OBSERVATION VII (CABANNES
Zona ophtalmique gauche, atrophie optique post-névritique
unilatérale.
H. O.., trente ans, entre le 1e janvier 1903 à l’Hôpital Pellegrin. Début de la maladie, très soudain, le 24 décembre 1902. L’œil gauche devient rouge, larmoyant et douloureux, avec des élancements douloureux occupant la région correspondante du front et la paupière supérieure gauche. Les jours qui suivent (25, 26 et 27 décembre 1902), les phénomènes précédents augmentèrent pendant que la vision de l’œil gauche déclinait d’une façon notable. Le 28 décembre, la rougeur, jusque-là localisée à l’œil, gagna rapidement les deux paupières de l’œil gauche, la moitié gauche du nez, la partie gauche du front et toute la région hémicranienne correspondante dans ses parties antérieure et moyenne. Gonflement considérable des téguments, paupières très œdémateuses. Le même jour, dans l’espace de quelques heures, il survient une éruption prurigineuse de petites vésicules, qui deviennent confluentes et présentent .un contenu d’abord citrin ou franchement hémorragique, et bientôt purulent. C’est dans'cet état que le malade se présente à Pellegrin, le 1 janvier 1903. A ce moment là, l’œil n’est plus douloureux, mais, par contre, les paupières sont très
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gonflées, leur bord est agglutiné par une sécrétion muco-purulente assez abondante ; chémosis assez marqué de la conjonctive ; la cornée, dépolie, opacifiée, permet à peine d’entrevoir la pupille. Tels ont été les phénomènes de début de ce zona ophtalmique. Pas de troubles de la santé générale ; cependant la température, les premiers jours, a atteint plusieurs fois 38°,
Æxamen (le 12 janvier 1903). — Œüil gauche : paupière supérieure rosée, œdémateuse au point que le sillon orbito-palpébral supérieur est complètement effacé. Lorsque le malade ouvre les yeux, la fente palpébrale, du côté gauche, reste beaucoup plus fermée que celle de droite. Ce n’est qu'avec de grands efforts de contraction du frontal que le malade arrive à ouvrir son œil d’une façon plus appréciable. Larmoiement assez marqué, mais pas de sécrétion muco-purulente de la conjonctive. Injection rosée et assez intense des conjonctives bulbaire, palpébrales supérieure et inférieure. Pas de chémosis. La cornée présente une petite opacité diffuse, ayant à peu près les dimensions d’une lentille, nébuleuse, de peu d’intensité, occupant ses parties interne et centrale. Pas d’ulcération, mais un peu de desquamation épithéliale au niveau du point opacifié. Insensibilité au contact et à la piqûre dans les limites des régions opacifiées, sensibilité normale dans tous les modes du reste de la cornée. La chambre antérieure est profonde, la pupille est dilatée (quelques jours avant, on à mis dans l’œil du collyre à l’atropine une seule fois). Iris immobile, la pupille a une forme oblique ovalaire. L’acuité visuelle O D normale ; à gauche, la vision est à peu près entièrement abolie. Le malade distingue à peine la lumière d’avec l’obscurité. Le fond de VO G est difficile à éclairer, tout d’abord à cause du dépoli et de l’opacité cornéenne légère, puis parce qu’il existe dans tout le vitré, mais surtout dans sa partie profonde un trouble uniforme et poussiéreux. Contours de la papille optique mal limités, mais appréciables cependant. Il n’existe pas de saillie comme dans les névrites par compression ou par stase. La papille est, dans son ensemble un peu pâle, les artères se
voient à peine ; veines turgescentes, tortueuses et très apparentes. Au pourtour et au proche voisinage de la papille, principalement à sa partie interne et à sa partie inférieure (image renversée), on découvre deux hémorragies en flammèche, ou plus exactement deux suffusions hémorragiques assez larges, cheminant parrallèlement au trajet des veines, constituées par un sang très rouge. La région maculaire et la périphérie du fond de l’œil ne présentent rien de bien saillant, La tension de l’œil parait un peu diminuée, la motilité du globe oculaire n’a jamais été atteinte.
