractions, il devint bientôt fort triste et très déprimé. Aucun effort ne parvenait à le soustraire aux obsessions de son esprit troublé. Ses qualités intellectuelles et affectives perdirent leur activité et ses forces physiques s'amoindrirent de jour en jour. Il ressentit en même temps une céphalée fort g-ênante, des douleurs lombaires assez aiguës et surtout une lassitude générale dont l'intensité lui lit craindre l'éclosion prochaine d'une grave maladie. A tous ces signes de détresse vint s'ajouter, comme cela se voit chez les personnes accidentellement affaiblies et sensibles, une excitation nerveuse très pénible.
Cet ensemble de malaises, dont il connaissait bien la cause, commença à lui inspirer quelques inquiétudes; il désira se soumettre à un examen médical. Le praticien appelé à son secours n'hésita pas à reconnaître que ce malade présentait les symptômes caractéristiques d'une neurasthénie essentielle. Il lui conseilla une cure hydrothérapique qui provoqua une amélioration assez rapide. Plus tard, les symptômes encéphaliques de la névrose furent remplacés par des troubles digestifs particulièrement caractérisés par des renvois et des régurgitations extrêmement désagréables qui semblaient être une manifestation gastrique de la neurasthénie.
Une exploration ultérieure fit découvrir d'autres phénomènes plus complexes et plus importants. Le médecin constata d'abord un gonflement de la partie gauche de l'estomac qui était le sièg-e d'un clapotage que les mouvements de succussion rendaient très appréciable. Il remarqua en même temps des manifestations spasmodiques à forme intermittente dans le pylore; mais il ne put découvrir, malgré l'habileté de ses investigations, aucune modification structurale pouvant faire croire à l'existence d'un néoplasme régional, aucun signe d'ulcère, de gastrite ni de catarrhe stomacal. La région g-auche du
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mésogastre était dilatée; mais la région droite avait une grande souplesse. A l'aide d'une palpation bien exécutée, le médecin put reconnaître que le foie et le rein voisin étaient déplacés et que le colon transverse, détourné de son sillage habituel, paraissait être atteint d'une sténose assez accentuée. Les urines contenaient de l'urobiline, de l'indican, peu d'urée, beaucoup de phosphates, du sucre. Le sang renfermait quelques pigments biliaires dont la présence expliquait le teint légèrement jaunâtre qu'avait la peau du malade et permettait de croire qu'il portait le germe de la cholémie familiale des docteurs Gilbert et Lereboullet.
Le médecin pratiquait le lavage de l'estomac à la première heure du jour et favorisait ainsi l'évacuation d'un liquide gris-clair assez compact contenant des débris épars d'aliments incomplètement digérés et très fermentescibles ; cette manipulation presque quotidienne soulageait le malade , mais celui-ci, malgré les soins dont il était entouré, se préoccupait toujours de la persistance de ses désordres abdominaux. Il n'en fut réellement débarrassé que lorsque l'hydrothérapie l'eut guéri de sa neurasthénie qui tenait sous sa dépendance tous les troubles de son appareil digestif.
Ce fait, dans lequel la succession des phénomènes morbides est toujours saisissable, démontre que la neurasthénie peut exercer une action causale sur les ptôses, les dilatations et les sténoses viscérales. Il ne réclame aucun commentaire. Je désire l'associer à un autre fait dans lequel la neurasthénie m'a semblé jouer le rôle de cause déterminante de l'entéroptose : ce sera le pendant obligé de celui qui m'a servi à démontrer que dans certains cas l'entéroptose est capable de provoquer la neurasthénie.
Type X'-YIII. — Action de la neurasthénie sur l'entéroptose et sur quelques-unes des manifestations morbides liées à cette affection intestinale. — Réflexions qui permettent de rendre hommage aux prérogatives de la clinique.
