CROISÉS
A la lin de novembre 1212, Simon de Mont fort convoqua une grande assemblée à Pamiers et y promulgua une charte générale pour réglerlo possession des terres conquises. L'archevêque de Bordeaux, lesévêquesdeloulouse, d'Agen, dePéngucui, Carcassonne, Comminges, Bigorre et Couscrans assistèrent à cette assemblée. Les constitutions qui furent alors écrites, scellées et jurées par Simon de Montforl, par les prélats et par les chevaliers présents, nous ont été conservées. Elles renferment quarante-cinq articles. L'influence de l'Eglise et le soin d'affermir les chevaliers français dans leurs nouvelles possessions de Languedoc sont les caractères de ce curieux document dont nous donnons ici Tes dispositions principales :
■ Au nom de Noire-Seigneur Jésus-Christ, nous établissons un lil général de justice destiné à réprimer tout ce qui est contraire à Dieu, à l'Église romaine et à l'équité, à abolir l'hérésie el à extirper les mauvais actes des voleurs et des autres malfaiteurs. Pour cela. Nous Si-
mon. par la Providence divine, comte de Leyceslre el de Monlforl. vicomte de Béziers et de Cartassonne. seigneur (TAlbi et de Rodez , désireux d'accomplir ses desseins et de maintenir nos Etats en paix et repos, pour l'honneur de Dieu, de la sainte EgKse romaine, de notre seigneur le roi de France, et pour l'utilité de tous nos sujets, avons , parle conseil des vénérables seigneurs l'archevêque de Bordeaux. les évéques de Toulouse. Cairassonne , Àgen. Pêrigueux. Couserans, Comminges et Bigorre. et des sages hommes nos barons et principaux vassaux, promulgué pour toutes nos terres ces coutumes générales que nous commandons a tous nos peuples d'observer inviolablement.
« Les privilèges et les libertés des églises et maisons religieuses, sanctionnés par le droit canon ou civil, seront de tous et par tous observés et entretenus. D est fait défense aux laïques de convertir en châteaux ou forteresses aucune église, ui d'en réduire aucune eu servitude. Nous commandons en outre que celles qui l'ont été soient démolies ou remises entre les mains des évéques. qui ne pourront toutefois retenir telles églises fortifiées dans des châteaux ou villes des autres seigneurs.
« Toutes prémices seront rendues aux églises, sans aucune difficulté, selon que Ton a coutume de les rendre en chaque pays, et toutes dîmes seront payées comme il est écrit et commandé par notre saint père le pape.
« Nul clerc, possédant même un héritage, ne pourra être soumis à la taille, à moins qu'il ne soit marchand ou marié. 11 en sera de même à Tégard de la pauvre veuve.
« Chaque maison du pays conquis sera tenue de payer, par an, trois deniers melgoriens à notre saint père le pape, et à notre sainte mère l'Eglise romaine, en signe et mémoire perpétuelle que, par son aide, elle a été enlevée aux hérétiques et donnée pour toujours audit comte et à ses successeurs. Ce droit sera perçu depuis le commencement du carême jusqu'à la pâque.
« Tous les clercs et religieux, pèlerins et chevaliers qui passeront en nos terres seront, à moins qu'ils ne soient marchands, exempts de tout péage.
« Les barons et chevaliers français seront tenus de servir le comte
de Mont fort, alors et en tout lieu qu'il y aura guerre contre sa personne, et au sujet des terres conquises et de celles qui lui restent à conquérir ; et cela avec le nombre de chevaliers à la charge desquels ledit comte leur a donné leurs dites terres et revenus, pourvu que, d'après les promesses faites, lesdits revenus leur aient été entièrement et suffisamment assignés. Car si l'assignation n'avait été pleinement faite, le chevalier ne serait tenu de servir ledit comte qu'avec un nombre de chevaliers relatif aux terres qui lui ont été données. Et si ledit comte, sans nécessité de défendre sa personne ou ladite terre conquise, mais de sa propre volonté, voulait porter secours de guerre à quelqu'un de ses voisins ou autres, lesdits chevaliers ne seront nullement contraints de le servir de leur personne ou de leurs gens, à moins que ce ne soit d'amour ou de bon gré.
« Les chevaliers français qui doivent le service militaire au comte de Monlfort ne pourront le rendre pendant vingt ans qu'avec des chevaliers français, sans qu'il leur soit loisible de remplacer ces derniers par des chevaliers du pays conquis. Mais les vingt ans passés, chacun le servira avec tels chevaliers qu'il trouvera propres à la guerre.
« Tous barons, chevaliers et autres seigneurs de la terre dudit comte Simon seront tenus de lui rendre, sans délai ni contradiction, les châteaux et les forteresses qu'ils tiennent de lui, toutes les fois qu'il les demandera. En retour, après les troubles, ledit comte devra, en bon seigneur, rendre lesdits châteaux et forteresses en l'état et valeur primitifs.
« Les boulangers feront et vendront le pain d'après la manière, mesure et poids à eux donnés parleur seigneur. Toutes les fois qu'ils contreviendront, leur pain sera confisqué. Autant pour les taverniers.
« Les filles publiques qui demeurent dans les villes en seront chassées. Les péages institués par les princes et autres seigneurs, depuis vingt ans, seront annulés.
« Toutes les femmes des traîtres et ennemis dudit comte de Montfort sortiront de ses Etats, lors même qu'elles seraient reconnues pour catholiques, afin qu'aucune suspicion ne tombe sur elles. Néanmoins elles auront leurs terres et le revenu de leur dot en jurant qu'elles n'y feront pas participer leurs maris tant qu'ils seront en guerre contre la chrétienté et ledit comte.
« Que nulles veuves, grandes dames ou héritières gentillesfemmes, ayant forteresses ou châteaux, ne soient assez osées pour se marier à leur volonté à des hommes du Midi, sans l'autorisation dudit comte , d'ici à dix ans, pour éviter le péril qui en pourrait provenir pour ladite terre. Mais il leur est loisible de se marier à tels Français qu'elles choisiront, sans l'assentiment du sire de Monlforl ni d'autres. Après l'expiration des dix ans, il leur sera permis d'épouser à leur gré un Français ou un Méridional.
« Fait à Pamiers en notre palais, 1 er décembre 1212. »