Sur le front, la rougeur a beaucoup diminué ; pigmentation brune plus foncée autour des croûtes actuellement sèches, qui sont le vestige des vésicules plus ou moins agglomérées de zona. Tout cet ensemble de phénomènes est nettement unilatéral, limité en dedans par la ligne médiane, en dehors par une ligne qui commence à l’angle externe de l’œil gauche et va se perdre dans les cheveux de la région pariétale correspondante. Toute la zone est hypoesthésique au contact, à la piqûre, à la température. Les 20 et 27 janvier derniers, l'œil est encore rouge et larmoyant; la tension est diminuée ; léger dépoli cornéen à la partie interne, avec anesthésie à ce niveau. Ce qui frappe à l’examen ophtalmoscopique, ce sont les signes d’une atrophie optique déjà assez avancée, avec pâleur marquée de la papille ; amincissement considérable des artères, congestion des veines et disparition des suffusions hémorragiques. Au commencement de février 1903, M. le Professeur Badal, observe les mêmes phé-
nomèneés.
La mère du malade a peut-être eu un zona. Lui-même est né avant terme (sept mois) ; il a toujours été chétif. Vers dix ou onze ans, croup et rougeole. À vingt ans, blennorragie. Pas de syphilis ni de rhumatisme. Ni sucre, ni albumine dans les urines,
IL — Névrite optique bilatérale
OBSERVATION VIII (Husscx)
Herpès zoster général chronique.
Atrophie optique post-névritique bilatérale, — Délire furieux.
« Monsieur F... est âgé de 52 ans. Son père, chétif, malingre, toujours frileux, s'était marié en secondes noces, à l’âge de 90 ans, à une jeune fille de 24 ans, d’un tempérament éminemment nerveux, sujette, dès l’âge adulte, à diverses formes de névralgies. Un tic douloureux de la branche inférieure de la V* paire, se manifestant à des intervalles plus ou moins rapprochés, avec une intensité extraordinaire, l’avait tourmentée durant 20 ans de son existence. Plus tard, cette névralgie s'était déplacée et fixée sur le plexus solaire et le grand sympathique ; des attaques d’asthme nerveux, se répétant fréquemment, d’une durée tantôt de quelques jours, tantôt de quelques mois, avaient mis plus d’une fois sa vie en danger. Ces attaques alternaient avec des crampes d’estomac atroces, paraissant à des époques indéterminées, mais d’une durée en raison inverse de lintensité du mal. Des périodes souvent assez longues de calme parfait s’écoulaient, pendant lesquelles la malade recouvrait sa santé, son embonpoint et toute la jovialité du caractère le plus aimable. Malgré ces infirmités et son état cacochyme, le père de M. F.. s’éteignit à l’âge de 80 ans, après avoir vu naître quatre enfants du second lit ; la mère vit encore,, elle a aujourd’hui 82 ans, et a atteint cet âge avancé en dépit de ses attaques d’asthme et de ses crampes, qui ont toutefois perdu de leur intensité avec le progrès des ans. M. F..., dont nous avons à nous occuper, présentait, dès son bas âge, le facies et les goûts d’un vieillard ; il ne démentait pas son origine, et, rien qu’à le voir à 12 ans, on comprenait qu’il devait être issu d’un vieillard. Son intelli-
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gence précoce lui rendait tout son travail facile, et, en moins de temps que n’en mettent d’autres pour terminer leurs humanités, il avait appris, en outre, plusieurs langues qu’il possédait à fond, telles que l’anglais, le français, l’allemand, l'italien et le turc. A l’âge de 20 ans, c'était déjà un homme distingué, d’un jugement sûr, et possédant toutes les qualités requises pour remplir avec grande distinction des fonctions importantes.
L'amour de l’étude, la placidité de son caractère et une foi religieuse très sincère, l’empêchèrent de jamais commettre le moindre écart de jeunesse ; il menait une vie très sobre, mangeant très modérément, s’abstenant par goût, de toute boisson alcoolique, ou en usant avec une parcimonie extrême ; très froid à l’endroit des femmes.
