‹ La noblesse de France aux CroisadesChapitre 6 sur 244 · SERMENT DU COMTE DE P EH IGOR D · texte numérisé non relu

SERMENT DU COMTE DE P EH IGOR D

« Moi, Elie Talleyrand, comte dePérigord, je fais savoir à tous ceux qui ces prétt sentes verront qu'en présence de mon très-cher maître et seigneur Louis, illustre « roi de France, j'ai juré sur tes saints évangiles d'aller dans le prochain passage « (instanti passagio) avec le seigneur comte d'Artois, frère du roi, au service de Jéa sus-Christ et au secours de la terre sainte. En foi de quoi j'ai fait sceller de mon « sceau les présentes. A Crépy, Pan du Seigneur 1247, au mois d'avril. » (Amplissima Coller tio. Martene.)

* (Bibliothèque des Croisades.)

AUX CROISADES. 7!i

Le troubadour Foulques de Romans demandait an sire de Blacass'il irait guerroyer en terre sainte avec l'armée de saint Louis. Blacas faisait aussi des surventes et des chansons; il avait pris pour dame de ses pensées Hugucttc, princesse des Baux. «J'aime une beauté parfaite, répondit-il à Foulques de « Romans ; j'en suis aimé et mie ne la veux quitter ;

DANS QUELLE SITUATION LA NOBLESSE DE FRANCE SE RETROUVA- T-ELLE DANS LE ROYAUME APRÈS LES GUERRES SAINTES.

f*^&ÊËÊ&&tk Al souvent regretté, dit M. Guizot, HK& « qu'il n'y eût pas une carte de la « France divisée en fiefs, où tous les « fiefs fussent marqués avec leur «circonscription, leurs rapports, « leurs changement successifs. Si | « nous comparions, à l'aide de car- ■ tes pareilles, l'état de la France « avant et après les croisades, nous ■ verrions combien de fiefs avaient disparu et .à quel point « s'étaient accrus les grands fiefs et les fiefs moyens '. »

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ce. pur M. Guizul.

Les guerres saintes pouvaient-elles manquer de produire ce résultai? Avant les croisades, presque tous ceux qui dans le pays des Franks savaient manier l'épée étaient possesseurs d'un fief ou de plusieurs. Mais la plupart d'entre eux avaient dû aliéner leurs terres pour faire face aux dépenses du voyage d'Orient. Beaucoup périrent dans la croisade, a car il resta à a peine un homme pour sept femmes, » dit Olton deFrisingen. On comprend qu'un grand nombre de fiefs durent disparaître. La confusion qui s'établit dans les hommages, les fondations pieuses si fréquentes alors, l'accroissement des possessions de l'Église, y ajoutèrent encore, et on ne comptait presque plus, à la fin du treizième siècle, que des fiefs moyens ou des grands fiefs. Les justices seigneuriales suivirent le sort des fiefs. Beaucoup disparurent. Souvent, les chevaliers et écuyers qui formaient ces cours de justice avaient péri dans la croisade; d'autres s'étaient fixés en Orient.

On s'accorde à reconnaître que les guerres saintes appauvrirent la noblesse, mais on s'est rarement rendu compte des causes diverses qui amenèrent ce changement de situation dans la fortune des seigneurs. Ce qui frappera tout d'abord ceux qui voudront approfondir cette question, c'est que les fiefs conquis en Orient n'étaient point de nature à dédommager les nouveaux possesseurs de ceux qu'ils avaient dû aliéner pour les dépenses de la croisade. Les fiefs d'Orient étaient de nulle valeur lorsque le croisé rentrait dans sa patrie. Quitter le fief, c'était perdre la possession. « 11 avait bien fallu, dit M. Michaud, for- « tifier l'amour de la nouvelle patrie par l'intérêt de la pro- « priété. Tout homme qui, pendant un an et un jour, avait se- « journé dans une maison ou sur une terre cultivée devait en « être reconnu possesseur légitime; mais les droits de pos- « session se trouvaient anéantis par une absence de même « durée. »

L'échange des monnaies dut aggraver cette situation. Cet échange ne s'effectuait jamais sans un dommage notable pour les croisés ; il en est question dans Odon de Deuil, et le dommage devait être grand, car le chroniqueur y revient plusieurs fois. Dès la troisième croisade, on vit des marchands génois, pisans ou florentins, établir des relations commerciales avec les croisés et leur avancer des sommes considérables. Mais comme aux yeux de ces marchands les garanties pouvaient laisser a désirer, — souvent la foi jurée élait le seul gage, — comme le recouvrement des créances ne pouvait s'opérer que dans de lointains pays, on comprend que ces prêts ne purent s'accomplir qu'à des intérêts usuraires et qui durent ajouter plus tard à la pénurie des croisés. Pierre Aynard et Martin de Virieu, chevaliers du Dauphinè, empruntèrent quatre-vingts marcs d'argent a Acre, lorsqu'ils voulurent rentrer en France. Ils s'engageaient à les rendre après un an de délai et à les compter dans la ville de Lyon, voisine de leur pays. Élie de Cosnac contracta un emprunt de trente marcs avec un marchand génois; mais il n'en toucha que dix d'abord ; les vingt autres ne lui furent remis que lorsqu'il put produire des lettres de garantie d'Éliede Noailles. Arnaud de Noé, chevalier de Gascogne, fut caution de Roux de Varegne pour soixante livres tournois. Ce dernier étant mort sur les bords du Nil avant l'acquit de sa dette, Arnaud de Noé dut satisfaire les prêteurs \

On comprend maintenant combien les croisades durent être onéreuses à la noblesse du royaume. Patrimoine sacrifié au dé-

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