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PRÉPONDÉRANCE DE LA RICHESSE

L'argent mène à tout, donc il est tout. — Les hommes d'argent, partisans, traitants et agents des finances. — Leur immense fortune; comment ils l'emploient. — Montauron. — Leur position sociale, leurs alliances. — Ils ont d'anciens nobles pour vassaux.

Si l'argent commence seulement vers cette époque à jouer un rôle prépondérant, ce n'est pas que le xvn" siècle vaille moins que les siècles pré-

cédents, ni qu'on fût auparavant plus moral ou plus désintéressé: les passions humaines sont les mêmes dans tous les temps, leur forme seule varie; pour le fond, s'il y a des différences, nous croyons qu'elles sont minimes.

C'est simplement que l'argent ne pouvait pas jusqu'alors servir à grand'chose. L'argent n'est pas aimé pour lui-même, — sauf par un petit nombre d'avares, — mais pour les avantages qu'il procure, et au moyen âge il n'en procurait guère. On ne jouissait pas, on ne primait pas par l'argent; il n'était capable de satisfaire à lui seul aucun des appétits humains. Donc l'homme d'argent était méprisé; il n'apparaît à nos yeux que sous la forme d'un juif rapaoe, craintif et isolé, n'osant faire parade de ses richesses, de crainte d'être tué, ou pour le moins volé; toujours sur le qui-vive, comme aujourd'hui les commerçants européens, quand ils trafiquent avec les sauvages. L'homme fort valait plus que l'homme riche. Le noble, en cédant une partie de son fief, préférait avoir en retour un soldat à son donjon, plutôt qu'un lingot d'or dans sa cave. Il affermait ses terres, non pour des écus qu'on lui donnait à lui-même, mais pour des coups d'épée qu'on donnait à ses ennemis sur sa requête.

Au contraire, quand l'homme d'argent, protégé par le pouvoir public, put jouir librement des fruits de son industrie, il prit de l'importance. Quand il eut le droit d'acquérir à beaux deniers comptants une charge de justice, d'armée ou de finance, il eut

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à s;i discrétion la robe et l'épée. Il y entra la bourse en main; et une luis entré, ne tarda pas à éclipser l'ancien gentilhomme, qui n'avait à lui opposer que des parchemins. Sous ce uouveau régime, un homme intelligent, mais pauvre, devait avant toul devenir riche pour devenir quelque chose. Dès lors que l'argenl menait à tout, l'argent était tout.

.Malheureusement [unir elle, à ce moment même, la nohlesse cesse de le posséder. Des revenus immobiles, que le pouvoir de la monnaie, en diminuant sans cesse, déprécie constamment; aucun moyen de s'enrichir, beaucoup de moyens de se ruiner, telle est sa situation. Déjà, vers la lin du règne d'Henri IV. on remarque

Que la noblesse court en poste ù l'Hutel Dieu. . .

Jamais, à vrai dire, (die n'avait eu entre les mains beaucoup d'argent liquide; mais qui donc jusqu'alors en avait eu, ou du moins l'avait laissé voir! (le qu'elle en avait assurait, à l'aide de la force brulaie, sa prépondérance; — tout le monde avait besoin d'elle. — Dans le nouvel état de cl avec des fortunes nouvelles qui surfissent, le peu qui lui reste n'assure même plus son indépendance; — elle aura souvent besoin d'autrui. — Si

L'argent d'un cordon bleu n'est pas d'autre 1.. Que celui d'un fripier ou d'uu aide à maçon,... Riche vilain vaut mieux que pauvre gentilhomme,

« Il n'est que trop vrai, gémit Balzac, que ce

malheureux intérêt, qui devrait n'être connu que des banquiers de Gênes et d'Amsterdam, et n'a voit lieu qu'aux plates du change, est maintenant le dieu île la cour, l'objet et La fin <iu courtisan. Il

que trop vrai qu'on lui sacrifie pensées, paroles et actions, qu'on lui fait servir l'esprit. le cou la vertu, le vice, les bonnes actions et les mau-