A part les maladies qu’il avait eues dans l’enfance, la rougeole, la scarlatine et la petite vérole, il n’avait pas d’autre incommodité, qu’une migraine périodique, à laquelle il payaït un tribut mensuel, Depuis l’âge de 12 ans, les accès étaient très violents parfois et. duraient souvent 24 heures ; atteint d’une myopie très forte, il eut recours au lorgnon, et à 14 ans déjà avait atteint le n° 7.
Il se livrait avec assiduité aux travaux de cabinet, rédigeait et écrivait beaucoup, et surtout le soir et la nuit ; la lecture absorbait aussi une grande partie de son temps ; plus tard, c’est-à-dire à l’âge de 30 ans environ, cédant aux sollicitations des médecins et de ses amis, il entreprit quelques voyages, visita l’Autriche, l'Italie, la Suisse, et, revenu à Constantinople, sa patrie, prit un goût très vif pour l’équitation, et, par suite d’un changement dans sa position, — il était devenu interprête d’une grande ambassade à Constantinople, — y mena une vie active et agitée,
Présumant de ses forces, sans égard pour la flaccidité de sa fibre et sa constitution délicate, il ne se donnait ni trève, ni merci, affrontait avec une témérité le frimas et la chaleur, et rentrait souvent chez lui, ou transi de froid ou haletant de fatigue. Il perdit ainsi l’appétit et le sommeil, et tomba dans le marasme. Un voyage en Allemagne et en Suisse avait ra-
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mené un peu de calme et lui avait rendu une partie de ses forces, lorsque, à l’âge de 40 ans environ, il commença à éprouver de vives démangeaisons dans le dos, sans qu’il s'y montrât aucune éruption ; ces démangeaisons s’exaspéraient chaque fois que le patient se grattait, et, pour les calmer, il était obligé de se frapper doucement le siège des démangeaisons avec la main entière ou avec une sorte de règle plate. Limitées d’abord et circonscrite dans le milieu du dos, elles en envahirent lentement, dans l’espace d’une année, toute la surface, et peu à peu s’étendirent au ventre, à la poitrine, aux cuisses et aux bras. Le manque absolu d’éruption, dans la première année, rendait très difficile le diagnostic de cette affection, nommé «prurigo > par quelques médecins, à cause du symptôme prédominant. Vu la constitution débile du patient, vu son anamnèse, on se borna à lui prescrire quelques bains, simples d’abord, puis savonneux, plus tard alcalins ; des applications de coldcream ou de glycérine, un régine tonique non excitant, le grand air, l’exercice modéré, soit à pied, soit à cheval, soit en barque sur mer, mais bientôt on dut cesser l’usage des bains chauds, car l’action de Peau chaude augmentait l'intensité du prurit au lieu de le diminuer; il en fut de même du coldcream et de la glycérine.
La transpiration produisait le même effet, les douches froides étaient mal supportées. On prescrivit les bains de mer, qui procurèrent un léger soulagemeet, mais qui ne dura que quatre mois environ. Le malade ne pouvait supporter le poids de ses habits, ni le frottement de son linge sur le corps ; il portait une chemise de batiste fine ; au bout d’un an de souffrances souvent intolérables, surtout le soir et la nuit, dans la position horizontale qu’il ne pouvait garder longtemps, on vit apparaître sous la peau de petites élevures rosées, de la grandeur d’un grain de sable à un grain de millet, groupées en forme circulaire, et dont chaque groupe, de plusieurs centaines réunies, formait une espèce d’anneau ; d’abord clairs, semés et épars cà et là, ces anneaux finirent par se multiplier, se rapprocher, se confondre et occuper un es-
pace très étendu. On en voyait un amas, de la grandeur de la main, occuper symétriquement et à égale distance toujours de l’épine, chaque partie du dos; l’apparition des deux premiers groupes fut précédée et accompagnée de douleurs atroces et d’une sensibilité exagérée de la peau. Le moindre attouchement faisait reculer le patient et lui faisait pousser des cris de douleur. Ces éruptions, composées d’élevures dures, pâles au début, passant peu à peu au rouge vif, et augmentant graduellement de volume, jusqu’à s’élever d’un millimètre au-dessus de la surface cutanée, se terminaient ordinairement par exfoliation, et la peau reprenait son aspect normal. L'apparition de chaque nouvelle poussée était précédée de vives douleurs sur le point où elles devaient apparaître, et d’élancements violents, tout le long de la moelle épinière. Cette période durait de 24 à 36 heures, puis la peau devenait rugueuse, d’une hyperesthésie extrême, et finalement l’on y voyait le développement successif de groupes circulaires. Cette seconde période, durait de 3 à 4 jours pour faire place à la dessication et à l’exfoliation. Les éruptions apparaissaient toujours simultanément à droite et à gauche de l’épine dorsale semblant affecter les extrémités nerveuses des branches des nerfs émergeant à droite et à gauche du même point de la moelle, de l’épine, l’éruption s’éloignait vers la périphérie, de façon à former une moitié de ceinture.
