ET DU COMTE HUGUES DE VERMANDOIS
Rohémond, fils de Guiscard, Raymond, comte de Saint-Gilles, le duc Godefroi et Hugues le Grand, à tous les sectateurs de la foi catholique : puis- »cnt-ils parvenir à la félicité éternelle que nous leur souhaitons!
Afin que la paix conclue entre nous et l'empereur, et les événements qui nous sont survenus depuis que nous sommes sur les terres des Sarrasins, soient connus de tout le monde, nous vous dépêchons, très-chers frères, un envoyé qui vous instruira de tout ce qui peut vous intéresser. Nous devons d'abord dire qu'au milieu du mois de mai, l'empereur grec nous a promis que désormais les pèlerins venus pour visiter le saint sépulcre seront à l'abri de toute insulte sur les terres de son obéissance, prononçant peine de mort contre quiconque enfreindrait ses ordres, et nous donnant même en otage son gendre et son neveu, pour garants de sa parole. Mais revenons aux événements plus capables de nous intéresser. A la fin du même mois de mai, nous avons livré bataille aux Turcs, et, par la grâce de Dieu, nous les avons vaincus, trente mille sont restés sur le champ de bataille. Notre perte se réduit à trois mille hommes, qui, par cette mort glorieuse, ont acquis une félicité sans fin. 11 est impossible d'apprécier au juste l'immense quantité d'or et d'argent, d'armes et de vêlements précieux qui sont demeurés en notre pouvoir. Nicée, ville importante, les forts et les châteaux qui l'environnent, se sont empressés de se rendre. Nous avons également livré un combat sanglant dans Aulioche, soixante-neuf mille Infidèles sont demeurés sur la place , dix mille des nôtres seulement ont eu le bonheur de conquérir dans cette occasion la vie éternelle. Jamais on ne vit une joie pareille à celle qui nous anime; car, soit que nous vivions, soit que nous mourions, nous appartenons au Seigneur. A ce sujet, apprenez que le roi de Perse nous a envoyé un message par lequel il nous prévient de l'intention où il est de nous livrer bataille vers la fête de la Toussaint. S'il est vainqueur, son dessein, dit-il, est, avec l'aide du roi de Rabylone et de plusieurs autres princes infidèles, de faire une guerre sans relâche aux chrétiens; mais, s'il est battu, il veut se faire baptiser avec tous ceux que pourra entraîner son exemple. Nous vous prions donc, très-chers frères, de redoubler vos jeûnes, vos aumônes, surtout le troisième jour avant la fêle, qui se trouve être un vendredi, jour du triomphe de Jésus-Christ, dans lequel nous combattrons avec bien pi in d'espoir de succès en nous y préparant par des prières et par les autres actes de dévotion.
P. S. Moi, évêque de Grenoble, j'envoie ces lettres, qui m'ont été apportées, à vous, archevêque et chanoines de l'église de Tours, afin qu'elles
soient connues de tous ceux qui se rendront à la fêle, et, par eux, aux différentes parties de la terre dans lesquelles ils retourneront, et pour que les uns favorisent cette sainte entreprise par des aumônes et des prières, tandis que les autres, prenant les armes, accourront pour y avoir part.