>. De l'àine des fermiers (d'impôts J rece-

veurs, il a p malheureux intérêt, en celle

gentilshommes et des (.rinces: il entre dans les professions qui en sont apparemment les plus éloignées. » — « Certains magistrats, dit un pamphlet du temps, ont pour meilleurs amis <}t^ gens qui s'appellent Louis, et à qui ils ne refusent rien lorsqu'ils viennent les trouver de compagnie... L'amour a jeté la moitié des flèches de son carquois, pour y trouver la place d'un tréhuchet les pis—

tôles). »

L'accroissement prodigieux du budget de I*] en une trentaine d'an us le règne de

Louis XIII. fut pour certaines clisses d'individus - »urce de profits, celle que les Espagnols

trouvèrent dans la découverte des mines d'or de l'Amérique. Seulement, au* lieu de venir du dehors comme en Espagne, l'argent fut drainé en France sur toute la surface du pays, et afflua dans la i de quelques particuliers : les hommes de fînan nouvelle mine ici fut la poche des contribuables; eux qui de près ou de loin travaillèrent à l'exploiter tirent comme par enchantement des for-

tunes fabuleuses. L'absence d'hommes honnêtes ou compétents, le système vicieux du recouvrement des impôts, favorisèrent un désordre incroyable dans les finances, dont quelques spéculateurs hardis et sans scrupule surent tirer profit. Les traitants ou partisans, ainsi qu'on les nommait, étaient à la fois banquiers, préteurs, et fermiers de l'Etat, qui leur confiait toutes ses affaires d'argent. Ils constituaient un haut commerce, connu, encouragé môme. On voit un partisan traiter à la fois de plusieurs taxes qu'il afferme à ses risques et périls, et percevoir des droits de nature très diverse, en des provinces éloignées des unes des autres. L'un achète au gouvernement un lot d'offices de nouvelle création, et les débite en détail aux amateurs les plus offrants. L'autre prend en gros à bon marché — souvent pour moitié de leur valeur — des rentes sur l'hôtel de ville, qu'il revend fort cher au public.

Par contre, quand l'Etat veut acheter des rentes dépréciées, les partisans se les font donner à vil prix par les détenteurs heureux de s'en défaire, et les repassent au trésor royal à des chiffres fantastiques. Ils font tous les négoces, tous les trafics, louches ou véreux, se chargent de *ce qu'on veut, promettent beaucoup, tiennent peu, et gagnent énormément. Froger se rend adjudicataire de la perception des droits de « francs-fiefs », en retard de vingt-quatre ans, et en même temps de l'entreprise d'achèvement des portes et remparts de Paris. Rien ne les arrêtait, rien ne leur semblait impossible. Quel que fût le

projet caressé par le premier ministre, ils se déclaraient prêts à l'exécuter : ils savaient glisser dans le contrat quelque clause, bénigne en apparence, mais qui leur procurerait un bénéfice excessif, si habilement déguisé toutefois, qu'à l'examen sommaire de leurs traités, on pourrait croire que ces honnêtes gens s'exposent à perdre pour l'amour de Sa Majesté.

Les financiers distingués, fermiers généraux de Louis XV ou de Louis XVI, ne donnent aucune idée de cette race de partisans qui travaillaient sous Louis XIII dans un genre encore neuf, dont les tours et les finesses étaient entièrement inédits. Ceux-ci eurent la chance de venir à une époque où l'Etat commençait à avoir besoin chaque année de grandes sommes, et ne savait comment se les procurer; d'autant qu'il n'osait encore établir d'un seul coup de trop lourdes impositions, sans l'aveu des états généraux. Ils firent payer cher leur concours. Tous étaient si résolus à voler, qu'ils se faisaient assurer d'avance de l'impunité, en insérant dans les baux cette condition « que ni eux ni leurs intéressés ne pourraient être compris en aucunes recherches de chambres de justice, ni taxés pour raison de ce, le roi les en ayant dès à présent déchargés ».

