VANDALES ET ICONOCLASTES
La nature humaine est faite de contradictions : c'est un axiome que Thistoire de toutes les époques vérifie; c'est aussi, semble-t-il, un nouveau symptôme de cette névrose collective, qui se manifeste surtout aux heures troublées. La tragédie révolutionnaire a eu des intermèdes; le matin on allait voir tomber des têtes; le soir on s'écrasait dans les salles de spectacle : au plus fort de la Terreur, les théâtres ont fait recette.
Dans un temps où Fart était, plus que jamais, glorifié sous toutes ses formes, où la République avait des encouragements pour toutes ses manifestations, elle laissait détruire, faute d'autorité suffisante, tout ce qui constitue la parure, le décor brillant d'une société civilisée ;
220 LA MÉVROSE RÉVOLUTIONNAIRE
tant il est vrai que le bien et le mal coexistent, ce dernier remportant, dans trop de circonstances, de beaucoup sur le premier.
Serait-ce que les régimes démagogiques soient, de par leur essence, en opposition avec ce qui choque leur point de vue simpliste ? La plèbe victorieuse ne saurait évidemment se targuer de beaucoup de délicatesse, et la bète humaine, une fois déchaînée, fonce devant elle sans réflexion ; mais quelle responsabilité n'en incombe-t-elle pas à ceux qui, Tayanl tenue longtemps en laisse, Tabandonnent tout à coup à ses instincts natifs ?
A vrai dire, c'est tâche malaisée, sinon parfaitement vaine, d'établir cette responsabilité ; ou plutôt, ceux qui s'érigent en justiciers oublient ou méconnaissent un facteur dont l'importance nous apparaît croissante, depuis que nous poursuivons nos études de critique historique sous un angle spécial : le facteur pathologique*
Qu'importe si c'est à la Convention ou k un groupe de cette Assemblée que doivent être imputées les mesures hostiles aux arts, les édits de proscription contre tout ce qui rappelait les temps abhorrés ? La Convention — et la thèse ne vise pas au paradoxe — a rêvé, au contraire, la régénération des arts ; les fêles grandioses qu'elle a ordonnées attestent qu'elle n'est point restée étrangère à tout sentiment esthétique. Elle a fait effort pour cesser de faire du luxe le privilège d'une élite, pour rendre accessibles au peuple les jouis-
LE VANDALISME S^i
sances qu'on lui refusait jadis ; elle a seulement oublié de Téduquer au préalable, pour les lui faire apprécier à leur valeur.
Celte éducation aurait-elle été une prophylaxie suffisante, pour employer notre jargon scientifique? Auraiton porté plus de respect à ces monuments admirables d'un passé honni, si on en eût mieux compris toute la beauté? Nous hésitons à répondre par l'affirmative; et cela parce qu'il est une mentalité particulière aux périodes de cataclysmes sociaux. Homo homini lupus : si jamais fut vraie cette pensée, c'est bien en temps de révolution. Il y aune sorte de besoin de haine, de persécution contre tout et contre tous. On s'en prend d'abord aux personnes; on arrive à s'en prendre aux choses.
Les peuples ont toujours eu tendance à personnifier la foi, politique ou religieuse, dans des symboles. Tant que la foi subsiste, ils les respectent, les vénèrent même; la foi vient-elle à s'atténuer ou à disparaître, ils se retournent contre ces mêmes symboles, avec une violence d'autant plus grande qu'elle a été plus longtemps contenue. L'idolâtrie a de terribles retours. Les adorateurs fervents de la veille deviennent, sous l'empire d'un brusque égarement, les plus impitoyables des iconoclastes.
Il est une fièvre chaude des masses comme des individus, laquelle procède par accès, à Timitation de cette dernière. Cette fièvre s'allume-t-elle ainsi sans prodromes? Evidemment, le terrain est toujours plus ou
moins préparé et le bouillon de culture est nécessaire au développement du germe morbide ; mais ce germe, qui le sème en suppute- t-il toujours les conséquences ?
Par qui le branle fut-il donné, sinon par les auteurs mêmes du décret établissant qu'on devait détruire, dans tous les cimetières, d'un bout de la France à l'autre, tout ce qu'il y avait de tombes royales? N'était-ce pas désigner un objet spécial à la haine de brutes sans volonté, dont l'effervescence réclamait un dérivatif? Appeler le peuple à violer les sépultures des rois, n'était-ce pas exciter ses convoitises, l'inviter à piller ce qu'elles renfermaient de précieux?
La municipalité de Saint-Denis fut l'instigatrice des actes de vandalisme: ce point d'histoire est désormais établi sans conteste. Les registres des délibérations municipales de cette ville portent, en effet, à la date du i»"^ mai 1793 :
Un membre expose qu'il existe encore, dans le chœur de Téglise de la ci-devant abbaye, des traces de féodalité qui paraissent faire partie des tombeaux des rois. Il fait la motion pour qu'elles soient vues par des connaisseurs pour savoir s'ils [sic) intéressent les arts et qu'à cet effet il soit écrit au directoire du district.
Le 1*' août suivant, la Convention donnait une consécration officielle à la motion de la municipalité de Saint-Denis :
Le Comité, prononçait Barère, a pensé que pour célébrer la journée du 10 août, qui a abattu le trône, il fallait, dans son anniversaire, détruire les mausolées fastueux qui sont à Saint-Denis. Dans la monarchie, les tombeaux même avaient appris à flatter les rois. L*orgueil et le faste royal ne pouvaient s'adoucir sur ce théâtre de la mort ; et les porte-sceptre qui ont fait tant de maux à la France et à l'humanité semblent encore, même dans la tombe, s'enorgueillir d'une grandeur évanouie. La main puissante de la République doit effacer impitoyablement ces épitaphes superbes et démolir ces mausolées qui rappelleraient des rois Veffrayant souvenir.
Les cercueils devaient être brisés, les plombs et les bronzes fondus, puis envoyés aux ateliers nationaux, pour en faire des canons nécessaires à la défense de la patrie.
Le tombeau de Dagobert, le plus proche de Tautel, fut le premier détruit ; l'admirable mausolée de Henri II, dû à Germain Pilon et Philibert Delorme, fut broyé en morceaux, qui ne remplirent pas moins de huit à dix charrettes 1 Statues de marbre, colonnettes, socles, basreliefs tombèrent sous la pioche des démolisseurs. C'est à qui frappait le plus fort sur « les figures haïes des tyrans ». On respecta le monument de Turenne, parce qu'il n'était pas un ci-devant roi; mais on n^épar-
224 LA NKVROSE RÉVOLUTIONNAIRE
gna pâs celui de du Guesclin(l), pour un motif tout pareil !
Quand on eut assez abattu de nez, mutilé de mains, tailladé de ligures, on ouvrit les cercueils : au lieu des trésors qu'on avait escomptés, on ne trouva qu'un peu de fil d'or faux dans le tombeau de Pépin !
La vengeance contre les despotes n'était pas complète ; il ne suffisait pas d*avoir profané les efOgies, on allait s'en prendre aux cadavres eux-mômes. Il est juste de reconnaître que la Convention, par Torgane de l'un de ses membres, avait seulement décrété qu'on retirerait les corps de leurs cercueils pour leur donner une sépulture. « Je demande, avait dit te citoyen Lequinio, qu^on rende à la terre toutes ces momies, restes impurs du despotisme et de la royauté. » Déférant à ce voeu, une troupe d'énergumènes pénétrait dans l'abbaye de Saint- Denis et s'arrêtait d'abord devant le tombeau de Turenne. On ouvrit le cercueil, on y trouva une momie complètement desséchée, rappelant plus ou moins les traits du maréchal (2). Avant de le remettre dans une botte de
(1) « Dinan moatrait parmi ses antiquités le cœur de du Guesclin: poussière héroïque qui, dérobée pcndaat la Révolution, fut au moment d'être broyée par un yitrier pour servir à faire de la peinture ; la destinait-on aux tableaux des victoires remportées sur les ennemis de la patrie ? » Mémoires d'outre-tomhe, t. I, p. 123.
(2) Turenne était à peu prés méconnaissable, « tandis que le premier rustre qui auroit apperçu dans sa vie le buste ou le portrait de Henry Henri (IV) placé sur le Pont-Neuf, Teût reconnu au milieu de mille cadavres, tant les traits étaient peu altérés. )» Rapport d'un témoin oculaire, publié dans la Revue des Questions historiques, l^t avril 1878, p. 544.
chêne, un admirateur fanatique demanda ou s'arrogea la permission de lui couper un doigt, en souvenir de la cérémonie. Cet admirateur, c'était.... Camille Desmoulins 1
Pendant près de huit mois, Turenne fut montré, moyennant argent, aux amateurs qui affluèrent. Le gardien ne se contenta pas du produit de ces exhibitions; il arracha une à une les dents du héros et s'en fît de beaux bénéfices.
Quelque temps plus tard, le corps de Turenne était transporté au Muséum et « placé entre le squelette d'un rhinocéros et celui d'un éléphant ». Le 15 thermidor an IV (2 août 1796), on Qt observer au Conseil des Cinq Cents que le corps du maréchal était déplacé et oublié en ce lieu. Le Directoire en ordonna la translation dans le Musée des monuments. Ainsi le corps de Turenne, conservé d'abord comme curiosité de physique, fut classé comme monument historique !
Plus tard, Napoléon, instruit de ces destinations inconvenantes, ordonnait que les précieux restes de Turenne, et son mausolée érigé à Saint-Denis, seraient transférés avec solennité dansTéglise des Invalides, où sont aujourd'hui le corps et le monument, à côté de celui où est conservé le cœur de Vauban (1).
