D'AUVERGNE
Puisque j'ai tu te fleuve du Jourdain et le saint sépulcre, je vous rends grâce, seigneur Dieu, de m' a voir montré le lieu où vous naquîtes, et j'en suis tout comblé de joie. Que Dieu nous accorde bonne mer, bon vent, bon navire et bon pilote; car je veux retourner à Marseille ! Adieu, vous dis- je, Acre, Assur, Tripoli, et vous sergents et hospitaliers! Le monde va en décadence. Il avait de bons rois, de bons maîtres dans Richard et le roi de France ; Montferrat avait un bon marquis ; l'Empire un empereur glorieux ; mais ceux qui sont à leur place que feront-ils? Seigneur Dieu, si vous m'en croyiez, vous prendriez bien garde à qui vous donnez empires, royaumes, châteaux et tours; car plus les hommes sont puissants, et moins ils vous considèrent. J'ai vu l'empereur faire un serment et ensuite se parjurer!
Vous, empereur, Damiette attend après vous, et la Tour Blanche pleure votre aigle chassé par un vautour. Bien est lâche l'aigle qui se laisse prendre par tel oiseau. La gloire du Soudan vous couvrira d'ignominie, et votre déshonneur emportera notre ruine avec la décadence de la foi chrétienne.
MATHIEU DE MONTMORENCY ENVOIE A SES FRAIS DIX CHEVALIERS A LA SIXIÈME CROISADE.
Moi, Mathieu, sire de Montmorency, connétable de France, je fais savoir à tous ceux qui verront les présentes lettres que, désirant fermement et ardemment prodiguer autant qu'il m'est possible ma vie et mes biens pour la défense de la sainte Église et la destruction de ses ennemis dans toutes les parties du monde, mais ne pouvant, d'après le désir de mon trèscher seigneur Philippe, l'illustre roi de France, m'éloigner en ce moment du royaume, je nomme pour me remplacer en Terre Sainte contre les ennemis de la Croix les très-chers seigneurs Raoul de Mareuil, mon parent et mon procureur spécial en ce cas, Jean de Villers, Robert d'HERviLLY, Guillaume de Milly, Raoul de Yitry, Jean de Hédouville, Guillaume de Proisv, Henri de Vendeur, Gaultier de Béthisy, Guillaume de Saveuse, chevaliers, ainsi que leurs écuyers et leurs gens. Et pendant la durée de ce service d'outre-mer, je les retiens à mes gages et à mes frais; et pour effectuer le paiement de ces gages, pour emprunter au besoin en mon nom jusqu'à trois mille livres tournois, pour prêter la garantie de mon nom aux hommes de mes propres fiefs, ainsi qu'à ceux du Hainaut étant outre-mer, dans les emprunts raisonnables qu'ils feront en leur nom privé, en insérant la clause de l'engagement de la terre, j'établis et constitue pour
mon certain et spécial procureur ledit seigneur Raoul de Mareuil, ou, s'il" venait à mourir ou à manquer autrement, deux des chevaliers susnommés élus solidairement par leurs compagnons, promettant en bonne foi d'approuver et confirmer tout ce qui aura été fait en cela par mondit procureur ou mesdits procureurs. En témoignage de quoi j'ai fait sceller les présentes lettres de mon sceau.
Fait à Paris, Tan de grâce 1219, au mois de mars.
PIIILIPPE-A-UGUSTE GARANTIT UN EMPRUNT CONTRACTÉ A ACRE PAR DES CHEVALIERS DU DAUPHINÉ.
Au nom de la sainte et indivise Trinité, amen.
Philippe, par la grâce de Dieu roi des Franks, à tous ceux à qui ces lettres parviendront, salut. Il faut que les guerriers du Christ ne s'exposent aux graves périls de la guerre qu'après avoir, en vue de la mort, disposé leurs affaires de telle sorte que si quelque malheur humain leur arrive, il n'en résulte que bénéfice pour eux dans le ciel, sans détriment pour personne sur la terre. Accueillant donc avec bienveillance la supplication de quelques chevaliers qui nous sont très-chers, nous avons résolu de garantir divers emprunts qu'ils ont contractés envers Raphaël Cattane et sa compagnie, et entre autres l'emprunt de deux cent vingt marcs d'argent prêtés solidairement à Guigne de la Porte, Herbert de la Porte, Poncet de Mirkbel, etc., somme que lesdits seigneurs ne payant pas aux termes fixés par leurs actes authentiques, nous serions tenu de payer à leur place. En témoignage de quoi nous avons fait confirmer le présent acte de l'autorité de notre scel et du caractère de notre nom royal tracé ci-dessous. Fait au camp devant Acre, l'an du Verbe incarné 1191, la douzième année de notre règne. Présents dans notre palais ceux dont les noms et les signes sont apposés ci-dessous : le sénéchal absent ; signe de Gui, le bouteiller ; signe de Mathieu, le chambellan ; signe de Raoul, le connétable.
