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NEURASTHÉNIE LIÉE AUX. TROUBLES DE LA MENSTRUATION

nuit qui suivit cette journée émotionnante fut très calme; et dès le lendemain la jeune opérée annonça aux personnes placées autour de son lit qu'elle venait de voir dans un rêve une image symbolique lui exprimant la prochaine disparition de son mal. Par une coïncidence assurément étrange, la crise qui suivit l'opération fut sa dernière représentation hystérique.

Depuis cette époque, il y a bientôt quinze ans, la jeune femme n'a plus été importunée par son ancienne névrose. Et elle aurait eu une existence relativement heureuse si son esprit avait pu oublier le souvenir de ses souffrances passées. La perte de ses attributs féminins consommée par une horrible mutilation absorbait toutes ses idées et lui causait un chagrin extrême. Elle ne pouvait pas en parler sans éprouver une grande tristesse souvent aggravée par des obsessions qui, en se renouvelant sans cesse, finirent par déprimer ses facultés intellectuelles et morales et par amoindrir les réserves de sa résistance organique. Survint alors un véritable accès de neurasthénie dont la généalogie put être attribuée à son tempérament nerveux et arthritique, à l'altération toxi-infectieuse de ses organes génitaux, et aux meurtrissures physiques et morales subies par son système nerveux. Cette neurasthénie prit la place autrefois occupée par l'hystérie; mais elle eut moins d'éclat et moins de gravité que sa devancière. Les douches tempérées remplacées plus tard par des douches chaudes, courtes et prudemment refroidies la firent disparaître assez promptement.

Cette jeune névropathe, désireuse de se soustraire aux influences d'un milieu qui n'avait aucun attrait pour elle, s'installa avec tous les siens dans une campagne agréable et salubre. Elle se donna pour distractions la culture des fleurs qu'elle aimait beaucoup et s'imposa la douce tâche de diriger sérieusement l'éducation de ses chers enfants dont la naissance avait infligé à sa vie de bien cruelles épreuves.

Connexité qui existe entre la neurasthénie et les troubles de la menstruation. Nubilité. Ménopause. Aménorrhée. Dysménorrhée. Ménorrkagie. — Tous les médecins reconnaissent que les troubles de la menstruation exercent sur la femme nerveuse une grande influence et peuvent, dans certains cas, favoriser le développement de la maladie de Beard. Quelques neurologistes ont sanctionné l'authenticité de ce fait par des démonstrations absolument parfaites. Néanmoins, ils n'ont pas mis, selon moi, dans son vrai relief le privilège que l'on doit accorder à l'hydrothérapie dans le traitement de

23i fiONNEXITÉS DE LA NEURASTHÉNIE AVEC LA PUBERTÉ ET LA MÉNOPAUSE.

cette neurasthénie spéciale. Je vais essayer de réparer cette omission.

Les jeunes filles éprouvent, à l'âge de la puberté, des perturbations fonctionnelles au milieu desquelles figurent les principaux accidents de la neurasthénie. Ces accidents ont, en général, peu d'importance; ils s'évanouissent même spontanément au momentprécisoùles règles font leur première apparition. S'ils persistent, on peut en avoir raison en administrant de courtes douches chaudes, tièdes ou convenablement refroidies qui ont le double avantage d'apaiser les troubles nerveux placés sous la dépendance de la nubilité et de favoriser l'irruption du sang menstruel.

Les femmes qui arrivent à l'époque critique de la ménopause deviennent aussi neurasthéniques. Elles ont des troubles circulatoires qui se traduisent par une hypertension vasculaire particulièrement appréciable dans la région supérieure du corps, par de l'amyosthénie, de la céphalée, un engourdissement intellectuel très appréciable, par des troubles stomacaux et par des effluves nerveuses qui semblent presque toujours se diriger vers le cœur ou vers le cerveau. Les /louches tempérées ont une action très bienfaisante sur ces phénomènes. Plus tard, on remplace ces douches tempérées par des douches générales progressivement refroidies, dirigées avec une certaine insistance sur les membres inférieurs, à moins que la femme ne soit disposée à perdre une trop grande quantité de sang. Dans ce dernier cas, c'est à la douche froide, répandue sur toute la surface cutanée, qu'il faut avoir recours. On pourra en même temps lui adjoindre les procédés qui servent à combattre la ménorrhagie et que je vais indiquer dans un instant. En résumé, je puis dire que ces diverses applications de l'hydrothérapie, en donnant à la peau une suractivité capable de se substituer, dans une certaine mesure, à la grande fonction qui va disparaître, et en apaisant les troubles nerveux et circulatoires auxquels donne naissance la suppression de cette fonction, permet à la femme de traverser sans accidents cette période critique de son existence.

