NEURASTHÉNIE. — MALAISES ORGANIQUES DU TDBE DIGESTIF
neurasthénie, prise tout d'abord poui" une neurasthénie' essentielle, a été plus tard reléguée au second plan et considérée, tantôt comme un prodrome, tantôt comme une expression symptomatique de ces maladies.
Dans ce type où se trouvent classés des patients dont l'histoire est assez lamentable, je ne veux retenir que les renseignements qui peuvent me servir à éclairer l'évolution ou plutôt l'aspect de la neurasthénie dont ils ont été atteints.
A. — Un de ces malades eut, à la suite d'une vive émotion, un accès de neurasthénie, très justement considéré comme un véritable accès de neurasthénie essentielle. Quelque temps après survint une hémathémèse que le médecin attribua à un ulcère de l'estomac contre lequel il fallut diriger un sérieux et sévère traitement. Malgré l'intervention de soins très assidus, le malade eut encore des hémorrhagies; mais elles furent moins abondantes que la première, ne se renouvelèrent qu'après de longs intervalles et finirent par disparaître. Le confrère qui conduisit cette cure heureuse me déclara que la neurasthénie qui avait préludé à cette maladie n'était pas une neurasthénie essentielle comme il l'avait cru tout d'abord, mais bien une neurasthénie prémonitoire cbargée du simple rôle de prodrome. Cette opinion me semble très rationnelle.
B. — Je tiens à placer dans ce type un malade sujet à des accès de neurasthénie succédant toujours à des douleurs anales qu'il attribuait invariablement à une poussée d'hémorrhoïdes.
Désireux d'être éclairé sur cette désagréable coïncidence, il consulta un chirurgien de ses amis qui, après un examen attentif, lui déclara que ce qu'il prenait pour une tumeur hémorrhoïdale était une tumeur fibreuse dont il fallait sans retard le débarrasser. L'opération fut très habilement exécutée et suivie d'un résultat très favorable. Le malade, délivré de son néoplasme, vit sa santé générale s'améliorer de jour en jour et n'eut plus d'accès de neurasthénie. En examinant attentivement ce cas, on peut légitimement supposer que chacun de ces accès correspondait aux poussées congestives dont la tumeur était le siège, et considérer par conséquent la neurasthénie de ce névropathe surmené comme une manifestation symptomatique d'une lésion du rectum.
Il existe une certaine analogie entre cette neurasthénie et celle qui évolue quelquefois chez des malades atteints d'une altération organique, bénigne ou maligne, localisée dans une section de l'appareil digestif proprement dit ou de ses annexes. Dans ces cas la neurasthé-
nie ne joue qu'un rôle très effacé et ne mérite pas une description spéciale.
C. — Je fais entrer dans ce groupe les malades chez lesquels la neurasthénie se développe dans le cours ou à la suite d'une dysenterie chronique. J'ai vu des cas assez nombreux attestant l'influence causale de cette affection qui, par sa nature infectieuse, est capable, non seulement de désorganiser les diverses tuniques du gros intestin mais encore de troubler les fonctionnement des centres nerveux et de favoriser par conséquent l'explosion de la neurasthénie.
Je puis citer un fait assez curieux concernant un malade atteint depuis longtemps d'une dysenterie chronique compliquée de désordres nerveux présentant tour à tour les signes de la neurasthénie et ceux de l'épilopsie. Ces désordres ont disparu avec l'affection intestinale qui paraissait les avoir engendrés.
L'autre fait auquel je veux faire allusion est peut-être plus difficile à analyser. C'est celui d'une jeune personne qui avait contracté la dysenterie dans une de nos colonies lointaines. Obligée de revenir en France, elle se soumit à un traitement et à un régime sévère qui produisirent des effets très salutaires. Àpeine entrée en convalescence l'intéressante malade présenta des symptômes de la neurasthénie qui furent attribués à l'épuisement provoqué par la dysenterie, et, aussi, je dois le dire, à un ébranlement nerveux causé par une grande déception. Elle venait d'apprendre qu'un jeune homme dont elle rêvait d'être la femme devait épouser dans un jour prochain une de ses meilleures amies. Blessée dans ses sentiments et dans son amour propre elle résolut de s'enfermer dans un couvent pour y ensevelir ses regrets et oublier, en la pardonnant, la cruelle blessure qu'elle avait reçue.
Avant d'exécuter cette grande retraite, elle voulut consolider sa santé et sollicita les secours de l'hydrothérapie qui lui furent du reste extrêmement utiles. Satisfaite d'avoir obtenu la vigueur physique qu'elle souhaitait, elle suspendit sa cure, et, je n'entendis plus parler d'elle. Je reçus quelque temps après une lettre touchante dans laquelle elle faisait ses adieux au monde et m'apprenait son entrée définitive dans une de nos corporations religieuses les plus cloîtrées et les plus austères. J'eus l'occasion de parler avec elle pendant la période de son noviciat; mais après la prononciation de ses vœux irrévocables, il me fut impossible de la revoir. J'appris par les siens qu'elle quitta, sans verser une seule larme, que mon ancienne neurasthénique soutenue par l'exaltation et la sérénité de son âme avait complètement