L'idée générale? Cette idée générale que
l'on expose dans la page oratoire, peut ètre — ou bien une vérité religieuse, un précepte moral, une vérité de philosophie, une loi scientifique, — ou bien une vertu, un talent, un don, — ou bien un
proverbe, une maxime, une belle pensée extraite d'un auteur, etc., etc....
Cette idée est dite générale, parce que bien qu'elle soit exposée avec convenance dans l'occasion où l'on parle et avec conven:tince appropriée au personnage dont on parle, elle pourrait toutefois avec un égal à-propos étre exposée dns d'autres occasions, ctre appropriée à d'autres personnages. Comme exemple, lisons cet extrait du discours que Mgr Roy prononcait en 1908, à la fète des ‘Anciennes familles‘: On croirait lire un chant de l'épopée du défricheur.
L'épopée du défricheur.
“Messieurs, la terre que les ancêtres vous ont transmise, après l'avoir défrichée et fécondée de leurs sueurs, n'estelle pas le plus beau livre d'histoire que vos mains puissent feuilleter et vos yeux parcourir. — La préface en fut écrite
par ce vaillant chef de dynastie qui apporta, ici, il y a plus de deux siècles, votre nom, votre fortune, et votre sang.
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C'était un Breton, un Normand... un Français en tout cas, et un brave, à coup sûr. Avec cet homme et la femme forte qui vient avec lui ou qu'il trouva ur les bords, une famille nouvelle venait fortifier la col issante, civiliser le royaume de Québec et enrichir d'. 1g généreux et de belles vertus la noble race canadienne-fr .çaise.
“Et l’histoire commence palpitante d'intérêt, débordante de vie. Que de fois vous les avez vus repasser dans votre imagination, ces premiers chapitres, écrits au fil de la hache, illuminés par les belles flambées d'abatis et gardant encore aujourd'hui les âcres et fortifiantes senteurs des terres neu ves que déchirent la pioche et la herse et où germent les premières moissons.... Ce sont les années rudes mais combien fructueuses des premiers défrichements ; c’est la glorieuse épopée de la terre qui naît, de la civilisation qui trace pied à pied son lumineux sillon à travers l'inculte sauvagerie des hommes et des bois. Chaque coup de hache, alors, est une belle et patriotique action ; chaque arbre qui tombe est un ennemi vaincu, chaque sueur qui arrose le sol, est une semence féconde.
“Et comme elle est simple et bonne la vie de ces héroïques pionniers! La maison, la première qui orna le champ où s'élèvent aujourd’hui vos confortables demeures, dressait au bord de l'abatis sa rudimentaire charpente de bois rond. dominant à peine les souches avoisinantes. De son seuil rustique, la femme et les enfants pouvaient voir le colon conduire ses bêtes et sa charrue, faire le geste sublime du semeur, Où moissonner à l'automne les fruits que la terre et Dieu donnaient à son travail. Leurs yeux s’emplissaient de ce doux spectacle et dans le cœur des tout jeunes, grandissait le desir, la Passion de devenir, eux aussi, un jour, des ‘‘faiseurs de terre” ou des faucheurs de moisson. On ne connaissait guère, sous ces rudes lambris les envies prétentieuses et les exigences malsaines. La forêt toute voisin:
qui borneit l'horizon, bornait aussi les désirs. Reculer chaque année les limites de cet empire naissant, arracher à la forêt les trésors de vie qu'elle cache pour que la terre nourricière suffise aux générations qui grandissent : telle est la saine et forte ambition qui travaillait ces cœurs simples, ces esprits robustes. — En vérité, il est beau ce premier chant de l'épopée familiale et de la terre paternelle !’
105.— La théorie des lieux communs, idées fénérales. L'idée générale n’est-elle pas une banaiité, un lieu commun ? — Sji par idées générales, on entend des réflexions usées, des descriptions suran-
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72 LA NORMALIENNE nées, des choses viies ou rebâchées cent fois, ces idées générales ne sont que de laides banalités. — Mais si par idées générales on entend des idées savantes ou, tout au moins, exposées avec un art savant, ces idées étant principes d'illuminations pour l'esprit et sources d'émotions exquises pour le cœur, ces idées générales sont, en ce Cas, l’élénent des pages idéales. C'est pour la raison de son art savant, quoiqu'il fût penseur médiocrement original, que l'on fit cet éloge de V. Hugo: Il est un admirable metteur en scène de lieux communs.
106.—Le procédé d'invention dans la compositions de la page oratoire.
‘Bossuet, écrit Lanson, saisit fortement deux ou trois aspects du sujet qu'il traite” et, là-dessus, ajouterons-nous, il répand la splendeur de son éloquence lyrique. Hé! com ment s’y prend-on pour découvrir ces aspects divers de l'idée générale, pour ercer le vrai varié dans la page oratoire ? La normalienne fera poser devant elle l'idée générale, et pour en apercevoir les faces multiples, les yeux fixés sur cette idée maîtresse, Li normalienne se fera à ellemême cinq questions. Autant de réponses, autant d'idées secondaires mais essentielles dont l’ensem- Lle constituera la vision complète de l'idée générale.
107.—Les cinq questions à se poser dans la méditation de l'idée générale, par exemple sur le patriotisme.
dre question: quelle est la nature de l'idée géncrule? Qu'est-ce ? Comment est-ce ? En quoi consiste-t-elle ? Quels en sont les éléments? Quelles en sont les parties constitutives? Par exemple : Le patriotisme, cet amour de la patrie est fait de multiples affections: le foyer, l'église paroissiale, la petite école, le côteau, etc., etc.