(1) Pièces inédites sur les règnes de Louis XIV, Louis XV et Louis XVÏ, t. I, p. 35 et suiv. — Sur les destinées du cœur de Turenne, cf., outre le Cabinet secret de VHistoire, du D^* Cabanes, 4* série de la nouvelle édition, la Revue historique ardennaise^ juillet-décembre 1904, p. 201 •'
NévUOSE RÉVOLUTIONNAI RE lÔ
Les profanateurs de Saiot-Denis ne pouvaient longtemps s'égarer dans des recherches vaines; on eut soin de les avertir de leur méprise. Ce fut, prétend- on, à rinstigation de Robespierre qu'on s'attaqua au caveau des Bourbons. L*accès de la crypte étant difficile par l'escalier du chœur, on dut pratiquer une brèche dans la muraille. Le cercueil de Henri IV fut mis le premier à découvert ; on Tappuya debout contre un des piliers, où chacun put l'approcher. Ce fut une bousculade pour le voir de plus près, pour le toucher. La foule se montra ce qu'elle est toujours, brutale et violente. Une femme le frappa courageusement à la face ; un enfant emporta deux dents du roi et toute sa moustache ; un soldat lui coupa une longue mèche de sa barbe, s'écriant d'un air fanfaron : « Moi aussi, je suis soldat français ; désormais, je n'aurai plus d'autre moustache... Maintenant, je suis sûr de vaincre ces b... d'Anglais! »
Le 25 octobre 1793, toutes les exhumations étaient terminées. Les débris des tombeaux transportés devant la façade de Téglise servirent à constituer le piédestal d'une statue de la Liberté (1). C'était « d'un symbolisme clair et puissant » (2).
(1) « Les habitants du pays convertirent toutes les tombes de plomb ^n lingots pour en faire des balles do fusil et, avec les sarcophages des rois de la première race et d'une partie de la Noconde, ils crigèreut une pyramide à Maral. Chaque patriote fut architecte et travailla ù Texécution de ce projet patriotique. » Rapport d*un témoin oculaire, publié par la Revue des Questions historiques^ ann. cit., p. 546.
(2) V. un curieux article deBrieuz» paru dans la Vie contemporaine et intitulé : La Violation des tombes royales.
LE VANDALISME â27
Les vainqueurs du 10 août avaient voulu recueillir le fruit complet de leur victoire. Tandis qu'ils saccageaient les tombes de Saint-Denis, ils renversaient un peu partout les statues des rois.
Le 12 août 1792, la statue de Henri IV avait cédé à leurs efforts : on ne put conserter que les quatre captifs de bronze enchaînés aux angles du monument, l'extrémité d^une des jambes du cheval, un bras, une main et une botte de cavalier. Il faut reconnaître que cette invention de captifs servant de piédestal à un monarque était bien faite pour offusquer les susceptibilités des défenseurs des droits de Thomme. Et cependant les figures échappèrent à la destruction, non pas seulement celles qui ornaient le monument de Heni;i IV, mais celles qui accompagnaient celui qu'on avait érigé à Louis XIV sur la place des Victoires, et qui décorent aujourd'hui la façade de l'Hôtel des Invalides (1).
On mit une corde au cou de Louis XIV, qui tomba abattu aux applaudissements de la populace. Quand ce fut le tour du cheval, quelques personnes osèrent pro-^ poser de le laisser en place et sans bride, « comme emblème de la liberté ». Une pareille motion sentait d'une lieue Taristocralie ; aussi ceux qui l'avaient faite durent-ils s'enfuir au plus vite, pour n'èlre pas lanternes.
(1) Les Inscriptions de la France^ du V^ au XVIlh siècle j t. II, p. 19 et suiv.
La plus grande partie du bronze fut envoyée au Creusot, et employée à la fonte des canons qui servirent bientôt après à repousser l'invasion étrangère. La statue du grand roi eut ainsi de belles funérailles.
On a pu s'étonner que de pareils traitements aient été infligés à un roi populaire entre tous comme Henri IV, ou glorieux comme Louis XIV ; que, par contre, celui qui de son vivant avait soulevé tant de colères par ses débordements et ses prodigalités, en ait été à Tabri. Hâtons-* nous de rassurer les âmes éprises de justice distribu tive : Louis XV n*a pas échappé à la loi commune, et cela nous permet de conter un incident, peu connu, qui touche de près à notre histoire professionnelle.
\ l'instigation de son premier chirurgien, Louis XV avait autorisé la création d'une Académie de chirurgie, qu'il ne cessa d'entourer de sa protection et de sou* tenir de ses encouragements. On ne sera pas surpris que la reconnaissance de nos ancêtres leur ait dicté un hommage à celui qui avait été leur constant bienfaiteur. Les chirurgiens avaient donc élevé à Louis XV pas moins de deux statues: une en marbre, placée dans la salle des arts, à l'endroit où fut longtemps une statue de TApoUon du Belvédère; une autre, de bronze, que les patriotes envoyèrent à la section du
Théâtre-Français, alors voisin, pour être convertie « en instruments propres à Tartillerie ».
Au cours de la séance où fut agité le sort de Teffigie royale, trois propositions se firent jour : ou bien l'on en référerait au ministre de Fintérieur; ou l'on prendrait les ordres de la municipalité ; ou Ton informerait au plus tôt la Convention. Après une délibération assez confuse, il fut convenu que le bureau de l'Académie se rendrait auprès du ministre de l'intérieur.
Conformément à cette décision, la lettre suivante fut écrite par le directeur de l'Académie au ministre de l'intérieur :
Citoyen Ministre,
L'Académie de chirurgie me charge de vous instruire qu'il existe dans son local une statue pédestre en marbre de Louis XV, et plusieurs tableaux et ornements relatifs à la féodalité ; l'Académie n'a pas cru devoir prendre à ce sujet de parti décisif sans avoir consulté auparavant le ministre de l'intérieur, qui ordonnera ce que sa prudence lui dictera.
Sabatibr, directeur.
Le ministre ne put ou ne daigna répondre à cette lettre.
Le jour de la séance publique annuelle approchait, et l'on n'avait encore pris aucune décision. L'Académie tourna la difficulté d'une façon assez ingénieuse ; à la date du 21 mars 1790, on trouve cette déclaration dans les procès-verbaux officiels :
L'Académie n'ayant pas reçu de réponse du ministre de rintérieur à la lettre qu^elle lui a fait écrire par son directeur, et jugeant qu'il serait indécent (sic) que la statue en marbre de Louis XV restât exposée aux regards du public, le jeudi 11 avril prochain» jour de la séance publique de l'Académie, a arrêté que cette statue serait entourée de planches, en attendant la décision du ministre.
Jusqu'au mois de juillet 1793, aucun incident n'est signalé. A cette époque, une bande de , sans-culottes envahit le local de TAcadémie, détruit la baraque de planches qui abritait la statue royale et met en pièces la statue elle-même.
Cet événement, que tous les journaux du temps relatèrent; ne fut pas sans causer quelque alarme à TAcademie. Désormais plus d'hésitation ; pour faire preuve de civisme et n'être pas suspectée d'opposition factieuse, l'Académie de chirurgie s'empressait de nommer trois commissaires, « ayant tout pouvoir d'anéantir les efifetS; meubles ou autres objets » qui pouvaient être considérés comme des emblèmes monarchiques (1).
Il serait superflu d'entrer dans tous les détails des mutilations et dégradations dont se sont rendus coupables les vandales révolutionnaires ; il nous parait toutefois nécessaire de ne pas nous en tenir à de
(1) Mémoires de V Académie de médecine^ t. XX.
vagues généralités, et de préciser les chefs d'accusation. Nous rechercherons ensuite, s'il y a lieu, les circonstances atténuantes, — car c'est moins un réquisitoire qu'une plaidoirie que Ton va lire. La précision est d'autant plus utile en Tespèce, qu'il n'est point de sujet où les controverses se soient plus exercées, et où les appréciations portées par les juges des deux camps aient été plus entachées d'esprit départi. Nous allons adopter pour guide sinon un témoin de tous les faits qu'il raconte, au moins un contemporain et un homme qui ne saurait être suspect d'attaches monarchiques, l'évoque constitutionnel Grégoire.
Nous avons sous les yeux ses trois rapports sur le vandalisme, et même un quatrième, qu'on ne cite presque jamais, faute de le connaître (i). Le premier rapport de Grégoire est daté du 14 fructidor an second de la République une et indivisible (31 août 1794). Dès le début, c'est un aveu dépouillé d'artifices : « Le mobilier appartenant à la nation a souffert des dilapidations immenses... C'est dans le domaine des arts que les plus grandes ont été commises. Ne croyez pas qu'on exagère en vous disant que la seule nomenclature des objets enlevés, détruits ou dégradés, formerait plusieurs volumes... Il n'est pas de jour où le récit de quelque destruction nouvelle ne vienne nous
(1) Il a été publié par le regretté Ulysse Robert, en 1876, à Paris, chez le libraire Henry Menu.
adliger. » Les faits abondent, nous ne choisirons quo les plus significatifs — ou les plus pittoresques.
Commençons par les livres. Le nombre est incalculable de tout ce qui fut vendu à vil prix de livres remarquables, tant au point de vue de leur rareté que de leur luxe typographique. Citons seulement ce fait: « Le missel de la chapelle de Capet à Versailles allait être livré pour faire des gargousses, lorsque la Bibliothèque nationale s'empara de ce livre dont la matière, le travail, les vignettes et les lettres historiées sont des chefs* d'œuvre (1). »
On a invoqué parfois comme excuse à cette « bibliolylie » le mauvais état des reliures ; mais, comme le fait observer Grégoire^ « des miniatures même peu soignées, des culs-de-lampe mal dessinés, des reliures chargées de figures informes, ont servi souvent à éclaircir des faits historiques, en fixant les dates, en retraçant des instruments de musique, des machines de guerre, des costumes dont on ne trouvait dans les écrits que des descriptions très imparfaites. » Ce sont là considérations secondaires pour des fanatiques; il en va autrement, si les livres incriminés traitent de théologie ou de dévotion : en ce cas ils deviennent suspects et leur condamnation est sans appel.
