‹ La neuvaine du CythèreChapitre 8 sur 13 · LE CHAR. M · texte numérisé non relu

LE CHAR. M

— (I 0 sort, dit-il. trop avare pour moi. « Et pour Vénus prodigue de merveilles!

<( Tu m'as donné deux yeux et deux oreilles,

(( Et , pour jouir des trésors que je voi ,

<( Je n'ai qu'un cœur, je n'ai qu'un... quel dommage

(( De ne pouvoir partager mon hommage!

« 0 mes rivaux, dieux du ciel, dieux jaloux.

« Ce don sans doute est réservé pour vous. »>

Dans le dépit, son aveugle tendresse Livre au hasard ses vœux irrésolus.

— (( Tranchons, dit-il, des délais superflus : « Tout est Vénus dans ma belle maîtresse. » Le faune allait commettre un gros péché,

Si de Vénus la tendre inquiétude N'eût à ses coups présenté l'attitude De son beau corps sur les rênes penché. Ce mouvement fut-il fait sans étude?

Fut-il le fruit d'une heureuse habitude? Ou bien Vénus le fit-elle h dessein?

Quoi qu'il en soit, la beauté ménagée En Adonis ne se voit point changée.

Très-décemment elle reçoit soudain

Le trait de feu que le faune lui lance ,

Et du combat la douce violence

Lui fait tomber les rênes de la main.

Lors, s'appuyant sur le trait qui la perce,

Sur son amant sa tête se renverse ;

Elle le baise, elle brûle et languit;

Mais, se livrant au feu qui la domine.

Son corps céleste à l'instant se roidit;

Et dans les airs bientôt se répandit

Le doux parfum d'une vapeur divine;

Tout s'embellit, et la terre et les cieux,

Tout y respire une volupté pure,

Et de l'amour le baume précieux

Donne la vie à toute la nature.

Et que faisaient, dans ces moments heureux,

Nos deux coursiers, nos pigeons amoureux?

Dès qu'ils avaient senti flotter les guides.

Fixant l'essor de leurs ailes rapides.

Et se tournant, ils avaient vu Cypris,

Lever au ciel ses beaux yeux attendris.

— « Ne vois-tu pas ce que fait la déesse?

« Ne vois-tu pas comme un dieu la caresse? »

Dit la colombe, et le pigeon l'entend.

Page 1