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2° question : quelle est lu cause, quel est le pourquoi de l'amour patriotique : ce sont les beautés et les bienfaits de la patrie visi-k-vis ses enfants.
La normalienne annoterait ces spéciales beautes, ces particuliers bienfaits.
3° question: quel est l'effet de l'idée générale ? quelles suites, quels résultats peut-elle avoir? Par exemple l'effet de l’amour patriotique, ce sont les services dévoués des compatriotes pour assurer la
vie de la patrie, pour en augmenter la richesse, la gloire: Dollard, etc.
108. 4° question : quel rapprochement par analogie où par contraste peut-on faire de l’idée générale à traiter avec une autre idée générale. Par exemple, entre le patriotisme et le chauvinisme ou le cosmopolitisme.
N. B. — Ies contrastes entre les idées générales, ou l'exposé antithétique. La normalienne fera bien de contracter l'habitude de l’antithèse. L’antithèse, qui consiste principalement dans le choc des mots, est un artifice de rhétorique un peu frivole; faisons-lui place tout au plus dans les pages légères. L'antithèse, qui est l'art de faire heurter les idées, est une des meilleures sources d'inspiration pour les écrivains d'idées. C'est donc un souci hautement littéraire, que de chercher à donner à l'idée générale à exposer, plus de netteté et plus de piquant par son rapprochement avec l’idée générale contraire. Exemple : ce sont les éléments nr ithétiques qu'il contient, qui donnent au morceiu sui- “ant sa meilleure saveur littéraire.
Québec, ville française,
par l’abbé C. Ror.
nent de l’Amérique la ville frantres cités ont eu au Canada des nt été baptisées dans le sang et dans
“Québec, est sur ce conti aise par excellence. D’au
l'esprit français, se glorifient d’avoir conservé intact où à peu près inviolé ce qui fut l'âme elle-même et la grâce de la vie française.
Montréal et Trois-Rivières, pour ne nommer que ces deux sœurs les plus anciennes de Québec, sont nées d’une pensée, furent bercées à leurs premiers jours par l'espérance des âmes de France, connurent les gloires héroïques de la générosité française. Mais celle-ci, la cité de La Violette, plus grande par ses aspirations que par sa fortune, n’a pu encore donner l'abondante mesure de vie que nous promettent ses desseins ; l'autre, la ville de Maisonneuve, voit la fortune presque tongours égaler ses désirs, mais elle risque souvent, dans le tumulte des affaires et dans la promiscuité de ses enfants. l'idéal qui fixa sur la France son premier et très vif regard. Trois-Rivières trop inactive et Montréal trop cosmopolite ne peuvent ètre dans notre pays du Canada et de l'Amérique, les types les plus vivants et les plus représentatifs de li cité française.
Québec, un peu plus remuant que Trois-Rivières ; moins mélé que Montréal. g'arroge donc avec quelque bon droit la “loire de mieux symboliser, ou de mieux faire resplendir J'âme et la vie françaises.” (Suivent les preuves historiques).
5e question : quels témoignages? quelles belles citations la normalienne pourrait-elle apporter pour appuyer l'idée générale où la ruiner, selon le but où elle vise? par exemple pour célébrer l'amour de Î: patrie, elle citerait les beaux vers de Crémazie : Salut: 6 ina belle patrie!
Salut, 6 bords du Saint-Laurent! ete.
109.—X. 3. — Le triage. Il va sans dire que h: normalienne laisser de côté duns la création de #1 page oratoire, beaucoup de ces idées secondaires dont la réponse aux cinq questions à couvert l: feuille du brouillon. Elle fera le triage des idées plus intéressantes ; et elle en fera les éléments 07° donnés de sa composition. Ensuite, viendra Île tri vil de la splendeur: la normalienne s'y mettra avec le souci de li parfaite exceution.
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LA PAGE ORATO::!!: 75
: 2---La splendeur littéraire, ou la parfaite exécution.
110.—La nécessité des développements littéraires. Il en est qui crient avec une moue désagréable : “Cest de la rhétorique'", quand l'écrivain d'idées livre sa pensée à une imagination créatrice de visions colorées et ardentes. Vauvenargues a, pour ces critiques, une pensée bien juste: c'est la marque d'un esprit pesant que de ne pas goûter la belle puge ou l'éloquence rend populaire la pensée philosophique, en la peignant avec des traits fiers et hardis, en l’enveloppant de la splendeur d’expression. Le discours, enseigne Cicéron, doit frapper les sens de l’homme comme son esprit. — Un autre disait: La vérité de raison deviendra vérité populire si d'abord on la fait vérité d'imagination.
Docile à ces directions, la normalienne ne se contente pas de parler à l'esprit par des considérations chires et correctes; elle voudra encore agréer et toucher en intéressant l'imagination et la sensibilité ; et pour cela, elle étalera ses idées en visions esthé. tiques.
I11.— Procédé du développement littéraire où il est lonne de goûter la splendeur. Quand la normalinne aura choisi les plus intéressantes des idées “ vondaires fournies par le procédé d'invention, elle “+ demandera par quels développements littéraires elle les fera valoir : 1] y à trois sortes de développe- “enfs, sources de splend: ur, principes de parfaites esceutions,
112.— (a) Le développement didactique, —il con- Siste dans l'explication de l'idée, dans l’énumération des éléments constitutifs de l'idée géncrale, idée de ture, ou de cause, ete., ete. Et ce développement est littéraire ; il contient de la splendeur quand
Citragination d'expression y a semé ses mots magiques.
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