Le château de Sceaux, qui appartenait aux Bourbon- Penthièvre, après avoir été la propriété de la duchesse
(1) Premier rapport de Grégoire (édition originale), p. 5,
du Maîoe, renfermait un certain nombre d'ouvrages de cette nature. « Un bouquiniste apprend, le 5 germinal an VI, qu'on va transporter le dépôt de Sceaux (1) à TArsenal. Il part pour ce château, s'entend avec le voiturier chargé du transport des livres, et, au lieu d'être remisa TArsenal, ils furent portés chez lui. Ces livres ne tardèrent pas à être expédiés pour l'Angleterre, où Ton en retira des sommes immenses : il est vrai que le bouquiniste envoya en échange des rames de mauvais papier, assez bon néanmoins pour faire des cartouches (2). »
Les parchemins (3) dont se composaient les chartriers
(1) Tous les objets précieux qui garnissaient le château de Sceaux ne reçurent pas heureusement la même destination ; c'est ainsi qu' « on fit transporter aur jardin du Luxembourg et aux Petits-Augustins THercule Gaulois, ouvrage du célèbre Pugct; la statue de Diane» en bronze, donnée à Servicn par la reine Christine, qui renonça fort jeune à la souveraineté, et qui appelait la Cour le Paradis des niéehans. Le groupe des Lutteurs en marbre blanc ; le Silène élevant Bacchus, TAntinoûs, furent également conservés ; et la bibliothèque, qui renfermait des éditions du premier âge de l'imprimerie, d'autant plus précieuses qu'elles sont fort rares, fut portée dans un des neuf dépôts de Paris qui existaient alors. » Delort, Mes Voyages aux enoirons de Paris, t. 1.
(2) Mes Voyages aux enoirons de Paris^ par Delort, t. I, p. 75-76 (note de l'éd.].
(3) Des circulaires furent envoyées dans tous les départements pour ordonner la saisie des papiers et parchemins. Voici l'extrait d'une de ces pièces :
« Aux citoyens administrateurs du directoire du district de Langres, 21 janvier 1793.
0 Par un décret du 5 de ce mois, citoyens, la Convention nationale < prdonne que tous les parchemins existant dans les ci-devant
des monastères, les manuscrits illustrés par la main habile des enlumineurs et des miniaturistes du moyen âge, les bulles pontificales, les missels, tous ces objets précieux furent transformés... en gargousses (1).
AlaFère notamment, on envoya, au parc d'artillerie, quantité d'ouvrages en parchemin ou sur vélin (â) ; à peine en put-on sauver quelques-uns du désastre.
Mais il y eut mieux ou pire ; Grégoire reprend ici la parole :
« Tandis que les brigands de la Vendée détruisaient les monuments, à Parthenay, \ngers, Saumur et Chinon, Hcnriot voulait renouveler ici les exploits d*Omar dans Alexandrie. Il proposait do brûler (3) la Bibliothèque
ff Chambres des comptes et autres dépôts publics, bibliothèques parce ticulières, etc., qui se trouvent propres à faire des gargousses pour « le service de l'artillerie des ports de la République, soient mis à la « disposition du ministre de la marine, etc. »
Ce qui ne fut pas mis en gargousses fut réduit en cendres. On procéda de toutes parts, sur toutes les places, à des autodafés, aux acclamations de la populace.
(1) On trouvait encore en 1853 des parchemins qui avaient été destinés à faire des gargousses : sur 4.000 gargousses qui furent décousues et examinées au dépôt d'artillerie de Paris, on reconnut 3 OOO pièces importantes pour l'histoire, entre autres des anciens comptes manuscrits des rois de France (Charles VI, Charles VII, Louis XI, Charles VIII, Louis XII, François l^', etc.) ; des bulles de papes, des lettres patentes royales, des budgets de villes aux xiv^ et xv^ siècles, etc., etc. (Cf. la Reuue des Questions historiques, !«' octobre 1872, p. 331.)
(2) Vandales et Iconoclastes, par Ed. Fleury ; Laon, 1850.
(3) Le conventionnel Ambilhon écrivait, le 21 janvier 1793, au procureur général syndic du département de Paris :
« Je suis chargé de vous prévenir que les commissaires nommés % pour Texamen des titres du cabinet des ordres du ci-devant roi.
nationale, et Ton répétait sa motion à Marseille (1). » A défaut de la bibliothèque, on se contenta des titres de noblesse existant dans les dépôts publics (2) ; et saiton qui proposa et fit adopter cette mesure, dont la conséquence devait être la destruction de tant de pièces importantes au point de vue historique ? Cet homme
« déposés à la Bibliothèque nationale, sont prêts à remettre aux corn- « missaires du département environ deux cent soixante-dix uolumes et
< cartons qui restent encore à détruire. C'est au Directoire à fixer le <( jour qu*il lui conviendra de choisir pour le brûlement dont le public
< doit être averti par des affiches... Signé ; Ameilhon. x> Le 14 février, il écrivait au même procureur général :
< Citoyen, je vous envoie Tétat ci-joint des divers articles qui se « trouvent encore dans le dépôt des ci-devant ordres du ci-devant « roi, et qui doivent faire la matière d'un dernier brûlement.,. Je suis, « avec les sentiments de la fraternité républicaine, etc.. Signé : « Ameilhon. )) Suit la note des divers articles qui restent à brûler :
« Cent vingt-huit volumes reliés et trente-quatre boites contenant s des pièces et titres pour le ci'deuant ordre du Saint-Esprit et autres du « ci-devant roi; deux volumes de blason pour les dits ordres; trentc- « quatre volumes de papiers et titres généraux qui ont servi à com* a poser Y Armoriai général de France; cent soixante-six volumes de In a collection dite : collection de Le Laboureur ; deux volumes de lettre» € de noblesse et de grâce ; quinze volumes contenant des preuves pour « Tordre de Saint-Lazare, et pour entrer à l'Ecole militaire, plus une c boite remplie de preuves pour être admis dans le ci-devant chapitre c noble, »
Il résulte de ces pièces originales, citées par Fontaine, qu 'Ameilhon concourut et présida au brûlement de six cent cinquante-deux volumes, boîtes ou cartons. Et Ameilhon se prétendait historien. (De Lescure, Manuel des autographes,)
(1) P. 49 des Rapports de Henri Grégoire, réédités par Ch. Renard, avec notes ; Caen et Paris, 1867, in 8'>.
(2) Pour avoir une idée exacte des pertes irréparables qui en sont résultées, lire un article, très sérieux et exempt de passion, public dans la Revue des Questions historiques {1" octobre 1872), par le très compétent M. Edgar Boutaric.
était un savant, un philosophe, l'auteur du Tableau des progrès de VEsprit humain^ le marquis Garitat de Condorcet !
Ce serait, du reste, une erreur de croire que tous les vandales ont été des plébéiens sans instruction; ne vit-on •pas un lettré de marque, un membre de cette Académie française, qu'un décret révolutionnaire avait supprimée, demander la suppression des armoiries royales des livres de la Bibliothèque nationale ! A. qui lui objectait qu'un tel travail ne coûterait pas moins de quatre millions, La Harpe — car c*était lui, le proscripteur — répondait allègrement : « Nous n'en sommes pas à quatre millions près, quand il s'agit d'une opération vraiment républicaine (1) ». Encore un de ces effets de la peur qui saisit les esprits les plus droits, les mieux équilibrés en d'autres circonstances : n'était-ce pas le même La Harpe qui commentait les tragédies de Racine coiffé d'un bonnet rouge ?
A ceux qui douteraient que le vœu de La Harpe resta platonique, nous proposons de méditer la pièce suivante, extraite des archives (2) ; comme elle a été ignorée ou volontairement méconnue des historiens de la Révolu-
(1) Baudrillart, Le Luxe public et la Réuolution (Revue des Deux • -des).
Cf. La Curiosité universelle, 19 mai 1890.
LE Vandalisme 237
tion, elle mérite, ne fût-ce qu'à ce titre, d'être exhumée (i) :
Le Décret qui ordonne la suppression des signes de féodalité dans toute la République ne pouvant être trop scrupuleusement être (sic) exécuté et cependant les livres, ces dépôts de lumières et des connoissances humaines comme monumens des sciences, des lettres et des arts méritant de ne point être altérés lorsqu'on les dépouillera de ces marques odieuses à tout vrai républicain : la Commission des monuments chargée spécialement de veiller à leur conservation croit devoir inviter tous les artistes et les relieurs en particulier à chercher les moyens les plus sûrs pour faire dis* paraître: lo sans altérer la solidité des reliures, les armoiries (2) dont elles se trouveroient chargées, soit sur les dos, soit sur le plat de la couverture ; 2« sur le livre lui-môme Testampille qui désignoiten caractères désormais réprouvés à qui il appartenoit. Les travaux que cette recherche occasionnera ne peuvent qu'être entrepris avec zèle par des Républicains tout à la fois jaloux et d'anéantir jusqu'aux dernières traces de la Royauté et de conserver les chefsd'œuvre de l'esprit humain et les leçons des grands hommes...
Signé : Sergent, député, — président.
Ainsi les fabricants de papiers, imprimeurs, relieurs,
(1) Elle a été découverte, d'après Tauteur de la trouvaille, aux Archives nationales, dans le carton F^"^, 10^, liasse 27.