Non contents de cette absolution anticipée, les traitants s'entendaient avec les agents du Trésor. Tous ou presque tous les comptables étaient à leurs ordres: les conseillers d'Etat ou du grand conseil étaient gagnés d'avance, et ne leur refusaient

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jamais un arrêt. La cour des aides, la chambre des comptes luttaient à grand peine contre eux, cl demeuraient rarement les plus fortes. Beaucoup de magistrats ou de fonctionnaires recevaient de leur main des pensions de plusieurs milliers d'éeus: quelquefois même ils riaient leurs associés. Ghàteauneuf, le garde des sceaux, acceptait leurs potsde-vin. La Yieuville agissait de même. Richelieu se vante hautement au roi d'avoir refusé 100 000 pis* tôles — 3500000 francs de notre monnaie — des financiers « qui les lui offraient sans diminution d'un sou de leur traité ». Bullion n'avait pas la même délicatesse, puisqu'il laissa en mourant. 700000 livres de rente, gagnées dans sa surintendance des finances; ce qui ne l'empêchait pas de son vivant d'être loué en vers latins : « de ne point porter envie au trésor des rois ». On citait ceux qui ne s'enrichissaient pas dans le maniement des fonds publics. L'intendant Duret « n'était pas gueux, dit-on, mais au prix de ce temps-ci il ne lit pas une grande fortune ». Le premier ministre faisait profiter ses secrétaires des avantages qu'il dédaignait [tour lui-même. Les gouverneurs de province ne craignaient pas de s'abaisser à de semblables marchés, mais ce n'était là que broutilles, offertes aux gens en place par les traitants. Ceux-ci se réservaient les gros morceaux du gâteau, dont ils abandonnaient ainsi les miettes aux complaisants indispensables.

Ces grandes fortunes financières avaient com-

raencé avec le Biècle : Puget achète 30 000 cens à. la duchesse de Mcaufort l'office de trésorier de l'Epargne; il est obligé, faute de biens, de s'associer, pour le paver, avec deuN autres personnes; quelques années après, il se rendait acquéreur d'un hôtel de 27 000 éctlS. On fit son procès un peu plus tard, et l'un des commissaires lui demanda ironiquement « d'enseigner au tribunal comment, avec 2 ou 3 000 écus, on pourrait en peu de temps en aequérir 'i ou 600 000 ». Bouhier de Beaumarchais, autre trésorier de l'Épargne, laissa des biens prodigieux; il possédait l'île de l'Eguillon, près de la Rochelle, et si.\ vaisseaux qu'il envoyait aux Indes. Il donna un million de dot à sa petite-fille, M"e de La Yieuville. Plusieurs « trésoriers et trésorillons » ont jusqu'à 100. 200, 300 000 livres de rente, et davantage. D'après un Etat au vrai, Feydeau, le fermier dv* gabelles, gagne bon an mal an 100 000 livres, toutes rentes et charges payées. Le Ragois se met dans les aiïaires, fait une fortune de 000 000 livres de rente, grâce aux partis où il entre comme secrétaire du conseil, devient alors sieur de Bretonvilliers et bâtit le superbe hôtel do ce nom, à la pointe de l'île Notre-Dame. Un fils de paysan, La Bazinière, qui lui-même avait commencé par être laquais, mourut riche de 1 millions. Le Camus, arrivé à Paris avec 20 livres, partagea, à quatrevingts ans, '.I millions entre ses enfants, eu se réservant 10 000 livres de fente.

Une sont, auprès de ces millionnaires, les sei-

gneurs les plus opulents qui se disputent à la cour une place ou une pension de quelques mille livres? Que sont môme les plus heureux favoris, dont les biens excitent l'indignation de la noblesse? Ces nouveaux sires de la pistole et de l'écu ne s'attardent pas aux mesquineries, ni aux bagatelles; ils mettent la fortune publique en coupe réglée, ils opèrent par grandes rafles. Aussi chacun commence à les ménager et à les craindre. Il n'est point de projet qui sans eux puisse réussir. Travaux publics, entreprises commerciales, guerres étrangères ou révoltes intestines, ils subventionnent tout, ont une main partout, à condition d'y trouver leur compte. Le duc d'Orléans, pendant son absence volontaire de la cour, entretient des intelligences avec « les gens les plus pécunicux de la place » de Paris, afin de ne manquer de rien. Le gouvernement prend les partisans sous sa protection spéciale, — une insulte à leur adresse doit être punie de mort. — Il les félicite, les remercie officiellement par ordonnance royale. Non content do gratifier d'éloges et de bons témoignages ceux qui le dépouillent, il les plaint, il s'apitoie sur leur sort, — naïveté comique et douloureuse.

