SCÈNE IL EUGÉNIE, MARGUERITTE
EUGÉNIE, accourant.
Ma chère Margueritte, ah! qvie je suis contente!
MARGUEKITTE.
Oui?
EUGÉNIE;
Vous ne serez plus long-temps encor ma tante. Le père de Dermont e$t charmant aujourd'hui^
MARGUERITTE
Vous avez ce m.atiQ vu le capitaine l
EUGÉNIE
Ouï.
J'ai soutenu ses pas le long de l'avenue.
Il m'a fait un sourire aussitôt qu'il m'a vue i Avec lui j'ai causé pendant tout le chemin ; Il m'écoutait , par Cois il me prenait la maiçi y
a6 LA NIÈCE SUPPOSÉE.
Nous étions bons amis , et son air, sa figure
Ne m'ont pas un instant fait peur, je vous assure.
Une fois arrivés au petit pavillon ,
A table il s'est assis , j'ai voulu sortir : non ;
Il m'a voulu garder , là , près de lui , sans cesse ^
M'ofTrant ses plus beaux fruits; Dermont avec tendresse
Nous regardait tous deux , et retenait ses pleurs ,
Quand son père m'a dit : j'aime beaucoup les fleurs;
Paf mon ordre souvent André les renouvelle
Dans le salon; mais bon, sa maladresse est telle»
Qu'en ta faveur je vais supprimer le coquin.
C'est toi , ma chère enfant , dont la gentille main Fera de mon salon le plus joli parterre.
Je te fais du château la grande bouquetière.
— Monsieur, bien obligée, et je vais de ce pas M'acquitter de ma charge. Alors dans ses deux bras Ce bon père me prend , et devant tout le monde M'embrasse; et puis me fait embrasser à la ronde. Ah ! quand de mon mari le tour est arrivé , Vous auriez rî vraiment de son air réservé.
Il n'osait pas, tremblait jusques au £Dnd de l'âme; Il a rougi > ma chère, en embrassant sa femme.
MARGUERITTE
Oh ! quel plaisir me fait tout ce que j'apprends là !
Mais à votre mari j'avais prédit cela.
Au capitaine, en tout soyez sûre de plaire.
Vous ne vous doutez pas à quel point je suis fière
S'être la confidente ici de vos secrets.
Quand pourrai-je bien fort m'écrier : je savais
Qu'ils étaient mariés ; pourtant j'ai su me taire ;
Moi seule , j'ai conduit cette importante afiaire t
Quand pourrai-je prouver aux gens de la maison ,
Où toujours d§ bavarde on me donne le nom p
COMÉDIE. ay
Que ma discrétion de leurs discours me venge I Quand pourrai-je parler ! la langue me démange.
EUGÉNIE
Adieu y j'ai TU des fleurs à quelques pas d'ici. Je veux qu'à son retour il se trouve obéi , Que de tous mes bouquets il admire la grâce , Et d'avance au salon je vais prendre ma place.
MARGUERITTE
Oui ; mais le capitaine en de tels entretiens Pourrait vous deviner.
EUGÉNIE, en SOI tant.
A présent , je le tiens.