(2) On sait que les armoiries de famille furent abolies par l'Assemblée nationale, le 20 juin 1790. Durfort de Cheverny donne, dans ses Mémoires (t. II, p. 255), de curieux détails sur l'ardeur qu'on mit en province à confisquer toutes les tapisseries, les livres, les estampes, etc., ornés de couronnes ou d'armes. Celles-ci furent rétablies en 1804, par Napoléon I«%qui, créant une nouvelle noblesse, lui donna de nouvelles armoiries ( Ha vard, Die/, du mobilier ^ I, 169).
238 LA iNÉVROSE RÉVOLUTIONNAIRE
graveurs, etc., étaient invités à remplacer à l'avenir les emblèmes monarchiques par ceux de la Liberté.
Il y eut, dès ce jour, des reliures « patriotiques et révolutionnaires x>, portant sur les plats la devise : Vivre libre ou mourir^ Liberté^ Egalité^ ou Union^ Force et Liberté ; Temblème de la Liberté était appliqué aux reliures, de même qu'aux assignats et aux papiers administratifs.
Nombre d' « aristocrates », redoutant les perquisitions domiciliaires, avaient fait modifier les reliures des livres armoriés qu'ils possédaient, en substituant aux armoiries des sujets patriotiques, ou en masquant celles-ci par l'apposition d'emblèmes révolutionnaires, simplement collés sous la première dorure. Nous en avons un exemple dans un ouvrage intitulé : Le Théâtre de la Société^ de 1768, sur la reliure duquel avait été collée une pièce ovale, en maroquin rouge, ornée au centre d'un faisceau de licteur, sur deux piques croisées en sautoir. En décollant le cartouche avec soin, un relieur habile, M. Gruel (i), a mis à jour une dorure très bien conservée, représentant les armoiries complètes, avec support, de Anne-Marguerite-Gabrielle de Beau* veau-Caron, duchesse de Mirepoix.
Le Musée Carnavalet possède une intéressante collection de reliures et de fers à dorer de l'époque révolu-^ tionnaire. Nous ne reproduirons que deux, parmi les
(1) Manatl histotiqae et bibliographique de l'amateur de reliures^ par L. Gruel.
plus curieux, des motifs dus à TiDgéniosité des relieurs de l'époque (i).
Le premier représente la Prise de la Bastille^ dans
(1} Voici une pétition qu*un de ces relieurs adressait aux c citoyens de la Commission des Arts » ; nous lui conservons son orthographe originale :
c Citoyens,
« Comme il est question de chercher les moyens de faire disparoitre m. tous les titres de la féodalité et qu'il s'en trouve un grand nombre « à la Bibliothèque Nationale, le citoyen Durand, Relieur de cette
< Bibliothèque depuis 28 ans, connoit parfaitement tout ce qui dé- « pend de son art. Il a sçu dans le tems apposer des armes sur les « livres. Il sçaura les enlever sans dégrader les ouvrages précieux
< renfermés dans ce célèbre monument. Le citoyen Durand a déjà « son atelier à la Bibliothèque et cette opération peut se faire avec «( facilité et éviter des frais de transport. Il est tout prêt d'exécuter « les ordres qu'on lui donnera et est très jaloux de servir la Hépu-
< blique dans cette partie étant attaché de père en fils depuis quatre
< vingts ans comme Relieur pour cette Bibliothèque. Les citoyens « Gardes de la Bibliothèque Nationale peuvent attester que le citoyen « Durand a la capabité et les connoissances de son état pour conser^
-i40 LA NKVROSE REVOLUTIONNAIRE
un médaillon rond, orné de petits fers, couronné au sommet par un bonnet phrygien, accompagné d'une crosse et d'une épée en sautoir; dans le bas du terrain, se remarque un petit canon braqué sur le monument principal. Ce motif orne la reliure d'un petit Calendrier de la Cour pour 1791.
Le second nous offre une scène tirée d'un épisode révolutionnaire.
Les 5 et 6 octobre 1789, le peuple, dans les rangs
ALASAMTë DU ROI ET DE LA NAtlON
duquel il y avait beaucoup de femmes, se rendit en masse à Versailles, pour réclamer la rentrée du Roi à Paris. Notre fer donne Timage d'un épisode joyeux de ces journées ; on y voit des femmes en train de boire, ramenées de Versailles à Paris sur les canons de la
a ver les livres les plus précieux à In Natiou par la manière et les « procédés qu'il se propose d'employer. — Il présente un essai qu*U « prie d'examiner. »
garde nationale. Au-dessous de cette composition on lit ; A la santé du roi et de la nation.
Ce motif (1) décore la reliure d'un petit Calendrier de la Cour pour 1792.
Le troisième motif est poussé sur un volume
râ^
in-8° : Recueil et Discours à la Jeunesse. — Paris, 1790. Cette reliure en maroquin rouge est, ainsi que nous rindique cette sorte d'armoirie, un exemplaire présenté à rassemblée Nationale.
(1) Nous devons à l'obligeance, très empressée, de M. Léon Gruel de pouvoir reproduire les deux clichés ci-dessus, ainsi que les deux suivants. Nous lui en exprimons ici tous nos remerciements.
LA NÉVROSE HliVOLUTlONNAlHE
La dernière reproduction est celle d'un fer à dorer ayant servi au club de Moyaux, district de Lisieux. Sa composition est curieuse, en ce que les principales
devises de la Révolution s'y trouvent réunies^ mêlées à des insignes de Franc-Maçonnerie et à des emblèmes révolutionnaires.
De même que les reliures, les ex-lihris qui auraient pu passer pour subversifs furent habilement dissimulés [i).
(1) Cf. Les Ex'Lihris français à V époque de la Terreur rétfolutionnaire, par Léon Gruel. Prolat, imprimeur, 1901.
L'ex-libris de M. de Villiers du Terrage, premier commis des finances, reproduisait ses armoiries dans un écusson Louis XV en forme de guitare, surmonté d'une couronne de marquis ; il fut recouvert par celui-ci d'une formule plus démocratique : Biblioteque (sic) du citoyen Marc-Etienne Villiers (Ij.
L'ex-libris de Pastoret était composé d'un écu de forme carrée, posé sur une base Louis XVI, accolé de deux levrettes comme support, surmonté de la couronne comtale, au-dessus de laquelle se trouvait un ruban avec la devise : Bonus semper et fidelis. On le recouvrit d'un carré de papier blanc, portant cette simple mention manuscrite : De la bibliothèque d'Emmanuel Pasioret.
Nous pourrions encore citer les ex-libris du curé Cochîn, fondateur de l'hôpital de ce nom; du cytoy en (*ic)
(1) Les panneaux de voitures, où les armes s'entouraient de peintures brillantes, œuvres parfois d'artistes réputés, furent pour la plus part grattés. Quelques-uns les cachaient sous un papier d'argent ou sous une jalousie. Sur son écu un duc fit peindre un brouillard, avec cette jolie devise : Ce nuage ïCest qu'nn passage.
Sur les panneaux dépouilles d'une autre voiture, une tête de mort, assise sur deux os en sautoir, prit la place des fleurs de Huet, vernies par Martin. {Histoire de la Société française pendant la Réoolutiont par Edm. et Jules de Goncourt, édition de 1880, p. 73.)
On fit enlever au ciseau les armoiries existantes au fronton des Hôtels, quand leurs propriétaires tardaient à le faire ; on fit défense « à tous militaires ou volontaires de paraître aux postes ou partout ailleurs avec des gibernes ou autres pièces d'armement décorées des emblèmes de royauté ou de féodalité. » Catalogue de documents autographes de l'Histoire de la Révolution française (Gharavay, 1862), no 171, p. 121.
LA NKVROSE REVOLUTIONNAIRE
Bourbon-Busset f ci- devant premier gentilhomme de la Chambre, colonel lieutenant commandant le régiment d'Estrées-Cavalerie, lequel n'hésita pas à supprimer tous ses titres et qualités pour faire acte de civisme
révolutionnaire. Timor carnificis, inilium sapientiœ.
Mais la palme de Tingéniosité appartient, sans conteste, à un de nos confrères, si tant est qu'on puisse décerner ce titre au personnage, quelque peu charlatan, dont nous allons parler.
' e D*" Boyveau-LafTecteur s'est fait connaître par
Lt Vandaltsmé
Tinvention d'un rob dépuratif antisyphilitique, dont la recette lui avait été révélée, prétend-il, alors qu'il était employé chez un notaire de Paris. La marque de bibliothèque de Boyveau-Laffecleur, ravissante vi-
gnette parlante (i), représente, au milieu d'un paysage composé d'arbres, une fontaine à laquelle boit un veau ; au-dessus, un médaillon ovale^ retenu par une banderole, renferme les armoiries : une cigogne ou une grue,
(1) Nous devons des remerciemenfs à M. le professeur BLANCHAnD, qui nous a communiqué le document iconographique ci-dessus, ainsi qu'à M. Léon Grubl, de qui nous le tenions déjà, et qui avait également mis à notre disposition le précédent.
debout sur un terrain, tenant dans son bec un rameau d'olivier. Le nom : P. Boyveau, />** en médecine connu sous le nom de Laffecteur^ se trouve inscrit sur la banderole. L'ensemble de la gravure est surmonté d'une
couronne à onze perles — pourquoi pas la douzaine? — imitant, à s'y méprendre, une couronne de comte.
Quand on prend du galon I... Mais, sous le régime terroriste, il ne faisait pas bon s'en trop targuer. Aussi qu'imagina notre Diafoirus? Il remplaça la couronne dont il s'était gratifié par un bonnet phrygien. C'était plus prudent, sinon plus gracieux.
