‹ La Névrite optique rétrobulbaire aiguë d'origine naso-sinusienneChapitre 10 sur 22 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Etiologie

Un état général mauvais, la grossesse, la lactation, le surmenage musculaire, les fatigues de la guerre, le rhumatisme, ont été tour à tour incriminés dans l’étiologie de la névrite rétrobulbaire aiguë. Ces causes anciennement admises doivent être éliminées et ne doivent être considérées que comme des causes occasionnelles susceptibles de déterminer sur le nerf la localisation d’un processus pathologique latent.

La névrite rétrobulbaire aiguë d’origine nasale ne reconnaît habituellement qu'une cause : une infection. Les principales infections qui semblent la déterminer le plus souvent sont d’une part la syphilis et la sclérose en plaques, d’autre part les affections nasales et paranasales.

Comme affections paranasales, on a incriminé tout particulièrement et à juste titre les dents (auteurs américains, L. Dor) dont l'infection agit soit directement

soit par l'intermédiaire des sinus; parfois on a incriminé les amygdales et on peut faire une place importante à l'infection par les végétations et les infections naso-pharyngées. En effet, les végétations infectées sont au contact des sinus postérieurs et dans plusieurs observations cette étiologie est démontrée, mais les causes les plus habituelles, ce sont les affections nasales, le coryza souvent léger et qui est dû à une cause soit locale, soit d’ordre général. Il faut incriminer plus particulièrement la grippe qui, par ses localisations nasales presque constantes, amène l'infection de toute la muqueuse nasale et des sinus ; on sait combien la polysinusite est une complication fréquente de la grippe, qui va de la grosse suppuration jusqu’au type séreux.

Nous n’envisagerons dans ce travail que l’étiologie naso-sinusienne. |

C'est une étiologie déjà ancienne, puisque BERGER, en 1890, conclut « à la possibilité d’une névrite canaliculaire qui, faisant suite à de simples rhumes propagés par les sinus, serait de nature à expliquer les amblyopies auxquelles on ne peut trouver d'autre cause que le refroidissement ». C'est aussi l’hypothèse de ParinauD en 1896, qui invoque une origine nasale à la névrite rétrobulbaire aiguë et admet l'existence d’un coryza infectant secondairement les sinus.

Quels sont les tissus qui infectent plus particulièrement le nerf optique ?

Dans sa portion intra-orbitaire, les sinusites antérieures en sont exceptionnellement la cause, le fait même est discutable quoique possible. En réalité, il s’agit toujours d'infections de la région nasale posté-

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rieure, du carrefour sphéno-ethmoïdal, c’est-à-dire du sphénoïde et de l’ethmoïde.

On peut considérer deux formes principales de sinusites, les sinusites classiques et les sinusites catarrhales, séreuses ou congestives. Quant aux sinusites latentes de SLUDER, elles doivent tomber dans l’oubli.

Les sinusites classiques sont caractérisées par un empyème plus ou moins ouvert, avec une muqueuse épaissie limitant une cavité remplie de pus qui se déverse dans le naso-pharynx et les fosses nasales. Ce sont des formes facilement diagnostiquables par les signes fonctionnels, la rhinoscopie antérieure et postérieure, la sinusoscopie et par la radiographie. Ces . formes se compliquent très rarement de névrite rétrobulbaire.

Dans les sinusites dites catarrhales séreuses ou congestives, on ne trouve pas de sécrétion nettement purulente. Elles ont une évolution discrète et sont difficilement diagnostiquables. Un spécialiste averti pourra néanmoins trouver par un examen comparatif minutieux des deux fosses nasales les « petits signes » révélateurs qui lui permettront de faire le diagnostic. Ces signes peuvent être, soit le rétrécissement de la fente olfactive par la turgescence aiguë du cornet moyen souvent déjà atteint d'hypertrophie chronique polypoïdale, soit la saillie anormale de la portion postéro-supérieure de la cloison (crêtes de cloison), soit une teinte plus rouge, soit encore et surtout l'existence d’uñe sécrétion muqueuse et incolore donnant à cette région un aspect foncé, humide, brillant, visible surtout après l'épreuve de l’adrénaline.

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Ces sinusites sont dues à ‘une infection chronique du cavum, ou plutôt, d'après SaRGNoN, du carrefour ethmoïdo-sphénoïdal situé entre le sphénoïde et le cornet moyen, l’ethmoïde postérieur et la cloison.

Ces obstacles intranasaux provoquent et entretiennent ainsi ces sortes de sinusites par la gêne qu'ils apportent à l’aération et au drainage des sinus. Si alors une poussée rhino-pharyngée plus ou moins aiguë, grippe, coryza, vient « surinfecter » le carrefour ethmoïdo-sphénoïdal, la névrite rétrobulbaire peut survenir. |

Ce sont ces sinusites discrètes (catarrhales et séreuses) qui se compliquent le plus habituellement de nérite rétrobulbaire aiguë.

On se trouve en présence de deux théories pour expliquer le mécanisme suivant lequel une sinusite postérieure peut provoquer cette affection. La théorie qui semble la plus logique pour expliquer cette genèse à point de départ naso-sinusien, c’est l'infection.

D'après elle, les lésions de la muqueuse sinusienne se propagent de proche en proche aux gaines du nerf et ensuite au nerf lui-même. Cete propagation est facilitée par les rapports anatomiques intimes qui existent au niveau canal optique entre le nerf et la partie supéro-externe, soit du sinus sphénoïdal, soit de la cellule d’Oxontr, suivant les cas. Le nerf n’est parfois séparé du sinus que par une fine lame osseuse et la dure-mère. La paroi osseuse est très mince, elle est diaphane, papyracée, par conséquent peu étanche: elle présente, de plus, assez souvent, des déhiscences congénitales si étendues que la gaine du nerf et par suite

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le nerf lui-même peut baigner parfois sur les deux tiers de sa circonférence dans l’intérieur du sinus, recouvert seulement par sa muqueuse. Cette paroi est de plus traversée par un grand nombre de fins pertuis vasculaires réunissant la muqueuse à la dure-mère. Ajoutons enfin que cette dernière sert à la fois de gaine fibreuse au nerf et de périoste au canal optique.

Ces rapports anatomiques intimes, ces cloisons fragiles expliquent comment la moindre altération de la muqueuse sinusienne pourra retentir immédiatement sur la gaine et sur le tissu même d’un nerf si fragile.

La seconde théorie intéresse surtout les sinusites congestives et ne doit être considérée que comme élément accessoire dans notre sujet ; elle émet l’hypothèse d’un trouble vaso-moteur, de nature réflexe l'irritation partie de la muqueuse rhino-pharyngée supérieure agirait sur les vaisseaux du nerf optique par l'intermédiaire des nerfs de la vie organo-végétative. Le ganglion sphéno-palatin jouerait un grand rôle dans ce processus.

La névrite rétrobulbaire aiguë ne serait dès lors que l’une des manifestations du « syndrome sphéno-palatin » (SLUDER).

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