Donné, la chancellerie étant vacante.
ORDONNANCE DU ROI RICHARD POUR LES CROISÉS QUI MONTAIENT SA FLOTTE ALLANT DE FRANCE EN ORIENT.
Quiconque tuera un homme dans le navire sera lié avec le mort et tous deux jettez en la mer. Que s'il le tue en terre ferme, il sera pareillement lié avec le mort et enterré tout vif.
Qui sera deuement attaint et convaincu d'avoir tiré son couteau ou espée pour fraper son compagnon, ou mesmes de l'avoir blessé au sang, il aura le poin coupé. Que s'il est convaincu d'avoir seulement donné un soufflet, iJ sera plongé trois fois dans la mer.
Si quelqu'un dit injures ou jette aux yeux de son compagnon la poudre de quelque infamie pour obscurcir sa bonne renommée, ou luy reproche
qu'il n'aime pas Dieu, il payera à l'offencé autant d'onces d'argent qu'il luy aura conté d'injures.
Le larron attaint et convaincu aura la teste razée, puis couverte de poix bouillante, et la poix couverte des plumes d'un oreiller, afin qu'il soit cogneu de tous, et sera exposé au premier rivage où le navire abordera.
Tous seront obligez d'obéir aux admiraux comme à nous-mesme.
Donné à Chinon sous notre seing.
(Du Moulin. )
HENRI, COMTE DE BAR, SE REND GARANT D'UN EMPRUNT CONTRACTÉ A GÊNES ET A MESSINE PAR VINGT-UN CHEVALIERS.
Moi, Henri, comte de Bar, fais savoir ce qui suit à tous ceux qui ces présentes lettres verront. Comme il est question entre quelques-uns de mes très-chers chevaliers ci-dessous nommés (d'une part) et Conrad Ususmaris, Quilico de Goarco, Lazarino de Nicla et leurs associés, citoyens de Gênes, et Cathaueo de Ponsola, Pcregrini Pancia, Ansono de Bozolo et leurs associé», citoyens de Messine (d'autre part), du prêt de certaines sommes d'argent auxdits chevaliers, savoir : au seigneur Hugues de Bauffremont , au seigneur Liébaud de Bauffremont, au seigneur Renaud de Choiseul et au seigneur Dreux de Nettancourt, ensemble six cents marcs d'argent, à raison de cinquante sols tournois comptant pour chaque marc; au seigneur Hugues de la GuictiB, au seigneur Renaud de la Guiche et au seigneur Pierre de Frolois, ensemble deux cents onces d'or; au seigneur Gilles de Raigecourt, au seigneur Philippe de Conflans, au seigneur Hugues de Risce, au seigneur Henri de Cherisey, au seigneur Gcoffroi de Longieville, au seigneur Ulric de Dompierre et au seigneur Henri Bekars, ensemble quatre cents onces d'or; au seigneur Guillaume de Beauvoir, au seigneur Hugues de Cléron, au seigneur Hugues de Foudras, au seigneur Renaud de Crécy, au seigneur Jean de Fellens, au seigneur Etienne de Franc et au seigneur Renaud de Molhtieh, ensemble quatre cents marcs d'argent; — moi, Henri, comte de Bar, je me porte garant et débiteur de toutes lesdites sommes vis-à-vis desdits citoyens, ou de l'un d'eux ou de leur mandataire, et je m'oblige à les faire payer d'ici à un an, aux prochaines foires de Bar, suivant la teneur et les conditions de chaque charte d'emprunt desdits chevaliers. Les chevaliers ont, de leur côté, engagé tous leurs biens en ma faveur et les ont placés sous ma main jusqu'à l'entier paiement desdites dettes. Spécialement et nominativement les seigneurs Hugues et Liébaud de Bauffremont ont mis sou s ma main le fief de Norlay; le seigneur Renaud de Choiseul, le fief de Chftffor; le seigneur Dreux de Nettancourt, le fief de Losey; le seigneur Hugues de La Guiche, le fief de Warney ; le seigneur Geoffrbi de Longueville, le lief de Longueville ; le seigneur Ulric de Dompierre, le fief de Dompierre, le fief de Bassompierrc ; et le seigneur Henri Bekars, le fief de Dagouville.
Eu témoignage et confirmation de quoi j'ai fait confirmer par l'apposition de mon sceau ces présentes lettres. Fait à Messine, Tan du Seigneur \ HW), au mois de décembre.