« Ayant été contraint, dit le roi, de nous servir de moyens extraordinaires, et de nous faire souvent avancer de grandes sommes de deniers; en toutes les occasions qui se sont présentées, nous avons été secourus de nosdits fermiers et traitants des sommes qu'ils s'étoient obligés nous payer, même

pour la plupart d'entre euN avec si peu d'avantage et de profit, qu'ils se trouvent à présent engagés et endeptés eux et leurs associés

« Ils ne laissent pas encore à présent de nous offrir de très grands secours en la pressante nécessité de nos affaires, et d'y employer tout leur crédit, dont nous recevons très grande satisfaction. »

Ce dernier paragraphe montre que, tout en se prétendant ruinés, les financiers étaient toujours prêts à recommencer leurs fructueuses opérations, pareils à ces usuriers qui ne déplorent la rareté du numéraire que pour le faire payer plus cher à leurs clients. En effet, leurs richesses augmentent sans cesse. « Leur train est plus splendide et plus réglé que celui des princes. Il n'y a gens au monde plus pompeux, plus respectés, plus honorés. Ils bâtissent les plus beaux palais, tiennent les meilleures tables, et se font servir en vaisselle d'or et d'argent. Ils achètent les plus nobles terres, et donnent à leurs enfants et alliés les états, offices et dignités des plus hauts magistrats. » Lambert, un ancien commis de l'Epargne, fait peindre en son hôtel de l'Ile Saint- Louis les galeries et les appartements par Simon Vouet, Le Sueur et Le Brun. Qui aurait pu croire, disait-on sous Louis XIV, qu'au bout de soixante ans. l'hôtel d'Epernon ne serait pas une assez belle demeure pour le financier d'IIervart, qui la lit démolir et en bâtit une autre en sa place?

Rambouillet, fermier des cinq grosses fermes. étala son luxe dans ce fameux jardin de Jleuilly.

— la Folie-Rambouillet, — parc superbe <pii descendait jusqu'au bord de la Seine par une suite de labyrinthes, de petits bois et d'allées à compartiments. « Les fruits, cultivés en toute saison, en étaient si bons, si beaux et si renommés, que les plus grands Seigneurs faisaient leur cour au jardinier pour en avoir dans leurs dîners de gala, et que le roi lui-même en envoyait demander. » Le faste <lu propriétaire effrayait ses associés euxmêmes; ils trouvaient que « c'était trop découvrir I" profit » de sa ferme; ils craignaient de braver l'opinion.

La société noble se vengeait de ces parvenus par des bons mots : « deux qui l'avaient décrottée autrefois, disait-elle, la crottaient maintenant » ; mais elle les accueillait et peuplait leurs salons. Toute la cour assiste à la comédie chez Feydeatt. Lopez, banquier étranger, est admis dans la familiarité de Richelieu, des ambassadeurs, de la reine. .M",c de Launav-Ciravé, dont le mari, lils d'un marchand de Saint-Malo, était fermier des entrées, est de toutes les assemblées de haute volée, et reçoit à sa table la duchesse de Nemours et le roi d'Angleterre. Louis XIV et la reine de Suède vont voir le ballet chez La Bazinière. Les personnages secondaires ne pouvaient qu'imiter des exemples venus de si haut. Les gens de lettres « trouvent bien mieux leur compte à. porter des épitres dédicatoires aux commis des finances qu'aux seigneurs qualifiés ». Corneille, si digne et si lier, est emporté par le courant, et

dédie Cinna au partisan Montauron, à qui, dit-il, il trouve quelque chose de particulièrement commun avec Auguste.

