PREFACE VII
la Névrose Révolutionnaire^ quelle somme de labeur a accumulée l'auteur de tant de recherches si vivantes sur Marat inconnu, Jean-Jacques névrosé, Balzac ignoré, Musset désolé!.. Encore une fois, c'est un € curieux », — le mot dit tout — et cette curiosité l'attire à la fois dans tous les sens, vers la sociologie, l'économie politique, la magie, la bactériologie de l'histoire, si je puis dire. Les infiniment petits l'intéressent aussi vivement que les grands personnages d autrefois. 11 sait déchiffrer un parchemin et annoter un almanach.
Il y a parfois, disons-le, dans son érudition un peu de fièvre. C'est un chasseur qui tire au jugé. Mais quoi l le fusil est bon et le gibier porté au tableau est nombreux.
On pourra discuter, par exemple, certaines idées de cet ouvrage, la Névrose Révolutionnaire^ — et je le ferais volontiers, si une préface n'était pas un peu une sorte de présentation; — on n'en saurait méconnaître la valeur, l'intérêt anecdotique à la fois et psychologique. M. Cabanes et son collaborateur, M. le D'^Nass, n'ont pas voulu, je pense, écrire une histoire de la Révolution française, même au point de vue psycho-pathologique, lis ont voulu étudier,
vin PREFACE
à de certaines heures, en telles circonstances tragiques, cette force, terrible lorsqu'elle est déchaînée, qui s'appelle la Foule. Ils ont appliqué à l'histoire la méthode d'un Cesare Lombroso, d'un Sighele, d'un G. Tarde.
La foule n'est pas le peuple. Le peuple, c'est la nation tout entière. La foule c'est le peuple ou plutôt une fraction du peuple en délire. Délire d'enthousiasme ou délire de fureur. La foule portera en triomphe l'homme qu'elle vient d'insulter, ou égorgera sans réQexion l'homme qu'elle vient d'acclamer et qu'on accuse et qu'on poursuit, impulsive dans l'admiration comme dans le meurtre. Skakspeare Ta peinte admirablement avec ses reflux, dans Jules César. Ce n'est pas la « vile multitude » dont parlait insolemment Thiers, c'est la hôte humaine, fauve et éj)erdue — que la peur trop souvent domine, la peur, cette peur irraisonnée qui sème la panique dans les armées, fait voter les assemblées, arme les agglomérats humains; la peur qui faisait dire à Cambon, résumant en quelques mots les luttes géantes : « Nous nous redoutions tous — comme dans la nuit. »
Los autours do la Névrose Révolutionnaire ont