CHAPITRE
Pathogénie et mécanisme des lésions optiques au cours du zona
A. — Pathogénie du zona ophtalmique
Il est intéressant de savoir si les lésions névritiques observées dans le zona ophtalmique relèvent directement du zoster lui-même ou bien sont la conséquence d’une infection qui, se localisant sur le trijumeau, cause en même temps des altérations du nerf optique.
Landouzy, en 1883, décrivait deux types de zona, lun zona essentiel ou herpès zoster fébrile dans lequel on est en présence d’une infection réelle, spécifique et immunisante, limitée en un point détermine du territoire nerveux, l’autre symptomatique d'intoxications diverses, de syphilis, s’accompagnant d’une éruption zostériforme,
Brissaud soutenait, d'autre part, que le zona ophtalmique, affection généralement apyrétique, n’est qu’un symptôme, un exanthème zostériforme, manifestation clinique d’une lésion du pied du pédoncule cérébral.
Bientôt, Sulzer écrivait que le zona ophtalmique, non fébrile, avec ses troubles oculaires, résultait d’une affection de l’encéphale; ce n’est pas l’herpès bénin accompagné de fièvre, mais un zona paralytique avec éruption zostériforme.
On recherche depuis de nombreuses années le microbe pathogène du zona, maladie épidémique et infectieuse. Tour à tour, la tuberculose, les affcetions pleuro-pulmonaires (pneumonie, congestion pulmonaire, pleurésie), les intoxications arsénicale, oxycarbonée, le froid même, ont été mis en cause. Plusieurs auteurs ont, après Lemonnier, signalé depuis longtemps déjà, la coïncidence du zona et des affections thoraciques. Nous citerons, pour mémoire, un cas de zona ophtalmique droit observé par Schaffer et survenu quatre jours après le début d’une pneumonie gauche.
Nous ne saurions enfin passer sous silence, les nombreuses observations publiées à l’étranger et en France, et relatives à l’identité de nature entre un certain nombre de zonas et la varicelle. J. Von Bokay, professeur de clinique infantile à Budapest, vit, pour la première fois, en juillet 1888, dans une famille de sa clientèle, une éruption de varicelle typique apparaître chez un enfant; dix jours après, se développait un zona thoracique chez la sœur aînée, En 1892, Bo-
kay émettait le premier l’idée qu'un certain nombre de zonas relèvent du virus de la varicelle et, en 1919, apportant à l’appui de sa thèse 14 observations cliniques, il s’exprimait en ces termes, dans le Jahrbuch fur Kinderheilkunde : « Je considère comme établi incontestablement.. que l’agent encore inconnu de la varicelle peut, dans certaines conditions, apparaître sous la forme d’un zona typique. »
En 1917, un médecin anglais, Le Feuvre, avait déjà publié, dans le British Journal of Dermatology, sept observations personnelles recueillies en Afrique méridionale (Rhodesia), marquant la relation entre le zona et la varicelle.
Enfin, le 29 juin 1920, le Professeur Arnold Netter adressait à l’Académie de Médecine une communication au cours de laquelle il apportait avec des arguments nouveaux, deux faits personnels particulièrement convaincants. Son fils, Henri Netter, a réuni 102 observations publiées en Hongrie, Angleterre et colonies, France, Allemagne, Amérique, Hollande, Italie, Suisse, relatant la succession du zona et de la varicelle, et moins fréquemment de la varicelle et du zona. Dans 87 cas, la varicelle a suivi le zona; ce n’est que dans quinze seulement qu’elle a précédé ce dernier.
« On ne sauraït voir, dans ces cas, écrit H. Netter, une simple coïncidence. Il est, en effet, souvent impossible d'évoquer une autre origine de la varicelle.
L’intervalle qui sépare l’apparition de la varicelle et le jour où le sujet a été en contact avec le zona est précisément celui qui correspond à la durée de
l'incubation de la varicelle, le laps de 14 jours étant le plus fréquent.
On peut encore invoquer les cas de coïncidence chez le même sujet, de zona et de varicelle généralisée ou encore les cas plus nombreux de zona accompagné de vésicules aberrantes que la plupart des dermatogistes tels que Tennesson, Darier, Haslund, puis Jeanselme et Touraine ont été unanimes à reconnaître. Ces deux derniers auteurs ont, en outre, montré que les caractères cytologiques de ces vésicules aberrantes étaient identiques à ceux des vésicules de zona. Dans les cas de varicelle, le virus, charrié par le sang en grande quantité, provoque l’éruption en une foule d’endroits; dans le zona, il se fixe au niveau des ganglions intervertébraux. Dans les cas d’association de varicelle et de zona, il y a sans doute à la fois fixation de la plus grande partie sur les ganglions intervertébraux et de quelques éléments en d’autres points.
Cette dernière théorie que bien des auteurs n’admettent pas, ne serait valable et nous insistons sur ce point, que pour un certain nombre de zonas. Landouzy a déjà d’ailleurs fait observer qu’en faisant intervenir un agent pathogène spécifique dans l’étiologie de quelques cas de zona, il ne niait point les autres causes probables (tuberculose, intoxications, traumatismes...) de l’éruption zostériforme.