La plupart des volumes de Tépoque révolutionnaire ont, pour tout dire, un caractère uniforme et bien niar-
que: celui de la Terreur. Ici, les fleurs de lis sont grattées à vif dans le maroquin de là reliure ; là des lamenlo et des mémento funèbres : Mort du roi (i)... mort de la reine... mort de M^^ Elisabeth.., mort de Danton,., mort de Robespierre.,.
Auguste Vitu (2) possédait un « monument de la lâcheté, de la bêtise et de la patience humaines », sous la forme d'un exemplaire, relié en veau, de VAlmanach pour 1765, au titre duquel on avait dissimulé les mots royal et roi par de petits morceaux de papier arlistement collés ; ce qui avait donné le résultat suivant :
« Almanach année MDCCLXV,, contenant
les conseils du les départements des secrétaires
d'Etat.^ etc. — A Paris, chez Le Breton^ premier imprimeur ordinaire du au bas de la rue de la Harpe. — Avec approbation et privilège du 1765, »
Nevoilà-t-il pas l'inutile précaution 1... Si le timide receleur de ce bon vieil almanach n'avait, pour préserver
(1) Cet infortuné Louis XVI, la haine à son endroit était montée à un tel diapason, que l'on s'acharnait jusqu'après les panneaux de la voiture du sacre. On lit, dans le Registre des délibérations du Comité d* instruction publique : « Le Comité renvoie à David l'extrait du procés-verbal de la Convention nationale qui ordonne le dépècement (sic) de la voiture dite du Sacre ».
« Séance du 3 prairial. — Le Comité, ouï le rapport de David et de Bouquler, commissaires nommés par lui pour examiner les peintures des panneaux des voitures du sacre du tyran Louis XVI et autres servant à la ci-devant Cour, arrête qu'en exécution du décret du (en blanc)., les panneaux des dites voitures seront brûlés. »
(2) AuG. ViTiT, Ombres et Vieux murs, p. 401 et suiv.
sa vie, aucun moyen plus ingénieux que ces petits parallélogrammes de papier, il est à craindre qu'il n*ait été dûment guillotiné.
Si 1793 fut un bon temps pour les amateurs de livres, il le fut aussi pour les collectionneurs d'autographes. Distinguons cependant : à la condition de s'effacer, de se métamorphoser en sans-culottes, et de jeter sournoisement leurs filets.
La manie des autographes étant suspecte, il importait de ne pas s'en parer, et une qualité de ce genre, prise sur une carte civique, eût exposé à plus d'un désagrément. Les visites domiciliaires étaient fréquentes, et il n'eût pas été prudent, pour le malheureux curieux, si inoffensif d'ailleurs qu'il eût été, d'avoir dans sa bibliothèque des reliures armoriées ou des lettres signées Louis, contresignées Phelipeaux.
Dans une visite faite chez Duplanil, le traducteur de la Médecine domestique de Buchan, l'un des commissaires aperçoit sur un rayon de bibliothèque des cartons et des liasses de papiers ; il en secoue la poussière et laisse tomber quelques lettres de Louis XIV, de Turenne et d'écrivains célèbres. Il apostrophe alors en ces termes le tremblant Duplanil : <( Tu dis que tu n'es pas aristocrate et tu entretiens des correspondances avec ce tyran, avec ces suspects ! » Duplanil s'évertue à
prouver que les signataires de ces lettres sont morts depuis longtemps. Le commissaire furieux ne tient nul compte de l'observation. « C'est égal, dit-il, puisque tu as osé recevoir leurs lettres et, plus encore, les conserver, tu y passeras (i). »
Cet épisode, choisi entre cent, confirme ce que nous disions plus haut: à savoir le fanatisme, doublé d'ignorance, de ceux qu'on encourageait en ne les refrénant pas. C'étaient, au contraire, ceux qui élevaient la voix contre les déprédations, qu'on traitait de fanatiques, « De toutes parts, écrit l'abbé Grégoire dans ses Mémoires (2), on faisait main basse sur les livres, les tableaux, les monuments qui portaient l'empreinte de la religion, de la féodalité, de la royauté. Elle est incalculable la perte d'objets religieux, scientifiques et littéraires. Quand la première fois je proposai d'arrêter ces dévastations, on me gratifia de nouveau de l'épithète de fanatique; on assura que, sous prétexte d'amour pour les arts, je voulais sauver les trophées de la superstition. Cependant, tels furent les excès auxquels on se porta, qu'enfin il fut possible de faire utilement entendre ma voix, et l'on consentit, au Comité, à ce que je présentasse à la Convention un rapport contre le vandalisme. Je créai le mot pour tuer la chose. »
« Tuer la chose », Grégoire se vantait, et ses rapports
(1) De Lescure, Les Autographes en France et à l'étranger.
(2) Mémoires (1837, iii-8), t I, p. 345.
250 LA NÉVHOSE RÉVOLUTIONNAIRE
sont là pour lui donner le démenti. Il reconnaît lui-même qu'en dépit de « plusieurs lois et instructions émanées de trois assemblées nationales », qui « avaient pour but la conservation des trésors littéraires », des livres et tableaux ont été vendus ou laissés — ce qui ne valait guère mieux — en proie aux insectes, à la poussière et à la pluie.
Mais passons à des dilapidations d'un autre genre et autrement graves celles-là, car la plupart sont irréparables.
« A rhorloge du Palais, on brisait les statues de la Prudence et de la Justice, par Germain Pilon, et Ton y laissait les armoiries (1); à Saint-Paul, on détruisait le monument élevé par Coysevox à Mansard; à Saint- Nicolas-du-Ghardonnet, on brisait un calvaire magni-
(1) A Ecouen, deux bas -reliefs représentaient des femmes ailées soutenant les armes des Montmorency; l'écusson pouvait se gratter sans endommager les figures. Tout au contraire, on brisa les têtes de femmes — et on conserva les armes des Montmorency. « Sans doute, concluait très sensément le rapporteur, il faut que tout parle aux yeux le langage républicain ; mais on calomnierait la liberté, en supposant que son triomphe dépend de la conservation ou de la destruction d'une figure où le despotisme a laissé quelque empreinte. > Passe encore quand on peut invoquer ce dernier prétexte ; mais comment qualifier ces municipaux qui, à Verdun, brûlent « une Vierge de Houdon et un Christ mort, de grandeur naturelle >; ce barbare de nouveau style qui, à Versailles, o tire à balles » sur une magnifique tête de Jupiter, attribué au célèbre sculpteur Myron ? Cet acte n*est-il pas celui d'un dément, qui relève non d'un tribunal, mais d'une commission de médecins légistes ?
fique par Pouthier, sur les dessins de Le Brun; à Téglise Saint-Sulpîce, on mutilait les ouvrages de Bouchardon ; à la Sorbonne, on coupait une belle copie de Champagne représentant le cardinal de Richelieu. » A Marly, à Dijon, à Nancy.., mais à quoi bon poursuivre cette énumération (1) ? Retenons plutôt ce seul fait, où la stupidité des vandales se montre dans tout son jour (2) : ic A Anet, au milieu d'une pièce d'eau, était un cerf en bronze d'un beau jet. On voulait le détruire, sous prétexte que la chasse était un droit féodal. On parvint à le conserver, en prouvant que les cerfs de bronze n'étaient pas compris dans la loi (3). »
On connaît Tanecdote de la pendule du beau-père de Camille Desmoulins, qui fut confisquée parce que, suivant les expressions du Vieux-Cordelier^ ses aiguilles étaient terminées en trèfles et que les trèfles imitent les fleurs de lis.
Tout ce qui pouvait rappeler la royauté devait être effacé partout, voire sur les pendules des maîtres horlogers de l'ancien régime, lesquels, pour la plupart, portaient le titre d'horlogers du Roi (4).
(1) Pour des faits de même nature, cf. ï Intermédiaire des Chercheurs et Curieux, 25 mars 1866.
(2) Au Jardin des Plantes, on abattit un buste de Linné, le prenant pour Charles IX ! (Troisième rapport de Grégoire sur le vandalisme, P* 14.)
(3) Grégoire, Premier Rapport, p. 9.
(4) Le président du tribunal criminel demande qu'on enlève une pendule et un baromètre qui sont dans la salle d'audience, attendu qu'il prétend y distinguer des marques de féodalité. De son côté, invité
!:!o2 LA NÉVROSE KÉVOLUTIONNAIRE
A MousseauK, on avait mis les scellés jusque sur des serres chaudes ; si on n'était parvenu à les lever promptement, toutes les plantes étaient perdues.
Dans le département de l'Indre, cent vingt-quatre orangers, dont plusieurs ayant dix-huit pieds de haut, allaient être vendus de six à dix-huit livres pièce, y compris la caisse, sous prétexte que des républicains ont besoin de pommes et non d'oranges. Heureusement on parvint à en suspendre la vente. Gomme le dit Grégoire, qui nous révèle ces énormités, « il faudrait un grand effort d'indulgence pour ne voir dans ces faits que de rignorance ; mais si Tignot^ance n'est pas toujours un crime, ses panégyristes devraient sentir qu'au moins elle est toujours un mal. Presque toujours derrière elle se cache la malveillance. »
Comment expliquer autrement que par l'ignorance, qu'on ait détruit des tableaux du Carrache, « parce qu'ils représentaient des objets du culte » ; des tableaux de Le Sueur, « parce qu'on y voyait des Chartreux » ; les statues des dieux du paganisme, parce qu'on les considérait comme « des monuments féodaux » ?
par le comité d'instruction publique à décider si « des pendules dont l'éguille avait la forme des fleurs de lys doivent être rangés dans la classe des objets désignés comme objets d'^irt », le comité des finances se prononce offîrmotivement, mais • il déclare en même temps que les autorités constituées doivent inviter fraternellement les cito^'ens à supprimer de ces ouvrages les formes proscrites, et que les propriétaires qui s'y refuseraient seraient sujets à la saisie. » Catalogue <r autographes sur la Réuolution, 1862, p. 122.
