‹ La nièce supposée: comédie en trois actes et en yersChapitre 14 sur 32 · MARGUERITTE, FRANÇOIS · texte numérisé non relu

MARGUERITTE, FRANÇOIS

FRANÇOIS

Saint de tout mon cœur. Madame Mai^ueritte.

Je viens vous dire adiçu , car ce soir je voiis quitte.

MARGUERITTE

Que me dites-vous li , mon cher Monsieur François ? VouB allez nous ^itier? i

a8 LA NIECE SUPPOSEE.

FRANÇOIS

Oui , du moins je le croî».

Cependant de partir je n'avais nulle bâte ; Je me trouvais ici comme un vrai coq en pâte. Pas le moindre travail , n'étant grondé jamais , Mangeant bien , dormant bien , et toujours buvant frais» Chaque soir, je venais dans votre maisonnette Pour y faire gaîment la petite causette ; Des filles du village et de ses alentours Vous saviez les secrets , les ruses , les amours; Vous me les racontiez avec un grand mystère; Et ma société devait beaucoup vous plaire , Car sans dire un seul mot , je vous laissais pader.

MARGUERITTE

Comment donc? mais je crois , quand il faut babiller. Que vous me valez bien , puisque , pour nous entendre , Le glus sage parti que nous eûmes à prendre Fut de bien établir, par un arrangement.

Qu'un jour vous parleriez , et moi le jour suivant.

FRANÇOIS

Fort bien, et quant à moi , dans mon jour de silence. J'étais exactement fidèle à Tordonnance; Mais le vôtre venu , vous me voliez mes droits , Ma chère , et nous parlions tous les deux à la fois.

MARGUERITTE , avec humeur.

C'eist bien prendre son temps pour m'appeler bavarde l Allez , si vous saviez le secret que je garde !..... Suffit.

FRANÇOIS

Gomment ?

MARGUERITTE

F<fon y non , et vous ne saurez rien.

FRANÇOIS

Ah I de grâce , causons ; dites-moi

MARGUEBITTE.

Pas moyen.

Pour toute la maison quelle surprise !

FRANÇOIS

Diable I C'est donc bien étonnant ?

MARGUERITTE

Etonnant? incroyable.

Chut I vous verres un jour si je suis causeuse. '

FRANÇOIS

Oui?

Mais comment le savoir si je pars aujourd'hui ?

MARGUERITTE

Et pourquoi partez-vous?

FRANÇOIS, mystérieusement.

Pour raison singulière.

MARGUERITTE

Bah!

FRANÇOIS-

Vous n'avez donc pas deviné ce mystère ?

MARGUERITTE, Non , qu'est-ce donc?

FRANÇOIS

Oh! c'est.. .. Eh! mais que je suis sot!

Comme vous je me tais et ne veux dire mot.

MARGUERITTE

Je brûle de savoir. . • •

FRANÇOIS

Et moi j'en meurs d'envie.

. 3o LA NIÈ€£ SUPPOSÉE.

MARGUERITTE

Mais du moins , le premier parlez , je vous supplie.

FRANÇOIS

Soit ; mais à votre tour

MARGUERITTE

Mon dieu , que de retard !

FRANÇOIS

Eh bien donc , Tamour seul cause notre départ. .

MARGUERITTE

Vous êtes amoureux?

FRANÇOIS

Non pas moi ; c'est mon maltreu II a perdu l'esprit dès qu'il a vu paraître Le fils de la maison pcmr être le mari De sa cousine.

MARGUERITTE

Bon!

FRANÇOIS

Il veut s'enfuir d'ici , Répète en soupirant qu'il est sans espérance , Prononce les grands mots peine , douleur, souffrance !

MARGUERITTE , bas.

Ohl comme d'un seul mot je le rendrais content !

FRANÇOIS

Il est fou tout'à-&it.

MARGUERITTE

Je le plains vivement.

FRANÇOIS

Il en mourra , ma chère.

MARGUERITTE

Ahp bon dieu ! quel dommage !

COMÉDIE. 3i

FRANÇOIS

Mon cher maître I

MARGUERITTE , Bas.

A parler la charité m'engage.

FRANÇOIS

Allons , à votre tour; j'écoute.

MARGUERITTE

Oui vraiment. Mais de ne dire mot j'avais fait le serment.

FRANÇOIS

Oh! sMl vous plaît , aimable et bonne Margueritte....* Chut ! mon maître s'approche.

MARGUERITTE, s'enfuyant.

Ah ! sauvons-nous bien vite.

On vient fort à propos, j'étais poussée à bout. Encore une minute , et je lui disais tout.

FRANÇOIS

J'irai vous retrouver!

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