‹ La Noblesse française sous RichelieuChapitre 9 sur 26 · SERVICE DU ROI · texte numérisé non relu

SERVICE DU ROI

ses de ruine: obligations qu'impose le service militaire. — Dignités onéreuses: aucun moyen de s'enrichir. — Le commerce et l'opinion. — Les gentilshommes nécessiteux.

VA cependant, tandis que les revenus diminuent, ].s dépenses augmentent. Dépenses de luxe ou de — • i 1 1^ , facultatives ou obligatoires, vont toujours croissant; de là un état de gêne visible. i Les nobles, disait l'èvêque de Luçon en 1614, aussi pauvres d'argent que riches en honneur et en courage, ne peuvent avoir ni charges en la maison du roi, ni offices en la justice, puisqu'on De parvient [dus à tels honneurs que par des moyens dont ils sont dépourvus. » Les dons. b-s subventions, n'allaient pas à la masse de l'aristocratie, un petit nombre seulement en profitait.

LA SOBLE.SSK FRANÇAISE. 1-

Pendant qu'un Nicolas de l'Hôpital gagné à la cour 120 000 livres de rente, qu'un comte de Nogent, venu à Paris avec 800 livres de revenu, s'en retourne à La mort de Louis XIII, avec ISO 000 livres qu'il avait acquises par son adresse. nombre d'anciennes familles, ruinées par les dépenses, aussi bien que par les dévastations qu'entraînent à leur suite quarante années de guerre civile, virent leurs biens passer entre les mains de créanciers. Un édit avait déclaré incompatibles les grands offices de cour et d'armée (maréchal de France, colonel de gens de pied, gouverneur de province, etc.), « afin, disait le roi, que nous ayons moyen de récompenser notre noblesse, et que plusieurs se puissent ressentir de nos libéralités et bienfaits ». Cet édit ne fut pas observé; l'eùl-il été, on ne pouvait songer à donner des postes lucratifs à un corps de plusieurs centaines de mille hommes. « Le tiers, écrivait-on au xvie siècle, est le plus populeux des trois états ; serait le plus riche si l'on prenait moins sur lui. La noblesse est le moindre en nombre, le moins riche de tous les trois] mais sur lui, le prince ne prend rien que le service de l'épée. » Ce genre de service, avons-nous dit, était fort onéreux. Durant la guerre de Trente ans, les gens de qualité, « pour se trouver en bon équipage dans les armées, avaient tellement prodigué leurs biens, que la plupart en étaient très incommodés, jusques à souffrir des condamnations en leurs personnes et des saisies en leurs biens » On dut,

pour les mettre à même «le continuer leur service, et les sauver d'une entière ruine, « défendre de les constituer prisonniers pour debtes, et de faire vendre leurs biens par décrets ». Les pensions avaient beau être augmentées, le corps privilégié, qui achetait au prix de son sang l'argent qu'on lui donnait, en dépensait deux fuis autant de son patrimoine. « et laissait bien souvent ses enfants sans le sou ». On commence à parler sous Richelieu des « pauvres gentilshommes », à s'occuper de les secourir, de « les employer avec bons appointements ». de faire instruire gratuitement leurs fils. Les comptes de l'Epargne en mentionnent sans

. à qui le roi fait don de quelque monnaie « par charité et aumône ». A côté d'un « pauvre roullier » qui recuit 12 livres « en considération de sa gueuserie », et « d'une pauvre femme à, terme de maladie » qui en reçoit i-">. figurent des

ntilshommes indigents » qui ont obtenu 10, 12 ou lU livres pour « les aider à vivre » ou « subvenir à leur nécessité ».

