‹ La névrose révolutionnaireChapitre 28 sur 30 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

La « névrose révolutionnaire » n*est pas qu*un mot : les désordres qu'elle provoque dans Tâme des sociétés et des individus sont une réalité. Nous aurions pu multiplier aisément les exemples de ses ravages, si nous n'avions craint d'excéder la patience du lecteur.

Cette névrose n'est pas spéciale à la seule Révolution française; elle s'observe avec les mêmes causes, les menées symptômes, la même évolution, chaque fois que, par l'enchaînement des événements historiques, une nation est acculée à cette impasse, et n'en peut sortir que par un bouleversement radical du régime oppresseur.

L'histoire nous la montre, frappant tour à tour la Rome antique, les républiques et principautés de l'Italie de la Renaissance, l'Angleterre, les Pays-Bas, la France, — demain la Russie. Seuls, peut-être, les septentrionaux comme les Norvégiens, seront capables d'une révolution pacifique, se déroulant avec calme, sans effusion sanglante, avec la force invincible d'un peuple conscient do ses droits.

536 LA NKVnOSE RÉVOLUTIONNAIRE

Cette névrose, pouvons-nous nous flatter de ne plus la voir reparaître? N'oublions pas que la Commune date de trente-cinq ans à peine : elle est d'hier dans Thisloire du monde. N'a-t-on pas vu, en 1871, mêmes excès, mêmes violences, mêmes paniques, mêmes actes de vandalisme; les principes généreux fraternisant avec les idées mesquines et étroites ; en un mot, même bilan, mêmes effets, mêmes pages souillées de crimes au livre de rhumanité ?

Nous sommes plus éclairés, dira-t-on, plus éduqués, plus instruits. Mais quand le vent de la révolte souffle dans les cœurs gonflés de colère, quel obstacle l'éducation de la foule opposerait-elle au réveil de ses instincts?

Serait-ce que nous condamnions en bloc l'œuvre de la Révolution, et plus particulièrement celle de la Convention? Nous n'aurions garde de méconnaître que de cette formidable secousse sociale est sortie la société moderne, éprise de liberté et de solidarité; nous considérons que la Révolution fut un mal nécessaire.

Les sociétés, comme les individus, ont leurs fièvres, au cours desquelles elles éliminent leurs humeurs malignes et brûlent leurs poisons. L'épreuve est parfois longue et douloureuse, mais elle a son utilité.

S'il existe un remède à la névrose révolutionnaire, c'est un remède préventif. Une fois déclarée, elle résiste à tous les efl'orts en vue de la juguler. Aux gouvernements il appartient de prévoir les événements, de les orienter, si possible, d'éteindre les ferments de haine et

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