Dans le type XLVI, j'ai mentionné le cas d'un malade chez lequel la neurasthénie m'a paru manifestement dépendre de l'entéroptose. Je désire placer ici un simple fait démontrant que la neurasthénie peut, à son tour, provoquer l'entéroptose et l'obliger, en quelque sorte, à suivre avec une grande servilité toutes les phases de son évolution jusqu'au moment même de sa disparition. Ce type ressemble au précédent et pourrait à la rigueur figurer avec lui dans le chapitre consacré à la neurasthénie essentielle. J'ai mieux aimé le placer à côté de ceux qui m'ont permis de reconnaître que la maladie
l'hÉPATISME INFLUENCÉ PAU LA NEURASTHÉNIE. 161
de Beard pouvait être quelquefois l'expression symptomatique d'une ptôse abdominale. J'ai vu dans l'agencement de ce contraste l'occasion de grouper autant que possible tous les éléments qui sont capables de contribuer à résoudre cette intéressante question de pathogénie. Par une coïncidence assez étrange, c'est le malade dont j'ai esquissé l'histoire dans le type XLVII qui va ici me servir de modèle et me fournir l'occasion d'ajouter au récit de ses perturbations un post-scriptum qui, dans son originalité, me paraît très instructif.
Ce neurasthénique bénéficia, ainsi que je l'ai déjà dit, d'une cure hydrotbérapique longuement et régulièrement suivie. Quelque temps après sa guérison, on lui confia une position difficile dans laquelle il donna des preuves irrécusables de sa valeur intellectuelle et de son énergie. Désireux de donner à sa vie de labeur les charmes d'un milieu agréable, il se maria.
Dans les premiers mois de cette union, qui semblait si bien assortie, la jeune femme qu'il avait choisie pour compagne reçut un grand nombre de lettres anonymes dans lesquelles on lui dévoilait les aventures un peu irrégulières que son mari avait eues pendant son séjour en Amérique. Des explications plutôt bienveillantes qu'acerbes eurent lieu entre les deux époux qui, aidés par les plus fins limiers de la sûreté, finirent par connaître l'auteur de ces fâcheuses lettres. C'était le frère de la jeune personne irrévérencieusement Hirtée dont j'ai parlé dans le type XLVII et qui résidait momentanément à Paris. Le mari découvrit sa demeure, eut avec lui un très vif entretien après lequel on décida, d'un commun accord, qu'une rencontre à l'épée était devenue nécessaire. Elle eut lieu ; et dans ce duel les deux adversaires furent légèrement blessés. Cet événement produisit sur l'esprit de mon ancien malade une pénible impression qui eut pour résultat immédiat de faire apparaître tous les désordres nerveux qui avaient figuré dans sa première attaque de neurasthénie.
11 commença aussitôt la cure hydrothérapique avec la même assiduité qu'autrefois et fut assez promptement soulagé, mais non guéri. Quelque temps après cet accident malencontreux, il se plaignit de douleurs abdominales assez vives qui engagèrent son médecin à faire un examen approfondi de la région endolorie dans laquelle il ne découvrit aucune altération appréciable.
La persistance des accidents neurasthéniques et des souffrances abdominales rendit une nouvelle exploration indispensable. Le médecin l'exécuta avec le plus grand soin; elle lui fit découvrir les principaux symptômes de l'entéroptose que le premier examen n'avait pas
dévoilés. Il constata en même temps un certain déplacement de l'estomac. Cet organe semblait former une ligne presque verticale et le pylore occupait une position plus déclive que celle qu'il a ordinairement. Les aliments paraissaient s'accumuler dans cette section de l'estomac et provoquaient des fermentations gazeuses très appréciables. Le lavage de ce viscère ne produisit aucun soulagement et le liquide ramené à l'extérieur ne renfermait aucun corps solide, révélant à peine quelques traces d'acide cblorhydrique mélangé avec du suc gastrique. Le ventre tout entier était déformé et l'intestin grêle avait une tendance à s'enfouir jusque dans les profondeurs du bassin. La palpation méthodique de l'abdomen permit d'apprécier nettement les battements de l'aorte dans la région du mésogastre et de constater la ptôse et le rétrécissement du colon ascendant et transverse; elle révéla en même temps un empâtement d'origine incertaine, localisé sur le gros intestin. Dans la dernière partie de ce conduit on sentait glisser sous la main des boules assez dures, probablement constituées par des scybales entravées dans leur marche et provoquant la tenace constipation dont se plaignait le malade. En examinant la région hépatique, il fut possible de reconnaître la flottaison du foie et celle du rein droit.