Ce Montauron, que ses flatteurs traitent de « grand homme et d'immortel génie », que l'on nomme dans des gravures : Nobîlîsmmus, clarissimusque vir..., est le roi de la mode. Tout, jusqu'aux pains au lait, s'appelle à la Montauron. Son Imminence Gasconne, ancien commis et soldat aux gardes, achète l'hôtel de Mayenne, et, se trouvant trop à l'étroit dans cette maison de prince, en acquiert quelques autres aux environs pour être logé plus commodément. « Il n'y a que moi, dit-il nonchalamment, d'homme de condition dans les affaires. » Les grands seigneurs, qu'il tutoie, souffrent ses familiarités. « parce qu'il leur fait bonne chère ei leur prête de l'argent ». Le prince de Condé et le duc d'Orléans s'asseoient à sa table. Le rouvert est toujours mis chez lui, même en son absence ; il dit des gens qui y dînent habituellement : Ils sont sur l'état de ma maison. — « Mordieu, monsieur, lui dit M. de Chàtillon, nous sommes tous des gredins auprès «le vous: faites-moi l'honneur de me prendre à vus gages, et je renonce à tout ce que je prétends de la cour. » Nul comme lui n'entend les devoirs de l'hospitalité: à sa campagne de La Chevrette, si un valet prend un sou de qui (pie ce soit, il est chassé. La maison est lionne cependant, puisque les laquais, p(»m- avoir la faveur d'entrer à son service, donnent dix pis-

tôles au maître d'hôtel. Les comédiens <iu Marais, même en présence de Monsieur, frère du roi, attendent l'arrivée de Montauron pour lever la toile, Inutile d'ajouter qu'il ;i des armes à son carrosse; que s'il lui prend Fantaisie d'avoir rang dans le monde, il achète d'emblée une charge de président à mortier.

Il avoue ses bâtards, et n'est pas embarrassé de leur placement. Sa fille naturelle a 50000 écus de (loi. autant (juc M"c de Monlmorency-Boutevillc en reçoit de ses parents.

Jadis, en quelques républiques d'Italie, les nobles ne pouvaient épouser que des nobles, et encore à la condition d'avoir de part et d'autre un certain chiffre de fortune dont le minimum était tixé. S'il en eût été ainsi en France, la [dus grande partie <\r la haute aristocratie n'aurait pas tardé à disparaître. Les mésalliances — ternie qui n'a pas d'équivalent en Angleterre, parce que l'idée blessante qu'il éveille n'y est pas connue — furent chez nous le grand secours de la classe élevée. On voit ici le chemin immense fait par l'argent en cinquante ans, et comme il prend barre sur la naissance. Les financiers, dit-on en Mil'), ne « cherchent de s ail ter qu'aux seigneurs de suprême qualité, soit d'épée ou de justice; ne veulent que des conseillers d'État, des présidents, des maîtres des requêtes, des marquis, des comtes, des barons, des gouverneurs de ville et lieutenants généraux de province, et baillent de grands biens et de grosses somme à leurs filles... »

Vers le milieu du siècle, les rôles sont renversés, b< déjà

... le noble allier, pressé de l'indigence. Humble me nt du faquin recherche l'alliance, lui trafiquant d'un nom si précieux...

La femme de qualité n'ose, il est vrai, épouser un bourgeois, sans braver les convenances de son inonde : quand M*" de Termes épousa Claude Vignier, ses amies jetèrent des cris d'horreur. « Dieu pardonne, madame ma mie, lui dira l'une d'elles, mais les hommes ne pardonnent point. » Quant au grand seigneur, il se marie volontiers avec la fille du nouvel enrichi; les exemples en abondent dès cette époque. Catherine Le Tellier épouse un d'IIarcourt, iils du marquis de Beuvron; la petite— tîlle de Barentin, trésorier des parties casuelles. épousa un Montmorency-Laval; les deux filles de M"e de Gravé épousèrent, l'une un chevalier de Chàtillon, l'autre un duc d'Aumont. Antoinette Servien devint duchesse de Saint- Aignan; Louise Boyer, duchesse de Noailles; Guyonne lluelland, fille du célèbre partisan Rocher-Portail, épousa le duc de Brissac.

