‹ La nomination aux bénéfices ecclésiastiques avant 1789Chapitre 3 sur 17 · L4 NOMINATION AUX BÉNÉFICES · texte numérisé non relu

L4 NOMINATION AUX BÉNÉFICES

même ! Il s'a^t d'une époque oti trois siècles ont consacré cet abus de la commende, si éloquemmeut dénoncé par Montalerabert ; où, sur 10 millions de revenus appartenant aux, religieux, plus de huit passent à des étrangers à TOrdre monastique, à ces abbés commendataires, dont Montesquieu a dit que si un Persan ou un Indien venaient en France, il faudrait six mois pour leurfaire comprendre ce qu'étaient ces personnages battant le pavé de Paris. Il s'agit d'un temps où toutes les grandes situations dans l'Église : évèchés, abbayes, riches prébendes, sont le monopole de la noblesse, et où, pour les avoir, il importera parfois de compter plus d'appuis que de vertus. Dans ces conditions, on devine à travers quel réseau d'inextricables difficultés devait fonctionner le ministère de la feuille. Cette feuille a pris corps et vie dans la liquidation de 1789. Les pamphlets l'interpellent, la font parler en des prosopopées enflammées et la somment de rendre gorge. Une des plus violentes de ces diatribes a pour titre : Haro sur la feuille des bénéfices !

C'est ici le cas de signaler certaines prérogatives qui venaient encore augmenter le pouvoir collateur du roi de France. Par l^ régale, il percevait les revenus de Tévêché vacant et en conférait tous les bénéfices non à charge d'âmes, jusqu'à ce que le nouvel évêqqe eût prêté le serment de fidélité. Le prélat qui venait de prêter ce serment était obligé de donner la première prébende libre de son église cathédrale au sujet désigné par le brevet du monarque, et qu'on appelait par suite brevétaire du serment de fidélité. Les rois de Franc©» ^n ceignant la couronne^ faisaient payer à l'Église le droit de joyeux avènement. En vertu de ce privilège* le nouveau souverain désignait aux évêques,aux chapitres, un candidat pour le premier canonicat vacant dans toutes les églises cathédralaf et collégiales du royaume. Évêques et chapitres étaient tenus d'agréer l'élu du roi.

Le droit de joyeuse entrée nous reporte vers des traditions, des usages, que nos esprits sécularisés ont de la peine à comprendre.

Au moyen âge, époque de foi profonde, les

iO LA NOMINATION AUX BÉNÉFICES

grands(l)et même les princes tenaient à honneur d'être chanoines des églises cathédrales et collégiales. Le comte d'Armagnac avait une prébende dans Téglise d'Auch,dont il était premier chanoine. Foulques, surnommé le Bon, comte d'Anjou, assistait à l'office, au chœur de Saint- Martin de Tours, habillé en chanoine. Parfois, ces laïcs avaient une étrange allure et d'étonnantes prérogatives pour des chanoines. La cathédrale d'Auxerre renfermait une prébende héréditaire, annexée à la maison de Beauvoir-Chastellux. Le représentant de la famille se présentait en bottes et éperons, un surplis sur l'habit.

1. Dans l'acte de fondation de la sainte Chapelle de Dijon, donné en 1172 et confirmé par Innocent III, Hugues, duc de Bourgogne, établit que ses successeurs, en prenant possession du duché, devront se présenter au chapitre de cette église pour lui demander d'y être associés, pour jurer l'observation de ses statuts,et, en signe de fraternité, ils donneront le baiser de paix à chacun des chanoines. Ils pourront assister à l'office divin et y clianter avec le même habit que les chanoines. — Voici les femmes qui s'en mêlent. Un acte capitulaire du chapitre de Toulouse de 1163 porte que le Seigneur é'*Escalquens et so7i épouse sont reçus au nombre des chanoines, avec association à leurs prières et droit de prendi'e leur subsistance sur sesrevenus,quand ils le jugeront à propos.

avec le baudrier, l'épée par-dessus, les deux mains gantées, une aumusse sur le bras gauche, un oiseau deproie sur Is poing, et, au lieu d'un bonnet carré, un chapeau bordé et à plumet. Ce singulier chanoine prenait place du côté droit, après le pénitencier (1).

Les rois de France (il ne s'agit pas des rois fainéants) furent volontiers chanoines (2). Comment s'étonner de voir des seigneurs laïques paraître à l'église avec des habits ecclésiastiques, lorsqu'on se rappelle que le roi Robert y venait aux grands jours de fête, revêtu d'une chape précieuse, se mêlait aux chantres et chantait sa partie, tenant son sceptre d'une main? Louis XI obtint de Sixte IV une bulle lui donnant, ainsi

1. Le seigneur de Chailly, près deMelun, avait une pré* bende dans Téglise collégiale de cette ville et se plaçait dans les stalles, l'aumusse sur le bras et l'épée de côté. — Le seigneur de la Groye avait une prébende dans Téglise de Notre- Dame de Chatellerault, avec la faculté d*y occuper une des premières places, en bottes et en éperons, un oiseau de proie au poing. (Voy. Gohard, Tratï^ des bénéfices ecclésiastiques, 1774, t. I»»-, p. 598-599.)

2. Dans notre siècle même, les souverains n'ont point de répugnance pour le canonicat. Napoléon IH était chanoine de Saint-Jean de Latran.

qu'à ses successeurs, le titre de premier chanoine de Notre-Danoe de Clérv,avec droit d'assister à l'office en aumusse et eu surplis. Les rois des autres nations ne résistaient pas à la contagion du canonicat. Le roi d'Espagne était chanoine de Tolède. Tous les ans, la veille de Noël, on T'appelait^ comme les autres chanoines,à la porte du chœur. Comme il n'y était pas, il ne pouvait répondre. Pour le punir et lui apprendre la régularité aux offices canoniaux, il était pointé (1) impitoyablement et privé de la rétribution de 2000 maravédis, soit 12 livres de notre monnaie, qu'on déduisait sur les subsides à lui payés par le chapitre.

Les empereurs taisaient ici comme ou mieux que les rois. Ils assistaient au chœur en acrbe, en dalmatique, et chantaient solennellement la première leçon du troisième nocturne de matines. On montre à Metz la chape que Charlemagne aurait portée, lorsqu'il chantait à l'office. Quand Charles-Quint fut couronné roi des Romains à Bologne, le pape lui donna le surplis.

1. On appelait registre de la pointe le cahier où le pointeur marquait les absences des chanoines.

l'aumusse et le fit chanoine de Saint-Jean de Latran. L'empereur servit ensuite de diacre à la messe célébrée par le pape. D'après le cérémonial romain, au titre : Comment se fait un empereur, le pape, en pareille circonstance, célébrait la messe. L'épître était chantée par le roi de France, et, en son absence, par le roi de Sicile; rhonneur de Tévangile était réservé au roi des Romains; ensuite, se faisait le couronnement de Tempereur, dans l'église de Saint-Pierre (1).

Nous ne voyons pas par l'histoire que les rois de France aient souvent fait l'office de sous-diacre, que leur réservait, en pareille occurrence, le cérémonial romain. Nous doutons que Louis XIV eût cédé volontiers l'évangile à l'empereur, pour se contenter de l'épître. Mais, si les rois ne furent guère sous-diacres, ils ne dédaignèrent pas d'être chanoines. Quand Charles VU fit son entrée à Chalon-sur-Saône, l'évêquele revêtit, àla porte de la cathédrale, d'un surplis et d'une aumusse; le roi la remit c à un jeune prêtre de qualité qui le suivait, et quant et quant la pre-

(l) Oohard,/oc. cit.

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