Le mot d'ordre était donné : rien de ce qui rappelait la féodalité (i) ne devait subsister ; il ne fallait en laisser debout le moindre vestige. Tout ce qui évoquait le passé sur les boîtes , les bonbonnières , les médailles , les boutons, tout cela était voué à la destruction.
A Schlestadt, des patriotes zélés blâment Tancien usage des gobelets municipaux, et reprochent à Tadministration de les conserver.» Us vendentles vases sacrés, mais ils conservent précieusement et se servent orgueilleusement eux-mêmes, dans leurs festins ou assemblées de villes, d'une quinzaine de grands vases ou gobelets d'argent purement profanes. » Si cela se disait dès 1789, on peut juger que les vases ou gobelets n'existaient plus après 1792.
Toujours en Alsace, à RibeauvîUé, les châtelains du lieu possédaient une douzaine de couverts d'argent, dont le manche se terminait par la statuette d'un des douze apôtres. Les pauvres couverts subirent le contrecoup des passions politiques : on les décapita de leurs charmantes figurines, pour cause d*incivisme (2) !
Dans une ville du Morvand, deux révolutionnaires en
fl) « Le 27 octobre 1793, le conseil, surla réquisition du procureur de la commune (d*Aumale), décidait quon livrerait aux flammes, le même jour, sur la place publique, tous tableaux, estampes, hiéroglyphes de la féodalité, en général tous actes portant titres de royauté, et distinction d'ordre. Le procureur de la commune et le premier officier municipal assistèrent seuls à cette opération. » Histoire de la ûille dtAumale, par E. Semiciion, t II, p. 371.
(2) L'ancienne Alsace à table, par Cu. Gérard, p. 285.
mission aperçoivent sur des puits des grilles ornées de fleurs de lis ; ils témoignent à la municipalité tout leur étonnement, toute leur indignation, de voir « ces signes qui pouvaient encore rappeler Tancien régime », et exigent que ces grilles soient brisées sur-le-champ et qu'il en soit fait un autodafé au pied de Tarbre de la liberté (i).
Dans la Nièvre, le passage du conventionnel Fouché, le futur ministre de la police de Napoléon — ô ironie ! — fut marqué par un incident du plus haut comique. En sa qualité de commissaire de la Convention dans le département en question, Fouché prit un arrêté, en vertu duquel chaque commune devait choisir, pour les séances de sa municipalité, un lieu isolé et planté d*arbres^ au milieu duquel serait élevée une statue du Sommeil !
Le 24 octobre, le même Fouché prescrivait ladémolition des clochers des églises, des tours des châteaux et des colombiers, parce quils blessaient l'égalité. On sait que, plus tard, sa modestie égali taire ne s'effaroucha nullement du titre, quelque peu aristocratique, de duc d'Otrante (2).
Le bronze des cloches devint une raine de monnaie de billon (3). Quant aux clochers, on les venditparadjudi-
(1) Le Morvandt par Baudiau, p. 217.
(2) /dcm, iBiD., loc. cit.
(3) Le 23 septembre 1793, le procureur de la commune d*Âumale expose : 1° que les cloches, ces monuments du luxe de nos cités et de
calion ; et comme on D'arrivail pas, en maints endroits, à s*entendre sur le mot de clochers, on jeta bas le plus souvent la tour habitée par les cloches et la flèche qui la surmontait presque partout.
Pour fournir du fer aux piques, on détruisit en quelques jours tous les chefs-d'œuvre de la serrurerie des seizième et dix-septième siècles, toutes les grilles monumentales (i) qui entouraient les sanctuaires. Les cercueils, les couvertures de plomb des abbayes furent convertis en balles. La plupart des joyaux, merveilles de l'orfèvrerie et de la lapidaire de la Renaissance, allèrent au creuset; à la fonte, les vases sacrés (2) ; au feu, les dentelles de prix (3).
Dès le mois d'août 1789, l'incendie s'était allumé par toute la France ; au milieu des danses et des vociférations de brutes avinées, furent brûlés des milliers et des
la vanité de leurs habitants, peuvent être employées plus utilement n porter la terreur et la mort parmi les ennemis de la Révolution ; l^* qu'il n y a qu'une dévotion stupîde qui puisse s'cfioroucher de cette suppression d'un simple métal qui, n étant que matière^ ne peut avoir aucun rapport avec la religion, qui est toute spirituelle ; requiert que toutes les cloches, excepté une, soient descendues.
Le Conseil fit droit à sa demande : les trois cloches furent fondues ; elles pesaient 6.600 livres. La quatrième et la plus belle fut conservée (Hûf. de la ville d^Aumale et de ses institutions, par Ernest Semichon (1862;, tome second, p. 153.
(1) Havard, Dictionnaire du mobilier, t. II, p. 767.
(2) Cf. Catalogue d'autographes sur la Révolution (1862)» n? 168, p. 119.
(3) Le linge des églises fut réquisitionné pour le service des hôpitaux militaires ; celui qui ne reçut pas celle destination fut mis en vente. (Catalogue d'autographes sur la Révolution, n* 169, p. 120.)
milliers d'objets d*uDe valeur inestimable : cheminées de marbre, glaces, vitraux et verrières, sculptures, stalles de bois ouvragé, etc., etc. (1). Les éclaireur$ de châteaux ne respectèrent rien, pas même les arbres séculaires, que la cognée abattit sans pitié.
Les iconoclastes s'en prirent non seulement « à toutes les effigies des ci-devant anges, ci-devant Christs, saints et saintes », mais aux dais, aux chandeliers, lampes, calices, burettes, plats, patènes, et <c tous ornements à Tusage du ci-devant culte dit catholique ». Les ouvriers du lieu étaient mis en réquisition et tenus de cesser leur ouvrage pour se livrer à ce travail.
Les tableaux accrochés dans les églises devaient être pareillement « enlevés des yeux des républicains, qui s'indignent à la vue des apôtres du mensonge et de ces figures grotesques qui leur retracent des siècles d'esclavage et d'ignorance ». Toutefois, « les tableaux reconnus par les artistes être les chefs-d'œuvre de Fart » seront déposés ff dans la bibliothèque nationale du département ou envoyés au Muséum français (2) ; » quant aux autres, ils
(1) Ed. Flei-ry, Vandales et iconoclastes.
(2) Les pouvoirs constitués essayèrent, en maintes circonstances, de prendre des mesures conservatrices ; mais le plus souvent il était trop tard, témoin cette lettre du Comité de sûreté générale à l'Admis nistration du département de Paris :
a Des personnes se permettent d'enlever des ci-devant églises de Paris des pièces de marbre et autres objets intéressants ; le comité de la section de la cité a arrête aujourd'hui un voiturier qui en avait déjà transporté une voiture. Nous vous invitons, citoyens, à prendre des mesures propres à prévenir de pareils brigandages, et à traduire
seront « ou brûlés ou imprégnés de couleur, de manière * à rendre invisibles toutes les traces de Timposture sacerdotale (1) ». C'est conformément, sans doute, à cette dernière recommandation, qu*à Saint-Nicolas de la Chesnaie^près Bayeux, saint Nicolas, invoqué par les filles en désir d'époux, fui transformé en un patron de la Liberté, majestueux autant qu'inattendu. Il sufQt, pour opérer la joyeuse transformation, de remplacer la mitre par un bonnet phrygien et la crosse par une hache de licteur.
Ailleurs, dans Téglise du monastère des Prémontrés, à. Juaye-Mandaye, pour protéger un tableau de la Vierge contre les fureurs iconoclastes, le ci-devant moine, maire élu de la commune, affubla d'une toque rouge, peinte à Teau, la mère de Jésus, qui, dès lors, fut une déesse Raison fort acceptable. La Terreur passée, un coup d*éponge humide rétablit la coiffure primitive avec ses beaux cheveux blonds.
Au château de Balleroy, sur un portrait de Louis XIV enfant, le sceptre de la royauté fit place à une lance républicaine, et le grand Condévit son bâton de maréchal remplacé par un gourdin de paysan (2).
Et qu*on ne croie pas que la capitale fut en retard sur là province : à Paris, comme dans le plus humble village.
devant les tribunaux ceux qui s*en sont déjà permis. » Catalogue d'une importante collection de Documents autographes et historiques sur la Révolution française {Paùs, Charavay, 1862), n» 167, p. 118.
(1) Ed. Flburt, op. cit,
(2) Intermédiaire des Chercheurs, 20 novembre 1902.
XÉVAOSE RÉVOLVrrOKNAIRE 17
258 LA NÉVROSE RÉVOLUTIONNAIHE
la manie de persécution se retourna contre les objets inanimés. Un seul exemple pour nous borner.
Les tapisseries des Gobelins avaient excité de bonne heure les diatribes de Marat contre les manufactures, qui ne servent, écrivait F Ami du Peuple^ « qu'à enrichir les fripons et les intrigants ».
L'année suivante, un jury spécial où figurait l'artiste Prud'hon visitait les magasins et commençait l'épuration des modèles antirépublicains et monarchiques. C'est alors que la Convention défendit de mêler la figure humaine aux décorations des tapis, « figure qu'il serait révoltant de fouler aux pieds dans un gouvernement où l'homme est rappelé à sa dignité (i) ». Après ceUe-là I...