«"N'est-ce pas chose horrible, dit un libelle, de voir un Jacquet épouser la nièce du duc de Mayenne? La fille de Feydeau, le comte du Lude? Celle de Beaumarchais, le maréchal de Vitry? Celle de Montmort, le fils du maréchal de Thémines? Celle- de Herbaut, les comtes de Palluau, de Bury et le marquis d'Uxelles? Celle de Fabry. le sieur de Pom-

padour?Un commis de l'Epargne a donné s;i Bile .-m marquis de Montravel, avec cent mille écus; Yillautrey, qu'on croyait devoir être pendu après avoir dérobé un million au siège de Montpellier, a marin sa fille au neveu du cardinal de La Rochefoucauld, pour s'appuyer de l'écarlate! Et ainsi d'infinis d'autres, les enfants desquels bravant l'ancienne noblesse, de manière que la science de bien dérober est l'unique chemin de s'anoblir aujourd'hui en France. »

De fait, bien que la noblesse française ne fût pas basée sur L'argent, tout homme riche devint noble depuis Louis XIII jusqu'à la Révolution, comme BU début du moyen Age, tout homme brave devint chevalier. <>n n'usa même plus du mot anoblir, mais du mot réhabiliter, ce qui supposait qu'un riche était originairement noble, qu'il était d'une nécessité plus que morale qu'il le lût. « Tout est perdu, dit Montesquieu, lorsque la profession lucrative des traitants parvient encore par ses richesses à être une profession honorée. » Et comment ne le serait-elle pas, lorsque les traitants, après fortune faite, achètent une baronnie, un marquisat, dont leurs enfants porteront les titres, et joignent ainsi l'honneur à l'argent? Éclat et solidité, ils cumulent; la rondeur de la bourse engendre la grandeur de la situation. Le fils de Rambouillet est marquis de La Sablière; (luénégaud est marquis de Montceaux; Larcher est marquis d'Olizy ; Ghoisy est comte de Caumartin et ces nouveaux seigneurs

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>ut pas plus mal vus que les autres; au contraire. « c'est peu de dire marquis, si on n'ajoute, de 10000, de 50000, ou de 60000 livres de renie;

car il yen a tant d'inconnus et de nouvelle fabrique. qu'on n'en fera plus de < as. s'ils ne font porter à leur marquisat le nom de leur revenu ». Quelques familles financières s'élèveront plus haut encore dans la suite, par la robe et l'épée : Phélippeaux sera duc de la Vrillière, Potier duc de Gesvi de Tresmes; mais dès la minorité de Louis XIV. il n'est pas de partisan qui n'ait ses lettres de noblesse. un fief dont il porte le nom. et une terre titrée qu'il léguera à son bis. « Si certains morts revenaient, disait-on. et s'ils voyaient leurs grands noms parles, et leurs terres les mieux titre leurs châteaux et leurs maisons antiques. |

par t\r<. gens dont les [.ères étaient peut-être leurs métayers, quelle opinion pourraient-ils avoir de notre siècle? » — « 11 y a tant de confusion à cette heure, dit M. d'Aigucbonne : j'ai marié ma fille a un gentilhomme qui a trouvé moyen d'acheter le marquisat de Yarambon; ses enfants passeront pour être de cette maison-là. »

nobles demandaient de ne pas être astreints à faire l'hommage en personne. « à cause des terres qui relev.i-aitnt d..> seigneuries possédées par personnes ignobles ». En effet; la féodalité nouvelle a singulière tournure. Le marquis de Resnelse trouve

i d'un apothicaire, qui exige la foi et hommage dus à sa qualité de suzerain. Servien achète

le marquisat de Sablé, de la maison de Montmorency; et vainement les seigneurs qui eu relèvent, « jurent de le jeter dans la rivière », s'il prétend les obliger à quelque devoir envers lui. Le fait se produisit plus d'une fois; des gentilshommes de famille ancienne, mais peu fortunés, se trouvèrent fréquemment sous la suzeraineté nominale, sinon effective, d'un ancien paysan, d'un huissier ou d'un tailleur.

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