‹ La nevrose traumatiqueChapitre 7 sur 14 · TROUBLES FONCTIONNELS DE LA MOELLE ÉPINIÈRE · texte numérisé non relu

TROUBLES FONCTIONNELS DE LA MOELLE ÉPINIÈRE

Bien que cette besogne soit, dit-il, facile et peu fatigante, il est cependant obligé souvent, quand il est pris des troubles qui viennent d'être indiqués, de quitter son travail pour aller se coucher, et de perdre ainsi, à son grand regret, une partie de son salaire. Il dort peu et mal, ayant toutes les nuits des cauchemars où il prend part à des scènes de meurtre, ce qui paraît l'affecter profondément. Il est triste et sombre, et l'expression morne de son visage peint d'une manière frappante ces sentiments. Il explique cette tristesse par des préoccupations d'argent; il craint de ne pas gagner assez pour subvenir aux besoins de sa petite fille ; mais cependant il n'a pas conscience de la gravité réelle de son état, il reconnaît que les conséquences directes de l'accident ont presque complètement disparu, et l'avenir éloigné ne le préoccupe pas ; il avoue d'ailleurs qu'il est pris à certains moments d'accès de désespoir dont il ne peut trouver la cause. Pendant qu'il s'explique à ce sujet, on voit les muscles de son visage pris de tremblement, et malgré ses efforts pour se maîtriser, il ne tarde pas à pleurer. Il recherche l'isolement, évite de parler à ses camarades contre lesquels il ne nourrit d'ailleurs aucun grief. — La mémoire et l'attention paraissent diminuées dans une certaine mesure ; dans la besogne fort simple qu'il accomplit, il n'a jamais commis d'erreur, dit-il, mais il lui serait impossible de donner des détails sur ce qu'il a fait dans la journée. Il dit aussi qu'il est devenu irritable, et qu'il entre parfois dans des colères dont il reconnaît lui-même l'injustice. H... ne présente pas de signes d'alcoolisme chronique;

il assure d'ailleurs qu'il n'a jamais pu supporter le vin, et qu'il ne boit que de la bière. Lorsqu'il est ému, il est pris d'un tremblement très marqué des mains, de la mâchoire inférieure, et des muscles du visage.

Le blessé accuse d'autres troubles de la santé, qui seraient survenus depuis environ deux mois. L'appétit serait devenu irrégulier; le seul repas un peu copieux serait le déjeuner, mais il serait presque toujours suivi de nausées, et souvent de vomissements survenant au bout de trois heures. Les garde-robes seraient assez régulières, mais H... se plaint d'éprouver très souvent de violentes coliques ou douleurs abdominales, qui se feraient surtout sentir dans le flanc droit, lequel est constamment douloureux à la pression. L'examen ne permet pas de constater d'ailleurs de lésions appréciables des organes abdominaux ou thoraciques. Le malade ne paraît pas avoir maigri ; les forces musculaires n'ont pas recouvré leur intégrité depuis l'accident, mais elles n'ont cependant pas subi une diminution très considérable.

Il est à remarquer que chez cet homme les symptômes dépendant de la lésion médullaire ont guéri complètement, et que c'est après cela que sont apparus les symptômes cérébraux, lesquels ressemblent de très près à ceux que l'on observe chez les individus ayant subi un traumatisme de l'encéphale. Si le fait mérite en lui-même d'être rapproché de ceux d'Erichsen, il ne semble pas susceptible de la même explication, et il est difficile d'admettre qu'il y ait eu ici une méningite ou une méningo-myélite s'étendant jusque dans la cavité crânienne.

Je rappellerai en terminant l'observation de V... (pag. 19) qui montre une autre conséquence d'un traumatisme de la moelle : des désordres de toutes les grandes fonctions, un trouble profond de la nutrition générale, une véritable cachexie, alors que les symptômes proprement médullaires, expression directe de la lésion de la moelle, ont disparu en peu de temps, et presque complètement.

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