‹ La noblesse de France aux CroisadesChapitre 103 sur 244 · DE SIMON DE MONTFORT · texte numérisé non relu

DE SIMON DE MONTFORT

Au nom, etc., moi, Robert, serviteur de la croix du Christ, par la miséricorde divine cardinal-prêtre, du titre de Saint-Élienne en Montciel, légat du siège apostolique, à tous les fidèles en Jésus-Christ, etc. Nous avons appris, en nous acquittant des fonctions de notre ambassade au royaume de France, que l'illustre Simon, comte de Montfort, avait pris possession, agissant en vertu de l'autorisation et mandat des légats du siège apostolique , des diocèses d'Albi et d'Agen , et d'une grande partie de ceux de Bodcz et de Cahors , et ce, à l'aide de la grâce céleste, confirmée par miracles; car ces contrées, souillées par les hérétiques, leurs sectaires, leurs défenseurs, et ceux qui leur donnent asile, étaient devenues un abîme de profanation. Alors aussi, beaucoup d'habitants des pays ci-dessus cités sont tombés dans la trahison, et s'écartant de l'obéissance de l'Eglise comme de la fidélité à l'illustre comte, se sont révoltés contre Dieu, ne craignant pas d'admettre le secours de démoniaques et de déchaînés. Lorsque ces malheurs et d'autres non moins dignes d'affliction parvinrent à nos oreilles, car ce n'était plus seulement les corps qui étaient menacés de ruine, mais aussi les âmes , invoquant le nom du Christ, nous nous sommes personnellement transporté vers ces régions, suivi d'une multitude de fidèles et du concours de Jésus-Christ. Et voilà que nous avons trouvé ces hommes plongés dans les crimes d'hérésie, d'usure, dans les violences et les perfidies, pires que. nous les avaient dépeints les rapports qui d'ailleurs nous avaient précédemment informé. Ne pouvant laisser plus longtemps impunis des outrages si fréquemment répétés envers Jésus-Christ, nous avons, au nom du Dieu des armées, donné pouvoir et commandement à l'illustre comte de se lever courageusement contre ceux précités et les autres ennemis de la foi, afin qu'il reprît les contrées qu'il avait perdues, et aussi celles affligées du même mal; ce dont, prenant cure lui-même en homme habile et prévoyant, et avec le dévouement et l'humilité d'un vaillant soldat du Christ, il s'est acquitté sous nos yeux, admirablement et miraculeusement, avec l'aide de Dieu, non sans beaucoup de fatigues

pour lui, les siens et son armée chrétienne. De ce, nous, considérant principalement que ces terres étaient exposées aux hérétiques, à leurs défenseurs, à ceux qui leur donnent asile, et leurs fauteurs contre le saint-siége ; que l'illustre comte ayant possédé ces mêmes terres que lui avaient fait perdre les trahisons des ennemis de la foi, qu'il les a conquises de nouveau par notre commandement , observant aussi que cela s'est fait par la volonté de Dieu, et surtout que toute œuvre de Dieu doit avoir une stabilité perpétuelle ; au nom de Jésus-Christ, nous accordons la possession au comte susdit et à ses successeurs des terres ci-dessus désignées, ainsi que d'autres au* delà des frontières de notre légation , acquises par le comte susdit avec l'autorisation des autres légats et de la nôtre, lui confirmant cette possession à perpétuité en vertu du pouvoir que nous exerçons. Fait l'an de grâce 1214, au mois de juillet, le jour de Sainte Libère.

Page 1