On voit donc qu'au début, comme à la fin de la vie utérine, l'hydrothérapie peut être employée avec profit pour combattre la neurasthénie qui accompagne la première arrivée ou la disparition définitive des règles.

Dans la période intermédiaire l'hydrothérapie n'est pas moins utile pour combattre la neurasthénie qui survient sous l'influence des troubles de la menstruation. On voit quelquefois la maladie de Beard se développer chez la femme dont les règles sont retardées dans leur

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arrivée ou absentes, comme cela a lieu quand elle est atteinte d'aménorrhée ; on constate aussi l'éclosion de cette névrose chez celle (jui a un écoulement de sang- trop abondant provoqué par une ménorrhagie ou bien chez celle dont l'explosion des menstrues est rendue difficile ou douloureuse par l'existence d'une dysménorrhée idiopathique.

Dans ces diverses alternatives la douche tempérée peut rendre de très grands services aux malades atteintes de neurasthénie; mais il est indispensable, pour faire disparaître complètement cette névrose et prévenir ses retours olfensifs, d'adjoindre à cette douche les applications hvdrothérapiques que l'on sait être notoirement efficaces contre les troubles menstruels qui ont favorisé son explosion.

La femme atteinte d'aménorrhée est, le plus souvent, anémique ; elle présente pourtant les signes d'une pléthore qui, foncièrement, est toujours apparente et trompeuse. Il faut absolument chercher à relever ses forces qui sont manifestement amoindries. Pour obtenir ce résultat, on emploiera la douche mobile, courte, froide et convenablement percutante. On aura soin de la répandre rapidement sur toute la surface du corps, en insistant toutefois sur les reins, le siège et les parties inférieures. La douche en pluie verticale est, en général, trop excitante pour les neurasthéniques; elle provoque, en outre, dans les régions supérieures du corps, un vif appel de sang qui peut entraver le retour des règles. L'immersion est un procédé incertain dans ce cas pathologique spécial parce qu'il provoque parfois un refoulement du sang dans les organes internes.

Si la matrice devient un centre d'appel et que le molimen hémorrliagique se produise sans amener d'écoulement sanguin, il faut aider l'action de la douche mobile en administrant avant elle de courts bains de siège chauds et froids, des pédiluves à l'eau surchauffée, des douches de vapeur, des douches vaginales froides mais de très courte durée et enfin la douche chaude. Cette dernière exige une manipulation spéciale; elle devra être dirigée sur la partie interne, antérieure et supérieure des cuisses ; on aura soin d'augmenter progressivement la température de Feau qui. pourra atteindre les plus hauts degrés de tolérance et de prolonger son application qui devra se terminer par une aspersion froide extrêmement courte.

Si le molimen hémorrhagique semble être arrêté dans son évolution par des contractures vasculaires ou des spasmes nerveux trop accentués, il faudra donner des bains de siège très prolongés et recourir sans hésiter à la douche tempérée qui, dans ces circonstances dif-

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ficiles, apaise les phénomènes convulsifs, fait disparaître les accidents neurasthéniques et favorise souvent le retour des règles.

La ménorrhagie répond à une exagération du flux menstruel à laquelle la femme est exposée pendant toute la durée de l'activité sexuelle, depuis l'âge de la nubilité jusqu'à celui de la ménopause. Dans le cours de cette longue période, la ménorrhagie peut donner naissance à des accidents neurasthéniques dont la manifestation n'est réellement caractéristique que chez les femmes très débilitées constitutionnellement nerveuses ou arthritiques. La névrose de Beard qui succède à la ménorrhagie peut être traitée par la douche antineurasthénique dont j'ai si souvent vanté les heureux effets. Mais pour affermir son action curative, il faut recourir en même temps aux procédés hydrothérapiques que l'on sait être capables d'arrêter la ménorrhagie sans offenser outre mesure la susceptibilité du système nerveux.

L'eau froide est un agent hémostatique de premier ordre ; mais il faut l'employer avec une grande circonspection et ne la faire intervenir pendant la période hémorrhagique que si l'écoulement du sang est assez abondant pour exposer la femme à un véritable danger. Le plus souvent il est préférable d'attendre, pour intervenir, que la perte soit à la fin de son évolution.

On a essayé parfois avec succès l'usage de la douche en pluie verticale. Par la réaction qu'elle produit dans les parties supérieures du corps, elle crée, sur les régions qu'elle frappe, une révulsion qui contrebalance et peut annihiler la fluxion hémorrhagique dont la matrice est le siège. Mais cette douche a une action très excitante qui trouble profondément certaines neurasthéniques. Ces femmes très impressionnables supportent mieux la douche mobile promenée très rapidement sur la partie supérieure du tronc et sur toute l'étendue des bras.