Nous nous sommes peut-être étendus plus que de raison sur les excès commis par les vandales révolutionnaires. Nous avons souligné, plus qu'il ne convenait peut-être» la stupidité et la barbarie de ces iconoclastes, qui s'en prenaient aux témoins muets et irresponsables d*une époque disparue, comme si on supprimait d'un coup de pioche plusieurs siècles d'histoire. C'est que la raison, autant que le sentiment, s'in-
(1) Spîrt Blondbl, L'Art pendant la Révolution^ p. 285.
digne quand on voit profaner, par la tourbe ignorante ou envieuse, tout ce que le génie humain a laborieusement et magnifiquement édifié.
Si l'histoire s'est préoccupée des hommes qu'a emportés la tourmente révolutionnaire, elle n'a pas assez songé aux débris artistiques dont ils ont jonché le sol. Et puis, nous sommes faits à cette idée que si les hommes sont condamnés à disparaître, une fois leur tâche accomplie, les chefs-d'œuvre de la littérature et de l'art doivent rester debout, pour attester, aux yeux des générations futures, les efforts tentés vers le beau, les tendances d'une époque à l'idéale perfection. Les fins tragiques des hommes sont une des éventualités prévues, pour les citoyens mêlés à la vie publique ; mais les monuments, qui sont la gloire des âges passés, ne devraient-ils pas échapper à la destruction et à la mutilation ?
Si la Révolution voulait secouer tout joug, tout frein, tout lien avec le passé, pourquoi s'en prenait-elle à des pierres ? Les ruines qu*eUe a ainsi accumulées resteront un des griefs dont elle aura le plus de peine à se défendre. Comme on l'a dit non sans émotion (1), « plus encore que le sang qui coula dans les discordes civiles, la destruction des monuments et des arts laisse un sou* venir profond, une plaie vive et durable... Ce n*est pas seulement parce que la pierre est désarmée, innocente en quelque sorte des griefs des partis, et parce qu'il est
(1) Baudriujlbt, Le Luxe public et la Rioolution (Histoire du Lue public et privé).
impie de faire disparaître en ua instant ce qui a coûté tant de longs et pénibles travaux ; ce n'est pas non plus toujours en raison de la beauté des choses détruites que ce sentiment se manifeste et se développe. Il y a de cette douleur un motif plus profond encore, c'est que tout ce qui porte la trace de la vie morale est sacré, et que rien n*en peut périr, sans que Thumanité se sente atteinte dans quelque partie de son àme, religion, loi^ science ou art, représentés par ces monuments. »
Si ces forfaits de lèse-civilisation sont sans excuse^ ils trouvent leur explication dans les circonstances mêmes où ils ont été commis. L'auteur responsable du vandalisme, ce n'est, — comme l'ont reconnu tous les esprits pondérés et impartiaux, de quelque opinion qu'ils se réclament, — ce n'est, disons-nous, personne et tout le monde, aucun parti et tous les partis. Il suffit d'une atmosphère d'excitation pour que l'orage éclate, que Touragan se déchaîne, entraînant, brisant tout sur son passage, « jeu terrible, jeu où l'homme s'anime, s'exalte ; où la destruction pour elle-même finit par tenir plus sa place que la haine de ce que Ton détruit, et où l'on continue à frapper sans pouvoir s'arrêter, par cette raison surtout qu'on a commencé à frapper (i) ».
On a tour à tour accusé Pitt (2) et Robespierre, les
(1) Baudrillart, loc, cit,
(2) Cf. Observations de quelques patriotes sur la nécessité de conserver les monuments de la littérature et des cwts, par Ânt.-Âug. Renouard, Chardin et Charlbmagnb fils.
LE VANDALISMB 261
patriotes et les étrangers, de cette dévastation systématique, que des forcenés poussèrent jusqu'à l'extra- Tagance ; la vérité est que chacun a sa part de responsabilité. Pas plus le dictateur qui tomba au 9 thermidor, que la Convention, n'ont été les seuls coupables de cette conspiration en faveur des ténèbres. Le héros des fêtes pompeuses, dont il était le prêtre et le dieu, ne pouvait être Tennemi déclaré du luxe public, le partisan des profanations et du pillage des églises ; de même, l'Assemblée qui a fait tant de grandes choses (1), aidé à réaliser tant d'inventions
(1) Les dispositions des vingt arrêtés rendus en floréal et signés : Barére, Carnot, Billaud-Varennes, CoUot d*Herbois, Robert Lindet, Prieur, Robespierre et Couthon, doivent être citées à la gloire d'une époque qui resta grande au milieu des malheurs de la fatalité . Ces arrêtés comprenaient Tembellissement du palais et du jardin natio> nnl des Tuileries et de la place de la Révolution ; un monument pour les défenseurs de la République, le 10 août, sur la place de la Victoire ; les statues du Peuple sur le Pont-Neuf; de la Nature, sur la place de la Bastille; de la Liberté, sur la place de la Révolution ; la colonnade du Panthéon ; la statue de Jean-Jacques Rousseau, aux Champs-Elysées ; les arènes couvertes pour les concerts du peuple, sur le local de TOpéra, entre la rue de Bondy et le boulevard ; la translation des chevaux de Marly à l'entrée des Champs-Elysées ; la construction d'un temple de TÉgalité au jardin Beatyon ; la statue de la Philosophie dans la première salle du lieu des séances de la Convention ; l'agrandissement du Muséum d'histoire naturelle ; la restauration du Muséum des Arts. A ces projets déterminés, pour lesquels on établissait des concours, où l'on faisait appel à des artistes connus, vinrent s'ajouter des mesures générales, sur l'Institut national de musique, établi dans la maison des Menus, sur l'enseignement des langues étrangères, sur l'architecture rurale, sur le costume national.
Les peintres furent l'objet d'une sollicitude particulière. Un arrêté
utiles, créé tant d'institutions durables, n'a pu céder qu'à des passions dont elle n'était pas libre de s'affranchir (1).
du 6 floréal, concernant la peinture et la sculpture, appela tous les artistes à représenter & leur choix, sur la toile, les époques les plus glorieuses de la Révolution française, et ù concourir à l'exécution des monuments en bronze et en marbre à élever à la gloire de la République. (Renovvibr, Histoire de F Art pendant la Révolution^ p. 20 et suiv.)
(1) Comme on Ta justement dit, « un cri de la rue s'impose à un club, un vote du club s'impose à un ministère, le ministère impose enfin & la nation le vote du club, qui n'est que le cri amplifié d'un émeutier. »
Notons que, parmi les conventionnels, il en fut bon nombre, et non des moins farouches, qui s'interposèrent pour la conservation des monuments que dégradait ou détruisait la foule imbécile. Voici, à cet égard, une curieuse lettre, qu'adressaient, le 2 novembre 1793, deux membres influents du Comité de salut public, Collot-d'Herbois et Billaud-Varennes, au citoyen Puguenot, commissaire de la section du Panthéon :
« Tous les cuivres inutiles qui se trouvent dans les églises et dans les collèges de Paris et qui peuvent servir à la fabrication des canons doivent être envoyés à l'Arsenal ; mais il est à remarquer que, parmi les monuments en cuivre qui se trouvent dans les églises de Paris, il en est qui sont de véritables chefs-d'œuvre de l'art. 11 faut donc, avant de les faire enlever, examiner s'ils ne doivent pas être conservés à la postérité et dans le cas d'un doute à cet égard, prévenir le Comité d'instruction publique. » Inventaire des autographes et des documents historiques composant la collection de M. Bei^amin Fillon, n« 166 (1877), p. 42.
Rappelons aussi que Sergent, un autre conventionnel, arracha aux. fureurs révolutionnaires les chevaux de Marly, l'horloge de Lepaute, un grand nombre de statues placées à Versailles, qu'il fit transporter à Paris et mettre sous bonne garde ; il établit A Thotel de Nesle le dépôt de tout ce qui put être soustrait au vandalisme ; enfin il fit remplacer, dans le jardin des Tuileries, par des fleurs et des arbustes, les pommes de terre que ses collègues de la Commune y avaient fait
« Citoyens^ s^écriait Lakanal à la Convention, le 6 juin 1793, les monuments des beaux-arts qui embellissent un grand nombre des bâtiments nationaux, reçoivent tous les jours les outrages de Taris tocratie; des chefs-d'œuvre sans prix sont brisés ou mutilés ; les arts pleurent ces pertes irréparables. // est temps que la Convention arrête ces funestes excès; déjà elle a adopté une mesure de rigueur pour la conservation des morceaux précieux de sculpture qui décorent le jardin national des Tuileries. Le Comité d'instruction vous propose de généraliser votre décret et de l'étendre à toutes les propriétés nationales : elles appartiennent à tous les citoyens en général ; elles ne sont à aucun d'eux en particulier ; c'est donc les droits de la cité entière à la main, que je vous demande de protéger les arts contre les nouvelles pertes dont ils sont menacés. Je vous propose, en conséquence, le projet de décret suivant : « La Convention nationale, « ouï le rapport de son Comité dMnstruction publique, «( décrète la peine de dix ans de fers contre quiconque « dégradera les monuments des arts dépendant des « propriétés nationales. » Ce projet fut adopté.
Quatre mois plus tard (séance du 26 octobre 1793), Homme disait à la Convention : « Citoyens, vous avez rendu plusieurs décrets pour faire disparaître des maisons, des places publiques, des jardins, des grands che-
plantcr. Le nom de Sergent s'attache encore & la fondation du Musée national des Antiques, à la création du Conservatoire de musique, ù la loi sur la propriété littéraire, etc. Suum cuique.