Ces éruptions débutèrent d’abord à la région thoracique, puis graduellement s’étendirent aux omoplates par en haut, et jusqu’au sacrum d’autre part. Pendant environ une année, l’éruption resta circonscrite à cette région ; plus tard, elle se montra aux fesses, aux cuisses, à leur partie postérieure d’abord, puis à leur partie interne. Finalement, l’abdomen, la partie antérieure du thorax, les bras, les avant-bras et même la face devinrent le siège du mal.
La ténacité de l'affection, le peu d’efficacité des traitements de toutes sortes appliqués à Constantinople, et le dépérissement du malade, nous décidèrent à l’adresser aux spécialis- | tes les plus renommés de Paris et de Vienne.
MM. Hardy et Bazin (à Paris), sans préciser exactement la forme ni la nature de l’éruption, se bornèrent à prescrire un régime tonique, un air salubre, des bains alcalins et l’arsenic à l’intérieur,
M. Hébra, de Vienne, posa carrément le diagnostie de « Herpès zoster chronique » et prescrivit, outre un régime tonique et fortifiant, des applications réitérées, sur les surfaces atteintes, d’un mélange de savon vert, d’huile russe (Olei Russi), d'esprit de vin et d’éther. Cette préparation déterminait une vive douleur au moment de son application, mais cette douleur était passagère et était suivie de quelques heures de calme; répétées d’abord deux fois par jour, puis à des intervalles plus éloignés, elles produisirent une amélioration assez marquée pour amener le malade, plus tard, à ne plus faire cette application que sur les parties envahies ou menacées de l’être ; car il est bon de noter que les éruptions partielles avaient fini par envahir tout le dos, et qu’alors il fallait recourir à un badigeonnage général, tandis que, sous l’action de ce médicament, l’éruption générale avait guéri et qu’il ne restait plus à combattre que des poussées locales se manifestant dans des parties limitées, mais toujours bilatérales, par rapport à l’épine. Mais si l’état de la peau s’était amélioré, les douleurs profondes le long de la moelle, surtout aux approches de la nuit, persistaient, devenant tantôt très intenses, tantôt moins vives. Vers la fin de son séjour à Vienne (il y avait passé plusieurs mois), il commença à éprouver un peu d’affaiblissement de la vue et un léger larmoiement dès qu’il voulait fixer attentivement et durant un certain temps de petits objets. Il consulta un oculiste de cette ville qui après examen, l’assura qu’il ne trouvait aucune lésion appréciable, et se borna à lui prescrire un collyre légèrement astringent. Il est curieux de noter que, dès l’apparition des douleurs et de l’éruption, la migraine, à laquelle il était sujet chaque mois, avait disparu et ne s’était plus reproduite jusqu’à ce jour. :
M. F.….. revint à Constantinople dans des conditions plus satisfaisantes, lui rendant l’existence moins insupportable ; il pouvait s'habiller, se promener, se coucher sans inconvénient. Durant une année entière, il continua à se badigeonner les parties où des éruptions partielles se développaient de temps en temps, et put reprendre ses occupations habituelles,
mais en y mettant plus de mesure que par le passé et sans se livrer à des excès de fatigue ; bientôt il s’aperçut que la vue de l’œil droit commençait à baisser et que le larmoiement persistait, se manifestant surtout lorsqu'il appliquait les yeux durant quelques minutes. Cet état inquiétant le patient, je le soumis à l’examen ophtalmoscopique et ne tardai pas à découvrir une sclérectasie postérieure, assez étendue du côté nasal ; la tache blanche, à contours irréguliers, touchait presque au bord de la papille. Elle semblait de date ancienne, la papille me parut plus petite et partiellement plus blanche que d’habitude, les vaisseaux étaient d’un calibre moindre qu’à l’état physiologique, le fond de l’œil conservait une rougeur normale. Je diagnostisquai un staphylôme postérieur avec commencement d’atrophie papillaire. La maladie fit de rapides progrès, s’étendit bientôt à l’œil gauche, et la vue baissa si rapidement qu’au bout de six mois le malade ne pouvait qu’à grand peine lire le n° 18 de l’échelle de Jæger.