Pour remplacer ces douches, on peut essayer les affusions plus ou moins froides, les frictions avec le drap mouillé auxquelles on donne pour auxiliaires les sacs à eau chaude de Chapman placés sur les côtés de la colonne vertébrale, les injections utérines faites avec de l'eau très chaude et le sac à glace vaginal. Mais je préfère à tous ces procédés la douche plantaire qui, ainsi que je l'ai indiqué depuis longtemps, provoque dans la matrice des contractions réflexes qui ont le pouvoir d'arrêter la plupart des ménorrhagies essentielles. Il faut que cette douche soit administrée avec un appareil spécial ; elle doit être froide et de courte durée et dirigée exclusivement sur la plante

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des pieds. Appliquée dans ces conditions, elle provoque des actions réflexes qui se traduisent par des contractions musculaires fort appréciables dans les membres inférieurs et par des spasmes utérins qui, en rétrécissant la lumière des vaisseaux, constituent un obstacle à la sortie du sang-. Cette douche plantaire a une action hémostatique incontestable ; elle a, de plus, le privilège de pouvoir être associée aux douches générales qui s'adaptent le mieux aux particularités de la neurasthénie que favorise la ménorrhagie.

La dysménorrhée, du moins la dysménorrhée essentiellement fonctionnelle ou idiopathique, est caractérisée par la lenteur et la difficulté avec lesquelles s'établit l'écoulement menstruel, par l'irrégularité de sa marche et par le développement de douleurs dans le système utérin pouvant se propager quelquefois dans les principaux appareils de l'organisme.

Les nosologistes admettent une dysménorrhée nerveuse ou spasmodique et une dysménorrhée sanguine ou congestive. Dans la première, c'est la douleur qui domine ; elle augmente sans cesse et n'est réellement apaisée qu'au moment où le flux sanguin fait son apparition. La congestion l'emporte dans la seconde et provoque presque toujours des troubles circulatoires très pénibles. Lorsque ces deux formes de la dysménorrhée se développent chez une femme nerveuse ou arthritique, elles engendrent des désordres de l'innervation au milieu desquels on découvre aisément des perturbations hystériques et neurasthéniques.

Dans la dysménorrhée, la neurasthénie peut avoir une origine périphérique ou réflexe ou bien se développer simplement comme une névrose symptomatique.

Dans les deux cas, elle est tributaire des douches sédatives qui sont chargées d'apaiser l'excitabilité des nerfs et des douches analgésiques spécialement destinées à calmer les régions douloureuses. Toutefois, chez certaines malades ont est obligé, pour favoriser la sortie du sang, d'employer de légères douches froides précédées par des bains de siège ou des pédiluves à haute température et même par cette douche chaude que j'ai conseillée dans l'aménorrhée lorsqu'il faut aider le molimen hémorrhagique à s'extérioriser.

Il est aisé de voir toutes les ressources qu'offre l'hydrothérapie aux femmes qui deviennent neurasthéniques sous l'influence d'une dysménorrhée. Dans ce cas spécial on doit appliquer ce traitement pendant la période menstruelle, puisqu'il peut apaiser subitement les accidents neurasthéniques, faire disparaître les phénomènes doulou-

reux et favoriser le cours du sang qui est presque toujours entravé dans sa marche.

Il faut continuer long-temps ce traitement si l'on veut conjurer l'explosion des troubles que provoquent ces irrégularités menstruelles.

C'est intentionnellement que je me suis dispensé d'appuyer par des faits les considérations qui précèdent. Il m'a semblé inutile d'ofrir au lecteur une justification dont il n'a pas besoin pour juger cette question clinique que tant de confrères ont si merveilleusement élucidée.

Je ne puis terminer ce chapitre sans indiquer s'il convient de traiter par l'hydrothérapie la neurasthénie qui se développe pendant la grossesse. Je n'hésite pas à répondre par l'affirmative mais à la condition que cette méthode thérapeutique sera appliquée d'une façon rationnelle, prudente et avisée. Il ne faut jamais administrer à une femme enceinte des douches très chaudes ou très froides trop longues et trop énergiques. Mais on peut sans courir le moindre risque lui donner une douche tempérée, attiédie et même rafraîchie, en ayant le soin de la répandre légèrement sur tout le corps, à l'exception de la région abdominale, et de ne lui accorder qu'une durée peu prolongée. J'ai toujours vu cette sage manœuvre débarrasser les femmes grosses de leur neurasthénie, mettre leur système nerveux à l'abri des désordres plus ou moins graves auxquels il est exposé et donner à leur organisme la résistance dont il a besoin pour atteindre sans défaillances l'acte de la parturition.

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