264 LA .NÉVllOSt HtVOLUTlONNAint:
mins, les signes de la royauté et de la féodalité. Partout on s*est empressé de détruire ces restes de Torgueil ou de la sottise; mais des malveillants, des ennemis de la Liberté, ont cherché à donner à vos décrets une extension bien funeste. Sous prétexte d'ôter les fleurs de lis, on a enlevé des médailles précieuses, des gravures superbes... (1). Toutes les productions des arts et des sciences ont été couvertes de la livrée des despotes. La terreur qu'on cherche à répandre parmi les marchands et les possesseurs de ces précieux dépôts est un moyen employé par les ennemis de la République... C'est ainsi que les lâches oppresseurs du peuple anglais veulent anéantir les monuments qui attestent la supériorité de nos arts et de nos génies, afin de nous replonger dans la barbarie, dans l'ignorance, et de nous vaincre en nous opprimant plus facilement. »
La Convention se hâta de publier un arrêté, défendant d'enlever, de détruire, mutiler ni altérer en aucune manière, — sous prétexte de faire disparaître les signes de féodalité ou de royauté, dans les bibliothèques, les collections, les cabinets, musées publics ou particu-
(1) Dans une séance de la Société populaire des arts. Sergent répondait à Wicar, lequel avait fait une sortie violente contre les gravures indécentes, que « les compositions dont on se plaint sont faites depuis longtemps ». « Comment, poursuivait-il, pourra-t-on retracer la Mythologie, si Ton ne se permet pas de peindre Danaé ou Léda ou les amours des dieux, tableaux nécessaires pour donner Tidée de la religion des anciens... » Journal de la Société populaire des Arts, pp. 252 et 381.
liers, non plus que chez les artistes, ouvriers, libraires ou marchands, — les livres imprimés ou manuscrits, les gravures^ les dessins, les tableaux, bas-reliefs, statues, médailles^ vases, antiquités, cartes géographiques, plans, modèles, instruments et autres objets qui intéressent les arts, Thistoire et Tinstruction (1).
La Commission temporaire des arts, dont faisaient partie des hommes tels que Thomas Lindet, Yillars, Coupé de (l'Oise) et notre confrère Vicq d'Azyr, s'élevait avec non moins d^énergie contre « ces citoyens, tout à fait étrangers à Tétude des arts », qui se permettent « de renverser des monuments dont ils ne connaissent ni la valeur ni les motifs, sous le prétexte qu'ils croient y voir des emblèmes de superstition, de despotisme ou de féodalité ». Et le rapporteur, sachant bien que ces arguments pourraient ne pas toucher ceux auxquels ils étaient destinés, essayait de la flatterie. « Lorsque le peuple, armé de sa massue, vengeur de ses propres injures, et défenseur de ses propres droits, a rompu sa chaîne et terrassé ses oppresseurs, plein alors d'un juste courroux, il a pu tout frapper ; mais, aujourd'hui qu'il a remis le soin de sa fortune et de ses vengeances à des législateurs, à des magistrats auxquels il se confie ; aujourd'hui que des citoyens éclairés ont été nommés par lui juges et conservateurs des chefs-d'œuvre des arts qui sont en son pouvoir, ne lui suffit-il pas de
(1) Spire Blondel, VA.Tt pendant la Révolution,
surveiller leur conduite, et ne doit-il pas au moins les entendre toujours, avant de se déterminer ? Ces maisons, ces palais, qu'il regarde encore avec les yeux de Tindignation, ne sont plus à ses ennemis ; ils sont à lui. Peuple français, peuple protecteur de tout ce qui est utile et bon, déclare-toi Tennemi de tous les ennemis des lettres. Couvre surtout les arts de ta puissante égide, et sois le conservateur de leurs travaux, afin que tu puisses dire un jour, comme Démétrius Poliorcète : J'ai fait la guerre aux tyrans ; mais les arts^ les sciences et les lettres n'ont jamais en vain réclamé mon appui (i). » Pourquoi cet appel n'a-t-il pas été entendu (2) ? Pourquoi les bons citoyens n'ont-ils pas surveillé lexécution de ces sages mesures ? Pourquoi les décrets qui punissaient de peines sévères les fauteurs de désordres sont-ils restés lettre morte ? C'est que les minorités turbulentes viennent toujours à bout des majorités trembleuses ; et que si certains hommes conservent, au péril de leur tète, dans les crises révolutionnaires, le
(1) Instruction sur la manière éT inventorier et de conseroer dans toute l'étendue de la république, tous les objets qui peuvent servir aux arts^ aux sciences et à l'enseignement, rédigée par Vicq d'AzYR, proposée par la commission temporaire des arts et adoptée par le Comité d'instruction publique de la Convention nationale.
(2) La plus terrible magistrature, la Commune, ne manqua pas cependant de zèle pour les arts et pour les lettres. Elle avait placé une garde particulière au Muséum ; elle demanda un concours pour In restauration des tableaux, et l'on sait, entre autres faits, qu'elle fit fermer le théâtre Montansicr, comme trop voisin delà Bibliothèque nationale. (Renouvier, Histoire de V Art pendant la Révolution, p. 40.
culte du beau, ils doivent céder le pas à ceux qui, plus forts qu'eux, trouvent un plus facile écho dans les masses.
Tous les grands mouvements populaires ont eu et ont toujours leur source en eux-mêmes ; il est donc vain de vouloir leur opposer une digue. Il faut, avons-nous dit, prévenir le mal et non point songer à le combattre, quand il est trop tard. Combat-on un torrent qui déborde, une machine qui explose, un incendie aux foyers multiples ? Le vandalisme est assez comparable à ces forces de la nature, que le génie humain est impuissant à contenir.
On a défini le vandalisme « la profanation du culte des souvenirs par la domination du bien-être particulier ou de Futilité publique ». Cette définition vise le vandalisme qui opère à Tabri de Timpunité, plutôt que la rage dévastatrice qui sévit surtout en temps de révolution (i).
Ce vandalisme en temps de paix, si on peut ainsi parler, est de toutes les époques, et ses ravages ne sont pas moindres. Si l'on passait en revue tous les crimes dont il s'est rendu coupable, si Ton énumérait toutes les destructions opérées sans motif, depuis les premiers
(1) Le vandalisme révolutionnaire aurait été, selon certains, beaucoup exagéré. Pour se faire une opinion impartiale, cf., outre les sources citées au cours de ce chapitre, un article de M. F. Lock, dans le Temps (1*' sept. 1865), un autre article du même, dans Y Intermédiaire des Chercheurs, 10 nov. 1865, et une réponse de M. Ph. Burty {idem, 25 décembre 1865).
âgesde notrehistoire, on renverrait lespartiesplaignantes |
dos à dos et tous dépens compensés (1). I
Gomme Ta écrit un homme d*une remarquable modération de jugement, d*une équité à laquelle nous nous plaisons à rendre hommage (2) : ce Oui, le moyen âge a été plus indifférent des choses du passé que la Renaissance ; à son tour, la Renaissance en a fait litière avec plus d'insouciance que les temps modernes. À toutes ces époques (3), c'est sans le moindre scrupule, sans regret
(1) Sait-oaque le premier acte de violation de tombeau qui ait eu lieu pendant la Révolution, a été commis par le futur roi Louis-Philippe ? Voici, du moins, ce que raconte l'auteur des Souvenirs de la marquise de Créqug (t. IV, p. 38) :
« Étant à Vendôme en 1791, avec un régiment qu'il commandait, Louis-Philippe d'Orléans, alors duc de Chartres, a fait ouvrir et fouiller tous les caveaux de l'église collégiale de Saint-Georges, où les anciens Comtes et Ducs de Vendôme étaient inhumés. Malgré les supplications et l'opposition du chapitre, il a fait briser la tombe et ouvrir les cercueils du duc Antoine de Bourbon-Vendôme et de la reine Jeanne d'Albret, en disant agréablement à ses officiers qu'il voulait leur faire faire connaissance avec le père et la mère d'Henry IV. Aussitôt qu'il fut sorti de cette enceinte, profanée par les jurons blasphématoires et les quolibets crapuleux des ouvriers et des soldats, les chanoines et les autorités de la ville s'empressèrent de recouvrir tous ces ossemens des Bourbons, et tout le clergé du diocèse de Blois leur en fît amende honorable ; mais l'exemple avait été donné, et le premier acte de violation des tombeaux qui ait eu lieu pendant la révolution française, si féconde en profanations de cette nature, avait eu pour auteur un fils du Duc d'Orléans. »
(2) De Laborde. Sotice des Emaux du Musée du Louvre, p. 533.
(3) Bordenave déplore les sépulcres paganesquement ouverts^ leurs caisses sacrilégeusement emportées, leurs ossements inhumainement épandus. Il raconte que les religionnaires ont vendu pièce à pièce les débris du tombeau de Gaston Phébus et tiré au rampeau avec la tête comme avec une boule de quille. (De Lagrèze, La Société et les momn
même, qu'on remplaçait d'anciens édifices par de nouvelles constructions, de respectables châsses, de vieille orfèvrerie, des bijoux séculaires, par des châsses à la nouvelle mode, de l'orfèvrerie neuve et des bijoux modernes; on fondait, on vendait au poids les plus beaux objets d'art, pour satisfaire aux caprices les plus vulgaires, aux nécessités les moins pressantes... »
Au plus fort de la tourmente, quand gronde Témeute, et que la masse est saisie d'un vertige de folie, on comprend, tout en les déplorant, ces actes de vandalisme; ils restent sans excuse, sans atténuation possible, lorsqu'ils sont perpétrés froidement par des hommes se prétendant éclairés et qui donnent ainsi la mesure de leur vaine médiocrité.
en Béarn, p. 80.) Cf. l'Intermédiaire, 25 déc. 1865, p. 747, où il est prouvé que les mutilations de sculptures remontent au moins aux guerres religieuses du xvi* siècle ; et surtout une substantielle brochure de M. BénétriXi Le Vandalisme révolutionnaire dans le Gers, Bordeaux, 1891, dont on devra lire principalement l'Introduction.