Pour ceux qui exerçaient les grands commandements, qui possédaient les dignités enviées, à côté des bénéfices, il y avait les obligations ruineuses de l'emploi. Un colonel, un capitaine, était moralement tenu de payer de sa poche la solde de ses hommes, si l'Etat ne le faisait pas. Un gouverneur s'engageait tacitement à réparer avec son propre argent, s'il le fallait. — et il le fallait souvent, — les remparts de la citadelle que Sa Majesté lui avait

confiée. Le remboursement de ces avances s'effectuait ensuite difficilement ; on devait, mettre en jeu de liantes influences pour l'obtenir. La plupart ue l'obtenaient jamais. Le maréchal de Brézé se plaint des lourdes dépenses <|u<i lui occasionne le gouvernement de Calais (1636). Il lui faut avancer la solde de la garnison, « il a vendu à cet effet sa vaisselle d'argent ; il doit envoyer tous les samedis 2 000 francs à Calais, il s'y ruine ». Les gouverneurs de la Capelle et du Catelet, dit avec indigna' tion Fontenay-Mareuil, « se persuadaient tellement que le roi était obligé de pourvoir à tous leurs besoin*, qu'ils n'avaient pas voulu mettre un denier du leur, à l'entretien de leurs murailles ». D'autres dépenses SOmptuaires étaient inséparables des titres de cour. Les capitaines des chasses traitaient le roi quand il venait dans ses châteaux; Bassompierre dépense ainsi 10 000 écus, en dix-sept jours qu'il reçoit Henri IV à Monceaux.

On ne s'enrichissait pas toujours à la une ire. Coudé demandait 10 000 écus « pour se mettre en équipage » afin de combattre le duc de Hohan; mais tout le monde ne pouvait se faire indemniser ainsi d'avance de ses frais d'entrée en campagne. Le comte d'IIarcourt n'avait d'autre bien que son épée. Le duc de Wciinar ne laissa en mourant que les 40 000 ou 50 090 livres de rente qu'il avait reçues de sa maison. On songe à donner an maréchal de Guéhriant la ferme des cartes à jouer pour l'aider à vivre, « parce qu'il n'a d'autre vaillant que

l'honneur ». En revanche, on se ruinait souvent dans les années. Le duc de Villars y mangea 801) IIUI) écus d'argent comptant, et 00 000 livres en fonds de terre. La vie de hasard que Ton mène à la guerre n'est pas trop faite pour inspirer le goût de l'économie; Pontis passe avec son régiment près de la terre dont il porte le nom, y demeure quatre ou cinq jours avec quinze ou vingt officiers des gardes, et les régale si bien qu'il y dévore le revenu de deux années.

Après cela on empruntait pour vivre. Lisez les gazettes satiriques : « Il s'observe une coutume

fort louable qui est qu'un homme qui n'a fonds,

meubles, rentes, cens, héritages ni caution, trouve qui lui preste de l'argent, à la charge de le rendre quand il sera riche. » Les dettes n'étaient pas cependant à la portée de tous; expédient passager d'ailleurs, et non ressource permanente. A ne consulter que les documents officiels, la noblesse parait demander le droit de faire le « grand trafic » sans déroger; celui d'avoir « part et entrée en commerce » sans déchoir de son privilège; mais à souder profondément l'opinion, on s'aperçoit que ces vœux étaient simplement émis pour la forme; personne dans l'aristocratie n'ayant sérieusement l'intention de profiter de l'autorisation, au cas où elle eût été donnée. Plus d'une occasion s'offrit aux gentilshommes de s'intéressera des entreprises commerciales, de se faire armateurs, colons, industriels; ils ne s'en souciaient aucunement. Ce qu'il

faut accuser ici, ce n'est pas le gouvernement, ce sont les mœurs. Tout moyen de dépenser l'argent était noble, c'est-à-dire glorieux; presque toutes les manières de le gagner étaient roturières, c'està-dire peu estimables.

Le seigneur besoigneux attend tout de la faveur ou des chances de la vie de cour. En attendant, il vit de peu, tout en s'elïorçant de faire bonne figure. Chabot, le futur mari de M1,e de Roban, vivait gratis à la table de Goulas, secrétaire de Monsieur, et empruntait, pour aller au bal, des babils et du linge au maître des requêtes Tallemant. Racan, capitaine des gendarmes du maréchal d'Effiat, logeait dans un cabaret borgne, où le soir « on lui trempait un potage pour rien ». Comment se plaindre ou se désespérer, alors que les fluctuations de la politique faisaient mourir la reine mère du roi dans la misère, et que la France vendait sans vergogne les meubles et les pierreries de cette princesse, pour payer les dettes qu'elle avait contractées?

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