LETTRE ADRESSÉE AUX CHRÉTIENS D'OCCIDENT PAR LE
PATRIARCHE DANTIOCHE.
Le patriarche d'Antioche, les évoques, tant grecs que latins, et toute la milice du Seigneur, à leurs frères d'Occident :
Sachant combien vous vous réjouissez des accroissements que prend l'Église, et quel intérêt vous mettez à apprendre les événements heureux ou malheureux qui peuvent nous survenir, nous nous empressons de vous annoncer la continuation de nos succès. Apprenez donc, nos très-chers frères, que Dieu a fait triompher son Église de quarante grandes villes et de deux cents armées, tant en Romanie qu'en Syrie, et que nous avons encore plus de deux cent mille hommes sous les armes, quoique nous ayions beaucoup perdu de monde dans les premiers combats. Mais la perte de l'ennemi a été mille fois plus considérable. Là où nous avons perdu une poignée d'hommes, il a perdu une légion entière ; où nous avons laissé un fantassin, il a laissé un comte; enfin, où nous avons perdu un camp, il a perdu un royaume.
Quant à nous, mettant moins notre confiance dans nos forces, dans la multitude de nos troupes, ou dans un secours humain quelconque, que dans le bouclier du Christ, dans sa justice, et dans la protection de Georges, de
Théodore et de Démétrius, soldats du Seigneur, qui nous accompagnaient, nous avons enfoncé et nous enfonçons, sans rien craindre, les bataillons de l'ennemi ; et avec le secours de Dieu, nous Pavons vaincu dans cinq grands combats. Mais ce n'est pas tout. De la part de Dieu et de la nôtre, patriarche et évêques, nous vous en prions et nous vous l'ordonnons, et votre mère spirituelle vous crie : Venez, mes fils chéris , venez à moi ; prenez en mon nom la couronne portée par les fils de l'idolâtre, cette couronne qui vous est destinée depuis le commencement du monde. Venez donc, nous vous eu prions, combattre dans la milice du Seigneur, dans les mômes lieux où il a combattu, dans ces lieux où il a souffert pour vous, vous laissant cet exemple, afin que vous suiviez ses traces. Est-ce qu'un Dieu innocent n'est pas mort pour vos péchés? Mourons donc, non pour lui, mais pour nous-mêmes, alin qu'en mourant au monde, nous vivions pour Dieu. Que dis-je, mourir? il n'est plus besoin de mourir, ni même de combattre; le plus difficile est fait ; mais le besoin de garder nos camps et nos villes a considérablement affaibli notre armée. Venez donc prendre part à la récompense qui doit être accordée même à ceux qui n'ont pas participé aux travaux de la croisade. l>cs chemins sont marqués par notre sang; que les hommes seuls viennent, que les femmes restent encore. Dans la maison où il y a deux hommes, que le plus propre à la guerre prenne les armes, surtout ceux qui ont fait des vœux ; car, s'ils ne se rendent ici pour les accomplir, nous les excommunions et nous les éloignons de la société des fidèles. Patriarche apostolique et évèques, faites en sorte qu'ils soient même privés de la sépulture après leur mort, s'ils n'ont une cause valable pour rester.
Salut et bénédiction.