Enfin, tout récemment, viennent de paraître deux communications des plus intéressantes :
Signalons, tout d’abord, celle de M. le Professeur agrégé J. Chalier et de Mlle Gaumond. Ces auteurs,
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trouvant l'augmentation du taux du sucre dans le liquide céphalo-rachidien, se demandent s’il n’y a pas lieu de ranger le zona à côté de l’encéphalite, de la fièvre herpétique, manifestations différentes d’un même agent pathogène.
En outre, Paul Chevallier édifie une nouvelle théorie du zona qui est la suivante : Il prétend d’abord que la théorie trophique d’origine ganglionnaire et d'ordre inflammatoire de Baerensprung, Head et Campbell, ne paraît pas soutenable : la clinique, dit-il, montre, en effet, une adénopathie douloureuse précédant souvent l’éruption; de plus, les coupes de peau présentent des processus inflammatoires. Les inflammations ganglionnaire et médullaire sembleraient donc aller de pair avec l’inflammation cutanée. Cet auteur combat ensuite les idées de Lhermitte qui attribue au zona une origine nerveuse centrale en faisant remarquer que les ganglions rachidiens, la moelle, peuvent être indemnes. Von der Scheer a déjà observé, en 1913, que la distribution cutanée de l’éruption n’est pas radiculaire ou ne l’est qu’approximativement. Des expériences de Chevallier, utilisant des injections au vermillon puis la radiographie, il découle que la « névrite ascendante », dont on a parlé et qui n’est nullement démontrée, serait plutôt l’inflammation particulière d'un territoire artériel fonctionnel. En ce qui concerne le zona ophtalmique, remarquons que le ganglion de Gasser est irrigué par une artère spéciale née généralement de la carotide interne, tout près de l’artère ophtalmique. Enfin, la prédominance dans certains cas, de lésions juxta-vei-
NE ue
neuses, l'étude de territoires veineux périphériques, ont incité cet auteur à rechercher si la topographie veineuse n’expliquerait pas mieux encore certaines localisations du zona.
Des recherches sont en cours.
Le lecteur peut donc conclure que la question de la pathogénie du zona est toujours discutée et à l’ordre du jour. Sans entrer ici dans de trop nombreux détails anatomo-pathologiques, nous tenons à rappeler qu’on localise généralement le siège de l'affection dans le ganglion de Gasser, surtout depuis les travaux de Head et Campbell. Le malade succombant au cours de l’évolution du zona, on trouve des lésions des ganglions spinaux sous forme d’inflammation aiguë avec exsudat de petites cellules rondes amassées autour des vaisseaux, d’hémorragies interstitielles, de foyers de dégénérescence.
La mort survenant quelque temps après l’éruption, des lésions des racines et des fibres nerveuses périphériques viennent s'ajouter aux précédentes. En somme, pour Head et Campbell, les lésions dégénératives des nerfs ne sont que des lésions secondaires succédant à la lésion ganglionnaire du début.
Avec Head, Von Baerensprung, Charcot et Cotard ont, en outre, montré qu’une éruption zostérienne ne pouvait se développer sans l’altération des pAAsESSS vertébraux ou du ganglion de Gasser.
Wyss et Horner ont observé dans des cas de zona: ophtalmique, des lésions du ganglion de Gasser ab-: solument semblables à celles des ganglions Spinaux. Le zona ophtalmique résulterait donc d’une lésion:
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du ganglion de Gasser suivie de la dégénérescence des rameaux périphériques du trijumeau.
M. le Professeur Rollet s’exprime ainsi à ce sujet : « Il semble que le zona relève d’une lésion de l’axe cérébro-spinal (myélomérique), mais principalement d'une lésion radiculo-ganglionnaire (rhizomérique). Des examens multiples ont démontré l’existence de lésions dégénératives nerveuses avec hémorragies du trijumeau sensitif (Thomas et Heuyer), des ganglions de Gasser et ciliaire, du nerf ophtalmique et de ses divisions.
La lésion zostérienne admise (ganglio-radiculite), nous penserions que le virus zostérien, mais surtout les processus toxi-infectieux les plus divers, en sont les causes, spécialement chez le vieillard, ces causes étant souvent difficiles à mettre en évidence. En définitive, aux altérations nerveuses relevant d’une cause infectieuse ou toxique, correspond l’évolution d’une dermatose éruptive vésiculeuse. Au trouble irritatif radiculaire de la branche de Willis, à étiologie multiple ou obscure, répond un type clinique bien défini et identique, avec éruption zostérienne et non zostériforme.….
Les formes cliniques deviendront complexes en raison de l'extension du processus à d’autres branches de l’arbre sensitif ou à ses diverses racines, en raison aussi des phénomènes associés, d’ordre sympathique ou moteur... »
Nous n'avons considéré jusqu'ici que le zona vrai dit essentiel; bien différentes sont la pathogénie et l'anatomie pathologique d’un zona symptomatique