La papille de l’œil droit était alors considérablement atrophiée, et celle de l’œil gauche, pâle, diminuée de volume ; les vaisseaux en étaient devenus plus fins et le fond de l’œil était terne, ; il s’agissait d’une atrophie blanche des deux papilles ; la vue avait tellement baissé que la lecture était devenue presqu’impossible et que le malade avait de la peine à se guider seul dans les rues ; c’est dans ces conditions qu’il retourna à Berlin, chez le Professeur de Græfe, qui constata l’atrophie des papilles et, vu l’état général du patient, lui conseilla un régime tonique et réconfortant et l’air des montagnes ; après être resté quelques mois dans la clinique de de Græfe, il partit pour la Suisse, où il fit un séjour de près d’une année. De retour à Vienne, il y consulta un médecin, qui eut la malencontreuse idée de lui appliquer un grand vésicatoire à la nuque. Ce vésicatoire suppura faiblement, mais, à la place qu’il avait occupée, parut un énorme anthrax, qui mit en danger la vie du patient. Sous l’action douloureuse de cet anthrax, la vue s’abolit presque totalement ; le malade ne percevait plus que les ombres. A son retour à Constantinople, latrophie papillaire était complète, la perception de
la lumière nulle. L’éruption cutanée sé manifestait encoré, mais plus mitigée ; ; des poussées plus ou moins étendues envahissaient la surface cutanée, toujours précédées de vives démangeaisons et de douleurs profondes le long du rachis, et plus superficielles sous le derme, siège de là poussée. Affectant toujours la même forme et se développant simultanément, symétriquement et toujours aux deux côtés, soit de l’épine, soit du sternum, soit des extrémités inférieures ou supérieures, soit du ventre, l’éruption n’avait plus la même vivacité qu’autrefois, et demeurait toujours partielle, excepté, parfois, quand elle envahissait le dos. Des applications d’Olei Russi combinée avec le savon vert, l’éther et l’esprit de vin, produisaient une cuisson vive d’abord, puis bientôt accompagné de dessication et d’exfoliation des papules; les parties. étaient ensuite saupoudrées de poudre de riz ou d’amidon. L'usage continu, à l’intérieur, de la liqueur cencentrée de Guyot, en rétablissant les fonctions du tube digestif, produisit un effet remarquable sur les douleurs profondes de l’épine ; elles diminuèrent et même souvent disparurent complètement pendant une période de plusieurs mois. Le malheureux aveugle vécut ainsi assez tranquille durant près de six ans. L’année dernière, à la suite dé chagrins violents, tels que la perte de quelques parents et amis, le patient commença à dépérir, l’appétit diminua visiblement, ses forces le trahirent, son dos se voûta; bientôt la mémoire commença à jui faire défaut et il tomba dans un état voisin de l’hébétude. Cet état dura quatre mois, en s’aggravant graduellement, lorsqu’au mois de novembre dernier, il fut pris soudain d’accès de folie érotique, accompagnée de délire furieux; on dut recourir à la camisole de force, car la fureur atteignait des paroxysmes tels, qu’il était impossible de le maintenir; il poussait des hurlements et des cris déchirants, et délirait complètement
On dut le séquestrer. Dans ses moments de calme, il revenait à lui, reprenait la mémoire de ses actes, et demandait pardon à ses assistants de sa sauvagerie. Ce délire furieux, avec des alternatives de repos, dura jusqu’à la fin de décembre; depuis lors, il a perdu l’usage de la raison, et n’a plus la