Cet ensemble de symptômes ne laissait aucun doute sur l'existence de l'entéroptose dont les manifestations devenaient d'autant plus gênantes que les accidents neurasthéniques semblaient plus accentués et qui ne disparut réellement qu'après la guérison de la maladie de Beard. Ce résultat thérapeutique obtenu par l'hydrothérapie vint confirmer la vérité de la fameuse maxime latine bien connue : Natia'am morborum curationes ostendant.
Je ne crois pas avoir besoin d'interpréter ce fait. Il est par luimême assez démonstratif et prouve bien que la neurasthénie peut, dans certains cas, produire l'entéroptose et la plupart des ptôses abdominales. Personne n'ignore que lorsque cette névrose se localise dans les organes de la digestion, elle amoindrit leur tonalité et parvient ainsi à modifier les contours de leur forme et à les faire sortir de leur cantonnement respectif. Mais je me hâte d'ajouter que, dans quelques circonstances assez nombreuses du reste, le déplacement des viscères abdominaux peut, par l'intermédiaire des phénomènes dyspeptiques, des troubles de nutrition et des actions nerveuses pathologiques qu'il provoque, engendrer des accidents neurasthéniques et les tenir sous sa dépendance.
En faisant cette double déclaration, je reste fidèle aux enseigne-
ments de la clinique et je rends hommage à la suprématie de ses prérogatives.
Je veux signaler encore les relations qui me paraissent exister entre la neurasthénie et quelques autres maladies de l'appareil digestif. Bien que ces rapports ne soient pas très nombreux et que leur constatation n'ait qu'une importance pratique secondaire, il me paraît utile de les mentionner dans cette étude où je recherche les alliances que la maladie de Beard peut contracter avec les affections qui siègent dans le tube gastro-intestinal. Parmi ces dernières, je puis citer le catarrhe de l'estomac et de l'intestin avec ou sans gastro-entérite, les ulcérations de la muqueuse digestive, les altérations organiques localisées dans une section quelconque de l'appareil de la digestion et de ses annexes, la dysenterie chronique, l'entérite muco-membraneuse et l'appendicite.
Type XLIX. — Neurasthénie développée à la suite d'une gastro-entérite, d'un catarrhe gastro-intestinal et de troubles de nutrition provoqués par ces maladies de l'appareil digestif.
C'est le cas d'un malade plusieurs fois atteint de gastrite et d'entérite toujours améliorées et même complètement guéries par un doux régime et une médication lénitive. Ceci est de l'histoire ancienne et concerne les antécédents du sujet; le fait nouveau le voici: un soir, après avoir absorbé un copieux repas, il fit une longue promenade ; la température ambiante était glaciale ; saisi par le froid, il rentra chez lui et quelques heures après il eut tous les accidents d'une indigestion qui provoqua des troubles sensitifs dans toute l'étendue du tube digestif. Quelques jours après, le malade présenta tous les symptômes d'un catarrhe gastro-intestinal qui exigea un assez long traitement. On eut beaucoup de peine à tarir sa gastrorrhée, à supprimer ses vomissements et sa diarrhée dont la persistance amena une grave dénutrition. A peine remis de ces épreuves, il eut un véritable accès de neurasthénie que l'hydrothérapie parvint à faire disparaître et qui fut considérée avec raison comme symptomatique du catarrhe gastro-intestinal et des troubles dénutrition qu'il avait provoqués. .
Type L — Neurasthénie survenant chez des malades atteints d'une lésion intéressant les éléments histologiques di' l'appareil digestif : ulcère de l'estomac, néoplasme du rectum, altérations diverses de la muqueuse intestinale provoquées par une dysenterie chronique d'origine exotique et infectieuse. — Cette